A MOI II DES LUT&ES
la plupart du temps c'esl une impression purement physique qui nous domine.
Cependant la pitié vient souvent adoucir les rigueurs de la justice; il est souvent des circonstances qui, quoi que nous fassions, affaiblissent à nos yeux le délit, lu vieillard blanchi par l'âge , une femme . sur les bancs de la cour d'assises , exci teront davantage notre pitié qu'un hardi brigand dans la force de rage et de la vigueur. C'esl en exposant aux jurés les choses qui peuvent les toucher de compassion, en présentant a leur esprit le tableau d'uwv, famille livrée au désespoir, de parents cassés par l'âge, d'enfants au berceau privés de leurs uniques soutiens, que les avocats réussissent à arracher les coupables au glaive de la justice , ou bien à leur faire accorder les circonstances atténuantes, cet adoucissement que la loi a voulu laisser à la pitié la faculté d'obtenir.
A Rome, avant que le peuple fût appelé à prononcer la sentence, on permettait à l'accusé de se promener dans l'assemblée , invoquant la pitié de tous par sa contenance humiliée et par ses larmes. Son épouse, son vieux père, ses jeunes enfants l'accompagnaient, et la clémence qu'il ne méritait pas était bien souvent obtenue par leur désespoir.
Chez tous les peuples, la prière est aussi sacrée que la justice , et l'on regarderait comme une chose aussi horrible d'enlever aux accusés le droit d'implorer la pitié, que de leur oter celui de faire valoir leurs moyens de défense.
Quand la loi a prononcé , quand le coupable, rejeté par la justice, n'a plus rien à espérer d'elle, il compte encore que la pitié lui gaule une porte de salut : le droit de grâce, cette belle prérogative du souverain, vient quelquefois jeter un reflet d'espérance a travers les grilles du cachot , et enlever au supplice la victime que la pitié publique a protégée.
(est ce sentiment consolateur qui couvre de sou égide tous les malheureux' de la terre, c'est à lui Qu'ils s'adressent dans leurs angoisses, c'esl en lui qu'ils espèrent toujours. Tous tant que nous sommes, si faibles par nous-mêmes, soumis a tant
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de misères, que deviendrions-nous si l'égoïsme de chacun éteignait cette flamme salutaire qui nous fut donnée par Dieu pour le bonheur de tous? Si l'homme isolé, concentré en lui-même, n'espérait plus en rien , quand ses propres ressources seraient épuisées, l'affreux désespoir étendrait un voile funéraire sur la société ; le suicide présenterait sou poignard à l'infortune. Mais Dieu n'a pas voulu qu'il en fût ainsi : partout où s'élève un cri de douleur, un écho de pitié lui répond; il n'est pas un cœur aftligé qui n'ait à puiser des consolations dans un autre cœur plus heureux,
La charité, comme nous le verrons, vient fortifier en nous la pitié en communiquant sa force divine à nos penchants. Elle nous enseigne à ne pas nous arrêter aux vaines émotions, aux théories vides des philantropes. Elle dirige nos instincts bienveillants vers leur but naturel, le soulagement de l'infortune. Elle prend en quelque sorte la pitié par la main pour la conduire ; elle lui fait franchir les limites de notre faiblesse, et les malheureux étonnés se demandent si Dieu n'aurait point envoyé ses anges sur la terre pour les consoler et les secourir.
Malheur au monde si la pitié l'abandonne ! Ne fermons jamais nos âmes à ce sentiment salutaire ! Que la plainte du malheur nous trouve sans cesse humains et compatissants! Ne repoussons pas du seuil de notre demeure celui qui nous demande un abri. Peut-être demain, errants et vagabonds , nous implorerons la pitié des autres. Quand nous sommes heureux, conquérons, en faisant le bien, des droits à l'assistance de nos semblables, pour les jours néfastes. L'infortune plane sur nos têtes. Nul n'est certain de pouvoir éviter ses coups. Habituonsnous de bonne heure à la bienfaisance; nous amasserons ainsi de doux souvenirs et de nombreux éléments d'espérance pour la vie future. N'est ce pas déjà une jouissance infinie pour un bon cœur d'avoir semé de bienfaits la carrière qu'il a parcou
rue? Les larmes répandues dans le sein des infortunés valent bien les joies bruyantes des heureux d'ici-bas; et nul n'a le sommeil tranquille comme celui qui croit n'avoir rien l'ait dans sa journée quand il n'a pas soulagé quelque misère.