‹ Des Pensées de Pascal (volume 3)Chapitre 10 sur 37 · IX · texte numérisé non relu

IX

Voici un changement plus douteur. Pascal : « Si on y songe trop, on s'entête et on s\ncoiffe. (Msc. p. 355.) » Port-Royal : « Si on y songe trop, on s'entête et on ne peut trouver la vérité. }}(y .'^. ch. XXV. B. 1" part, vi, 2.)

Telles sonf à peu près les corrections qui peuvent être adiùises : toutes les autres sont inutiles ou vicieuses.

Quant aux corrections inutiles, et qui, par cela seul, sont déjà blâmables, on pourrait en multiplier les citations jusqu'à Tinfini.

Pourquoi , lorsque Pascal prend un exemj^/e et

' Dans un autre endroit du manuscrit, noustrouYons encore, mais d'une autre hnain que éelle de Pascal (p. 440) : j^ Màrtoà voit bien que la nature eçt corrompue et que les hbôiiHes iottt

M DKS MNSÉB8 BE PASCAL.

que cet exemple est clair et sensible, le changer arbitrairement? Pascal (Msc, p. 197) : « Toutes les fois que deux hommes voient un corps changer de place, ils expriment tons deux la vue de ce même objet par les mêmes mots, en disant Tan et Fautre qu'il sVst mii.... «Port- Royal : « Toutes les fois que deux hommes voient par exemple de la neige^ ils expriment totis deux la vue de ce même objet , en disant l'un et l'autre quelle est blanche..... » (P.-R., xxxi. B. 1*^ part. XI, ai.)

Tout le monde sait par cœur cette belle pensée sur Cromwell qui s'en allait ravager toute la chrétienté, sans un petit grain de sable qui se mit dans son urètre. ^ Ce petit gravier» dit le manuscrit de Pascal CMsc. p. aa^), ce petit gravier s*êtant mis là, il est mort, sa famille abaissée et le roi réta* bli. » On ne s'explique guère la correction de Port- Royal : « Ce petit gravier, qui n était rien ailleurs^ mis en cet endroit j le voilà mort.... » (P.-R. xxiv. p. !"• part. VI, a.)

Pascal : « Toutes les autres, relîgfons ne l'ont pu : voyons ce que fera la sagesse de Dieu. (Mac. p. 317.)». Qu'y a-t-il de préférable dans cette leçon de Port-Royal? (P.-R. ch. \\i. B. a* part, v, i.)

contraires à l'honnêteté ; mats il ne sait pas pourvoi ils ne peuvent voler plus haut. > .

RAPPORT, ETC. — DEUXliMB PARTIR. 98

« Voyons ce que nous dit sur tout cela la sagesse de DieU| qui nous parle dans la religion chré^ tienne. »

Pascal (Msc. p. 199) : a Depuis deux mille ans, aucun païen n'avait adoré le Dieu des Juifs. » Port - Royal : « Depuis deux mille ^ans le Dieu des Jui& était demeuré inconnu parmi la foule des nations païennes., 1» (P.-R. xv. B. 2® part. XI, a.)

Pascal ' : « C'est une chose monstrueuse de voir dans un même cœur et en même temps cette sensibilité pour les moindres choses et cette étrange insensibilité pour les plus grandes. » Port-Royal : « Cette étrange insensibilité pour les choses les plus terribles dans un cœur si sensible aux plus légères est une chose monstrueuse. 9 (P.-R. ch. i, B. 2« part. XII. )

Pascal (Msc. p. 57) : « J.-C. est venu aveugler ceux qui voient clair et donner la vue aux aveugles. » Pourquoi Port-Royal a-t-il corrigé ainsi? a J.-C. est venu afin que ceux qui ne voyaient pas vissent, et que ceux qui voyaient devinssent aveugles. »(P.-R. xviii. B. a« part, xiii, 7.)

Pascal (Msc. p. 235) : « Il y en a de faux et de

* D'après les deux copies ; car Je D*aî pas trouvé ce passage dans le manuserit.

M DBS PBNSiBS DB PASCAL.

vrais (des mirades); il faut une marque, etc »

Port-Royal : « Il y a des miracles qui sont des preuves certaines de la vérité. Il faut une marque, etc... » (P.-R. ch. XXVII. B. a* part, xvi, a.)

Pascal (Msc. p. 6i) : « Ainsi non-seiilement le fisèle de ceux qui le cherchent prouve Dieu, mais Taveuglement de ceux qui ne le cherchent pas. » Port-Royal : « Ainsi non-seulement le zèle de ceux qui cherchent Dieu prouve la véritable religion ; mais aussi l'aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas, et qui vii^ent dans cette horrible négli* gence. » (P.-R. i. B. a* part, xii.)

Pascal (Msc. p. i3g) : « Quand je me suis quelquefois mis à considérer les diverses agitations dés hommes, les périls et les peines où ils s'exposent à la cour, à la guerre , d'où naissent tant de querelles, etc.... » Port-Royal : « à la cour, à la

guerre et dans la poursuite de leurs prétentions ambitieuses j d'où naissent, etc... » (P.-R. ch. xxvi. B. i" part, vu.)

Pascal (Msc. p. 169) : « Deux excès : exclure la raison , n'admettre que la raison. » Port-Royal : « Ce sont deux excès également dangereux d'exclure la raison , de n'admettre que la raison. » (P.- R. V. B. a*^ part, vi , 3.)

Voici maintenant de prétendues corrections incontestablement défectueuses. L'ordre que nous

BAPPORT, ETC. •- DBUXliUB PARTIE. 98

suivrons est celui des altérations plus ou moins graves que ces corrections malheureuses ont fait subir au style de Pascal. Nous commencerons par celles qui tombent sur des expressions, sur des tours , sur des phrases isolées.

Pascal (Msc. p. 199) : <c Les enfants quittent la maison délicate de leurs pères pour aller dans Taustérité d'un désert.» Port-Royal ôtece qu'il y a de distingué dans ce langage pour dire avec une simplicité vulgaire : «c Les enfants abandonneni la maison de leurs pères pour aller viçre dans les déserts. » (P.-R. xv. B. a* part, xi , 2.)

Où Pascal met le mot propre y Port-Royal substitue souvent une périphrase. Pascal (Msc. p. 359) : ce De là vient que presque tous les philosophes confondent les idées des choses et parlent des choses corporelles spirituellement et des spirituelles corporellement. » Port-Royal: « Cest cette composition d*esprit et de corps qui fait que presque tous les philosophes ont confondu les idées des choses et attribué aux corps ce qui rCappartient qu^aux esprits, et aux esprits ce qui n* appartient qu^aux corps, r^ (P.-R. xxxi. B. i^« part. VI, a6.)

Pascal emploie toujours l'expression la plus juste qui se trouve ordinairement la plus frappante. Le plus petit changement apporté à une expression

96 DBS PBM«fcB8 DE PASCAL.

vraie ]a gâte. Pascal (Msc. p. a6i^ : « Le nœud de notre condition prend ses replis et ses tours dans cet abîme.... » Port-Royal : a .... prend ses retours et ses plis dans cet abîme. » (P.-R. m. B. a® parL V, 40 ^Isis si on dit fort bien les replis et les tours d'un nœud, qu'est-ce que les plis d'un nœud et surtout ses retours? Il n'y a là que quelques lettres de changées; mais la vérité de l'exprès* sion a disparu et avec elle toute la vivacité de l'image.

Il ne faut pas fuir les termes familiers; presque toujours ils expriment plus nettement ce qu'on veut dire, et quelquefois dans un morceau sérieux un terme familier, vulgaire même, bien placé , ajoute à l'effet.

Pascal (Msc. p. a 1 7) : a II est si vain et si léger (l'homme) qu étant plein de mille causes essentielles d'ennui, la moindre chose, comme un billard, ou une balle qu'il pousse, sufBsent pour le

divertir ^ » Port-Royal : « La moindre baga--

£e//e8uf6t pour le divertir. (P.-R. xxvi. B. i*** part.

Page 1