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RESPECT

Ce sentiment que l'aine éprouve en présence d'une supériorité quelconque , se manifeste au-dehors, par l'humilité de la contenance, et l'air de crainte répandu dans toute la personne. La gravité, le sérieux du maintien, répondent aux pensées graves et sérieuses que nous avons alors ; nous nous sentons, au physique ci mime au moral , dominés par quelque chose de grand, de noble, qui nous fait sentir fortement notre infériorité. On ne respecte pas ses égaux ni ses inférieurs.

Les hommes , pour marquer encore davantage leur respect et leur déférence, ont adopté des signes extérieurs, qui varient suivant les temps , les lieux , et qui soivt purement de convention. Chez nous, le salut est L'expression vulgaire de lu déférence (pie BOUS nous marquons les uns aux autres. Nous restons découverts et debout devant les grands et Les personnes auxquelles nous portons un profond respect ; nous baisons L'anneau

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des évoques, la mule du saint-père; nous nous agenouillons dans les temples , et nous inclinons nos fronts devant la majesté du Dieu qui s'y montre à notre foi. Dans certaines contrées , les sujets sont obligés de se prosterner devant leur monarque.

L'usage a diversement réglé le cérémonial de tous ces signes du respect.

Rien n'est aussi respectable que la divinité aux yeux de tout homme qui réfléchit, et qui ne s'est pas égaré dans les voies d'un fol orgueil. Pour celui qui pénètre sa pensée de la grandeur de Dieu, de ses infinies perfections, toute autre chose est néant et vanité. L'esprit , en considérant les gloires du monde à côté de la majesté suprême, est obligé de dire comme Bossuct : t. Dieu seul est grand. » Toute gloire disparait devant lui , comme la glace aux rayons du soleil. De tous temps, en tous lieux, quelles qu'aient été leurs erreurs, les hommes n'ont rien vu, n'ont rien compris de plus respectable que la divinité. Partout, quoi qu'on en ait dit, leurs hommages et leur culte ont témoigné de leur respect pour elle.

A cause de l'infirmité de notre nature , nous nous arrêtons bien davantage à ce qui frappe notre pensée par les sens, qu'à ce qui lui arrive directement par les seules lumières de l'esprit; aussi, peu d'entre nous. sont faits pour cette vertu contemplative qui fait aimer et vénérer Dieu dans l'intimité de la pensée , indépendamment des signes extérieurs et matériels du culte. Cette perfection n'est accordée qu'au petit nombre de ceux qu'une piété solide et pure , une habitude constante de réflexion , rapprochent, pour aiusi dire, davantage du ciel. Chez eux, le respect est immense : c'est un sentiment profond, qui pénètre l'ame tout entière et l'humilie devant son auteur; mais chez le grand nombre, le respect pour la divinité a besoin d'être excité par les cérémonies religieuses , par la vue du culte extérieur.

Notre saiute religion, si belle et si grande, si parfaitement

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d'accord avec la majesté dh ine . a tout ce qu'il fout pour répondre à ce besoin et pour inspirer aux hommes une haute vénération.

Notre respect est un hommage que nous accordons aux grands hommes, à ceux qui se sont illustrés d'une manière quelconque, qui ont acquis, par les sen ices qu'ils ont rendus, par l'éclat de leur génie, des droits à la reconnaissance , à

l'admiration des autres hommes. Quand nous somme-, en présence d'un savant illustre, d'un fameux orateur, d'un guerrier valeureux, nous éprouvons un invincible respect ; cet ascendant de la grandeur, nous le subissons même pour la mémoire de ces personnages éminents.

Les enfants Ar-, hommes recommandables nous inspirent en partie la vénération que méritaient leurs pères. N'est-il pas juste de supposer que le sang d'un grand homme doive transmettre à sa postérité les vertus qui brillèrent en lui? Si c'est un préjugé, il est de nature à l'aire naître une noble émulation , et à produire quelquefois des générations de héros. N'avons-nous pas en France de ces familles illustres qui , pendant une longue suite de siècles , ont brillé par l'éclat de leurs services , et qui ont semé l'histoire de noms glorieux? Est il un homme parmi nous qui puisse voir, sans une profonde émotion , sans un religieux respect , le dernier descendant des Montmorency? Quelque part que soient, poussés par le caprice du sort , les rejetons épais de la famille de L'empereur ; à quelque porte souveraine ({n'aillent heurter les exiles d'Holy- Rood ; partout on s'inclinera de respect devant les grands souvenirs attachés à leurs noms. Les hommes se prosternent plus volontiers devant la majesté de l'infortune et des souvenirs que devant celle de la puissance actuelle.

Les individus haut placés, les souverains , les ministres , les évoques, nous inspirent toujours du respect : il est dans l'ordre , il e t naturel , que nous ayons de la déférence pour ce qui nous est supérieur d'une façon quelconque.

Le sentiment du respect est du a nos parents, qui sont pour

nous des bienfaiteurs et les représentants de l'autorité de Dieu; à la vieillesse, à cause de son expérience, de sa faiblesse et des travaux qu'elle a accomplis. i\ous devons du respect aux femmes , parce qu'il est le seul rempart qui les protège , et que sans lui elles seraient en proie à toutes les tyrannies de notre force et de nos caprices. Nous le leur devons, parce que Dieu nous l'a prescrit, parce qu'elles sont la tige de l'humanité; parce qu'avec le bienfait de la vie , elles nous donnent les premiers aliments de nos corps , et les premières croyances de nos âmes.

Après le respect que nous avons pour les personnes, vient celui que nous éprouvons pour les choses. Certains lieux, certains objets , nous inspirent la plus haute vénération : quel est celui d'entre nous qui pourrait , sans être profondément atteint de ces sentiments, mettre le pied dans cette terre des miracles, dans cette Judée toute retentissante des paroles de Jésus et des apôtres , qui semble encore émue de respect et d'effroi au souvenir des grands mystères de la rédemption ? Cette terre , si éloquente avec ses torrents desséchés, ses montagnes arides , ses plaines incultes et ses villes désertes, garde encore l'épouvante qui la remua de fond en comble quand le divin sacrifice s'accomplit au sommet du Golgotha. Le chrétien qui la visite peut-il n'être pas saisi du plus profond respect, en songeant que ce sol sur lequel il marche porte l'empreinte des pas de son Dieu ; que chacun des objets qu'il regarde est un témoin de sa vie , de ses miracles et de sa mort.

Les temples , les grands monuments de la gloire et de la bienfaisance nous émeuvent et excitent notre vénération. Il nous est impossible d'entrer, sans uue vive émotion, dans la maison qu'habita un grand homme ; il en est de même des ruines et des monuments qui rappellent de beaux souvenirs et qui se rattachent à L'histoire des nations célèbres. Quel est celui qui n'éprouvera pas le sentiment du respect sur les ruines de Sparte et d'Athènes , au milieu de cette Rome si longtemps maîtresse du monde et si pleine de souvenirs ?

Il est des hommes pervertis et méprisables , qui n'ont de respect pour rien : ils méritent qu'on les repousse de partout, comme des profanateurs et des Impies. L'orgaeil a corrompu le monde ; la morale publique en a reçu les plus funestes at teintes. Personne ne se croit l'ait pour obéir ; les enfants à peine pubères méprisent les conseils de leurs parents et pensent être aussi bien qu'eux en état de se conduire. Une multitude de jeunes gens , égarés par un amour mal entendu de la liberté, affectent de mépriser tout ce que les hommes honorent et respectent; ils appellent préjugés , toutes les saines croyances; tyrannies, toutes les autorités. Cette triste tendance de notre époque nous entraîne de plus en plus : suivant nous, c'est le présage d'une décadence. Les sociétés ne peuvent se maintenir que par le respect de la divinité, des lois et des pouvoirs.

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