CHAPITRE IV
Lorsque nous jetons nos regards sur l'univers, que nous étudions les créatures dans l'exercice de leurs facultés , nous sommes frappés de la grande vérité que nous avons émise dans le chapitre précédent. C'est que l'amour, loi suprême qui les gouverne, se manifeste chez elles en raison directe de leurs aptitudes plus ou moins grandes. Ainsi la faculté d'aimer , que nous avons étudiée chez l'homme, d'ahord veillant à sa conservation matérielle , ensuite constituant les affections de la famille, puis enfin se traduisant par l'amour de soi , a la même destination chez les animaux. Mais là s'arrête son empire, parce que l'intelligence ne lui prête pas son concours, parce que la brute est tout entière renfermée en ellemême et limitée de tous côtés par la matière et la sensation.
Que le végétal naisse , grandisse et meure sans rien sentir ,
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sans rion aimer; que l'animal n'obéisse , dans ses affections , qu'aux tendances instinctives d'une attraction purement organique, c'est assez pour la matière; mais L'intelligence est faite pour s'épandre, pour chercher partout L'intelligence. La \ ie de la plante est complète, quand elle a tous ses organes; celle de l'animal, quand il obéit aux instincts impérieux qui le dominent; celle de l'homme ne L'est jamais, parce que son ame accomplit incessamment un mouvement d'ascension vers la science et vers l'infini. Sans cesse il faut que L'être humain réalise, pour se perfectionner, en vue du but social auquel il est destiné sur la terre, et en vue du but éternel de l'autre vie.
Au point où nous sommes arrivés , nous voyons la loi d'amour franchir tout à coup l'abîme qui sépare le monde matériel du monde intellectuel. Dans l'animalité brute, sa sphère d'action était bornée de toutes parts, et ne s'étendait qu'aux choses de la vie organique de l'individu et de l'espèce. Dans l'homme, elle s'étend à la vie morale et offre a notre admiration des sujets d'étude bien autrement vastes que ceux qui l'ont sollicitée jusqu'ici. Nous l'avons vue, exprimée par l'instinct et parla sensation; maintenant, elle obéira à des principes. Elle va élargir assez le cœur humain , pour lui permettre de comprendre dans ses affections l'humanité tout entière ; elle va l'initier aux douces jouissances de l'amour , aux nobles entraînements de l'amitié. La pitié tendra aux malheureux une main secourable; la reconnaissance, douce récompense de la vertu , paiera les bienfaits et les sympathies il autrui. L'espèce humaine ne formera plus qu'un tout, qu'une unité, qu'une seule ame, pour ainsi dire , et glorifiera son auteur en se rapprochant de lui, de plus en plus parfaite et purifiée.
Tout est prévu par Dieu , en nous, hors de nous . el les nécessités de notre intelligence sont plus impérieuses encore que celles de nos corps. Dans le monde matériel . L'amour ne produit que des effets subordonnés aux propriétés de la matière ;
dans le monde moral, il agit dégagé de tonte entrave, et produit entre les intelligences tons ces miracles d'attraction que nous nommons des affections, et qui sont nécessaires à l'harmonie du tout et au bonheur de chaque être en particulier.
Nous avons rangé l'amour proprement dit dans ce chapitre plutôt que dans le précédent, parce qu'il est encore plus un besoin du cœur qu'un entraînement des sens , et qu'ici , comme toujours, nous avons donné la prééminence à l'élément moral sur l'élément physique.