‹ Des Pensées de Pascal (volume 3)Chapitre 13 sur 37 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Pensées tirées, pour la première fois, du manuscrit autographe.

Le manuscrit des Pensées est un grand în-folîo de 491 pages. La plupart des verso et même plusieurs feuillets entiers étant en blanc, le nombre des pages écrites se réduit à peu près à la moitié.

Ces pages se composent, la plupart du temps, de petits papiers collés les uns au bout des autres. J'ai déjà dit que l'écriture de Pascal , toujours difficile à lire, est quelquefois indéchiffrable par son extrême ténuité et la multitude des abréviations les plus capricieuses. Une demi-page du manuscrit équivaut ordinairement à deux pages de nos deux copies.

Les neuf dixièmes au moins du manuscrit, surtout les morceaux les plus étendus et le# plus im-

portants, sont de la main de Pascal. Il y a à peine sept ou huit pages qui soient entièrement d'une autre main. Voyez les pages 129, ao6/et4^|0-444- Quelquefois une écriture étrangère se rencontre au milieu de passages écrits par Pascal lui-même. Voyez pages 55, aog, 344» etc. Quelquefois Pascal a corrigé de sa main ce qu'il avait dicté ou ce qui avait été copié sur sa minute. Voyez pages 55, 81, 44 1 j c^c. L'abbé Périer nous apprend en effet , dans les lettres placées en tête du manuscrit, que Pascal avait fait copier au net sur sa minute plusieui^ de ses pensées, et qu'il dictait quelquefois aux personnes qui se trouvaient auprès de lui'. Voilà ce qui explique comment , dans le manuscrit, il y a plus d'une main étrangère. On distingue plusieurs écritures différentes, quoique assez semblables entre elles, et aussi lisibles que celle de Pascal l'est peu. Un petit nombre de morceaux sont d'une main tout à fait inexpérimentée. Voici, par exemple, l'ortbograpbe de quelques lignes, en assez gros caractères, et après lesquelles Pascal a pris lui-même la plume. Msc. p. i59 : « Sommant jus somma injuria, La pluralité est la meilieur vois, parce yi/el est visible^ et ye/el a la ior^it pour se faire obéivQ. Cependant c^est Vcnfis

«Toyez plushaut, p. 11.

RAPPORT, ETC. •* TROlSliUB PARTIE. IM

des moins abilie. » Msc. p. 44 ^ <^ SHl se veante^Je rabaisse > s'ils'abesse^je lev^ante; et le contreudà toujouv jusqu'à se qu'il coupriâne qu'il est un monstre inconprestnsible. » Cette écriture est probablement celle du domestique de Pascal; car on ne peut attribuer de pareilles fautes à aucune personne de sa famille, pas même à sa nièce Marguerite Périer, qui avait environ seize ans àcetteépoque.

Parmi les fragments étendus, écrits de la main de Pascal, il y en a qui sont presque complets, mais dont on ne découvre la suite qu'avec assez de peine, à cause de la multitude des renvois pratiqués, non pas seulement aux marges, mais à tous les coins de chaque page, et quelquefois même d'une page à une autre. On revient ainsi deux ou trois fois à la même page, et on en sot*t autant de fois. Un exemple frappant de cet embrouillement matériel , où pourtant le fil de la pensée n'e^t jamais rompu, est le morceau célèbre où Pascal s'efforce de prouver qu'il est plus avantageux de parier que Dieu existe que de parier le contraire, dans la nécessité où l'on est de parier. (Ms^. p. 4-7O Nous donnons à l'Appendice un fac-similé lithographie de la première page de ce morceau.

Les fragments très-courts ne paraissent pas fort travaillés, ou du moins on n'y trouve pas de cor-

B« «mÉtf M PàÊCkt.

et xk ratures. Il n'en est pas ainsi des fra|[aieats étoadus : ils sont remplis de correetions. Voy^z parti^uiièveiBeBt les belles pages sur les dans «ifinis, p. 347^3^-

.On ttiMvm assez souvent dans le manuscrit plu" sîfiiirs lignes, et même des pages entières i)arpées. G# sont des développements inutiles, dont la supprefiiûoB est une amélioration évidente et néces* sam; tantôt des premières ébauches de pensées 9«nu|veUes P^^scal a donné ailleurs une forme plus psiésiiie^ tantôt enfin des morceaux achevés pour k style, mais que Pascal, à la réflexion, par des tteti£B que nous ne découvrons pas toujours, a cru devoir retrancher.

' Ki Fort-Royal ni Bossut n'ont publié ces passa^ retranchés, et ils n'y étaient point tenus, fitous avons eu l'occasion d'en citer quelques* Hps : il en est eiicore qui peuvent nous intéresser, dans cett€^ étude approfondie du style des Pen* sées , k savoir ceux qui , ayant reçu une forme niMiveUe, mms montrent Pascal s'efforçant de doaner k ses idées une expression de plus en plus •Kacte ou lraj»pante, et ceux aussi qui, supprimés p^ur des moti& qui ne nous touchent plus aujour* d'hui, portaient tout d'abord l'empreinte de sa manière saine et vigoureuse.

Sous avons ^k publié les deux formes du mor-

RAFPOET, «K. rr TJWtl'T fARTIB. |||

çeuyi iiièbra aur le Romau pemf^nl. Le |^jS|^99ge sur Paul Emile et sur {^ersée (P.-R. xxiii; B. i ^ p^rt. ur, 4) a conuiaeacé p^r être iceite iiqt^ înfb^Djie (Msc. p. 93) : «c Persée, roi de itfaçé49ine- Paul Éioile. On rieprochoit ^ Persée jdLs i^ ^'il ^e wà tuoii pas. n

La peasée des effets de l'^i^^pv ^ 4a^ ae^s de déopâjtre a ékté refaite trois foi^. Première ébaucha (Mse. p. 79)^ « {En iiire.) Vanité. L^ causées et les eftete de l'amour. Cléopàtre. p Deuxième i^on i ¥ Rien ne montre mieux la^ yanité des hoipinie^ que de considérer quelle cause et quels effets 4^ l'amour; car tout l'univers en est changé : le n^ de Cléopàtre. » Cette deuxième faiçon a été barré/s de la maip de Pascal. VoÂci la troisième et deri^ère, que la gravité de Port-^Qloyal p'a pas voulu recueillir, et qui a été mise au jour par le père Desmolets (p. 3o6 ; B. i"* part ix, 46) : « Qiv voudra connoitre à plein la vanité de l'hpmme n'a qu a considérer les causes eX les efifets de l'amour. La cause enest un je ne sais quoi (Corneille), et ie^ ^ffMs MM sont effroyables. £le je ne sais quoi , si peu de chose qu'on ne sa^roit le reconnoitrei Deoftue toute la terre, iea princes, les armées, le mo^de entier. Le nez de ^éopâtre , s'il eût été* f>lus court, toute la face delà terre auroiit changé. » (Les éditeurs : tSi le nés de Géop&tre eut été

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plus court, la face de la terre auroit changé.) Pascal, après avoir montré que l'homme n'est qu'un sujet de contradiction, un chaos, s'écrie (Msc. p. îi58): « Qui démêlera cet embrouillement ? Certainement cela passe le dogmatisme et le pyrrhonisme, et toute la philosophie humaine. L'homme passe l'homme. Que l'on accorde donc aux pyrrhoniens que la vérité n'est pas de notre portée ni de notre gibier, qu'elle ne demeure pas en terre, qu'elle est domestique du ciel, qu'elle loge dans le sein de Dieu, et qu'on ne la peut connoître qu'à mesure qu'il lui plaît de la révéler. Apprenons donc de la vérité incréée et incamée notre véritable nature. »

Ce morceau, déjà excellent en lui-même, développé par Pascal, est devenu sous sa main cet admirable passage (Msc. ibid.): »Qui démêlera cet embrouillement? La nature confond les pyrrhoniens, et la raison confond les dogmatistes. Que devîendrez-vous donc, ô homme, qui cherchez votre véritable condition par votre raison naturelle? Vous ne pouvez fuir une de ces sectes ni subsister dans aucune.

a Connoissez donc, superbe, quel paradoxe vous êtes à vous-même; humiliez-vous, raison impuissante ; taisez-vous, nature imbécile. Apprenez que l'homme passe infiniment l'homme, et entendez

RAPPORT, ETC. — TROISliMB PARTIE. 197

de votre maître votre condition véritable, que vous ignorez : écoutez Dieu. »

Il est vraiment déplorable que Port-Royal ait gâté ce passage en le démembrant, en transportant la première partie dans le chapitre XXI, Descon^ tmriétés étonnantes^ etc. (B. a" part, i, i), et l'autre partie dans le chapitre III, Véritable reli^ gion prousfée par les contrariétés qui sont dans V homme et par le péché originel {^, a® part, v, 3); et, non content de cette dislocation sans motifs, Port-Royal a rayé le dernier trait, la conclusion : Écoutez Dieu,

Voici maintenant deux formes d'une même pensée, dont la première a été jugée par Pascal inférieure à la seconde, puisqu'il l'a barrée, et qui nous paraît soutenir au moins la comparaison avec celle qu'il a préférée. (Msc. p. i lo.) « Cet homme si affligé de la mort de sa femme et de son ûls unique, qui a cette grande querelle qui le tourmente, d'où vient qu'à ce moment il n'est pas triste, et qu'on le voit si exempt de toutes ces pensées pénibles et inquiétantes? Il ne faut pas s'en étonner : on vient de lui servir une balle, et il faut qu'il la rejette à son compagnon ; il est occupé à la prendre à la chute du toit, pour gagner une chasse. Comment voulez-vous qu'il pense à ses affaires ayant cette autre* affaire à manier? Voilà

{9ft 1>ES PENdÉËià DE Pascal.

un soin digne d'occupfer cette grtftfde âme, et de lui ôter toute autre pensée de l'esprit! Cet homme, ne pour connoître l'univers, pour juger de toiftes choses, pour régler tons les états, le voilà occupé et tout rempli du soin de prendre un lièvre! Et é'il tie s'abaisse k cela, et qu*il veuille toujours être tendu j il n'en Sera que pluà âot, parce qu'il tôudrS s'élever au-dessus de l'hutnanité; et il n'est qu'un botnme, au bout du compte, t'est- à-dirô capable de peu et de beaucoup, de tout et de rien : il h*eât ni ange ni bétè, tnais homme. »

La seconde manière, que Pascal a préférée, et ^uè Port-Royàl a dû suivre et publier, est bcaudtiiip plus courte; le lecteur jugera si elle est phià Vive. (P.-R., ch. xxvi; B. f® part, v, i j Msc. p. i33.) i D'ôû ^ieht que cet homme, qui a perdu depuis peii de mois son fils unique, et qui , accablé dé |)rotès et de querelles, étdit ce matin si troublé, h'y pense plus mâititenant? Ne vous eft étonneÉ pas ; il eât tout ôctupé à voir pat où passéM ce tonglièt que leé chiènâ poursuivent ftved tant d'aN déur depuis six beurës. Il n'eu faut pas davantage pôu^ riiôlnme. Quelque pleih de tristesse qu'il soif, si bn peut gagner âUt lui de le faire entrer en quelque divéHi^seihènt, le voilà heureux pendant ce 1!emf)s-là. »

Rassorti màifitèHaht aux ttiorceau* qué Pascal

RAPPOBT , BTC. -^ TB<M9I*MB FARTIB. t9t

n'a pas barrés pour les refâûre, mais pour les sup* primer entièrement.

Pascal a plusieurs fois fait l'éloge des hommes universels^ des honnêtes gens^ qui ne sont exclu» sivement ni poètes ni mathématiciens, ne veulent point d'enseigne, prennent part à toutes les con* trersatioqs, et jugent de toutes choses. (P<-R« chap. XXIX j B. I" part, ix, i8.) Il avait encore écrit sur ce sujet la pensée suivante : « Puisqu'on ne peut être universel, et savoir tout ce qui se peut savoir sur tout, il faut savoir [un] peu de tout ) car il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout, que de savoir tout d'une chose. Cette universalité est la plus belle. Si on pouvoit avoir les deux , encore mieux. Mais, s'il faut choisir, il faut choisir celle-là. Et le monde le sent et le fait> car le monde est un bon juge souvent '* »

Autre pensée supprimée : « (^Ën titre :) Nature. La nature nous a si bien mis au milieu que si nous changeons un des côtés de la balance, nous chan*" geons aussi l'autre. Cela mé fait croire qu'il y a di*s ressorts dans notre tête ^ qui scmt tellement disposés» que qui touche l'im touche aussi le contraire. » (M se. p. 1 lo.)

(Msc. p. 36a.) Dans le fragment sifr l'imagina-

SOO DBS PENSÉES DE PASCAL.

lion et dans le paragraphe : a Le plus grand philosophe du monde, etc.. » : « Il faut, puisqu'il lui a plu (à l'imagination), travailler tout le jour pour des biens reconnus pour imaginaires; et quand le sommeil nous a délassés des fatigues de notre raison, il faut incontinent se lever en sursaut pour aHer courir après les fumées et essuyer { Pascal avait mis d'abord suivre) les impressions de cette maîtresse du monde. »

(Msc. p. 370.) Pascal avait terminé tout le cha« pitre sur l'imagination par les lignes suivantes, qui auraient servi de transition à un autre chapitre. « L'homme est donc si heureusement fabriqué, qu'il n'a aucun principe juste du vrai , mais plusieurs excellents du faux. Voyons maintenant combien, x»

On ne voit pas pourquoi Pascal, qui a maintenu tant de phrases énergiques contre les jésuites, a rayé celle-ci : « Gens sans paroles, sans foi , sans honneur, sans vérité, doubles de cœur, doubles de langue, et semblables, comme il vous fut reproché autrefois, à cet animal amphibie de la fable, se tenant dans un état ambigu entre les poissons et les oiseaux. » (Msc. p. 3440

Pascal a barré, il est vrai, les morceaux que nous allons transcrire sur l'absence de toute justice naturelle et sur le pyrrhonisme j mais ils n'en

marquent pas moins sa véritable pensée qui parait d ailleurs dans tant d'autres endroits.

«c J'ai passé de longtemps ma vie en croyant qu'il y avoit une justice; et en cela je ne me trompois pas : car il y en a selon que Dieu nous Ta voulu révéler. Mais je ne le prenois pas ainsi , et c'est en quoi je me' trompois , car je croyois que notre justice étoit essentiellement juste et que j'avois de quoi la connoître et en juger. Mais je me suis trouvé tant de fois en faute de jugement droit y qu'enfin je suis entré en défiance de moi et puis des autres. J'ai vu tous les pays et hommes changeants; et ainsi après des changements de jugement touchant la véritable justice, j'ai connu que notre nature n'étoit qu'un continuel changement, et je n'ai plus changé depuis; et si je changeois je confirmerois mon opinion. La pyrrhonien Arcésilas qui redevint dogmatique. » (Msc. p. i lo.)

Pascal a barré également cette addition qu'il avait faite au morceau précédent : « Il se peut faire qu'il y ait de vraies démonstrations, mais cela n'est pas certain. Et ainsi cela ne montre autre chose , sinon qu'il n'est pas certain que tout soit incertain; à la gloire du pyrrhonisme. » (Msc. ibid.)

Citons encore un fragment qui forme dans le manuscrit deux morceaux fort éloignés l'un de l'autre, et reliés entre eux par des numéros de la

m M9 nmkm bb mscal.

main même de Pascal. Les dernières phrases sont, dans la même page^ séparées par des intervalles en blanc qui semblaient destinés à recevoir de nouveaux développements (Msc. p. 366 et p. 70) :

a Est-ce donc que Tâme est un sujet trop noble pour ses faibles lumières I Abaissons-la donc à la matière : voyons si elle sait de quoi est fait le propre corps qu'elle anime y et les autres qu'elle contemple et qu'elle remue à scm gré. Qu'en ontils connu ces grands dogmatistes qui n'ignorent rien ? » .

« Cela suffiroit sans doute si la raison étoit raisonnable. Elle l'est bien assez pour avouer qu'elle n'a pu trouver encore rien de ferme, mais elle ne désespère pas encore d'y arriver; au contraire, elle est aussi ardente que jamais dans cette recherche, et s'assure d'avoir en soi les forces nécessaires pour cette conquête. Il faut donc l'achever, et après avoir examiné toutes ses )niissances dans leurs effets , reconnoissons-les en elles-mêmes ) voyons si elle a quelques forces et quelques prises capables de saisir la vérité.

« Mais peut-être que ce sujet passe la portée de Isi raison ? Examinons doAc ses inventions siir l^s choses de sa force. S'il y a quelque chose 011 Btm intérêt propre ait du la faire appliquer de son fâtts sérieux , c'est à k recherche de son souverain

RAPPOBt, fiTÉ. -^ fft6!l9iÊMÈ Partie. iOS bien; voyons donc où ees âmes forleS et ô)alN voyantes l'ont placé et A elles en sont à^âùtàYÛi

« L'nn dit que le souverain bien est en lâ vertu ) l'autre le met eti la volupté, l'autre k dliivrè H nature, l'autre eft \à vérité i/fe/wé quipâtuit feruM eognoscere causas; l'autre à l'igtiofanée trftnqdillé| l'autre à l'indolence; d'autres à résister aux àpp£(^ renées; l'autre à n'admirer rîen : nil admlrati pràpe fés est un a quœ possil fatere et sêfvàtè bentUfh^ et les braves pyrrhoniens en leur àtaraxie^ doute et suspension perpétuelle; et d'autres plus sages , qu'on ne le peut trouver, ifïon paê même par sotihait. Nous voilà bien payés.

* Si faut-il voii' si cette belle philosophie n'a rien acquis de certairt par un travail si long et si tefidd ; peut-être qu'du moins l'âme se connoîtra toi-hîême. Écoutons les régents du monde sur ce sujet: Qu'ont-ils pensé de la substaYice?.... Otit-ils été plus heureux à là loger?.... Qu'ont-ils trouvé de son origine $ de sd dUi^éë et de Son départ? a

Nous ne faisons un rejproche 6î à Porrt-Royal fli à Bossût d'avoir négligé leà morceau* qtlê ftotis venons de citer, puisqife Pascal les avait lui-ihéme condamnés à louWi ; tout au plus eût-il été po^ ^Ible de les mettre dans un àp^ifèndice. St nous le» âVoh* fait connaître^ c'a été seutetneïit poui^ Itiofi»tf èf qtie P^eàl) sévère eni^r^ leti-mdri^e^ éoffiim

mA DES PENSÉBS DE PASCAL.

tous les grands écrivains, et cherchant toujours la perfection jusque dans ses premiers essais, avait souvent donné à sa pensée plusieurs formes différentes avant d'en trouver une qui le satisfît; que déjà même il avait fait un choix parmi ses notes, qu'il avait retranché les unes et conservé les autres.

Les éditeurs étaient seulement obligés^ à publier les Pensées que Pascal avait épargnées. Mais celles-là , il fallait les donner toutes ou presque toutes. Or le manuscrit autographe en renferme encore un assez grand nombre qui n'ont jamais vu le jour. Sans doute nos devanciers ne nous ont pas laissé à découvrir des fragments étendus et achevés. Mous nous empressons de le dire : ils ont dérobé ce qu'il y a de mieux. Et pourtant, après Port-Royaly Desmolets, Condorcet et Bossut, nous avons pu recueillir encore une moisson assez belle et assez riche pour être obligé de choisir nousméme entre un si grand nombre de Pensées jusqu'ici inconnues et plus ou moins dignes d'intérêt. Nous avons voulu montrer à l'Académie la nécessité d'une nouvelle édition tles Pensées, et non pas faire cette édition devant elle. Nous publierons donc assez de Pensées nouvelles pour exciter la curiosité, sinon pour la satisfaire entièrement; et nous les diviserons en deux classes : d'un côté ,

celles qui sont relatives à Porl-Royal, aux jésuites, aux querelles du temps; de l'autre , celles qui ont un caractère général, et dont Port-Royal et Bossut auraient pu grossir aisément les chapitres qu'ils ont intitulés : Pensées diverses^ Pensées morales ttPensées chrétiennes. C'est par les Pensées de cette dernière classe que nous allons commencer.

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