GÉNÉRALITÉS SUB L' HOMME. I I
Dieu se manifestait à l'esprit , niais laissait au cœur la faculté d'aimer; il l'avait rempli de sens, et lui faisait voir les biens et les maux. Là, étaient l'activité, la liberté, le choix. Etre privilégié, élevé, lors Je sa création, au dessus de toutes les créatures visibles, combien l'homme devait être reconnaissant envers son créateur ! Avant de lui donner la liberté , il lui avait donné la science, et de plus, ses ordonnances et ses préceptes. Il lui avait prescrit l'ordre de sa conduite, l'avait honoré jusqu'à lui l'aire entendre sa voix, et l'aire luire à ses yeux les merveilles de sa gloire. Puis alors, il l'avait laissé entre les mains de son propre conseil , rendu en quelque sortedépositairedelaloide vie. Devant lui étaient l'eau et le l'eu, la vie et la mort , le bien et le mal. De quel côté va-t-il porter la main, car ce qu'il aura choisi lui sera donné? Voilà donc l'homme avec la science et l'amour, avec la liberté de s'attacher à son auteur ou de s'en séparer. Dans l'hypothèse de sa persévérance dans le bien, quel devait être son état sur la terre, quelle était sa destination? Nous le savons déjà en partie. Il devait croître et multiplier, remplir la terre et se l'assujettir, dominer sur toute la création , en être le roi. Dieu l'avait placé dans un jardin délicieux, pour qu'il le cultivât et qu'il le gardât. Il lui avait permis de manger des fruits et des herbes de la terre; seulement, parmi les arbres du paradis, il en était un, auquel il lui était défendu de toucher, sous peine de mort.
Ainsi l'homme , roi de la nature , supérieur à toute la création, devait être le plus heureux des êtres visibles , comme il en était le plus parfait. Rester uni à son auteur, était la condition obligée de sa félicité, car à cette union étaient attachées la science et la vie; l'action directe de Dieu les entretenait incessamment en lui, comme la lumière du soleil entretient la vie dans les plantes de la terre. Dieu n'avait créé ni la mort, ni l'ignorance, et l'humanité devait être a jamais exempte de toutes ces faiblesses d'une nature tombée . comme de toute souffrance morale ou physique
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L'homme (lovait manger pour nourrir son corps, parce que le corps était né de la matière; mais la faim ne déchirait pas ses entrailles, et la nourriture du lendemain n'était pas l'objet des inquiétudes de la veille. Les fruits de la terre suffisaient à ses besoins, et nous devons croire qu'une partie de ce qu'il y a de matériel et de grossier dans les fonctions de la nutrition, n'existait pas alors; le corps ne prenait probablement que ce que son entretien réclamait. Les besoins, peu nombreux et peu étendus, étaient faciles à satisfaire.
La chair et le sang ne souillaient pas la bouche de l'homme; immortel comme Dieu, il ne devait pas pouvoir détruire les êtres vivants et puiser dans la mort ses cléments d'existence. L'Écriture nous dit qu'il était nu; et en effet, les vêtements qui sont un moyen de protection , devaient être inutiles à l'être que la souffrance et la destruction ne pouvaient pas atteindre. Il devait cultiver la terre, mais cette culture était pour lui une source de jouissances et non pas de fatigues. Connaissant les êtres dans leur nature intime et dans leurs rapports, il pouvait, sans travail pénible, les diriger dans leur accroissement , et les aider à arriver à leur fin naturelle. La terre n'avait pas renfermé ses forces dans son sein , elle n'était pas ingrate à la culture , et produisait sans efforts ce que maintenant les sueurs sont obligées de lui arracher. L'homme, exempt de fatigues, ne devait pas avoir besoin de les réparer, et le sommeil , qui est un assujettissement de la faiblesse et une image de la mort , ne s'appesantissait pas sur ses sens. L'acte de la reproduction ne devait point être entaché de cette souillure des sens qui rend l'ame sujette de la matière. Sans prétendre nier que des plaisirs fussent attachés au rapprochement des sexes, il est nécessaire d'admettre que ces plaisirs , comme tous ceux qui dépendent des actes physiques, étaient subordonnés aux jouissances de l'ame; que cette dernière, vu sa supériorité, devait en éprouver par elle-même d'infiniment plus grands que ceux qui lui arrivaient par l'intermédiaire des organes. Du reste, elle ne permettait
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aux sens d'exercer leur action que dans les limites du bien , et pour le but que Dieu les avait appelés à remplir. Cette dernière vérité nous semble incontestable; les plaisirs de l'amour, tels que les hommes les comprennent, les éprouvent actuelle ment, ont dû , comme tout le reste, participer de notre dégradation. Platon l'avait si bien compris, qu'il va jusqu'à dire qu'au temps de Saturne, l'acte de la reproduction ne devait pas s'accomplir de la même manière qu'à présent.
L'homme était donc intelligent pour comprendre, autant que possible, son auteur, et pour s'attacher à lui par l'amour; il avait un corps pour obéir à son intelligence et pour être en rapport avec la nature matérielle qu'il devait commander et diriger. L'amc, unie à Dieu , n'avait d'attrait que pour le bien, et le corps, soumis à l'ame, n'agissait que d'après ses impulsions. Les révoltes de la chair contre l'esprit étaient par conséquent impossibles.
L'homme devait pendant un temps vivre sur la terre, mais le nombre de ses jours lui avait été compté , et au bout de ce temps fixé, laissant son héritage terrestre à ses descendants, il devait passer sans effort à un état encore plus parfait, pour jouir au sein de Dieu de la plénitude de sa lumière et des manifestations de sa gloire.
Comment est-il déchu de ses hautes destinées , et quel a été le résultat de sa déchéance, voilà ce qui nous reste à examiner.