AMOUR
On peut définir l'amour , considéré comme loi primordiale de la nature vivante , la sympathie qui pousse les sexes l'un vers l'autre , dans le but delà reproduction des espèces. C'est un instinct conservateur, mis par Dieu dans l'intimité de tous les êtres vivants, pour remédier aux ravages de la mort , et pour établir entre tous cette union harmonique qui contribue à la beauté de l'ensemble et au bonheur des individus.
Il existe, dans le monde organique, deux vies parfaitement distinctes : l'une appartient à l'individu et finit avec lui ; l'autre, héritage immortel, appartient à l'espèce et passe d'âge en âge aux rejetons qui naissent successivement. Chacun d'eux a en lui le principe de cette vie continue qu'il a reçue et qu'il doit transmettre ; mais ce principe ne devient fécond et créateur, que par l'union de deux individus pourvus d'organes différents, nécessaires à leur concours dans l'acte de la reproduction.
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Le sexe , dans le sens physiologique , est la différence organique relative aux fonctions génératrices. Dans tout le règne organique, la loi de la sexualité est générale; seulement elle varie parfois dans son mode et dans ses expressions.
11 était peut-être peu important que les sexes fussent réunis ou séparés dans les végétaux, où le besoin de relation n'est pas aussi impérieux que chez les animaux ; cependant les organes sexuels de la plupart des familles végétales existent séparément par moitié d'appareils, chaque moitié sur un individu. Pour des motifs que nous ignorons , quelques rares ex ceptions ont lieu dans certaines familles de plantes et môme dans quelques échelons infimes du règne animal.
Une sympathie secrète et mystérieuse attire les uns vers les autres les sexes différents ; les contraires se rassemblent , les semblables se repoussent. La réunion des deux sexes constitue une unité physiologique, une sorte d'individualité que tous les êtres tendent cà réaliser. Au point de vue de l'espèce , le mâle et la femelle sont comme un seul être; ils se conviennent, parce qu'ils n'ont qu'une même existence physiologique, et que leur constitution et leurs qualités se complètent en se combinant mutuellement. Entre deux êtres du même sexe , au contraire , on conçoit parfaitement qu'il y ait opposition , parce qu'il y a dualité d'existence physiologique, et que chacun des deux êtres, ayant des qualités propres et constitutives, ne peut pas admettre en lui-même deux fois les mêmes choses.
Ces sympathies sexuelles, qui sont peut-être obscurément enfermées pour nous dans le sein de la matière brute, où elles produiraient les affinités et l'attraction, se dégagent à mesure qu'elles suivent les perfections de l'organisme •. dans le \ égétal, elles obéissent à un besoin physiologique pur ; dans l'animal , elles sont de plusexcitées par l'attrait du plaisir; chez l'homme, elles se spiritualisent et deviennent un sentiment de lame en même temps qu'elles sont un besoin de l'espèce et une convoitise des sens.
La reproduction est donc partout soumise à l'union sexuelle, même dans le règne végétal où la vie n'est , pour ainsi dire , qu'ébauchée. Dans ces régions inférieures de l'existence, nous trouvons déjà de vastes sujets d'étude et bien des motifs d'admiration.
C'est pour l'accomplissement de cette fonction si importante que la nature s'embellit chaque printemps, que la main du Très-Haut sème avec profusion sur elle les plus séduisantes beautés. La création entière semble rajeunir : un doux zéphyr chasse du ciel les tristes brumes et les nuages sombres de l'hiver ; la végétation commence ; les campagnes revêtent leur manteau de verdure ; d'odorants parfums se répandent dans les airs. Tout semble se réjouir et se parer comme pour une fête.
Quand la plante va se reproduire, quand une plante nouvelle va réellement sortir de son sein, un surcroît de vie monte en elle avec la sève, et lui donne plus de force et d'énergie. Bientôt elle se couronne de fleurs que la nature sait varier à l'infini , dont elle nuance les pétales de mille couleurs éclatantes. Chose remarquable, c'est au sein de la fleur splendide et embaumée que la génération s'accomplit; Dieu nous montre ainsi que la reproduction des êtres est quelque chose de noble et d'important , puisque pour elle il fait un si riche étalage de luxe et de beautés.
Comme si le plaisir devait palpiter déjà dans ces organisations imparfaites, elles ne sont appelées au grand acte qu'elles accomplissent que quand elles ont reçu leur parure éphémère, qui n'a évidemment d'autre but que d'ajouter à leurs charmes. Alors ont lieu de mystérieuses sympathies ; la plante semble connaître, par un sens plus délié que les nôtres , l'existence d'une autre plante éloignée d'elle ; c'est quelquefois à d'énormes distances qu'elle lui envoie, sur l'aile des zéphyrs, le pollen fécondateur.
Au milieu de cette nature palpitante, tous les êtres sensibles ne tardent pas à s'émouvoir : un secret instinct , qui les
pousse au plaisir, remue en eux les fibres les plus profondes de l'organisation. L'insecte qui rampe dans l'herbe, les gracieux habitants des plaines de l'air , le lion dans ses déserts , les poissons au sein des Ilots, tous ressentent les aiguillons de l'amour , tous s'abandonnent à ses douces voluptés. Aux beautés pittoresques de la nature , se marie le concert qu'élèvent à la l'ois vers le ciel tous les êtres animés. Chacun dans son langage exprime sa reconnaissance et son bonheur.
L'isolement a cessé, les animaux ne fuient plus l'approche de leurs semblables; au contraire, tousse cherchent, se réunissent par couples; la famille se constitue, et bientôt des êtres nouveaux reçoivent le dépôt sacré de cette flamme immortelle de la vie qui perpétue les espèces. Mais l'amour ne tarde pas à s'éteindre en eux. Quand les animaux ont accompli les desseins de la Providence, l'association est rompue; et ces êtres, réunis par le besoin et par le plaisir, n'ont plus rien les uns pour les autres. Ils regagnent leur solitude, dès que le besoin cesse d'exister, et le plaisir de faire sentir ses aiguillons. L'amour chez la brute est une fonction, une jouissance , et rien de plus.
Admirable sagesse du Créateur ! si l'animal eût vécu en société , chaque espèce eût trouvé dans l'association une force imposante et terrible pour les espèces plus faibles. Beaucoup de nos serviteurs les plus fidèles, tels que le chien, le cheval , eussent été réfractaires à la domesticité. Il était donc convenable de limiter pour eux la saison de l'amour, afin d'empêcher l'association continue qui ne devait être permise qu'au roi de l'univers, et ne devait fructifier qu'aux mains de l'intelligence.
Dans l'espèce humaine, deux éléments constituent l'amour : l'élément organique involontaire, qui pousse les sexes l'un vers l'autre par l'attrait du plaisir, dans le but de la reproduction; puis l'élément moral , sentiment libre et réfléchi qui perfectionne le premier , en affectionnant son objet par l'apprécia
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tion de ses qualités. Si l'amour chez l'homme, qui est ira être mixte, à la fois organique et intelligent , manquait à la première condition, la loi de la nature serait violée; s'il manquait à la seconde, la vertu serait détruite. Le corps est fait pour accomplir les actes physiques qui sont dans l'ordre naturel; l'ame, pour sanctifier les actes du corps, en spiritualisant la sensation et en l'élevant ainsi jusqu'à l'ordre moral.
Pour que cette passion soit normale, il faut qu'elle participe de ce double concours et procède de l'homme tout entier. L'amour purement physique n'appartient qu'à la brute , et l'être intelligent nedoitpassevautrerdanslafangeainsiqu'cllc. Ce qu'on nomme l'amour platonique, sentiment dégagé du commerce des sens, ne convient qu'aux pures intelligences, n'est qu'une illusion de notre cœur et souvent l'occasion de bien des chutes. Ce sentiment, rêve doré de l'innocence, séduit tous ceux qui , avec une grande délicatesse , n'ont point d'expérience en amour.
Lorsqu'ils aiment pour la première fois , ils n'imaginent rien au-delà de ce doux commerce des cœurs ; il leur semble môme qu'ils commettraient un sacrilège en y mêlant une pensée charnelle. Les deux amants n'ont encore point senti ces désirs brûlants qui enivrent et qui naissent du besoin de s'appartenir. Etre ensemble, se voir, se parler , ne se rien dire des heures entières ; s'isoler des regards profanateurs du monde , voilà leur bouheur ; une tresse de cheveux échangée , voilà leur trésor. On s'aime lougtemps ainsi avant d'oser se le dire ; enfin la bouche avoue tout bas ce que le cœur dit tout haut, ce qu'on n'ignorait plus, ce que cependant on brûlait d'entendre.
Charme divin du premier aveu , vous qui remplissez l'ame d'une si douce émotion , rayon de bonheur qui descendez du ciel, nous ne vous décrirons pas. Vous avez des mots trop pleins d'harmonie pour que la voix les répète. Heureux qui put les dire! plus heureux mille fois qui put les entendre ! il s'agenouillera saintement devant leur souvenir, resté comme
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un ('■clin dniis son cœnr. C'est une fleur tombée des lèvres d'un ange, et qu'il a ramassée; fleur qui n'est pas de la terre el qui parfume foule la vie.
Mais, hélas ! l'amour est une flamme qui brûle les ailes de l'innocence et fait retomber dans ses liens matériels le cœur qui s'est envolé vers les cieux. Notre pauvre nature est esclave des lois physiques; nos pensées les plus pures ont les sens pour organes , et quand deux âmes se confondent , les sens ne tardent pas à le faire aussi.
L'amour platonique est le commencement, la Heur , pour ainsi dire, de l'amour, de laquelle émanent des parfums impalpables, mais qui porte en germe dans son sein des fruits maté riels , parfois amers et grossiers. I5ie;i souvent il n'est qu'une trompeuse amorce, qu'un mensonge de l'esprit tentateur qui jette un voile d'innocence sur les dangers de la vertu.
Souvent on a confondu la galanterie avec l'amour, surtout dans le siècle dernier. Les auteurs les plus recommandables, Larochcfoucault, par exemple , ont commis cette erreur imputable au temps et au milieu dans lesquels ils vivaient.
La galanterie n'est que l'amour brutal et égoïste revêtu du vernis de la civilisation ; c'est la débauche polie et maniérée des hommes de bonne compagnie. Elle vise à séduire et à jouir plutôt qu'à se faire aimer; elle désire les sens plutôt que le cœur ; elle préfère la beauté physique aux qualités de lame L'amour est dévoué, profond, exclusif; la galanterie est astucieuse, superficielle et banale.
L'homme galant adore toutes les femmes et n'en aime aucune; il met aux pieds de toutes ses hommages empressés et ne leur ferait pas le plus petit sacrifice. Regardant le plaisir comme la loi suprême, l'amour sentimental et dévoué comme une faiblesse , la femme comme nu instrument créé pour ses jouissances, il n'a de moins que le libertin qu'on méprise, que l'étalage effronté de sa dépravation. Occupé suis cesse à augmenter la liste de ses conquêtes, songe-t-il un instant aux
larmes, au desespoir de celle qu'il aura séduite? Cette jeune fille aux pensées naïves d'innocence , à la pureté angélique , va-t-il froidement dresser contre elle le plan de ses fourberies, faire sa voix douce et flatteuse , mettre le mensonge et l'hy pocrisic dans sa bouche et dans son regard ? Pourquoi non ! Ce sera le plus beau de ses triomphes; cette jeune fille, elle aussi, a des sens, elle ne sera que trop heureuse si on l'initie aux secrets du plaisir. Mais son honneur, sa réputation, son avenir, oh ! n'y songez plus; le séducteur a souvent la vanité d'afficher ses succès, peut-être a-t-il mis déjà l'orgie de moitié dans ses confidences. Qu'importe que les mille voix de la médisance aient crié la honte de l'infortunée ! ne l'a-t-il pas oubliée déjà ?
Pour nous, la galanterie c'est du libertinage; il ne faut pas craindre de donner aux mots la signification des choses. Toutes ces galanteries de la Régence , tous ces amours furtifs de grands seigneurs et de princes , que chantaient les poètes de l'époque, n'étaient que de honteuses débauches dans les salons du grand monde , et ailleurs un infâme et scandaleux impôt payé par la misère à la fortune , par l'innocence du peuple aux vices de ses maîtres.
Les causes de l'amour sont ou générales et hors de l'individu, ou particulières et dans l'individu même.
La première de toutes, celle qu'on peut considérer comme sa source , c'est , ainsi que nous l'avons dit , cette loi primordiale de la nature , qui commande à tous les êtres de transmettre la vie qu'ils ont reçue , cet instinct qui comble les vides que fait au milieu de nous la faux du temps. Il n'est pas un être vivant qui ne porte en lui-même une étincelle du feu sacré où s'allume incessamment l'existence ; il n'est pas une créature humaine qui n'ait été faite pour éprouver les besoins et les sentiments qu'il fait naître. Mais, comme toute fonction, comme en un mot tout ce qui tient à l'homme, l'amour atteint sa plus grande perfection chez les êtres les plus parfaits dans
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l'espèce. Comme sentiment, il puise les éléments de sa force dans la puissance de lame; comme fonction, il les puise dans L'énergie de l'organisme. C'est de l'harmonie de lame et du corps qu'il jaillit , capable de répondre aux desseins du Créateur, relativement aux besoins de l'espèce et au bonheur de l'individu.
L'homme n'est appelé par la nature à payer sa dette à l'amour que quand son organisation s'est formée , qu'elle a acquis le plus haut degré de beauté, d'énergie, dont elle est susceptible. Il était sage qu'il en fût ainsi dans l'intérêt de l'espèce. Plus le tronc d'un arbre est puissant et vigoureux , plus ses tiges s'élancent vivaces et nombreuses. Dans l'enfance, aucun des organes n'a encore atteint son développement normal ; les os sont en grande partie cartilagineux; les organes génitaux presque rudimentaircs ; le corps tout entier n'a point la vigueur nécessaire aux fonctions de la reproduction. Les incitations des sens sont nulles, et les désirs, endormis dans le fond du cœur , attendent pour s'éveiller , que les phénomènes de la puberté s'accomplissent.
C'est à cette époque seulement , plus précoce chez les jeunes filles que chez les jeunes garçons , que s'allument à la fois les feux du désir et la concupiscence des sens. Dans nos climats tempérés , c'est de treize à dix-sept ans environ que les femmes deviennent pubères; les jeunes gens ne le sont ordinairement qu'après quinze ans. Dans quelques cas exceptionnels , la nature se montre plus tardive , d'autrefois plus hâtive dans ses opérations.
Dans les villes où il semble que les hommes vivent plus vite qu'ailleurs, où ils ressemblent à des plantes qui reçoivent une chaleur factice , la puberté est plus précoce que dans les campagnes , où généralement l'esprit et les sens ne sont point soumis aux mêmes incitations. Il n'est pas rare de rencontrer dans les villes, des enfants qu'une débauche prématurée du cœur a portés a abuser de leurs sens, et qui
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ont devancé , dans leur accroissement maladif et avorté , les intentions de la nature.
La saison de l'amour est en quelque sorte le printemps et l'été de la vie; la nature en a sagement limité la durée. Commençant après l'enfance , elle finit avec l'âge mûr. L'enfauce prépare l'homme à la vie ; la vieillesse le prépare à l'éternité ; toutes deux devaient jouir du calme nécessaire à l'importante mission qui leur est confiée.
Les femmes sont moins longtemps aptes aux fonctions génératrices que les hommes. La faculté de concevoir dure chez elles trente ans environ. Ainsi celles qui sont susceptibles d'être mères à quinze ans , cesseraient de l'être à quarantecinq. Pour quelques-unes , ce terme est plus éloigné, bien plus rapproché pour d'autres. Les hommes perdent beaucoup plus tard la faculté d'engendrer. C'est ordinairement de cinquantecinq à soixante ans que cette puissance leur est enlevée. Chez les uns et chez les autres, les désirs meurent la plupart du temps avec l'aptitude aux fonctions génératrices. Cependant, il arrive parfois que la volupté remue encore des sens frappés d'impuissance. C'est la punition de ceux qui n'ont pas usé sagement des plaisirs de l'amour , et qui se sont abandonnés à la débauche de l'esprit.
Dans les climats glacés du Nord, la puberté est bien plus tardive que dans nos régions , beaucoup plus surtout que dans les contrées méridionales , où elle se montre parfois dès l'âge de onze à douze ans. Les femmes du Nord sont bien plus longtemps que celles du Midi capables de concevoir.
C'est au printemps de la vie que l'amour existe dans sa plus grande pureté. Les jeunes gens aiment avec le cœur autant et plus qu'avec les sens. Le premier amour surtout, entièrement platonique, laisse dans l'ame un souvenir embaumé d'innocence et de poésie. C'est à cet âge que l'on s'inspire de toutes les pensées généreuses, de tous les dévoùnients. On est heureux d'un regard, d'une parole; on fait de la personne aimée une véritable divinité qu'on entoure de respect et d'adorations.
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L'enfant qui de\ ient homme , qui entre dans la période cri tique de l'adolescence et de la puberté, sent s'accomplir en lui des phénomènes moraux en rapport avec son développement physique. A son aimable gaité, pleine d'insouciance,
a succédé une rêverie profonde. Au lieu de ces jeux folâtres, de ces courses \agabondes et sans but avec ses bruyants compagnons d'enfance, il cherche la solitude et l'ombrage. On dirait qu'il se prépare, dans le repos et la méditation, à la vie nouvelle où il va entrer , ou qu'une voix intérieure lui l'ait en secret des révélations importantes sur son avenir.
La nature l'habitue aux sentiments tendres , par une douce rêverie , par l'amour des beautés qu'elle renferme. Il aime à s'égarer dans les campagnes ; un beau site le charme et l'enchante, tout lui semble resplendissant; les objets lui apparaissent sous un aspect nouveau. Les soupirs du vent dans les feuilles, les murmures de l'onde frémissante, les vols d'birondelles, les ebants d'oiseaux, tout est plein d'ineffables harmonies qui l'enivrent.
La poésie est à ses yeux le seul langage digne de l'homme ; c'est sur ses ailes qu'il envoie aux éebos les premiers soupirs de son cœur, les premiers rêves de son âme, comme la note inquiète et tremblante qui prélude à d'ineffables concerts.
Un instinct secret, un sentiment intime de sa force et de sa puissance , lui disent qu'il est fait pour de grandes eboscs. Lesquelles?. . Il l'ignore; mais il a des moments de douce exaltation, de uoble fierté, et puis des découragements et des prostrations de cœur inconcevables. Il est heureux et il souffre; tout se confond en lui; il sent comme des bouffées déplaisir et des suffocations de tristesse et de larmes. Il a des pensées qu'il voudrait direct qu'il n'ose dire, des besoins d'épanchement que ni son père, ni sa mère n'entendront. Qui donc? C'est là qu'est le mystère. Quelqu'un d'inconnu, une forme enchanteresse d'angélique créature , qui n'est pas de ce monde, et que lui seul a rêvée.
Dans ses promenades solitaires, dans un salon, a l'église .
s'il voit passer ou s'il entend une blonde et douce jeune fille aux traits séraphiques , à la taille aérienne, un rayon d'amour s'épanche de son cœur, l'éclairé et l'illumine tout entière. Pour lui la voilà belle , radieuse et divinisée. Sur sa tète viennent se reposer tous ses rêves , toutes ses créations idéales. Il lui fait un temple dans sa pensée, la lui consacre entièrement. L'aimer ainsi sans qu'elle s'en doute est un bonheur qui lui suffit. Son cœur demandait l'énigme de ses tourments et le but de sa puissance d'aimer; maintenant qu'il les possède, il lui semble avoir assez pour être heureux.
Pourtant cette jeune fille, qu'il décore ainsi de toutes les créations de son imagination , l'aime-t-il bien réellement ; ou plutôt , n'est-elle que l'idole aux pieds de laquelle il sacrifie à l'amour qui tourmente son propre cœur, et aux illusions qu'il enfante? Nous pensons qu'il en est ainsi, car toute autre femme produit sur lui une impression qu'il ne peut dominer ; il rougit , il se trouble , il balbutie ; il éprouve à la fois du bonheur, de l'embarras et comme de la honte. 11 aime la femme sans en aimer précisément aucune. Celle en qui il a placé ses rêves , ses illusions , ses espérances , n'est qu'un canevas sur lequel travaillent ses pensées errantes.
Plus tard , dans l'âge mûr , l'amour , comme toutes les passions, est positif. Il se matérialise. On cherche plutôt des jouissances que des affections; on se laisse davantage aller aux entraînements des sens. Dans la vieillesse , quand on trouve encore le feu du désir sous les glaces de l'âge, ce u'est plus de l'amour, c'est du libertinage.
Les sexes sont la cause de nombreuses différences dans l'amour. Les hommes sont plus portés aux plaisirs des sens que les femmes. Ils semblent faits pour éprouver le besoin; elles, le sentiment.
Chez la femme, l'éducation du cœur est bien plus précoce. Elle n'a pas d'avenir à créer par le travail , pas de carrière à embrasser, à étudier. Elle est la reine de ce monde , et, comme toutes les reines, elle n'a qu'à jouir. Ce ne sera pas sur elle
que posera le soin dos affaires. Aimer , voilà sa destinée ; Être aimée, est sa seule ambition. In secret instinct lui dit quel empire lui est réservé , quelle influence elle doil exercer sur
l'homme. A peine est-elle sortie du berceau que déjà cet instinct s'est révélé. Coquette par nature et sans art, elle a de petits airs attrayants, des agaceries provocatrices, des préférences qu'elle fait valoir.
Déjà certaines expressions ont pour elle une signification révélatrice de tout un avenir. Amour, mariage, enfants, voilà les mots prestigieux qu'elle adore sans les comprendre , qu'elle couve dans son cœur, qu'elle entoure des plus délicieuses espérances.
Mais tout est mystérieux et indécis dans son ame. Il n'est pas étonnant qu'il en soit ainsi ; elle n'est pas en contact avec les réalités de l'existence ; on l'éloigné de tout ce qui pourrait instruire le cœur par les sens, de sorte que toutes les idées lui arrivent vagues , indéterminées , jamais revêtues de formes réelles. Elle ne laisse errer ses désirs , ses espérances, que dans le monde idéal. Aussi rien de pur, d'aérien , d'angélique comme les rêves déjeune fille. Séraphins, qui rasez du vol la fange de la terre ; natures éthérées, qui ne vous souille! jamais de son contact, qui dira si l'amc de la femme n'a pas comme vous reçu des ailes? Faite pour aimer, n'est-elle pas plus que nous destinée à vivre des choses du ciel et du parfum de celles de la terre ; les réalités de notre monde matériel ne sont-elles pas quelque chose de trop grossier pour elle ?
A nous, l'intelligence qui comprend les choses de la science; à elle, l'intelligence du sentiment; elle en possède l'ascétisme. L'homme s'arrête à la forme matérielle qui est en rapport avec le besoin ou le plaisir : elle, s'élance au-delà des bornes que nous voyons, de celles que la réalité détermine. Dieu la douée d'une puissance de cœur qui l'emporte sur des ailes diaphanes, pour l'enivrer sans cesse de visions ascétiques d'émotions intimes et mystérieuses, de projets d'avenir .
de rêves enchanteurs, voilés pour nos yeux de chair et de sang.
Quand la puberté s'accomplit chez la jeune fille , il s'opère dans son être moral une transformation étonnante. Ce n'est plus cette enfant vive et légère , qui vous égayait naguère par ses jeux et ses ris. Vous ne la voyez plus folâtrer et prendre ses ébats. Tout à coup elle est devenue d'une extrême timidité : voyez quelle rougeur subite monte à son front et vient empourprer ses joues; comme son regard est craintif, inquiet et baissé. Comme elle est soucieuse maintenant !
Ah ! si elle pouvait aller rêver dans les bois sombres , près des fontaines jaillissantes et limpides; si elle pouvait aller sur la colline surprendre le lever de l'aurore; ou le soir, glissant légère et mystérieuse comme une ombre qui passe , venir s'asseoir au bord du lac quand la brise embaumée fait serpenter la vague, quand les arbres murmurent, qu'un dernier rayon de lumière vient dorer la cime des monts, comme toutes les harmonies de son cœur se marieraient à ces harmonies de la nature ! Comme au mi'ieu de tous ces êtres qui élèvent vers Dieu le parfum de leur existence, pauvre enfant , elle dirait , s' agenouillant et regardant l'avenir : Quels mystères vont donc s'accomplir en moi , que des pressentiments agitent , que de secrets tressaillements font trembler, qui suis heureuse et qui pleure ! Pourquoi donc mon cœur est-il vide à présent , a-t-il des désirs incompris de moi-même , et quoi donc pourra le remplir? Et puis du sein de Dieu descendrait dans le cœur de l'enfant qui prie, une révélation muette pour l'esprit , car Dieu ne parle aux femmes que dans leur cœur. Quand la vierge demande « comment cela se fera-t-il, » l'ange répond , « parce qu'il n'y a rien d'impossible à Dieu. » « Je suis la servante du Seigneur, dit-elle alors, que votre parole a s'accomplisse en moi. » Heureuses, vous qui sentez sans comprendre; la sainte pudeur vous couvre de ses ailes, et rien d'impur ne souille la source de 1 humanité.
Les hommes ne sont pas susceptibles d'arrh er à la délica-
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tessc de sentiment qui existe chez les femmes. Toujours chez eux quelque chose de charnel mêle son élément grossier aux plus pures affections. Quand one femme a donné son cœur, elle se contenterai! très volontiers de ce doux commerce des
âmes OÙ les sens ne sont pour rien. Pour les hommes, il D'en est point ainsi : quelque .sainte et poétique que soit la femme aux pieds de laquelle ils jettent leur encens, ils la l'ont tôt ou tard descendre de son piédestal, lui arrachent peu à peu son voile d'innocence, son auréole, sa pureté; leur amour pour elle se matérialise et souvent la dégrade. Si l'homme et la femme ne l'ont, comme on l'a dit, qu'un seul être, le premier en est le corps, la seconde en est le cœur.
Pour l'homme, l'amour est une distraction , un besoin, une des mille alla ires de la vie. Pour la femme, c'est tout, c'est la vie tout entière. En dehors de ses affections , il a les ressources de l'ambition, de la gloire, du travail; elle, en dehors des siennes , n'a plus rien que le désespoir et l'isolement.
Les tempéraments modifient souvent l'amour dans les deux sexes. Considérons d'abord l'influence qu'ils ont chez l'homme, nous les étudierons ensuite chez la femme.
L'homme au tempérament dit sanguin, dont les formes arrondies, la coloration animée , le regard doux et azuré nous rappellent les t\ pes de la statuaire grecque, ressent à un haut degré les aiguillons de l'amour physique. Généralement doué d'un esprit mobile et léger, peu susceptible d'impressions durables, il n'a pas de constance , partant , pas de chagrins en amour. C'est le séducteur, né du beau sexe qu'il chai nie par sa bonne mine, ses façons engageantes, sa parole éloquente et persuasive, son regard doux et bon, ses allures branches et loyales. Son excessive propension au changement le rend incapable de fixer son cœur. Plus son ardeur est brûlante , plus elle s'éteint vite. L'amoureux de ce caractère ne connaît de L'amour que les plaisirs et les jouissances; il ignore >cs pleins, SCS jalousies , ses fureurs. Il quitte une amante
adorée naguère, comme il sort d'une conversation. Natures heureuses pour elles-mêmes, que Dieu fit pour cueillir les roses de l'existence, sans presque jamais en sentir les épines ; mais natures malheureuses pour autrui , à qui elles laissent les larmes , les chagrins et le désespoir.
Le bilieux , ce héros de l'école romantique et du drame moderne, est tout l'opposé de l'homme au tempérament sanguin. Doué d'une physionomie mâle et expressive , tout manifeste en lui la passion énergique et durable. Ce n'est pas Inique les femmes appellent un bel homme , et cependant elles le préfèrent. Il les domine par sa puissance; elles sont en quelque sorte entraînées à l'aimer. C'est en lui qu'elles trouvent l'amour vrai, durable. C'est l'homme de ce tempérament qui brave les obstacles , détruit les impossibilités, fait toi; s les sacrifices, ne recule devant aucun dévoùment. Mais il faut qu'on lui rende ce qu'il donne. Il attend un amour semblable en retour du sien. Il veut être aimé pour lui-même, et préfère le cœur aux sens. Sa jalousie est lente à naître, parce qu'il a confiance; mais elle est intense comme toutes ses passions ; elle traîne à sa suite la colère , le sombre désespoir et toutes les vengeances. C'est en lui que nous choisirions le type de l'amour avec son bonheur et ses larmes, ses jouissances et ses tortures } ses sacrifices, ses nobles dévoûments et sa fidélité.
Le mélancolique apparaît ensuite avec ses soupirs et son air d'infortune. Il est pâle et grêle ; sa faiblesse physique imprime à son ame une extrême défiance d'elle-même et de sa puissance. A lui, l'ascétisme de l'amour , ses rêves et ses créations pastorales. A lui , le bord des ruisseaux et les sentiers ombreux et déserts. A lui , le culte de la beauté , qui le dédaigne , ne le connaît pas ou ne le connaîtra peut-être jamais. 11 n'ose faire un aveu à une femme ; mais en revanche il en fait ta la brise qui passe, au nuage qui vole ; il confie aux échos ses accents plaintifs. Il inscrit sur le tronc des arbres le nom de celle qu'il adore , fait des vers en son honneur , lui consacre toutes ses pensées , n'aime qu'elle au monde ; mais il prend
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la fuite à son approche. L'amoureux de cette sorte est à plaindre; c'est une ame qui gémit de l'insuffisance de l'organisfttioo physique. Les femmes le recherchent peu, de là ses larmes et ses chagrins. La fidélité est iunée en lui , car il a peu de désirs ; et s'il arrive qu'il trouve nue femme qui l'aime, il a trop peu de chance ailleurs pour la quitter jamais.
Le lymphatique , doué d'une constitution molle et blafarde, est peu porté à l'amour; il l'éprouve à peine comme besoin physique, comme sentiment, il ne le comprend pas. Il est trop ami de sa tranquillité pour s'aventurer sur la mer orageuse des passions. 11 n'en connaît ni les inquiétudes ni les plaisirs. Il aime sincèrement, mais toutes ses affections sont jetées dans le même moule. Ne lui parlez pas d'amour malheureux, déjàlousie, de soupirs et de larmes. Il a le dédain le plus profond pour toute espèce de passion vive. S'il ne s'écarte pas de la ligne de ses devoirs , ce n'est pas par amour de la vertu ou par haine du vice, c'est qu'il est naturellement ennemi des extrêmes. II juge sévèrement ceux que l'amour égare, et ne comprend pas ce qu'il nomme leur démence. Il apprécie tout au point de vue de l'utilité. C'est lui qu'on nomme dans le monde un homme raisonnable. Trop d'embonpoint, quand il se manifeste chez des individus d'un autre tempérament , les modifie souvent au point de les rendre, comme les lymphatiques, incapables d'aimer, ou du moins très indifférents pour tout ce qui tient à l'amour.
Chez les femmes, les mêmes différences ont lieu, mais d'une manière moins vive et moins marquée; leurs tempéraments ne sont pas aussi tranchés que chez les hommes. Les femmes sanguines, lymphatiques, sont peu faites pour éprouver l'amour. Chez elles , les sentiments sont fugaces et peu profonds. Il n'en est pas ainsi chez la brune, hardiment organisée : ses yeux noirs et perçants, ses traits expressifs, ses poses voluptueuses, tout en elle indique les passions ardentes. Son amour est durable, emporté, jaloux. Il brave les obstacles, il les attaque et les renverse 11 est égoïste et veut des jouissan-
ces. Contrarié, méconnu ou trompé, il s'emporte et se venge. Sa colère éclate en supplications et en menaces. Le fer et le poison viennent à son aide, car elle ne recule pas devani la vengeance audacieuse ou perfide. L'amour, chez elle, est un torrent dont la violence est redoutable. Si vous voulez être aimé, adressez-vous à elle; mais, si vous voulez aimer, à la blonde pleine de tendresse et de sensibilité. Sa beauté a moins d'éclat pour l'œil , mais elle plaît au cœur ; elle a davantage ce qu'on aime ou ce qu'on rêve dans une femme. Voyez son visage, doux et sentimental, ses yeux humides et craintifs, sa complexion délicate, sa taille svelte et brisée, ses chcveiixblonds, qui la baignent, sa peau blanche et fine où domine l'élément nerveux. Tout en elle respire la tendresse, la sensibilité, la prière. Il semble que sa faiblesse appelle aide et protection. Seule, elle ressemble à la liane élégante, s'élevant sans appui dans l'air. Isolée, il lui manque quelque chose, elle est incomplète. Mais aussi voyez la près de celui qu'elle aime; elle semble se confondre en lui, elle devient radieuse de bonheur; toutes ses facultés s'épandent et s'épanchent. Il s'exhale d'elle comme un parfum d'amour. Quand elle aime, elle ne se réserve rien ; elle est entièrement dévouée. Il lui faut ' peu de chose pour être heureuse : un mot, une caresse , un regard, la font frissonner; mais un soupçon la rend malheureuse ; elle a des larmes et des soupirs inépuisables, des prières et des reproches ineffables de tendresse. Elle est constante dans ses affections , qui sont tout pour elle.
C'est chez les femmes de ce tempérament que l'amour est un feu qui consume. C'est chez elle qu'on trouve ces anges voyageurs parmi nous , que Dieu jette un jour sur la terre, et qui meurent. Délicieux instruments d'harmonie humaine, qui résonnent à tous les vents, à tous les soupirs d'amour, mais qui s'usent, hélas! trop vite. Ce sont elles qui tombent soin ml avec les feuilles d'automne, qui disparaissent comme un parfum qui s'exhale, comme un bruit divin qui s'éloigne. A elles, les joies purement senties, des sympathies pour tout ce qui
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souffre, mais aussi des douleurs que le monde ne comprend pas , des chagrins ignorés qui passent dans les veines comme un acide, et brûlent la vie à sa source.
Après ces considérations, qui comportent des détails attrayants, puisés dans l'ordre moral, nous sommes forcés de descendre dans dos régions inférieures, et d'examiner l'influence des choses matérielles sur l'amour. L'ame et le corps étant unis, les pensées et les sentiments se trouvent sans cesse en contact avec les besoins les plus grossiers.
L'alimentation est une cause dont l'influence se l'ait sentir au plus haut degré par rapport à l'amour. Ceux qui mangenl beaucoup, qui font usage de viandes succulentes, de vins généreux, sont plus portés que d'autres aux jouissances des sens. Ceux, au contraire, qui vivent de peu . qui se nourrissent de végétaux, sont moins esclaves de leurs sens. Mais, chose remarquable, tandis que les premiers, grossiers et matériels. n'éprouvent que des besoins physiques, les autres sont en proie aux tentations incessantes de l'imagination. Les moines, les cénobites , les personnes convalescentes, tous ceux, en un mur, chez lesquels le corps est affaibli, sont tourmentés par les sollicitations de leur cœur et les convoitises de leurs sens.
Le froid dispose a l'amour physique , la chaleur aux affections sentimentales, et à la débauche qui naît de la dépravation de l'esprit plutôt que de l'abus des organes. L'Asie est la terre classique de la volupté, et toutes les créations erotiques des poètes ont été enfantées dans des régions telles que la Grèce et l'Italie. Lame se dilate, et le cœur s'ouvre aisément aux émotions douces, sous un ciel embaumé, an sein d'une nature enchantée, où tout charme les sens. Dans les frimats du Nord , le corps acquiert une grande vigueur, mais rien ne vient flatter l'imagination , qui reste froide el glacée, comme les tristes contrées qui s'offrent à sa vue. Mahomet n'eût point été écouté des rudes habitants de la Russie , en leur promettant les voluptés de son paradis, ses bosquets, ses frais ombrages el ses
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ravissantes houris. Il eût mieux réussi en faisant appel à leur intempérance, à leur amour de la bonne chère.
L'amour, comme presque toutes les facultés humaines , languit ou meurt au sein de l'esclavage. La liberté , qui vivifie le monde, la morale et la religion , qui le conservent et agrandissent la sphère de la pensée humaine , sont les hôtes au milieu desquels il aime à fixer sou séjour. Il fuit la tyrannie, qui le dégrade et le matérialise. C'est seulement dans nos civilisations chrétiennes qu'il a pu atteindre la dignité dont il était susceptible , en se développant sur le type sacré du bien , du vrai, dont elles lui offraient le modèle ; c'est là seulement qu'il est arrivé à la hauteur de son but et de ses devoirs.
Les relations fréquentes qu'ont les hommes entre eux, les fêtes, les bals, les spectacles , contribuent beaucoup à les initier à cette passion. C'est surtout chez les habitants des villes que les influences de cette nature se font sentir. L'isolement des habitants des campagnes, l'absence de tout ce qui peut allumer le cœur par les sens et par l'imagination, les tiennent à l'abri des atteintes violentes de l'amour. La mollesse des premiers, le luxe dont ils s'environnent, le désœuvrement de leur existence , tout favorise en eux la passion, contribue à la faire naître et à la nourrir. L'activité d'une vie laborieuse et dure, tient le cœur fermé chez les seconds, et laisse peu de temps aux rêveries dont l'amour s'alimente.
Presque jamais , pour nos paysans , l'amour n'est au Ire chose qu'une union utile qui leur donnera une ménagère et des enfants. Quant à ce qui constitue le sentiment, ils y demeurent complètement étrangers. Point de soupirs ni de larmes, point de peines morales ; pas de dévoûment pour l'objet aimé. Ils débattent le prix d'une femme comme celui d'un morceau de terre. Les idées qu'ont sur la beauté les hommes de cette classe, sont directement opposées à celles que nous nous en faisons. Ce qui la constitue, à leurs yeux, c'est la force du corps, la grosseur des membres. La chose la plus flatteuse qu'on puisse
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dire à une paysanne, c'est de la féliciter sur son embonpoint.
L'éducation est une des causes qui influencent le plus directement la passion dont nous parlons. Souvent les jeunes gens, habitués de bonne heure aux émotions continuelles qu'ils rencontrent partout dans la vie, au bal , au théâtre, sont blasés sur les plus doux, sur les plus tendres sentiments. À peine adolescents, ils ont le cœur usé ; plus rien ne le réveille et ne le touche. Ils calculent froidement les éléments du plaisir; ils sont voluptueux et débauchés sans avoir jamais éprouvé les douces jouissances de L'amour. L'excessive liberté dont ils disposent, est pour eux une source de dépravation morale, et souvent de débauches physiques. Mais s'ils sont issus de parents sages et prudents, qui veillent avec sollicitude autour d'eux, qui leur inspirent l'amour des choses saintes, et tournent leurs facultés vers l'étude , ils gardent toujours l'innocence et la pureté du cœur, source des plus ineffables jouissances que l'homme puisse éprouver.
La jeune fille, assujettie par nos usages et par nos mœurs à une surveillance continuelle, n'est point exposée aux mêmes dangers. C'est, comme nous l'avons dit, dans l'intimité de son coeur que la nature lui révèle sa destinée; rien d'étranger ne vient l'instruire. Assidue près de sa mère , elle ignore comment le monde prostitue les plus nobles sentiments; elle garde la virginité de ses pensées et la candeur de ses illusions.
Nous ne parlons ici que des jeunes filles d'un certain rang. Malheureusement celles des classes pauvres, qui sont abandonnées à la seule garde de leur sagesse, appelées tous les jours par leurs professions au milieu du monde, sont vite dépouillées de la virginité de lame. Elles gardent la chasteté du corps , et presque toutes ne font consister la vertu qu'en cela seulement.
Tantôt l'amour s'empare brusquement du cœur, tantôt il s'y glisse furtivement el peu à peu. Ces) nn aigle qui fond sur
sa proie, ou bien un serpent qui vient la surprendre. Souvent
il naît d'un regard; il ressemble à l'étincelle électrique qui répand tout-à-coup l'incendie. C'est une sympathie magnétique qui s'établit entre les âmes, sans que la volonté, l'intelligence, y soient pour rien. Parfois on dirait que la beauté répand dans l'air des vapeurs qui donnent le vertige et troublent l'économie entière, car l'amour est un délire de toutes les facultés.
Quelquefois il naît lentement au sein d'une douce intimité, il s'insinue avec adresse et timidité. Il a mille formes diverses pour se rendre maître des cœurs. Il déjoue nos plans et nos projets, se rit de nos résolutions. C'est, comme on l'a dit, un Dieu insensé qui jette au hasard d'inévitables flèches, qui blessent les fous et les sages , qui atteignent les fronts couronnés de jeunesse et ceux que les ans ont blanchis. Nul n'échappe à ses coups , tôt ou tard il faut éprouver son empire. En vain le cloître enferme-t-il sous ses lourds verrous les vierges timides , rebelles aux vœux de la nature, en vain le cénobite livret-il son corps aux macérations les plus rigoureuses , l'amour qu'exaspèrent les obstacles , semble se faire un plaisir de les attaquer, et ses tentations les plus dangereuses viennent parler au cœur dans le silence de la cellule, et jusqu'au pied des saints autels. Il faut alors pour le vaincre , emprunter la force et les secours d'en haut.
Il est rare qu'on s'aperçoive de sa présence, sans être en même temps surpris de se trouver enlacé de toutes parts dans ses liens. Il ressemble à la flamme longtemps cachée, qui s'élance tout-à-coup décelant un vaste incendie. Sa marche est insidieuse comme celle du voleur nocturne; quand il se montre, c'est qu'il est maître de sa victime.
Celui que l'amour domine , est en proie aux symptômes physiques et moraux les plus caractéristiques pour un œil observateur.
Au nom de la personne aimée , la rougeur monte au visage, la langue balbutie , la contenance est embarrassée , la respiration gênée et comme suffocante. Un tremblement subit, une
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défaillance invincible, maîtrisent l'organisme. D'un autre côté, les bizarreries les plus extraordinaires ;e font remarquer dans le caractère. On n'aime plus le travail ni les choses sérieuses ; l'esprit toujours en proie à de vagues rêveries, ne songe plus aux affaires; on devient tantôt taciturne et tantôt gai jusqu'à la folie. On aimait la solitude, on la fuit; on la fuyait , on la recherche. Les personnes les plus chères deviennent insupportables. Tout ce qui tient aux soins matériels de l'existence, est l'objet d'un profond dédain. La fortune, l'ambition, la gloire, les plaisirs de toutes sortes, n'ont plus aucun attrait. On se montre dur envers ses parents, on manque d'égards à ses supérieurs; les déférences qu'on leur doit, semblent tyianniques; on oublie même jusqu'à ses devoirs envers ses propres enfants. On quitte ses amis, on délaisse ses proches , on renonce, autant qu'il est possible, à tout ce qui n'est pas l'objet aimé.
Quand l'amour est depuis longtemps maître de l'individu , il inscrit dans l'organisation les traces profondes de son passage. Les yeux deviennent caves et cernés, les traits amaigris s'allongent, les regards sont fixes on hagards. Le pouls accéléré, tumultueux, dénote la gène de la circulation. La respi ration est profonde , de fréquents soupirs se font remarquer. La digestion s'opère mal , l'estomac devient quelquefois le siège d'une vive douleur. Des rêves agitent le sommeil, parfois l'insomnie vient augmenter la longueur des nuits. La fièvre s'empare de l'économie; le marasme et la phthisie peuvent même conduire au tombeau les malheureuses victimes de l'amour.
De toutes les passions que Dieu a mises dans le cœur de l'homme, il n'en est pas qui soit plus puissante que l'amour. Toutes sont soumises à son empire et se fout ses esclaves ; il n'est pas de royauté plus despotique que la sienne, pas de volonté plus inflexible pour marcher à son but Rien ne l'arrête, rien ne lui résiste : partout il trouve des moyens . nulle part des obstacles. 11 gouverne à son gré celui dont il
s'empare, soit qu'il présente à ses lèvres la coupe embaumée du bonheur, soit qu'il l'abreuve, triste et pitoyable victime, de l'amertume, de ses déboires, le perce des aiguillons de ses plus poignantes douleurs.
L'ame et les sens lui obéissent : tantôt il les enivre de ses jouissances, tantôt il les soulève et les bouleverse comme l'ouragan fait les vagues. Il répand en eux le plaisir et la joie, il les berce dans l'espérance, les endort dans la félicité. Puis il les réveille dans le désespoir, les plonge dans la noire jalousie, les livre aux fureurs de la colère. Passion à la forme changeante, aux couleurs indécises, plus capricieuse que Protée, belle et suave comme le ciel , et mauvaise comme l'enfer ; nul pinceau ne peut la saisir et la rendre, nul langage ne peut la suivre dans le dédale de son vol.
A elle seule appartiennent les dévoùments sans bornes et l'égoïsme le plus aride; elle immole tout à l'objet aimé, fait pour lui les sacrifices les plus sublimes ; d'autrefois elle le fait le jouet de ses caprices et de ses jouissances. Pour ses satisfactions, elle le rend esclave et malheureux, elle poursuit son bonheur à elle, même à travers les larmes qu'elle lui fait répandre et les tortures qu'elle lui fait subir.
A elle, d'élever l'homme et de le grandir jusqu'au ciel, mais aussi de l'abaisser jusque dans la boue de la matière, d'élever à Dieu son ame sur des ailes diaphanes qu'elle emprunte aux anges, mais aussi de le précipiter dans le mal et dans les plus hideuses profondeurs du crime.
A elle donc, le crime et la vertu , la prière et le blasphème , le feu, le fer et le poison. A elle, les angéliques pensées, les rêves mystérieux et suaves de l'innocence, et puis les horribles instincts , les effrayantes conceptions de la plus profonde perversité.
L'amour donne accès dans le cœur aux choses les plus opposées, il y réunit ce qu'on croyait incompatible. Doué d'une susceptibilité sans bornes, la moindre chose le blesse et l'offense; une apparence, un doute, le font entrer en fureur ou
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lui arrachent dos larmes, el cependant il n'est rien qu'il ne pardonne et qu'il a'oublie. C'est le tyran le plus ombrageux de tous, el le plus porté à la miséricorde et au pardon. 11 s'alimente de ce qui en apparence devrait L'affaiblir ou L'éteindre : Les soupçons, la jalousie, les rigueurs, les caprices, lui donnent plus de force et d'énergie. Après la plus violente tempête, le calme renaît, et la vague apaisée, caresse la rive qu'elle couvrait naguère de son écume. Jamais deux amants ne sont plus pies des douces promesses d'amour, des serments d'avenir, des tendres caresses, que quand la colère les anime et que leurs bouches prononcent L'abandon et l'oubli. Il u'est pas de mer pi as sujette à être battue des vents, pas de ciel plus incertain.
Tout semble lait pour introduire l'amour dans l'ame, tout, jusqu'aux passions haineuses, qui mettent en contact par l'attention qu'elles sollicitent. Tous les plaisirs surtout sont ses pourvoyeurs. Comme le cœur qu'ils enivrent est bien mieux disposé à ses séductions! lue lois sur la pente du bonheur, combien il y glisse facilement! Si tout parait devoir le faire naître, tous les cœurs paraissent aussi faits pour le sentir. Y avoir jamais aimé, mensonge! on a du moins aimé ses rêves et ses désirs, et les blondes ligures que l'imagination dessine dans la pensée. Ne dites pas d'un homme, qu'il n'a jamais aimé, mais qu'il sait dompter son cœur et ses sens. .Ne dites pas d'une femme, qu'elle est insensible, parce qu'elle n'a pas encore rencontré celui qu'elle doit aimer. Toute statue de chair où l'amour ne s'est pas fait sentir, attend le souffle inspirateur d'un Pygmalkm fait pour elle.
C'est lui qui complète l'existence et rend l'homme ce qu'il doit être. Sans le commerce des femmes, l'homme le plus spirituel, le plus rempli de mérite, est comme un diamant brut qui n'a point passe dans les mains du lapidaire, et qu'une écorce grossière enveloppe. C'est le commerce des femmes qui amollit et assouplit l'ame, qui émousse les âpretés du caractère de la pensée, qui infuse à l'intelligence cette délicatesse ,
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ce tact, que les femmes possèdent, et que les hommes acquièrent. C'est lui qui initie le cœur aux douces émotions, aux tendres epanchements, qui le fait descendre des rêveries vagues et sans but de l'ascétisme, aux douces réalités que notre vie, à la fois immatérielle et physique, nous impose. Si, dans des cas exceptionnels, le célibat a pour quelques-uns d'incontestables avantages, il les assujettit aux vices qu'engendre le renoncement aux femmes. Supposant à toutes les défauts de quelques-unes, ils deviennent misanthropes, et sur bien des points, esprits faux. C'est avec une puissance également grande, que l'amour conduit au bien, comme au mal, celui dont il s'empare; il rend entreprenants les plus timides, pousse aux actions audacieuses ceux qui sont ordinairement pusillanimes. Il inspire le courage, la générosité. C'est lui qui fait briller toutes les vertus de l'éclat le plus vif, et donne aux vices l'énergie déplorable dont ils sont susceptibles. 11 fait des héros, des demi-dieux et des forçats.
Quand il s'insinue dans l'ame, avec quelle adresse il sait la séduire, comme tout ce qu'il désire est innocent et naturel ! Jl change à son gré les idées reçues , modifie les principes les mieux établis, fait chanceler les croyances les plus enracinées. Dès qu'on aime, on commence à douter que l'amour et ses satisfactions soient un mal.
Si les cœurs pervertis ou grossiers, ne connaissent de l'amour que le côté matériel et brutal, il arrive souvent que les plus belles natures , les ames les plus généreuses, les cœurs les plus aimants, sont dominés, sans s'en douter, pour ce même amour et deviennent ses victimes.
Les jeunes gens qui n'ont pas d'expérience, qui voient tout à travers le prisme de l'imagination, se créent des types de perfection qu'ils adorent dans leur pensée , et qu'ils espèrent trouver facilement dans la vie réelle. Leurs sens s'allument à l'aspect de la beauté, et assujettissent l'esprit qui prend ses désirs pour de l'amour. Ils décorent l'objet aimé de toutes
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les qualités qu'ils ont rêvées, et se préparent ainsi de terribles désenchantements.
Voyez le premier choix d'une jeune fille ! De tous les avantages qui lui plaisent dans son amant , il n'en est peut-être pas un qui convienne à son mari. Une jolie figure, une tournure agréable, de l'élégance dans les manières, dans la toilette, voilà ce qui, la plupart du temps, la détermine. Il en est de même des jeunes gens; et cela est si vrai, que beaucoup retrouveraient déposée dans leurs souvenirs quelque image de jeune fille, qui fut jadis l'idole de leur pensée, et à qui peutêtre ils n'ont jamais parlé. La beauté du visage , la grâce dans la physionomie, ont suffi pour entraîner la concupiscence du cœur, l'imagination a fait les frais des illusions qui séduisent l'esprit.
On nomme dans le monde, mariages d'inclination, ceux qui sont la suite de ces passions que la raison n'a pas sanctionnées. Presque toujours, ils sont pour ceux qui les contractent, une source de malheur et de larmes. L'expérience de l'amitié , la sollicitude des parents , les redoutent et ne peuvent, la plupart du temps, que déplorer l'impuissance de leurs conseils et de leurs prières.
L'amour est aveugle, dit-on. C'est de cet amour, qui nait delà convoitise, que cela est surtout vrai. Il doit participer de la nature de son origine : fils de la matière et des sens, il doit être opaque comme eux : quand il domine l'intelligence , c'est une puissance matérielle et brutale qu'il exerce.
Ces jeunes fous, que la fougue de l'amour emporte, ne raisonnent plus, ne prévoient plus; leur passion ferme les yeux sur tout ce qui ne l'atteint pas immédiatement. Lue conformité de goûts pour le plaisir les réunit, les pousse l'un vers l'autre; ils s'abreuvent de jouissances, qu'importe tout le rote. Aveuglement fatal! L'amour des sens est borné comme eux; plus il est violent, plutôt il doit finir, plutôt son aliment est dévoré. Quand les sens ont ce qu'ils demandent, ils se reposent et cessent d'influencer l'esprit et le cœur.
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Voyez avec quelle rapidité les deux victimes marchent au triste dénouaient de leur passion. Ils abusent de toutes les jouissances de l'amour. Partout et toujours ensemble, s'isolant du monde entier, ils attisent sans cesse la flamme qui les brûle et qui s'éteindra bientôt aux limites de la sensualité.
Alors la raison, que n'obscurcit plus le prestige des sens, fait un retour sur elle-même; et que voit-elle souvent? que deux êtres intelligents se sont réunis pour toujours dans l'intérêt d'une passion éphémère, que l'on n'a consulté ni les sympathies du cœur et de l'intelligence , ni celles de l'éducation , des goûts et des habitudes, pas même les convenances de fortune. Les aiguillons de l'amour charnel ont été pris pour le véritable et saint amour dont ils ne doivent être qu'un accessoire. Les antipathies se dévoilent, les illusions tombent, les enchantements s'envoleut et le malheur reste ; les natures les mieux douées se réfugient dans l'indifférence. Mais quelle vie que celle où la patience doit être éternelle , où l'espérance est morte , l'avenir sans promesses de consolation et le présent plein d'amertumes. Terrible punition de l'homme qui n'a pas assez compris combien doit être écoutée la voix de la raison , combien les intérêts de l'esprit sont supérieurs aux exigences de la matière.
L'amour purement matériel ne s'alimente que de ce qui est matériel, et dépérit comme les objets de son culte. Quand c'est le charme éblouissant de la beauté qui le détermine, il n'a pas de durée, parce que la beauté passe vite, et que les besoins qu'elle est appelée à satisfaire sont bornés. La volupté est un vase qui n'a qu'une contenance médiocre , une flamme qui s'éteint dans la jouissance.
L'amour véritable, digne de l'homme et aimé de Dieu , est le lien de deux cœurs qui sympathisent l'un avec l'autre, don.t les affections sont fondées sur l'appréciation de qualités mutuelles et sur une estime profonde. On n'a de part aux faveurs
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de ce sentiment , émané d'en liant, qu'en aimant avec délicatesse nn objet digne d'être aimé. Le première condition d'un amour durable, c'est la conformité de goûts pour la vertu. Comment, en effet, et par quelle perfection fixer un coeur pour
qui la vertu n'aurait pas de charmes ?
Heureux celui qui laisse sa raison éclairer le choix de son cœur; il sait que la sympathie produit un amour solide, que la douceur du caractère et la sensibilité do cœur sont des ornements pour la beauté, et la préservent des outrages du temps. 11 sait que la culture desprit de sa compagne et la conformité de son intelligence avec la sienne, seront pour lui une grande source de bonheur, que l'ennui ne s'assiéra pas à sou foyer, que l'intérieur de sa maison lui tiendra lieu d'amis et de sociétés étrangères. Il n'associera son sort qu'à la femme qu'il estimera le plus au monde, qu'à celle dont il aurait fait son ami si elle eût été un autre homme. Il y a bien plus à espérer d'un amour qui commence par l'estime et par l'amitié, que de celui qui commence par l'amour même. 11 y a peut-être dans les commencements moins de violence dans la passion , mais elle est plus durable et deviendra plus véhémente, parce qu'elle a une base sur laquelle elle peut s'appuyer, grandir, et puiser sans cesse de nouvelles forces.
L'amour qui n'a d'autres ressources que lui-môme, vit de sa propre substance et ne peut réparer ses pertes; il périt bientôt d'inanition, et laisse l'ame vide, parce qu'il n'y a plus rien après lui. Le premier , fils de la raison, n'a rien à craindre de l'examen qu'elle peut faire ; le second a généralement tout à perdre.
L'amour, tel qu'on doit le comprendre et l'estimer, tient certainement la beauté physique pour quelque chose , mais il s'attache encore plus à la beauté morale qui ne périt pas et qui est pour le cœur une source inépuisable de jouissances. C'est lui qui ennoblit et honore la femme, en l'aimant comme un être intelligent doit vouloir être aimé. L'autre amour la
dégrade , il l'arrache du sanctuaire où Dieu l'a mise, pour lui jeter un encens profanateur.
Comme nous l'avons dit , l'amour s'éteint chez les animaux , aussitôt que la reproduction est assurée. Chez l'homme, l'amour physique meurt dans la jouissance , et quand le sentiment qui l'accompagne dure plus longtemps , c'est qu'il repose sur des bases plus solides, telles qu'une profonde estime, une amitié née des qualités réelles ou supposées de l'objet aimé.
Chez la femme , l'amour est bien plus durable que chez l'homme ; il s'augmente môme par les faveurs qu'elle accorde. Ses instincts maternels la portent à s'attacher à jamais au père de ses enfants. Sa faiblesse et son impuissance lui font un besoin impérieux de l'assistance et du secours de celui qu'elle aime. Cette tendresse persistante, cet égoïsme môme d'affection, qui dominent dans le cœur de la femme, lui sont donnés par Dieu dans l'intérêt de sa progéniture, bien plus que dans celui du plaisir.
En disant que l'amour répondait en nous au double besoin de nous reproduire, et de vivre en société , nous avons exprimé une vérité qui n'existe que quand il est normal; c'est-àdire, quand, à côté de l'amour physique, il s'en élève un autre qui s'éprend des qualités réelles de l'esprit et du cœur, tout en gardant quelque chose des affections tendres et instinctives du premier.
Quand il en est ainsi, l'amour physique dure bien plus longtemps que lorsqu'il existe seul; il ne disparaît que peu à peu , et en se confondant par une fusion insensible avec celui du cœur et de la raison, alors que l'âge et les changements de l'organisme modifient les besoins.
L'amour physique , considéré isolément , n'a , comme nous l'avons dit, qu'une durée éphémère. Il finit quand il a rassasié ses lèvres à la coupe de la volupté ; il meurt au sein du