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bonheur qu'il ambitionnait. On n'est pas plus libre de l'éprouver toujours, qu'on ne l'a été de ne l'éprouver jamais. Le plus profond oubli lui succède, et ces liens, qu'on disait éternels, laissent à peine un souvenir dans la vie.
Que de pleurs sont versés , que de plaintes se font entendre, quand l'un des deux amants manifeste par sa conduite, par ses paroles, le changement qui s'opère en lui. La rupture est ordinairement subite, car, quand elle arrive, il n'y a [il us d'amour. Il \ a longtemps déjà qu'il a disparu , quoiqu'on en garde encore le langage et les manières. Alors le vide reprend sa place dans l'ame , qui recommence à désirer amour, bonheur, jouissances sans fin , préparant ainsi matière à de nouvelles déceptions et à des tourments nouveaux.
Heureux amants, que l'amour enivre de ses jouissances, qui délectez vos lèvres à sa coupe d'ambroisie, puissiez-vous ignorer toujours que souvent l'amertume est au fond ! Puissiezvous ne jamais dire, comme le roi Salomon - « J'ai permis à mon cœur de jouir de toutes sortes de plaisirs et de prendre ses délices dans tout ce que j'avais préparé, et j'ai reconnu qu'il n'y avait que vanité et affliction d'esprit dans toutes ces choses, et que rien n'est stable sous le soleil. Les lèvres de la femme sont douces comme le miel , mais la fin en est amère comme l'absynthe. » Triste et lamentable expression de ce que nous éprouvons tous les jours. Car Dieu nous verse avec sévérité les épreuves et les douleurs.
Le bonheur n'est pas de ce monde : habitant du ciel , il rase quelquefois la terre de son vol , et ne se montre à nous que pour disparaître. Malheur à ceux qu'il aura touché de l'aile, car ils auront une soif inextinguible que rien ici-bas ne pourra désaltérer; car ils gémiront dans leur eœur et verseront des larmes brûlantes, quand ils auront épuisé la goutte d'eau tombée des eieux, quand la vision dix ine aura disparu ! Oui , malheur aux heureux de la terre, s'ils n'ont pas appuyé leur bonheur sur l'amour de Dieu ; les félicités qui n'ont pas
5i6 AMOUR DES AUTRES.
leur racine en lui, sèchent comme l'herbe et s'envolent comme le veut.
Appuyez donc vos affections sur cette base impérissable. Comme nous l'avons dit déjà, ayez à aimer, dans celle que vous aurez choisie, des qualités réelles , fondées sur la vertu, qui puissent attacher le cœur quand l'amour finira, et ne vous faites pas d'illusion sur sa durée, car sa fin est proche.
Ne croyez pas que Dieu vous ait donné l'amour et ses jouissances en vue seulement de votre bonheur , il avait un but plus élevé , c'est la conservation de l'espèce. S'il vous a permis dégoûter quelque joie, en l'éprouvant, ce n'était que pour vous porter plus sûrement à l'accomplissement de ses desseins.
Jeune homme, prends dans ta main la main de ta fiancée , étends ta protection sur sa vie, choisis la place de son pied, traite-la avec honneur et discrétion, comme le sexe le plus faible ; n'altère point son innocence par l'exemple de tes vices. Respecte en elle la mère qui t'a donné le jour , et ta postérité dont elle est la source. Gardez-vous dignes l'un de l'autre , et sachez maintenir pur ce que Dieu a fait pur.
Nous renvoyons à l'article libertinage, pour ce qui a trait aux abus de l'amour, à l'amour coupable. Dans l'article jalousie, nous exposerons ses effets sur l'organisme et sur l'intelligence, quand il est contrarié et malheureux.