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AMOUR DES LIEUX, DES INSTITUTIONS

Dès qu'un fait se présente à nos regards , que nous le soumettons à un examen attentif, nous ne tardons pas à voir qu'il est gouverné par quelqu'une de ces lois générales qui président à l'existence et à l'harmonie des mondes. Ainsi , maintenant que nous voulons étudier la faculté d'aimer, ouvrant le cœur humain à l'amour des lieux et des institutions, nous nous demandons si l'homme est le seul être qui ait une patrie ?

De prime-ahord, cela semblerait vrai; mais un coupd'œil moins superficiel nous apprend que tous les êtres ont leur place assignée dans ce vaste univers. Chacun concourt, dans des conditions voulues et déterminées , à l'harmonie du tout ; nul ne peut sortir des limites qui lui ont été tracées.

Les globes décrivent régulièrement leurs orbes ; ils ont leur

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route invariable dans l'immensité do vide; L'œil de l'astronome y suit leurs mouvements et connaît d'avance leurs révolutions. La terre et les eaux sont séparées sur notre planète; l'air a sa patrie où volent les nuages; le sein du globe renferme des métaux dont le géologue sait les demeures. Les vents et les tempêtes ont aussi leur patrie redoutée des navigateurs. Les végétaux vivent par familles dans des contrées qu'ils aiment. Les animaux ont leurs climats , leur patrie , leur demeure. Tous ces êtres, parce que Dieu le veut ainsi , affectionnent la place qui leur a été marquée.

Cet amour , ainsi que nous l'avons vu , est une obéissance passive dans la matière brute ; une fonction vitale chez la plante ; un instinct dans l'animal. Chez l'homme , il se fortifie dans l'intelligence.

L'espèce humaine a une patrie sur la terre : elle ne vivrait point dans ces tristes contrées , où des frimats éternels renferment, dans le sein de la terre, les trésors de la nature. Partout ailleurs, elle a pris possession du monde. Chaque homme s'attache au lieu de sa naissance , au lieu où il vit , parce que là sont autour de lui les éléments de son bien-être physique et moral. Il trouve dans son pays les richesses nécessaires à sa vie animale , et les rapports indispensables aux affections de son cœur.

S'il est un principe d'éternelle justice, c'est que toute créature est, par le fait même de son existence, investie du droit de jouir des choses utiles à ses besoins; mais aucune ne doit empiéter sur celui d'une autre. C'est pour garantir l'exercice mutuel de ces droits , que Dieu a donné aux êtres privés de raison des règles de conduite qu'ils ne peinent jamais transgresser entièrement. Quant aux êtres raisonnables, il leur a imposé des devoirs moraux et a mis dans leurs cœurs les principes de la vérité et de la justice.

Si les hommes ('coûtaient la voix de la conscience, leurs droits mutuels seraient à l'abri de toute atteinte ; mai- beau-

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coup d'entre eux mettent leurs convoitises déréglées à la place de l'équité. Pour remédier à cet abus , pour éviter la guerre incessante qui résulterait de cette violation de la justice , ils ont réuni leurs intérêts et les ont placés sous la garantie du pacte social. La société donne à chacun de ses membres, la protection nécessaire à l'exercice de sa liberté , renfermée dans de sages limites.

C'est à la condition de trouver dans sa patrie et dans les institutions qui la régissent, les éléments de son bonheur et les garanties de sa liberté, que l'homme peut lui accorder son amour. On conçoit qu'il n'y ait point de patrie pour l'esclave, et qu'il n'y ait pas vraiment de citoyens sous un gouvernement despotique.

L'être humain doit accomplir sa destination en se servant des facultés qui lui ont été départies. Ses droits , à cause de leur source divine, sont des devoirs qu'il ne peut décliner. C'est donc à bien juste titre que sa faculté d'aimer s'attache au lieu de sa naissance , à sa patrie et aux institutions qui le protègent.

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