‹ Des Pensées de Pascal (volume 2)Chapitre 17 sur 56 · AVANT-PROPOS. XXVII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XXVII

UD bon sens que rien ne peut faire fléchir^ est, à sa manière, un disciple de la même doctrine dont il ne fuit, selon sa coutume, que les extrémités. Ce ^and

et UD miroir de la raison divine, et par conséquent distinguée des sens et de Fimagination et élevée au-dessus de tout scepticisme. Première partie. § 52 : O que l'esprit de Thomme est grand! il porte en lui de quoi s'étonner. «... Jugeons de notre grandeur par Tinfîni immuable qui est empreint au-dedans de nous et qui ne peut jamais y être effacé... § 54.... Outre Tidée de l'intini , j'ai encore des notions universelles et immuables qui sont la règle de tous mes jugements ; je ne puis juger d'au« cune chose qu'en les consultant et il ne dépend pas de moi de juger contre ce qu'elles me représentent. Mes pensées, loin de pouvoir corriger ou forcer cette règle, sont elles-même corrigées malgré moi par cette règle supérieure et elles sont invinciblement a^ujéties à sa décision... Cette règle intérieure est ce que je nomme ma raison. § 55. A la vérité, ma raison est en moi, car il faut que je rentre sans cesse en moi-même pourra trouver ; mais la raison supérieure qui me corrige dans le besoin et que je consulte n'est point à moi et elle ne fait point partie de moi-même... Ce maître est partout, et sa voix se fait entendre d'un bout de l'univers à l'autre à tous les hommes comme à moi... § 56. C'est elle qui fait qu'un sauvage du Canada pense beaucoup dechoses comme les philosophes grecs et romains les ont pensées... l\ n'y a point encore eu d'homme sur la terre qui ait pu gagner ni sur les autres ni sur lui-même d'établir dans le monde qu'il est plus estimable d'être trompeur que d'être sincère, d'être emporté et malfaisant que d'être modéré et de faire du bien. § 57. Le maître intérieur et universel dit donc toujours et partout les mêmes vérités pour corriger tous nos mensonges. » Je m'arrête pour ne pas copier des pages entières ; mais q^u'il y a loin de cette philosophie et de cette morale à celles de Pascal et de

XXVIll AVANT-PROPOS.

esprit, qui peut avoir des supérieurs pour Tinvention, mais qui n'a pas d'égal pour la force dans le sens commun, s'est bien gardé de mettre aux prises la révélation et la philosophie : il a trouvé plus sûr etplus vrai de leur faireà chacune leur part, d'emprunter à l'une tout ce qu'elle peut donner de lumières naturelles, pour les accroître ensuite des lumières surnaturelles dont l'église a reçu le dépôt. C'est dans, ce bon sens souverain, capable de tout comprendre et de tout miir, qu'est précisément la suprême originalité de Bossuet. Il fuyait les opinions particulières comme les petits esprits les recherchent pour le triomphe de leur amour-propre. Lui, ne songeait fioint à lui-même; il ne cherchait que la vérité, et partout où il la rencontrait il la recevait volontiers, bien a^uré que si le lien des vérités de tous les ordres nous échappe quelquefois, ce n'est point un motif de fermer les yeux à aucune vérité. Si on voulait donner un nom d'école à Bossuet, selon l'usage du moyen-âge, il faudroit l'appeler le docteur infailliblp. Il n'est pas seulement une des plus hautes , il est aussi une des meilleures et des plus solides intelligences qui furent

Page 1