‹ Des passionsChapitre 41 sur 52 · LIBERTINAGE · texte numérisé non relu

LIBERTINAGE

Nous avons hésité longtemps avant d'aborder le sujet que nous traitons ici. S'il rentre par sa nature dans le plan que nous nous sommes tracé , il a des difficultés d'exécution très grandes. Notre livre, destiné aux personnes de tout âge, de toute condition , pourrait devenir dangereux, si nous entrions

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dans de trop grands détails, si nous étalions a nu et sans précautions ces plaies hideuses du libertinage, qui rongent et dégradent l'humanité. Beaucoup, dans cette flétrissure du vice, ne verraient pas l'intention de l'auteur, et la peinture de certains désordres deviendrait pour eux une leçon d'immoralité. Ce danger est un écueil que nous voulons éviter. Cependant la crainte d'un excès ne doit pas nous jeter dans un autre. Il faut qu'on sache ce qu'est le libertinage, quelles sont ses funestes conséquences, et quel traitement il convient de lui opposer. Une mauvaise honte ne doit pas nous reteuir; il n'est pas bon de renoncer à guérir un mal, pour éviter à sa victime la confusion de le montrer. Les théologiens eux-mêmes ont été forcés d'aborder les questions les plus délicates, et les plus grands saints : saint Paul, saint Jérôme, saint Chrysostôme , saint Augustin , Tertullicn, ont reproché delà manière la plus énergique, aux nations corrompues, les débauches scandaleuses dans lesquelles elles se plongeaient.

Le libertinage est à la fois le dérèglement du cœur et l'abus des organes génitaux.

Dans toute la création , l'homme seul est susceptible de ces désordres, qui naissent de l'imagination et non pas des besoins. La brute, soumise aux lois de l'instinct, obéit, sans les transgresser jamais, aux volontés du créateur, qui amis chez elle, dans un juste rapport, l'exercice des facultés avec les exigences de la nature. Nous ne voyons les animaux se livrer à l'acte reproducteur, qu'aux époques déterminées par la sagesse suprême. Ils agissent dans l'intérêt des espèces, et non pas dans un but individuel de plaisir et de sensualité. Pour la plupart, ils n'ont reçu qu'une sensibilité peu exaltée, et leurs désirs n'étant point excites par la débauche de l'esprit, ne dépassent jamais la puissance qu'ils ont de les satisfaire. L'homme, au contraire, est doué d'une sensibilité exquise : sa peau délicate et nerveuse transforme toutes les impressions qu'elle reçoit en

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douleur ou en plaisir ; ses organes sont disposés de manière à permettre aux sensations de les ébranler sans cesse. Son imagination , qui rêve le bonheur, est continuellement à la recherche de nouvelles jouissances. La vie sociale met les sexes dans des rapports fréquents où les relations qu'établissent le langage, les lois de la politesse, les égards réciproques, l'envie déplaire et d'être aimé, allument à la fois les désirs et les sens. D'un autre coté, une alimentation excitante, les séductions de la parure , les bals , les romans , le théâtre , ne contribuent pas peu à développer des désirs effrénés, Ainsi, entraîné par ses appétits fougueux, l'homme s'abandonne sans réserve aux attraits du plaisir, il abuse de toutes les jouissances , et bientôt la satiété vient en émousser l'aiguillon. La matière et les sens ont des bornes, et leur insuffisance se fait bientôt sentir; mais l'imagination est vaste et insatiable : plus elle a joui , plus elle est ardente et désireuse. Alors elle invente des satisfactions illicites, elle obéit sans réserve aux incitations qui la poussent, et une fois lancée dans cette voie de débordements , elle ne tarde pas à se dégrader, à s'abrutir. L'organisme subit bien vite le sort de l'intelligence, et l'être énervé, qui s'est suicidé dans les étreintes du plaisir et de la débauche, n'est plus qu'une espèce de brute inutile à la société, à charge à lui-même , et incapable d'exciter autre chose que le mépris ou la pitié.

S'il n'a point tué en lui, par de précoces jouissances, la puissance d'engendrer, malheur aux enfants dont il sera le père. Tristes victimes de ses désordres, ils en porteront à jamais la peine. Dès leur jeune âge, accablés d'infirmités, scrofuleux, rachitiques, faibles d'intelligence, ils ne fourniront à l'espèce que des éléments capables de la détériorer ; à la société que des membres inutiles sous tous les rapports.

Dirons-nous que la liberté que Dieu a donnée à l'homme , avec cette immense puissance de désirs, soit un don funeste? Loin de nous cette pensée. En recevant la liberté, il a reçu la raison, et c'est en développant cette dernière, c'est en écou-

tant sa voix qu'il peut arriver au bien. La liberté n'est pas la licence, et L'on ne peut jouir de ce don précieux qu'en mode rant ses penchants par la raison ; qu'en réfrénant les écarts dont il est susceptible, à l'aide des lois sociales et religieuses qui la maintiennent dans les limites de la vérité et de la justice.

Depuis la chute, la partie animale ayant acquis une puissance qu'elle n'avait pas auparavant , l'homme est par luimême extrêmement assujetti. Il a fallu l'intervention divine pour le retirer de l' abrutissement dans lequel il était tombé, et pour l'empêcher de s'enfoncer de plus en plus dans les abominations matérielles de la chair. Depuis le jour fatal où notre premier père obscurcit en lui-même la sainte image du créateur, jusqu'à la grande réhabilitation de la montagne du Calvaire, l'humanité abandonnée, en proie aux appétits charnels, se vautra dans les vices les plus fangeux, les plus immondes , et l'histoire tout entière en fait foi. En vain le déluge universel vint engloutir un monde corrompu, en vain Sodome et Gomorrhe périrent par le feu, les hommes ne s'arrêtèrent point dans leurs débordements.

Le peuple élu du Seigneur, le peuple Hébreu lui-même, fut infecté de cette lèpre affreuse du libertinage à un degré extraordinaire; à chaque page, les livres saints lui lancent à ce sujet l'anathème. De l'inceste d'un père avec ses deux filles , naissent les tiges de deux peuples : les Moabitcs et les Ammonites. Thamar, après avoir été successivement l'épouse des fils de Juda, se prostitue à son beau-père. Onan donne son nom à un crime qui viole les lois naturelles. David, le saint roi, devient , par son adultère avec Bethsabée, le scandale de son peuple. Salomon lui-même se forme un sérail composé de 700 femmes et de 300 concubines.

Le verset 19 du chap. xxn de l' Exode, prononce la peine de mort contre le crime de bestialité. Le Lévitique , chap. wiu , prononce aussi des peines contre les turpitudes que l'on coin

mettait devant l'idole du Dieu Moloch. Ce môme chapitre défend aux femmes dose prostituer à des animaux. La peinture que fait Salomon des prostituées de son siècle, et de leurs habitudes, nous retrace exactement les mêmes infamies que nous voyons dans nos cités. Ézéchiel, inspiré par la colère divine, et personnifiant des cités et des peuples dans les emblèmes d'Ollah et d'Olibah, atteste la profonde corruption et le libertinage infâme du peuple Hébreu.

Si cette nation choisie, vivant à l'abri des lois divines et sous la protection spéciale du Très-Haut , se livrait à tous ces débordements , qu'étaient donc les autres nations?

Les Égyptiens étaient si profondément corrompus , qu'on ne livrait les corps des femmes aux embaumeurs que quand la corruption commençait à s'en emparer, de crainte de profanations honteuses. La fille de Chcops fit bâtir une pyramide par ses amants, et la hauteur du monument, sa masse imposante, disent à tous les siècles l'infâme vanité et le libertinage effréné de cette princesse. Cléopâtre, cette beauté célèbre , qui fut la maîtresse de César et d'Antoine, se déguise en prostituée pour aller plus facilement satisfaire sa dépravation. Des femmes , dans les fêtes publiques, dit l'abbé Migoot, d'après Hérodote, portaient processionnellement le phallus, ou représentation des parties de la génération.

Toutes les cités , toutes les nations de l'Orient , la Syrie, la Chaldée, Sidon et Tyr, partageaient ces débordements. Les Babyloniennes étaient obligées, par les lois religieuses, de se donner dans les temples, au moins une fois dans leur vie, aux voyageurs étrangers. Il en était de même des Carthaginoises, des femmes de Byblos ; et saint Augustin rapporte que de son temps encore, ces infamies religieuses étaient prescrites chez les Phéniciennes. Tous les dieux de ces peuples n'étaient que des personnifications de la débauche. Beaucoup de leurs idoles n'étaient que d'immondes ressemblances. La pudeur des femmes était étouffée au berceau. Les plus recherchées, chez les Lybiens, étaient celles qui avaient le plus prostitué leurs charmes.

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De semblables abominations existaient partout, et les peu pies qui on! jeté jusqu'à nous le plus vif éclal de gloire et de civilisation étaient sous ce rapporl les plus souillés peut-être.

C'esl en Grèce qu'on retrouve les premières traces de l'amour masculin , qu'une loi autorisait en Crète, sni\;nii \iistotc, pour s'opposer aux progrès de la population. Le jeune Troïle fut immolé par Achille pour n'avoir pas voulu se prêter à ses désirs infâmes. Ces horreurs étaient justifiées par l'exemple «les dieux. Jupiter et Ganimède, ipollon et Hyacinthe, les enseignaient aux mortels. Les poètes, les tragiques, en parlaient dans leurs ouvrages. Les processions du phalftis avaient aussi lieu clans ce pays, et des jeunes filles, mêlées à des hommes vêtus en femmes, à des groupes de Satyres, exécutaient les danses les plus lascives. Les plus infâmes déhanchés, dit le chrétien Théodoret, n'oseraient se livrer, dans le silence des demeures privées, aux abominables actions que commettent publiquement les acteurs de ces horribles saturnales.

Les prostituées, chez les Grecs, vivaient dans l'intimité des hommes d'état, des guerriers, des philosophes; témoin Sapho, Lais, Aspasie, Thaïs, la maîtresse d'Alexandre. Les hommes de toutes les classes , fréquentaient les lieux de débauche. Démosthènes y va marchander les attraits de Lais , et les trouve d'un prix trop élevé. Socrate ne craint pas d'avoir île pareilles relations, et l'histoire lui en reproche de plus honteuses encore. Beaucoup de ces amitiés antiques, qui nous paraissent si nobles et si dévouées, renferment des mystères d'infamie et de libertinage. Ces liaisons furent très fréquentes chez le peuple dont nous parlons.

Si nous jetons un coup-d'œil sur l'immoralité romaine, nous serons repoussés d'horreur en voyant ce peuple, dernière expression des puissances de l'humanité livrée à elle-même, ré sumer en lui seul toutes les turpitudes comme il résumait toutes les gloires. Jamais lien ftVégalé ni n'égalera l'affreuse de bauche de ces maîtres du monde, el l'encre se fige dans la plu me, quand il faut retracer cette série d'abominations.

522 AMOCB DES AUTRES.

Arrivant tout de suite au temps des empereurs, nous y voyons le premier des Césars, cette grande figure historique que tous les genres de gloire placent auprès de notre Napoléon! Mais le sang se glace et s'arrête au cœur, l'horreur voile l'admiration, quand les auteurs contemporains nous apprennent qu'il se vantait d'être le mari de toutes les femmes , et la femme de tous les maris. Bientôt c'est Auguste, à qui sa femme Livie, cherche elle-même des jeunes filles ; auprès de lui c'est Julie, sa fille, l'une des plus grandes prostituées de Rome. On vendait publiquement des philtres pour allumer la concupiscence. On employait à cet usage tous les aphrodisiaques alors connus. Les danses lascives qu'on exécutait sur les théâtres, les pantomimes dégoûtantes qu'on y jouait, n'étaient pas des excitants assez énergiques pour ce peuple blasé.

Mais bientôt apparaissent les rois de la débauche , ceux qui peuvent se vanter de l'avoir poussée à ses plus infâmes limites : Tibère, Caligula, Néron, Commode, Héliogabale. Tibère, qui , dans son île de Caprée, se livre à de telles débauches, que notre langue n'aurait pas d'expressions pour les rendre ; Tibère, qui, pour ses infâmes voluptés, fait enlever des enfants presque à la mamelle. Caligula commet l'inceste avec toutes ses sœurs, au milieu des festins, en présence même de sa femme. Il avait établi dans son palais un lieu de prostitution, et nous n'osons répéter ce que nous en disent les écrivains, Ausone, par exemple. Au milieu de toute cette fange, on voit Messaline, cette impératrice si honteusement célèbre, qui, non contente d'afficher publiquement ses intrigues, descendait dans les mauvais lieux pour y lutter d'impudicité, publiquement, avec les plus fameuses prostituées.

Bientôt Néron commet le plus grand des crimes avec sa propre mère. Ici nous ne nous sentons pas le courage d'aller plus loin. Qu'il nous suffise de dire que ces monstres ne laissèrent à commettre aucun des crimes honteux et contre nature , que pourrait imaginer l'ame la plus crapuleuse et la plus perver-

A.Min ii DES \i nu s. 52ô

tic, et qu'ils étalèrent aux yeux de tous leur honte et leurs

forfaits.

Comme on le voit , l'humanité , de plus ou plus entraînée sur la pente du vice, s'abrutissait dans la l'ange et l'ordure; la matière el ses sales voluptés, étouffaient tous les sentiments

honnêtes. Le grand mystère de la rédemption s'accomplit, et l'œuvre de régénération fut commencée. Peu à peu le Christianisme lit disparaître ces monstrueux excès, et rentrer l'humanité dans des voies nouvelles, en restituant à lame sa dignité, à la morale son empire. Cependant la nature humaine, en se relevant , ne dépouilla pas complètement ses infirmités ; et si le règne du crime fut affaibli, il ne fut pas détruit entièrement. Le monde devint meilleur, mais toujours on vit des individus, plus coupables en cela que les anciens païens, rejetant loin d'eux les secours de la grâce nouvelle et le bénéfice du sacrifice d'un Dieu, se livrer encore au libertinage, et préférer leurs appétits sensuels à la règle di\ ine.

Quelquefois même des hommes puissants, des dominateurs des nations, exercèrent sur leur siècle une fatale influence LesBorgia, les Médicis de Florence, poussèrent aux derniers excès l'immoralité. Louis XIV donna, tout en gardant les apparences de la décence, les plus funestes exemples à son peuple. Philippe d'Orléans et son ministre, l'infâme Dubois, rap pelèrent les plus honteuses débauches des Romains. Louis XV mit une prostituée à côté du trône. Mais, au milieu de tous ces scandales, le Christianisme restait debout, planant sur l'humanité comme un phare sur les mers, et désormais nul effort ne pourra précipiter le monde dans l'abîme d'où le Christ l'a tiré. Quels que soient les désordres isolés de quelques particuliers, la société entière ne peut plus être infectée en masse des vices qui la déshonoraient autrefois, elle ne souffrirait pas non plus qu'ils se montrassent en public avec le même e] nisme.

Les causes productrices du libertinage sont nombreuses elles sont particulières, et agissent sur les individus; ou bien

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elles sont générales , et agissent sur des cités, sur des nations. Elles sont dans l'organisme, dans l'éducation , dans les croyances, dans les climats, dans les gouvernements.

L'homme, comme nous l'avons déjà dit, doué d'une liberté illimitée, d'une puissance de désirs qui surpasse toujours celle de ses facultés , d'une imagination qui va toujours au-delà du possible et du juste, est, de toutes les créatures , la plus disposée à s'abandonner aux égarements de la chair. Une alimentation succulente, des boissons spiritueuses, allument son sang et surexcitent ses organes. L'usage des vêtements amollit son corps; les soins continuels qu'il donne à son bienêtre le disposent aux jouissances. La station verticale, en obligeant le sang à se porter vers la région du bassin , contribue à exciter les organes génitaux. Si malheureusement la nature l'a doué d'une constitution énergique et nerveuse , d'une de ces constitutions ardentes et volcaniques, qui s'émeuvent au moindre souffle de la passion, il se laissera facilement entraîner, et la voix des sens dominera celle de la raison.

Les hommes sont en général plus esclaves de leur organisation que les femmes. 11 est peu de ces dernières pour qui les plaisirs des sens aient beaucoup d'attraits. On trouve rarement des femmes voluptueuses. Parmi celles qui s'abandonnent au libertinage, il en est un grand nombre qui obéissent plutôt aux séductions du cœur et de l'esprit qu'à celles des sens. Mais, chose remarquable , quand une femme a franchi l'intervalle qui sépare la froideur de la volupté, elle est infiniment plus fougueuse et plus ardente que l'homme.

Parmi les causes les plus fréquentes du libertinage, il faut citer l'irréligion. Pourquoi l'homme retiendrait il la bride à ses passions, si rien en dehors de lui ne les condamne? S'il n'y a pas de loi surhumaine, qu'opposera-t-on à ces lois naturelles, qui se font sentir dan s l'intimité de l'organisme, et qui récompensent celui qui les suit en le payant de voluptés ? Est-ce l'intérêt personnel qui pourra le retenir, la crainte de s'énerver ou de mourir par suite des fatigues ou des maladies que traîne à

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sa suite l'abus des jouissances? Rien «le huit cria n'aura de puissance suf usante, si la \ ie n'a pas <lc lendemain, et la vertu de récompense, mieux vaut un jour de bonheur qu'une année de privations. Du reste, si quelques-uns succombent victimes du plaisir, n'en voit-on pas beaucoup, qui, par un heureux privilège, ont résisté à ses étreintes. Yavon-nous pas de ces vieillards luxurieux qui ont abusé de tout , et qui nous révèlent encore, sous la cendre de leur passé, une ardeur juvénile de corps et d'esprit? Pour être sage, il faut à l'homme des motifs surhumains ; s'il s'affranchit de ce frein salutaire, rien ne le retiendra sur la pente du vice

Parmi les causes les plus puissantes du libertinage, nous rangerons l'hérédité; les penchants suivent le sang, et, chose terrible, la mère sème dans le sein de sa fdle le germe des désordres qui la perdront un jour. Le mauvais exemple des parents est, pour les enfauts, tout aussi funeste. La fréquentation des bals, des spectacles, la lecture des romans surtout, les mauvaises compagnies, la société des personnes débauchées, sont encore d'actifs pourvoyeurs du libertinage.

Le séjour des grandes villes est une cause fréquente de désordres ; c'est surtout dans les cités manufacturières que le libertinage est porté à un degré extraordinaire. On entasse pêle-mêle dans les ateliers, des personnes de tout âge, de tout sexe. On ne s'occupe que de leur travail, et pas du tout de leur moralité. Ceux qui sont âgés deviennent pour les autres des instituteurs de dépravation. Dans certaines villes, à Mulbouse, par exemple, on compte une naissance illégitime sur cinq. On y voit des enfants de quinze, seize, dix-sept ans, déjà pères de famille. A Lille , rue des Étaques, les ouvriers employés aux manufactures couchent sur le même grabat, hommes, femmes, enfants et vieillards. Aussi L'innocence du jeune âge est-elle ûétrie avant que la raison soit développée; les enfants sont vicieux par habitude, avant même de savoir ce que c'est que le vice. C'est le seul héritage que ces pauvres malheureux reçoivent de leurs mères ; il- le reçoivent en naissant. Us sucent

la corruption avec le lait impur qu'elles leur donnent. On se sent, en présence de ces faits, saisi d'une profonde pitié : quand on rencontre ces êtres souillés, empoisonnés dès leur berceau, l'anathôme s'arrête sur les lèvres , et l'on se demande si la justice de Dieu elle-même pourra compter avec eux, suivant la mesure de ses sévérités.

ARheims, les jeunes filles employées aux manufactures se prostituent dès l'âge de douzeà treize ans. Cette ville comptait en I83G plus de 100 prostituées qui n'avaient pas quinze ans. Sur ce nombre, 10 ou 12 n'avaient pas atteint la douzième année. En présence de ces résultats, il est bien permis de se demander si nos progrès ne sont pas des calamités publiques, et s'il ne vaudrait pas mieux fermer ces ateliers, véritables catacombes de la population , que de les laisser ainsi dépraver, dévorer les générations.

A Yorskire, la moitié des enfants employés aux fabriques meurent avant dix-huit ans.

Nous savons bien qu'on nous taxera ici d'exagération. Mais alors, qu'on moralise le peuple, qu'on lui donne des principes religieux, qu'on ne le laisse pas pourrir dans la misère, qui engendre les vices, comme la corruption, des vers. Qu'on ne le livre pas, comme une proie, aux infâmes spéculations d'hommes qui l'exploitent comme des négriers. Ils se servent du corps et jettent l'ame à la corruption, au libertinage, sans songer qu'avilir ainsi l'humanité, c'est un forfait horrible , le plus grand de tous , pour lequel , au dernier jour, Dieu n'aura pas assez de malédictions et de châtiments.

iSos prisons elles-mêmes , ces lieux soumis à l'action du gouvernement, sont des autres de corruption qui infectent tout ce qui les touebe. Quiconque y entre pur de corps, en sort pollué. On recule d'horreur, quand on songe que ces lieux vomissent tous les ans sur la France, environ 50,000 individus qui ont achevé de s'y dégrader et de s'y perdre. Ce levain d'immoralité se répand dans nos villes et dans nos campagnes pour les infecter et les corrompre.

UfOUB DES LTJTBES. V27

Partout où des individus du même sexe sont réunis, on doit exercer la plus grande surveillance pour empêcher ces Commerces infâmes, ces relations illicites qui outragent la nature. Partout la chair attire la chair, et c'est un l'ait déplorable à dire, mais vrai, les pensions, les collèges, les caséine-., les vaisseaux , nous offriraient la preuve de ce que nous avançons. Chez les jeunes gens, c'est la masturbation qu'on déeouvre ; elle est plus commune peut-être chez les filles. Chez les adultes , ce sont d'autres désordres plus révoltants encore.

Les climats ont toujours exercé une influence immense sur les désordres des mœurs. Dans les coutrées chaudes de l'Afrique , de l'Asie surtout , on a constaté de tous temps la profonde immoralité des peuples. L'énervante chaleur qui les oblige à se renfermer, à se coucher la plus grande partie du jour, à prendre des bains, à se parfumer, amollit leurs corps et ouvre tous leurs sens à la volupté. Les hommes , ne pouvant suffire aux femmes, et jaloux de leurs faveurs, les enferment dans des harems. Là, abandonnées à elles-mêmes, oisives et ignorantes, elles cherchent de toutes les façons possibles à satisfaire leurs désirs voluptueux. Elles se livrent entre elles à des désordres inouïs, tandis que de leur côté les hommes, fatigués de jouissances trop faciles , vont outrager la nature dans des voluptés illicites. C'est ainsi que tout l'Orient est infecté de la lèpre de la Sodomie. Partout où existe la polygamie, où le nombre des femmes surpasse celui des hommes, on voit régner le libertinage.

Les peuples qui vivent sous un climat tempéré, sont plus chastes que ceux qui éprouvent l'action d'un soleil brûlant, à moins que d'autres causes ne les aient corrompus. Au nombre deces causes qui livrent les nations au libertinage, il faut placer la civilisation. C'est dans les pays éclairés , avancés en cil tlisation, qu'on trouve le plus d'immoralité. Ce sont nos grandes villes et nos départements manufacturiers qui fournissent le plus d'attentats a la pudeur, le plus de prostituées. Depuis que nous marchons dans la voie des améliorations de toutes sortes

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que nous ont léguées nos révolutions, nous faisons aussi d'immenses progrès en démoralisation, maintenant ou compte chaque année, moitié plus d'attentats à la pudeur commis surdos enfants de moins de quinze ans, qu'on n'en comptait en -1825.

Le despotisme est encore une cause très active de libertinage. Partout où il y a des maîtres et des esclaves, ces derniers sont obligés de tout souffrir des caprices, des brutalités des premiers. En Russie, les Boyards abusent impunément des femmes de leurs serfs. Elles se font une honteuse gloire de séduire leur seigneur. Eu France 9 les seigneurs avaient autrefois droit de jambage sur leurs vassales. Aux colonies, les maîtres avaient de même tout pouvoir sur les négresses, qui se faisaient un honneur de se donner à eux.

Partout où les conditions sont trop inégales , les hommes abjurent leur dignité , les uns pour mésuser de leur autorité, les autres pour se laisser avilir. Il est beaucoup de femmes réputées vertueuses qui consentiraient à devenir maîtresses d'un monarque. Tout ce qui peut donner aux hommes une haute opinion d'eux mêmes , la religion, qui leur prêche l'égalité devant Dieu , et l'égalité de la nature, la liberté, qui ne les soumet plus à des hommes, mais seulement à des devoirs; les rend meilleurs et moins corrompus.

Prostituées!... A ce nom, toute amc se révolte, on se rejette en arrière, comme si l'on allait marcher sur un reptile. Pour tout le monde , ce nom révèle quelque chose d'ignoble , de repoussant; il semble qu'il soit tracé avec de la fange. Devionsnous nous abstenir de l'écrire ici, et par respect pour cette haine, pour cette horreur publique, devions-nous renoncer à traiter cette partie du sujet qui nous occupe? Médecin des plaies del'ame, de quel droit détournerions nous les yeux à cause de l'horreur du mal? Une parole de bonté tomba des lèvres du Sauveur sur l'une de ces pauvres femmes vouées à la honte, au mépris; et Dieu , qui permet tant d'abaissement ,

MOI II DES LOTIES. .Vi'.)

permet souvent aussi qu'à leur heure dernière un rayon de repentir vienne éclairer leur atne et souffler sur ses souillures.

Jamais les moralistes , jamais personne n'expliquera ce profond mystère de la prostitution. Jamais on ne comprendra qu'une jeune fille , belle et sainte, chaste et intelligente , se transforme en cette autre femme, qui n'a plus de nom sur la terre et qui ne peut plus voir d'ignominie égale à la sienne. Etrange énigme, en effet ; renversement inouï de tout ce qu'il \ a de saint, de noble et de pur. Celle qui résistait naguère pudique et craintive, à l'expression d'un amour candide et vrai; celle dont la pudeur nuançait le visage de ses teintes gracieuses, va s'offrir elle-même , pour un vil métal, aux hommes les plus méprisables , les plus immondes. De quelles plaies, mon Dieu , vous frappez l'orgueil des hommes dans la plus an gélique manifestation de la splendeur humaine! Et nous voudrions repousser du pied ceux que vous humiliez ainsi ! Partout où il ya des souffrances, nous devons voir des frères à soulager. Partout où il y a de la honte, nous devons humilier nos fronts et tendre une main secourable. Combien qui se drapent dan-> leur orgueil , et qui de\ raient se reprocher peut-être l'abjection de quelques-unes de ces malheureuses femmes.'' Combien ont été cause de leur déshonneur ! Combien les ont abandonnées et poussées dans la fange après une première faute ! Les femmes sont comme les fleurs , elles se flétrissent quand ou les jette, les unes à terre, les autres au vice.

En commençant ce sujet , nous avons craint deux choses: t\iblesser la susceptibilité des femmes honnêtes en faisant voii tant d'abjection dans leur sexe . et de les froisser encore en faisant ressortir les qualités de celles qui ne doivent plus être comparées à personne, 11 faut pourtant bica obéir aux exigi de la vérité, et nous lui devons d'avouer que quelle que soit la dégradatioD des prostituées, quels que soient leurs vices, elles

n'ont pu se dépouiller entièrement en tombant, de ces inestimables qualités du cœur qui font l'ornement de leur sexe; elles en gardent encore, comme un diamant souillé de fange garde en partie son éclat.

Toutes nos villes sont infectées de la lèpre de la prostitution. Dans l'impossibilité où nous sommes de parler exactement, faute de documents, de la prostitution des provinces, nous allons jeter un coup-d'œil sur Paris, ce pandémonium de toutes les souillures.

Nous devons commencer par dire ici que les différentes administrations qui se sont succédées depuis quelque temps ont par leurs soins éclairés, par leur empressement à améliorer , mérité, en ce qui concerne cette plaie de la capitale, la reconnaissance publique.

De 4 812 à 1852, la proportion des filles publiques à Paris avait augmenté de 200 pour 400 ; il y en a maintenant près de 4,000 inscrites à la police. Ce chiffre est bien loin de représenter la totalité de celles qui existent réellement : pour s'en convaincre, il ne faudrait qu'étudier la population des ateliers, des magasins, et compter toutes ces femmes censées entretenues qui trafiquent de leurs charmes, et sont assez habiles pour déjouer la surveillance. Le mal est profond , il a partout ses racines : l'ouvrière qui n'a pas d'amant, est une espèce de phénomène à Paris et dans beaucoup de nos villes ; l'air du siècle est mortel à l'innocence.

D'après Parent-Duchatelet , à qui nous empruntons ces chiffres , sur 3,248 prostituées , 54 se sont fait inscrire de \ 0 h -15 ans ; 912, de 4 5 à 20; puis, à la fin du tableau que nous consultons, on voit que 5 l'ont été de 55 à 60, et \, de GO à 65. Aux deux extrémités des énormités d'infamie !

Presque toutes les filles prostituées appartiennent aux classes moyennes et peu aisées de la société : le plus grand nombre sort des ateliers. Si beaucoup ont pour parents des cultiva-

AMOUll DLS AUTBES. 55 I

tcurs , c'est que cette classe est immensément plus oombreuse que les autres. Les départements manufacturiers fournissent un plus grand nombre de prostituées que les départements agricoles; il en sort des campagnes beaucoup moins que des villes.

Causes déterminante* de la prostitution sur 5, \ 85 fdhs

Excès de misère , dénuement absolu -Mil

Perte des parents. Expulsion du logis paternel. Abandon complet 4,253

Pour soutenir des parents vieux et infirmes 37

aînées de famille n'ayant ni père ni mère, pour élever leurs frères et sœurs , quelquefois des neveux et nièces 29

Femmes veuves ou abandonnées , pour élever une

famille nombreuse 23

Venues de province pour se cacher à Paris et y trouver des ressources , 280

Amenées à Paris et abandonnées par des militaires ,

des commis, des étudiants, etc 40 4

Domestiques séduites par leurs maîtres et renvoyées

par eux 281)

Simples concubines ayant perdu leurs amants. . . . 1,423

Total. 3,185

Parmi les individus dont ce tableau fait mention, on a trouvé inscrites ensemble sur le tableau 104 fois les deux sœurs , 4 fois les trois sœurs , 5 fois les quatre sœurs, en tout 252 sœurs; 10 fois la mère et la fille; 4 fois la tante et la nièce ; 23 fois les deux cousines germaines.

Dans l'espace de dix ans, 4 filles qui n'avaient jamais failli se sont fait inscrire. Quelle misère, ou quelle dépravation d'esprit !

Plus de la moitié des filles publiques sont sans instruction , même élémentaire.

Parmi les causes qui les perdent , la paresse est une des plus fréquentes. La misère force quelquefois de pauvres aban

données, sans parents, sans appui, à employer ce moyen dé solant de gagner quelque chose ; dans ce cas , la société e.-4 moralement responsable. C'est un crime à elle de laisser , obligées de recourir au vice pour vivre, des créatures humaines , tandis que tant de riches jettent leur or aux prodigalités du luxe.

Beaucoup de jeunes personnes manquent de travail , ou bien celui auquel elles se livrent ne leur procure qu'un salaire insuffisant; alors elles se jettent dans le vice. Non, la société n'est point innocente de ce mal : pourquoi ne remédie-t-elle pas à ce désordre? Devrait-il y avoir, parmi nous, des individus dépensant au travail tout leur temps, toutes leurs aptitudes, et ne recevant pas de quoi subvenir aux premières nécessités de l'existence? M. l'abbé Anjalvin a obtenu du préfet de police, en 1841 , que toutes les filles qui déclareraient ne se faire inscrire que par misère, seraient envoyées chez les dames de Saint-Michel , pour y vivre en travaillant.

Les dames du Bon Pasteur d'Angers, et leurs succursales, reçoivent toutes ces pauvres filles, lors même qu'un tardif repentir les amène chez elles pleurer et réparer les plus énormes fautes. Pour de semblables dévoûments , il fallait la charité chrétienne.

La vanité, le désir de briller, jettent aussi de bien nombreuses victimes à ce gouffre de la prostitution. Quand on considère la modicité des salaires et le luxe effréné des toilettes, on cesse d'être étonné de l'action si grande de cette cause de dérèglements.

Bien des jeunes filles de province, délaissées par leurs amants, s'en viennent à Paris cacher leur honte, leurs regrets; ou bien elles y suivent ceux qui les ont séduites, et qui bientôt les y abandonnent. Qui pourra jamais supputer les larmes et les déchirements de cœur de la pauvre enfant délaissée, seule, dans une maison garnie, ou même sur une place publique, sans parents, sans amis, sa'ns ressources. A la fois toutes illusions sont tombées , tout d'un coup son bonheur s'est

évanoui. Osez donc jeter la pierre à cette infortunée qui se Qe au premier qui lui fait alors entendre un mol consolateur etqui la précipite souvent tout d'un ccjpp do haut de sa douleur dans lesbrasde la prostitution. Quel horrible stupéfaction , quel réveil!... Souvent il n'en est pas ainsi : quelqu'une de ces procurcuses infâmes, qui fourmillent à Paris , recueille la pauvre lille; elle l'amène peuà peu à croire à de nom elles protestations, à des promesses de fortune, de bonheur, et l'enfant , placée entre la misère qui la pousse et les désirs qui l'attirent, descend on degré de plus dans le gouffre, au fond duquel est presque toujours la prostitution.

Quelques-unes, les imprudentes, fuient des chagrins domestiques, l'humeur chagrine d'un beau-père, d'une belle mère. D'autres sont chassées de chez elles par des parents dénatures, ou par la juste colère qu'attire leur inconduite.

Le travail des ateliers, le séjour dans les hôpitaux, l'abandon des parents qui laissent leurs filles errer sur la voie publique, exposées à tout ce qui peut les corrompre, sont encore des causes très fréquentes de prostitution.

Quelques personnes, mais heureusement cela est très rare , sont entraînées à la prostitution par le besoin de satisfaire la fougue de leurs passions sensuelles; quelques-unes, d'après le tableau que nous donnons plus haut, se prostituent dans un but honorable. La femme ne comprend pas toujours la bonté ni la malice de ses actes; souvent elle agit d'instinct, et suit savoie comme l'eau qui coule, comme la plante qui pousse. Dans quelque terrain qu'on la mette , elle végète sans s'en rendre compte. 11 ne faudrait pourtant pas croire qu'il en lut toujours ainsi : la plupart des filles publiques comprennent leur abjection, elles savent qu'elles font mal, et quoi qu'elles fassent pour s'étourdir, elles souffrent beaucoup par instant de leur horrible position. Toujours au fond de leur aine elles voient la belle figure de l'innocence, qu'elles ont souillée et couverte de boue ; ainsi l'onde offre, malgré les vents qui l'agitent , l'image «les arbres de ses i ives.

Quand ces infortunées peuvent dire le fond de leur pensée quand elles rencontrent quelqu'un qui leur marque un peu d'intérêt et de pitié, elles déplorent leurs égarements , elles regrettent les beaux jours de leur jeunesse , elles font des rêves de retour à la vertu. Presque jamais elles ne rejettent loin d'elles, d'une manière absolue , les croyances et les pratiques religieuses; il faut bien à ces malheureuses, qui se voient tombées si bas, un espoir de salut dans l'avenir , une pensée consolante qui les soutienne. Jamais, au lit de mort, elles ne refusent les secours de la religion ; toutes s'empressent d'appeler le prêtre auprès de celle qui va finir , et c'est quelque chose d'étrange que le recueillement profond qui s'empare d'elles. Mélange de respect , d'espoir et de remords , ce recueillement d'un instant est une heure solennelle dans leur vie ; c'est un des intervalles lucides dans lesquels elles voient leur abjection et la route du salut ; c'est la voix du pasteur qui rappelle la brebis égarée , c'est peut-être une semence de retour à la vertu et à Dieu.

Elles ne sont à l'aise qu'en compagnie de libertins et de débauchés comme elles; rien ne les fait rougir alors, mais il n'en est pas une qui ne tremble sous un regard honnête , qui puisse supporter la vue de personnes vertueuses. La présence d'une mère de famille surtout leur perce le cœur , elles songent alors à ce qu'elles sont , à ce qu'elles auraient pu être.

Presque toutes s'attachent à un homme qu'elles aiment épcrdùment , et qui toujours est un de ces êtres que la filouterie, le vol, l'ivrognerie, le jeu , rangent parmi les plus misérables et les plus vils. 11 faut bien que le cœur s'attache à quelque chose, et l'amour, chez les femmes, se déprave, mais ne s'éteint jamais. Ces malheureuses, maltraitées, battues par leurs amants , leur sont malgré cela dévouées ; quand par hasard elles ont des enfants, elles se rattachent étroitement à cette affection ; il est rare qu'elles les exposent. En les élevant, elles croient effacer en partie leur honte et racheter, par les

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mérites de l'amour materne] , les souillures de cet amour infâme dans lequel elles se sont déshonorées. Elles sont eu général charitables et bienfaisantes, prêtes à rendre service, enchantées d'en trouver l'occasion ; d'un autre coté, oisives et paresseuses , elles passent leur temps à manger , à dormir , souvent à s'enivrer.

Quand au commencement de ce paragraphe , nous disions

que ces femmes étaient un profond mystère , nous disions vrai. Vicieuses par habitude , et souvent sans arrière-pensée , elles ont parfois une insouciance extraordinaire. Devenues prostituées par hasard, par circonstance, elles ont apporté dans cette infâme profession des qualités et des défauts qui ne devaient point nécessairement les y conduire; poussées par d'autres circonstances, elles eussent été de bonnes mères de famille, des épouses irréprochables. Véritables machines organiques, elles obéissent à l'impulsion qu'elles ont reçue; c'est la première impression qui a décidé de leur avenir. Que n'a-t-ellc été différente! Ces femmes, a dit un auteur de talent, ne personnifient rien autre chose que le néant. En effet, elles ont détruit, autant que possible, la partie morale pour ne laisser subsister que l'automate; elles ont précipité l'humanité au dernier degré de déchéance.

Le libertinage abrutit l'être moral; il étouffe de bonne heure les plus heureuses dispositions et transforme les hommes les mieux prédestinés au talent, au génie, en des êtres stupides , véritables parias de l'intelligence. Que déjeunes gens perdent ainsi, dans les étreintes du vice, le germe des plus belles facultés ! combien se privent ainsi des lauriers qu'ils auraient moissonnés plus tard! Combien se privent, les insensés, des délices que donne l'innocence, perdant la sainte ignorance du jeune âge avant d'en avoir seulement goûté les charmes.

Presque tous les hommes qui se sont distingués clans les

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sciences et les arts ont été chastes , les quelques exemples du contraire que l'on rencontre, ne suffisent pas pour infirmer une vérité établie par la grande majorité des faits.

Les effets du libertinage sur l'intelligence sont beaucoup moins sensibles, moins apparents, que ceux qu'il exerce sur l'organisme. C'est là surtout qu'il imprime d'une manière effrayante ses honteux stigmates. Il empêche le corps d'acquérir le développement dont il est susceptible ; il tarit les puissances vitales dans leur source la plus intime, en dépensant l'influx nerveux qui ne semble départi à chaque être que dans certaines proportions. Il courbe avant le temps ses victimes et leur arrache les insignes de la dignité , de la noblesse humaine , pour les marquer du sceau de la débauche. L'homme, de beau qu'il était, devient chétif et débile; chacun de ses membres est le siège de quelque douleur, de quelque souffrance prématurée. La face, qui resplendissait naguère des clartés de l'innocence, qui étalait avec orgueil les teintes rosées de la santé , qui semblait s'épanouir de bonheur , est maintenant terne et décolorée , son expression stupide ou ignoble inspire le mépris et le dégoût. Le regard effronté ou hésitant, annonce l'audace ou la honte du vice; l'œil, éteint dans son orbite , ne s'éveille plus qu'à la vue d'un objet qui excite la passion dominante, ou à ces discours pervers qui sont la débauche de l'imagination. Le front, comme humilié sous l'opprobre , ne semble plus être le siège de la pensée ; la tète, qui prête à l'homme une si imposante majesté, quand le travail ou le malheur l'ont dépouillée ou blanchie, donne à l'individu un aspect repoussant, lorsque c'est le libertinage qui a produit ces résultats: la démarche est hardie, lubrique, ou hésitante et embarrassée. Le vice , il n'y a pas de milieu , brave la honte ou la subit.

La vie humaine, usée parles désordres de toutes sortes, n'atteint plus ses limites naturelles , et l'espèce ne présente plus les caractères de la beauté et de la force originaires. A chaque pas , parmi nous, on rencontre des jeunes gens épuisés

avant d'être hommes; blasés sur les plaisirs avant le temps fixé par la nature pour les éprouver ; énervés avant d'avoir acquis le développement auquel ils étaient destinés. Quelquesans se t'ont gloire (le leur inconduite et de ses résultats ; ils affectent de ne rien pouvoir sentir } d'être blases sur les plaisirs du cœur et sur ceux des sens, de menu1 qu'ils affectent de se refuser à toute croyance morale ou religieuse.

Des maladies de toute nature sont la triste conséquence de cet abus des jouissances ; de profondes altérations organiques minent sourdement l'existence : ainsi les affections du cerveau et de la moelle épinière, les ramollissements , les dégénérescences cancéreuses, les inflammations chroniques, les abcès, les tubercules, les affections redoutables du cœur, les allumâmes des gros vaisseaux , les maladies des voies urinaires , les maladies mentales , telles que la folie , l'imbécillité , le spleen , la monomanie suicide, etc. , etc. Pour les femmes les fleurs blanches , l'hystérie , la nymphomanie , la stérilité , les pertes utérines, les ulcérations, le cancer de l'utérus. Pour l'homme l'impuissance, le styriasis, les inflammations des reins, de la vessie. Pour les deux sexes l'affection vénérienne , ce fléau destructeur qui de plus en plus souille l'espèce humaine et la ronge.

Les ravages qu'exerce ce mal sont incalculables : pour les apprécier , il ne faut pas se borner à considérer le nombre des malades atteints des symptômes actuels ; il faut tenir compte des ravages éloignés qu'il exerce, il faut considérer combien il engendre de rachitiques, de serofulcux , de tuberculeux, d'individus atteints de maladies de la peau, prédisposés aux affections chroniques de toute espèce.

C'est un affreux spectacle que celui d'un hôpital de vénériens. On voit là des malheureux dont le corps entier n'est plus qu'un cloaque immonde; quelques-uns n'ont plus de nez, plus d'yeux , plus de bouche; d'autrefois, ce sont auprès de ces horribles ulcères, de frais visages de jeunes filles, belles encore jusque dans ce lieu fatal ; des tètes d'anges aux che\ eux

blonds, au doux et limpide regard. Ce sont des fleurs souillées de la bave impure d'un reptile , pauvres fleurs humaines , dont la sève est empoisonnée. Un ulcère n'est pas pins repoussant à voir sur le corps des vieux libertins , des hommes dégradés, que ces angéliques figures d'enfants précipitées dans le repaire de la débauche. On ne peut voir sans une immense pitié ces innocences flétries , ces jeunes filles qui naguère encore souriaient , innocentes et pures , aux rêves de l'avenir, aux projets de bonheur. Elles eussent été peut-être de saintes mères de famille, de tendres épouses, des femmes l'ornement de la société.

En 1 784 , on comptait en France 40,000 enfants trouvés au-dessous de douze ans; en -1809, il y en avait 69,000; en 1815, 84,000; en 1825, 117,505; en 1855, 129,699. Il y a en France une exposition sur trente naissances, c'est 592 par département. Ces chiffres prouvent , d'une manière bien forte , que le libertinage est un mal en progrès chez nous , et qu'il suit , comme le crime , les développements de l'industrie et de la civilisation. La plupart des malheureux enfants ainsi abandonnés sont vicieux plus tard, d'abord parce que les instincts et les penchants suivent le sang et se transmettent avec lui ; ensuite , parce que le défaut de surveillance , d'éducation , parce que la misère les abandonnent en proie à la dépravation et aux suggestions du crime. Le nombre des enfants trouvés traînés sur les bancs des tribunaux est immense relativement à leur petit nombre en France. Sur 8,000 accusés, il y a ordinairement de 160 à 180 enfants trouvés.

Parmi les femmes condamnées pour crimes, qui peuplent les maisons de détention , 24 sur 100 ont eu des enfants naturels ou ont vécu en concubinage antérieurement à leur condamnation. Il est très rare de trouver des femmes qui soient devenues voleuses avant d'avoir perdu la pureté du corps.

Le traitement du libertinage est préservatif ou curatif. Le premier consiste dans l'éloignement des causes capables

AMOl'R DES AUTRES. 559

de développer cotte funeste passion. C'est surtout à l'égard des jeunes gens . que la plus exacte surveillance <!c\ ra être em ployée, pour prévenir l'invasion d'un mal si difficile à détruire, quand il a pris racine dans le cœur et dans les sens. La maison paternelle est le berceau de l'éducation morale et physique; c'est là que se montrent les germes des passions , des inclinations qui plus tard domineront dans le cœur. Les parents sont les premiers instituteurs de l'enfance, et leurs leçons ont une force bien autrement grande que celles que donneront les maîtres qui les remplaceront. Elles s'insinuent dans l'ame des enfants avec les rayons de leur amour; elles sont toujours écoutées, parce que l'instinct naturel les accepte sans défiance. Elles ne sont presque jamais théoriques, mais pratiques, en ce qu'elles reposent toujours sur l'exemple, différentes en cela des leçons de la science, qui raisonnent plus qu'elles ne démontrent en pratiquant.

Les pères et les mères doivent veiller avec le plus grand soin à ce que les yeux de leurs enfants n'aperçoivent rien, à ce que leurs oreilles n'entendent rien de dangereux pour l'innocence. Malheur à ceux qui souillent les regards du jeune âge, qui souillent son oreille par des paroles immodestes. Aux yeux d'une raison éclairée, il est plus criminel de flétrir l'innocence de l'ame, que de polluer le corps, et quand ce crime est commis par des parents, par ceux à qui Dieu a remis à garder, à instruire , à sauver, des âmes qu'il a créées innocentes, il y a là quelque chose qui ressemble à l'inceste le plus odieux.

Les enfants arrivés à un âge capable de discernement, ou plutôt d'attention , car l'enfance s'instruit plus en voyant qu'en comprenant, ne doivent pas coucher dans l'appartement de leurs parents , où la plus légère imprudence peut être dangereuse. Us doivent coucher dans des lits séparés, parce que le contact de la chair produit des mouvements qui éveillent les sens et ont dans l'ame un funeste retentissement. On veillera avec la plus religieuse attention, non seulement à cequ'ilsn'enfendent pas des propos indécents ou équivoques, mais encore

à ce qu'ils ne puissent pas apercevoir les caresses que l'amour autorise. Dans le temps que Rome était pure, le sénat chassa de son sein un de ses membres, coupable d'avoir embrassé sa femme devant sa fille; et plus tard, quand déjà la débauche avait corrompu cette cité, Juvénal disait :

Maxiraa debetur pucro reverentia : si quid Turpc paras, ne tu pueri contempserisannos.

11 ne faut pas permettre aux enfants de fréquenter des camarades mal élevés, ou dont les parents aient une conduite équivoque et de mauvais principes. Mais , ce qui par-dessus tout doit être l'objet d'une surveillance spéciale , c'est le choix des nourrices et des bonnes d'enfants. Il n'est pas rare , malheureusement, de voir les enfants sucer avec le lait les vices de leurs nourrices; et il n'est que trop fréquent d'en rencontrer , que les jeunes filles , à qui on les confie, ont dès le berceau , initiés à de coupables habitudes.

Quand les enfants quittent la maison paternelle pour entrer dans des maisons d'éducation, lesdangerssemultiplient.il faut que les instituteurs soient d'une conduite exemplaire et d'une excellente moralité. Les enfants remarquent vite les désordres des maîtres ; leur regard est pénétrant pour deviner ceux dont les leçons et les exemples doivent leur servir de règle de conduite.

11 faudra surtout empêcher avec soin dans ces maisons les liaisons intimes. Ces liaisons ont tous les caractères de l'amour et conduisent aux plus grands désordres. On exercera dans les dortoirs, une surveillance active et constante. Aux promenades , on ne permettra pas que les enfants soient en rang deux par deux, mais trois par trois. En récréation, on se défiera des promeneurs solitaires et isolés ; on fera son possible pour les amener à participer aux jeux communs. On ne permettra pas aux grands de se lier intimement avec de plus jeunes. Les maîtres eux-mêmes ne montreront aucune préférence pour certains d'entre leurs élèves. Aucun d'eux ne de-

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