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licence constituée, lui est aujourd'hui une tyrannie insupportable. M. de Lamennais est républicain en politique,^ et son point de départ en philosophie n'est plus la révélation, mais la raison'. L'ancien abbé de Lamennais n^est plus, mais sa première doctrine demeure; cette doctrine a pénétré daps le clergé : l'église de France , dans sa jeune milice , en a reçu une impression funeste et durable* L'église a rejeté M. de Lamennais, mais elle a retenu, sinon tout son système, du moins l'esprit qui l'animait. C'est M. de Lamennais qui le premier a attaqué la philosophie moderne dans Descàrtes scm père ; le branle une fois donné, tout le monde a suivi, et il n'y a pas aujourd'hui de feuille prétendue religieuse qui ne déclame à perte de vue contre Descartes et contre la philosophie.
• Esquisse d'une phitosophie^ 3 vol. Paris, 1840. Tome I«% Préface : « La philosfophie a sa racine dans notre nature et c*est pourquoi on ne peut en assigner le commencement. Contemporaine de rbomme, elle n'eist que V^eretce même de sa raison.. , » Ceci n'erapécbe pas qu'on ne rencontre dans V Esquisse beaucoup de propositions qui rappellent le livre de V Indifférence. Deux esprits contraires y son^sans cesse aux prises, et pour les accorder il faudrait un troisième ouvrage.
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Qy'est-ce ea effet que toutes ces attaques qui tombent . chaque jour sur ce qu'on appelle, la philosophie de TUniveraté, sinon, le contre-coup et récho monotone de la vieille polémique du liyre e/e V Indifférence? On n'a inventé qu'un seul mot nouveau, celui de panthéisme; et voici toute la variante qui a été faite à Uarpraentation de M. de Lamennais. M. de Lamennais disait : Toute philosophie qui veut être conséquente aboutit au scepticisme; on nous dit aujourd'hui : Toute philosophie qui pari de la raison (et on appelle cela le rationalisme) conduit nécessairement au panthéisme^ c'est-à-dire à l'identification de Dieu et du monde , c'est-à-dire encore au matérialisme et à l'athéisme; témoin Descartes et tous les cartésiens, mes amis et moi bien entendu , auxquels , j'en demande pardon à ces messieurs, il faut qu'ils joignent, s'ils veulent être conséquents eux-mêmes, tous les grands personnages du ivn® siècle que j'ai cités tout à l'heure. Mais à qui, de grâce, fera-t-on accroire que mes amis et moi nous confondions le monde et Dieu, comme Volney et Dupuis, et que
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nous soyons deveDus les tardif ailoratenrs de cette religion de, l!otdvera-I)ieu que nous avons com^ battue à outrance pendant toute notre jeunesse 7 Parlons sans détour : Qu'est-ce que le panthéisme? Ce n'est pas un athéisme déguisé^ comme on le dit; non, c'est un athéisme déclaré. Dire^ en présence de cet univers si vaste^ si beau, si magnifique qu'il puisse être : Dieu est là tout entier, voilà Dieu , il n'y en a pas d'autre; c'est dire aussi clairement qu'il est possible qu'il n'y a point de Dieu, car c'est dire que l'univers n'a point une cause esseutiell^nent différente de ses effets. Et c'est à nous qu'on ose imputer une pareille doctrine !
Les rapports qui unissent la création et le créateur composent un problème obscur et délicat dont les deux solutions extrêmes sont également fausses et périlleuses : ici tin Dieu tellement passé dans le monde qu'il a Vm d'y être absorbé ; là un Dieu tellement séparé du monde que le monde a l'air de marcher sans lui : des deux côtés égal excès , égal danger, égale eireur. Ueu est dans le monde toujours et partout; de là, avec l'être et la durée,
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l'ordre et les beautés de ce monde qui yiennent de Dieu, mêlées des imperfections inhérentes à lacréarture ; car, tout immense qu'il est, ce monde est fini en soi, comparé à Dieu qui est infini; il en manifeste mais il en voile aussi la grandejur, l'intelligence, la sagesse. L'univers est Timage de Dieu, il n'est pas Dieu ; quelque chose dé la cause passe dansTeSfet, elle ne s'y épuise pas, et demeure elle-même tout entière. L'univers même est si loin d'épuiseY Dieu que plusieurs des attributs de Dieu y sont couverts d'une obscurité presque impénétrable et ne se découvrent que dans l'âme de l'homme. L'univers , c'est la nécessité ; mais l'âme est libre , elle est une, sim][)le , e^ntiellement identique à elle-même sous la diversité harmonieuse de ses facultés ; elle est capable de concevoir la vertu et de l'accomplir; elle est capable d'amour et de sacrifice. Or, il répugne que l'être , qui est la cause première et dernière de cette âme, soit un être abstrait, possédant moins qu'il n'a donné, et n'ayant lui-même ni personnaUté, ni liberté, ni intelligence, ni ju^ce, ni amour. Ou Dieu est inférieur à l'homme , ou il poissède au
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moins tout ce qu'il y a de permanent et de substantiel dans l'homme , avec l'infinité de plus.
Cette déclaration est suffisante ^ je l'espère y à l'équité et à la bonne foi ; mais elle ne l'est pas, je l'avoue, au besoin d'accuser et à la passion de nuire.
On persistera à répéter, d'après une ou deux phrases détournées de leur sens naturel , que je n'adoiets qu'une seule substance, que l'àme est nécessairement un mode de celte substance ; et qu'ainsi jë^uis bien réellement panthéiste et fataliste. Mais comment puis -je faire de l'âme humaine un mode de Dieu, moi dont la première maxime de psychologie et d'ontologie tout ensemble est que l'âme de l'homme a pour caractère fondamental d'être une force libre, c'est-à-dire une substance, la notion de substance étant envdoppée dans celle de force, coriime je l'ai si souvent démontré avec M. de Bfran et d'après Leibnitz? Ou contestez cette démonstration, qui est le principe de toute ma philosophie, ou cherchez un autre fondement à votre accusation. J^ai poussé si loin la liberté de
Itomme que j'en ai tiré une poîrtkjae profondément libérale, que je recommande à votre attention. A mes yeux, comme à ceux de Leibnitz, le monde extérieur lui-même est composé de forces, et par conséqueàt de substances. Si donc j'ai parlé quelque part de Dieu comme de la seule substance , du seul être qui soit, n'est-il pas évident que j'ai voulu marquer fortement par là, à la manière dés platoniciens et de plusieurs pères dé l'église, la substance et l'essence éternelle et absolue de Dieu en opposition à notre existence relative et bornée ' î
Plus d^une fois je me suis plaint que le xvn* siècle et le cartésianisme lui-même avaient excédé, en attribuant trop à l'action de Dieu et en ne respectant pas assez la puissance personnelle de l'homme, la force volontaire et libre qui le constitue. Et voilà qu'on m'attribue cette mysticité sublime de Malebranche qui substitue l'action divine à l'action de l'homme I
' Voyez pour de plus grands détails V Avertissement de la a* édit. des Fragmenis philosi^hiques, p« xix, et les^ Leçons fur la philosophie de Kant, 5" leçon, p. 113, et la 6^ leçon contre la DiaUctiqne transcendentak.