TROISIÈME PARTIE
Pensées tirées, poor ftr pfsmfdre fois^, da mâniBcirff autographe.
Le manuserit des Pensée^ e$l du gtnod in-foKo èe 491 pages. La plaipwt d^ i^er^ et ménwe ^if^ sienrs feuillets entieirs étant en blanc^ le nomhtë des pages écrites se réduit it peu près à la moitié.
Ces pages se composent^ la plupart du temps^ de petits papiers eollés les uûs att bout des autres^ J'ai déjà dit que Fécritnré de Fascd, toujours difficile à lire, est quetqtifefois hidédMfir£d>}e par son extréflfie téivùité et fo Multitude des abrévîa- ^ns les plns' eatpriciemes. Une def^ii-page dif ]ist)am]6ûri<t équmuf ordincMenieiit à deux p^gjdif de nos dei^ copies.
Les neuf dixièmes au moins du manuscrit, sur* tout les morceaux les plus étendus- et ks pluain-
192 ras PENSÉES DE PASCAL.
portants 9 sont de la main de Pascal. Il y a à peine sept ou huit pages qui soient entièrement d'une autre main. Voyez les pages lag, ao6, et44o-444' Quelquefois une écriture étrangère se rencontre au milieu de passages écrits par Pascal lui-même. Voyez pages 55, 209,3449 etc. Quelquefois Pascal a corrigé de sa main ce qu'il avait dicté ou ce qui avait été copié sur sa minute. Voyez pages 55, 81, 44 1 9 etc. L'abbé Périer nous apprend en effet , dans les lettres placées en tête du manuscrit, que Pascal avait fait copier au net sur sa minute plusieurs de ses pensées, et qu'il dictait quelquefois aux personnes qui se trouvaient auprès de lui^. Voilà ce qui explique comment , dans le manuscrit, il y a plus d'une main étrangère. On distingue plusieurs écritures différentes, quoique assez semblables entre elles, et aussi lisibles que celle de Pascal l'est peu. Un petit nombre de morceaux sont d'une main tout à fait inexpérimentée. Voici, par exemple, l'orthographe de quelques lignes, en assez gros caractères, et après lesquelles Pascal a pris lui-même la plume. Msc. p. iSg : « Sommornjus somma injuria. La pluralité est la meilieur vois^ parce que\ est visible^ et quel a la forse pour se faire obeire. Cepsjidant c'est raidis
* Voyez plus haut, p. 1 1 .
RAPPORT, ETC. «*- TROISliMS PARTIE. I93
des moins abille. » Msc. p. 44 • « S'il se veofitéjje rabaisse ; s^ils^abessCjje leveante; et le contreudit tfiuj&uv jusqu^à se qu'il conprwne qu'il est un monstre ineoupreansible. » Cette écriture est proba* blement celle du domestique de Pascal ; car on ne peut attribuer de pareilles fautes à aucune per* sonne de sa famille, pas même à sa nièce Margue* ritePérier, qui avait environ seize ans à cette époque. Tarmi les fragments étendus, écrits de la main de Pascal , il y en a qui sont presque complets , mais dont on ne découvre la suite qu'avec assez de peine , à cause de la multitude des renvois pratiqués^ non pas seulement aux marges, mais à tous les coins de chaque page, et quelquefois même d'une page à une autre. On revient ainsi deux ou trois fois à la même page, et on en sort autant de fois. Un exemple frappant de cet embrouillement matériel, où pourtant le fil de la pensée n'e^t jamais rompu, est le morceau célèbre où Pascal s'efforce de prouver qu'il est plus avantageux de parier que Dieu existe que de parier le contraire, dans la nécessité où l'on ^t de parier. (Msc. p. 4-7) Nous donnons à l'Appendice un fac-similé lithographie de la première page de ce morceau.
Les fragments très-courts ne paraissent pas fort travaillés^ ou du moins on n'y trouve pas de cor-
tu •BS ftaMÉm BB »ABCAt.
rtcliiiM et de raturés. Il «Ten <!st pas aitist des {jtaf/DotmtB étendus 1 41s sont remplis de corrections. Vmyw pàrticuliènmieat lés belles pages sur les dmix infinis^ p. 347*-36o.
On trouve astsz souvent ém» le manuscrit plu* sÎ8orft lignes, et même des pages entières barrées. Ce tant des développements inutites, dont la suppretttoâ €St une amélioratton évidente et nécessaire; tantôt des premières ébauches de pensées auxqujelles Pascal a donné ailleurs une forme plus pM*&ite( tantôt enfin des morceaux achevés pK)ur k styl^ mais que Pascal^ à la réflexion, par des mott£i que nous ne découvrons pas toujours , a cHi devoir retrancher.
Ni Port^^oyal ni Bossut n'ont publié ceà pas^ sages retranchés y et ils n'y étaient point tenus. Nous avons eu l'occasion d'en citer quelquestttis t il en est encore qui peuvent nous intéresser, dtiÉs cette étude approfondie du style dés Pen* 9éé6 , k savoir ceux qui , ayant reçii une forme nouvelle, nous montrent Pascal s'e£forçant de donner à ses idées une expression de plus en plus exacte ou fipappante, et ceux aussi qul^ supprimés pour des motifs qui ne nous touchent plus aujourd'hui, portaient tout d'abord l'empreinte de sa iMmière same et vigoureuse.
N01& avom é^'à publié les deux formes du tnor^
RAPPOIT^ mW€. *^ XftMNim fARTIB. tti
ceau célèbre «ur le Hosêcm pensant. Jj9 {MiMOge iurPaul Emile etsurPersée (P.-R. wii; B. l'^p^rt. iWf 4) ^ commeiicé par être cette noie in£(>rme (àlisa pw 83) : « Persée, roi de Macédoine. Paul Emile» On reprodKHt à Pensée de ce qu'il ne m tuoit pas. 9
La pensée des effets de Tamour et du nez de Géopâircaété refaite trois fois. Première ébauche (Msc p* 79) : « (£n dire.) Vanité. Les causes et les effets de Tamour. Cléopatre. » Deuxième façon: M Rien ne montre mieux la vanité des hommes que de considérer quelle cause et quels effets déè l'amour; car tout l'univers en est chapgé : le nex de Cléopatre. » Cette deuxième façon a été barrée de la main de Pascal. Voici la troisième et dernière, que la gravité de Port-Royal n'a pas voulu recuieillir, et qui a été mise au jour par le père Desmolets (p. 3o6 4 B. i"" part« ix, 4^) : « Qui voudra conncMtre à plein la vanité de l'homme n'a qu'à considérer les causes et les effets de l'amour» La cause en est un je œ sais quoi (Corneille), et les effets en sont efËroyablfls. Ce je ne sais quoi ^ si peu de chose qu'on ne sauroit le reaoaaoitre^ nemue toute la terre, les princes, les armées^ le «onde entier. Le nez de Cléopatre ^ s'il eut été plus court, toute la face de la terre auroit changée » (Les éditeurs : «W le nez de Cléopatre «t été
plus court, la face de la terre auroit changé.) Pascal, après avoir montré que l'homme n'est qu'un sujet de contradiction, un chaos, s'écrie (Msc. p. !i58): <c Qui démêlera cet embrouillement? Certainement cela passe le dogmatisme et le pyrrhonisme, et toute la philosophie humaine. L'homme passe l'homme. Que l'on accorde donc aux pyrrhoniens que la vérité n'est pas de notre portée ni de notre gibier, qu'elle ne demeure pas en terre, qu'elle est domestique du ciel, quelle loge dans le sein de Dieu , et qu'on ne la peut connoitre qu'à mesure qu'il lui plaît de la révéler. Apprenons donc de la vérité incréée et incamée notre véritable nature. »
Ce morceau, déjà excellent en lui-même, développé par Pascal, est devenu sous sa main cet admirable passage (Msc. ibid.): »Qui démêlera cet embrouillement? La nature confond les pyrrhoniens, et la raison confond les dogmatistes. Que deviendrez-vous donc, ô homme, qui cherchez votre véritable condition par votre raison naturelle? Vous ne pouvez fuir une de ces sectes ni subsister dans aucune.
ccCbnnoissez donc, superbe, quel paradoxe vous êtes à vous-même ; humiliez-vous, Maison impuis* santé ; taisez-vous, nature imbécile. Apprenez que l'homme passe infiniment l'homme, et entendez
de votre maître votre condition véritable, que vous ignorez : écoutez Dieu. »
Il est vraiment déplorable que Port-Royal ait gâté ce passage en le démembrant, en transportant la première partie dans le chapitre XXI, Des contrariétés étonnantes^ etc. (B. a' part, i, i), et l'autre partie dans le chapitre III, Véritable reli^ gion prouifée par les contrariétés qui sont dans V homme et par le péché originel (B. a® part, v, 3); et, non content de cette dislocation sans motifs, Port-Royal a rayé le dernier trait, la conclusion : Écoutez Dieu,
Voici maintenant deux formes d'une même pensée, dont la première a été jugée par Pascal inférieure à la seconde, puisqu'il l'a barrée, et qui nous paraît soutenir au moins la comparaison avec celle qu'il a préférée. (Msc. p. iio.) « Cet homme si affligé de la mort de sa femme et de son fils unique, qui a cette grande querelle qui le tourmente, d'où vient qu'à ce moment il n'est pas triste, et qu'on le voit si exempt de toutes ces pensées pénibles et inquiétantes? Il ne faut pas s'en étonner : on vient de lui servir une balle, et il faut qu'il la rejette à son compagnon ; il est occupé à la prendre à la chute du toit, pour gagner une chasse. Comment voulez-vous qu'il pense à ses affaires ayant cette autre affaire à manier? Voilà
198 »BS FENStES DE 9AÈCÂL.
un soin digne d'occuper cette grancle àme, et de lui ôler toute autre pensée de l'esprit! Cet homme, né pour connoître l'univers, pour juger de toutes choses, pour régler tous les états, Je voilà occupé et tout rempli du soin de prendre un Kèvre ! Et â^l ne s'abaisse à cela, et qu'il veuille toujours être tendu , il n'en sera que plus sot, parce qu'il voudra s'élever au-dessus de l'humanité ; et il n'est qu'un homme, au bout du compte, c'est-à-dire capable «le peu et de beaucoup, de tout et de rien : il n'est nî ange ni béte, mais homme. »
La seconde manière, que Pascal a préférée, et que Port-Royal a dû suivre et publier, est beaucoup plus courte; Je lecteur jugera si elle est plus vive. (P.-R., ch. xxvi ; B. i*^ part, v, i j Msc. p. 1 33.) # jyoit vient que cet homme, qui a perdu depuis peu de mois son fils unique, et qui , accablé de procès et de querelles, étoit ce matin si troublé, n'y pense plus maintenant? Ne vous en étonnez pas : il est tout occupé à voir par où passera ce wngJier que les chiens poursuivent avec tant d'ardeur depuis six lieures. Il n'en faut pas davantage pour l'Iiomme. Quelque plein de tristesse qu'il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer en quelqite divertissement, le voilà heureux pendant ce temps-là. »
Passons mainten^mt aux morceaux que Paiscal
RAPPOET» wtc^'^nomÈMm fartib. IM û*a pas barrés pour les refaire, mais pour les sup« primer entièrement.
Pascal a plusieurs fois fait Téloge des hommeê universels, des honnêtes gens, qui ne sont excli»« sivement ni poètes ni mathématiciens, ne reulanl point d'ensdgne, prennent part à toutes les ooih Yersatioi^, et jugent de tout^ choses. (P.-R. chap. XXIX ; B. i'^ part, ix^ 1 8.) Il airail encore éerit sur ce sujet la pensée suivante : « Puisqu'oo ne peut être universel, et savoir, tout ce qui se peut savoir sur tout, il faut savoir [un] peu de tout ) car il est bien plus beau de savoir quelque ch<Md de tout, que de savoir tout d'uoe chose. Cette universalité est la plus belle. Si on pouvoit avoir les deux 9 encore mieux. Mais, s'il faut choisir, il feut choisir celle-là. Et. le monde le sent el le fait^ car le monde est un bon juge souvent '• »
Autre ptensée supprimée : « {En tkre ;) Nature* La nature nous a m bien mis au milieu que si noua changeons un des cotés de la balance, noua cban* geons aussi Tautre. Cela me lail croire qu'il y a des ressorts dans notre tête , qui sont tellenaent disposés, que qui touche l'iui (ouehe ams» le «Qu* traire. » (Msc. p. i lo.)
(Msc. p. 362.) Dans k fragmeM wtr l'IvMgHia-
' I^'a^rèa ktd^n sofiiis.
lion et dans le paragraphe : « Le plus^rand philosophe du monde, etc.. » : « Il faut^ puisqu'il lui a plu (à l'imagination), travailler tout le jour pour des biens reconnus pour imaginaires; et quand le sommeil nous a délassés des fatigues de notre raison, il faut incontinent se lever en sursaut pour aller courir après les fumées et essuyer (Pascal avait mis d'abord suivre) les impressions de cette maîtresse du monde. »
(Msc. p. 370.) Pascal avait terminé tout le chapitre sur l'imagination par les lignes suivantes, qui auraient servi de transition à un autre chapitre, ce L'homme est donc si heureusement fabriqué, qu'il n'a aucun principe juste du vrai, mais plusieurs excellents du faux. Voyons maintenant combien. »
On ne voit pas pourquoi Pascal, qui a maintenu tant de phrases énergiques contre les jésuites, a rayé celle-ci : « Gens sans paroles , sans foi , sans honneur , sans vérité , doubles de cœur , doubles de langue, et semblables, comme il vous fut reproché autrefois, à cet animal amphibie de la fable, se tenant dans un état ambigu entre les poissons et les oiseaux. » (Msc. p. 344-)
Pascal a barré, il est vrai, les morceaux que nous allons transcrire sur l'absence de toute juslice naturelle et sur le pyrrhonisme j mais ils n'en
RAPPORT t ETC. -^ TROISIÈME PARTIE. SOI
marquent pas moins sa véritable pensée qui parait d'ailleurs dans tant d'autres endroits.
«f J'ai passé de longtemps ma vie en croyant qu'il y avoit une justice; et en cela je ne me trompois pas : car il y en a selon que Dieu nous Ta voulu révéler. Mais je ne le prenois pas ainsi , et c'est en quoi je me trompois, car je croyois que notre justice étoit essentiellement juste et que j'avois de quoi la connoître et en juger. Mais je me suis trouvé tant de fois en faute de jugement droit, qu'enfin je suis entré en défiance de moi et puis des autres. J'ai vu tous les pays et hommes changeants; et ainsi après des changements de jugement touchant la véritable justice, j'ai connu que notre nature n'étoit qu'un continuel changement, et je n'ai plus changé depuis; et si je changeois je confirmerois mon opinion. La pyrrhonien Arcésilas qui redevint dogmatique. » (Msc. p. i lo.)
Pascal a barré également cette addition qu'il avait faite au morceau précédent ; « Il se peut faire qu'il y ait de vraies démonstrations, mais cela n'est pas certain. Et ainsi cela ne montre autre chose , sinon qu'il n'est pas certain que tout soit incertain; à la gloire du pyrrhonisme. » (Msc. ibid,)
Citons encore un fragment qui forme dans le manuscrit deux morceaux fort éloignés l'un de l'autre y et reliés entre eux par des numéros de la
iift BBS fWflWI M PsAtCAL.
maÎD même da Pascal. Le» dernières phrases sont» dans la même page^ séparées par des intervalles en blanc qui semblaimt d^tinés à recevoir de nouveaux développements (Msc. p, 366 et p. 70) :
« Est-ce dono que Vâme est un sujet trop noble pour ses faibles lumières \ Âbaissons-U donc à la matière : voyons si elle m% de quoi est £ait le propre corps qu'elle anime , et les autres qu'elle corttemple et qu'elle remue à son gré. Qu'en ont-» ils connu ces grands dogmatistea qui n ignoreifet rien ? »
«I Cela suffiroit sans doute si la raiaon étoit rav^ sonnable. Elle l'est bien assez pour avouer qu elle n'a pu trouver encore rien de ferme, mais elle ne désespère pas encore d'y arriver; au contraire, elle est aussi ardente que jamais dans cette recherche, et s'assure d avoir en soi les forces nécessaires poor cette conquête. Il faut donc l'achever, et après avoir ^Laminé toutes ses puissances dans leurs effets , reconnoisions-les en eUe^-inemes; vcpfons si elle « quelques force» et quelques prki^ capables de sfueir la vérité.
« Mais peut-être que ce sujet passe la portée de la raison ? Exambums donc ses inventions sur les choses de sa force. S'il y a quelque chose où son iatérél propre ait du la feire appliquer de son plue sérieux f e'ert à k redierefae de son souverain
RAPPORT, nt. ^ TROI^MB PARTIE. M9
bien; voyons donc où ces âmes fortes et ehiîrvenantes l'oirt placé et ri eHes en sont tf accord.
« L'itn dit qne )e souverain bien est en la venu; Fautre le met en la voinpté, Faotre à suivie la nature, Fautreen la yérité: /eliâs qmpotuià rerum cognoscem cuusasiY^vXr^ à Fignorance tranquille; l'autre à l'indolence ; d'autres à résister aux appflh rences; Fautre à n'admirer rien ? nil admirari pr^pe Tes est una quœ possil faeere et servare heatum; et ks braves pyrrhoniens en leur ataraxie, danle et suspension perpétuelle j et d'autres plus sages , qa*on ne le peut trouver, rïbn pas même par souhait. Nous voilà bien payés.
« Si faut-il voir si cette betle philosophie n*a rien acquis de certain par un travail si long et si tendti : peut-être qu'au moins l'âme se connottra soi-même. Écoutons les régents du monde sur ce sujet : Qu'ont-ils pensé de la substance?.... 0»t-itê été plus heureux à la loger?.,.. Qu'ont-ils trotté de son origine , de sa durée et de son départ? »
Nous ne faisons un reproche uî à Pw f'-Iloy»! ni à Bossut d'avoir négligé le* morceau* p^% nous venons de citer, puisque Pascal les avait hn-ttiéaie condamnés à Foubli ; tout mi plus eàt-îl été pos^ sftle de les mettre dans un appendice. Si nous les avon^ fait connaître, c'a été seulement pour montrer que Faisealj sévèw envers >Hfi*iii4iifte^ «oMWê
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tous les grands écrivains, et dierchant toujours la perfection jusque dans ses premiers essais, avait souvent donné à sa pensée plusieurs formes différentes avant d'en trouver une qui le satisfît; que déjà même il avait fait un choix parmi ses notes, qu'il avait retranché les unes et conservé les autres.
Les éditeurs étaient seulement obligés à publier les Pensées que Pascal avait épargnées. Mais celles-là , il fallait les donner toutes ou presque toutes. Or le manuscrit autographe en renferme encore un assez grand nombre qui n'ont jamais vu le jour. Sans doute nos devanciers ne nous ont pas laissé à découvrir des fragments étendus et achevés. Nous nous empressons de le dire : ils ont dérobé ce qu'il y a de mieux. Et pourtant , après Port-Royal, Desmolets, Condorcet et Bossut, nous avons pu recueillir encore une moisson assez belle et assez riche pour être obligé de choisir nousmême entre un si grand nombre de Pensées jusqu'ici inconnues et plus ou moins dignes d'intérêt. Nous avons voulu montrer à l'Académie la nécessité d'une nouvelle édition des Pensées, et non pas faire cette édition devant elle. Nous publierons donc assez de Pensées nouvelles pour exciter la curiosité , sinon pour la jsatisfaire entièrement ; et nous les diviserons en deux classes : d'un côté ,
RAPPORT t ETC. — TR0I8IÈMB PARTIR. 905
celles qui sont relatives à Port-Royal, aux jésuitefs, aux querelles du temps; de l'autre, celles qui ont un caractère général, et dont Port-Royal et Bossât auraient pu grossir aisément les chapitres qu'ils ont intitulés : Pensées diverses^ Pensées morales et Pensées chrétiennes. C'est par les Pensées de cette dernière classe que nous allons commencer.