RAPPORT, HC -««MMCHB PARTIE. M
application; il sent alors son néants sonaba&diDii^ son insuffisance, sa dépendance, son. impUMsance) son vide : incontinent il aort dii £rad do ao» âme l'ennui^ la noirceur, la trîaleaie, k chai^y le* dépity le déseapoir. (Msc. pw 47 '0
« Quand un soldat s» plaint d& ki pwiehqu-'ilf ft^i ou UB laboureiftv, etc.> qu'on le» mettes sans- mnr' faire*
c Si rhomme étoit heuffeux, il le seroie d'autant* plus qu'il seroit moins diverti, e&mmi^i» sainte et Dieu ^.
« Quand <hi veut poursuivre les vertns ju&« qu'aux exlrêtnes, de part et d'autre il sa présente des vices qui s'y insinuent dans leurs routes insen«» sibles du côté du petit infini; et il se présente des vices en foule du coté du grand infini, de sorte quW se perd dans les vices et on ne voit plus les vertus. (Msc. p. sa 5.)
a On n'est pas miséraUe* sans sentiment; \me maison ruinée ne l'est p^si^ ïk n'y a que l'homme* de misérable. » Cette pensée u est :peut«^re qu'une première ébauehe de oettn autre ai cenmie 2 «t L'homme est si grand que sa grandenr pavolt^ même en ce qu'il se connoit miaéraèle» Un arbre
• Cf. P..R. ch. xxvi; B. !'• part, vu, 1.
* Cf. P,-R. ch. XXIX ; fi^ r* p^rt ix.,.36é
220 DfiS PfiNSÉB3 BB PASCAL.
ne se connoit pas misérable, etc. » (P.'R. ch. xiii; B. i"^^ part. IV, 3.)
ff La nature de Thomme n'est pas d'aller toujours : elle a ses allées et ses venues. » (Msc. p. 83.)
Voici maintenant des pensées qu'on pourrait réellement appeler avec Bossut des pensées littéraires. Pascal avait déjà dit : a Je hais les mots d'enflure ^. j> Il s'exprime encore mieux, Msc. p. 12 : (( Je hais également le bouffon et l'enflé. » Mais cette ligne est barrée.
« J'ai l'esprit plein d'inquiétude; je suis plein d'inquiétude vaut mieux. » (Msc. p. i3o.)
« L'inquiétude de son génie. Trop de deux mots hardis. » (Msc. p. 44>0
ce Éteindre le flambeau de la sédition; trop luxuriant. » (Le Msc. p. 44 17 qui n'est point ici de la main de Pascal, mais d'une main étrangère, donne luxuriante qui n'a pas de sens.)
a Éloquence, qui persuade par douceur non par empire, en tyran, non en roi. » (Msc. p. i3o.)
a Le docteur qui parle un quart d'heure après avoir tout dit : tant il est plein de désir dédire.» (Msc. p. ia3.)
«Changer de figures, à cause de notre foiblesse. » (Msc. ibid.)
* B. f* part, in : De Vari de persuader.
RAPPORT, ETC. — TROISIÈME PARTIR. 22t
a Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau : la disposition des matières est nouvelle. Quand on joue à la paume, c'est une même balle dont joue l'un et l'autre , mais l'un la place mieux. »
a J'aimerois autant qu'on me dit que je me suis servi de mots anciens, et comme si les mêmes pensées ne formoient pas un autre corps de discours par une disposition dififérente , aussi bien que les mêmes mots forment d'autres pensées par les différentes dispositions, d (Msc. p. 4^^ '•)
Nous n'en finirions pas si nous citions tous les nouveaux passages où Pascal se complaît à ramener son opinion favorite, que la force fait la justice et domine sur la raison.
« C'est la force qui fait l'opinion. La mollesse est belle, selon votre opinion; pourquoi? Parce que qui voudra danser sur la corde sera seul, et je ferai une cabale plus forte de gens qui diront que cela n'est beau. » (Msc. p. i4^ *•)
a Verijuris; nous n'en avons plus; si nous en avions, nous ne prendrions pas pour règle de justice de suivre les moeurs de son pays. » (Msc. p. 406)
* Cf. Desm. p. 381; C. 1'* part, x, 13. *Cf.Condorcet,Tn, 6.
«Le cfaanoeker est grave et revêtu d'ornements^ oar «on poste «st'figiox, et noti le roi ; il a la force, il p'a-que fiûre de l'imagination. Les juges, méde- 4nmf etc.^ n'onft que l'inagination. d (Msc. p. a83 ^)
Quand la force ^ittaque la grimaee, qoAiid un simple soldat prand le bonnet carré d'un premier président et le fait voler par la fenêtre. » (Msc. p. i63.)
a Ik coniessent que la justice n'est pas dans ces coutumes, mais qu elle réside dans les lois naturelles, commîmes en tout pays. Certainement ils Je soiOiendroient opiniâtrement, si la témérité du hasard, qui a semé les lois humaines, en avott rencontré au moins une gui fût universelle. Mais ia.!plaisanl6riea»t telle que le caprice des hommes aW «i bien diversifié qu'il n'y en <a poitU. x> (Msc. 1^. 69 «t 365.)
« Delà vient le «droit de Tépée^ car l'épée^onne un véritable droit. Autrement on verroit la vio<ience d'un côté et La justice de l'autre.
« De là soient J'iiqustîce de la Fronde qui élève 8a|irékendue|ju6tice«oDtPeJaibpee.»(Msc. p. iSg.)
a En montrant la vérité , on la fait croire ; mais en montrant l'injustice des ministres, on ne la cor-
*Cf.Bo68at, l'*pan.Set9.
RAPPORT, «C. — TROmRMB PARTIS.
rige pas; on assure la conscience en montrant la fausseté, on n'assure pas la bourse en montmi* l'injustice. « (Msc. p. 4^5.)
On rencontre épaps à travers twt ta manuainit un bon nombre de traits contre la vaison et la pliilosophie, qui rendent de plus en plus manifeste la pensée de Pascal* Dans le dessein de dé^ crier la raison , il lui fait quelquefois une guerre de mots. Il faut avoir eu bien de l'humeur contre la raison et bien de la passion pour la force pomr avoir écrit ce passage :
a Us sont conraints de dire : Vdus n'agissez pas de bonne foi; nous ne devrions .pas, etc. -Que j'aime à voir cette superbe raison humiliée *et suppliante! car ce n'est p(|s là le langage d'un homme k qui on dispute ^n droit et qui le défend les armes et la force à la main; il ne s'amuse pas à dire qu'on n'agit pas de bonne foi y maïs il pmit cete mauvaise foi par la force. » (Msc. p. aS.)
Pascal voudrait-^il donc qu'au lieu d'argumenls présentés avec politesse la raison employât des baïonnettes?
Les philosophes^ tel est le titre que poiient dans le manuscrit bieades pensées^la plupart publiées; quelques-unes encore inéditea.
M Philosophes. La belle chose de crier à un homme qui ne se conuoît pas, qu'il aiHe de lui-
22i^ DBS PENSÉES BB PASCAL.
même k Dieu ! Et la belle chose de le dire à un homme qui se comioît 1 (Msc. p. 4' 6.)
« Recherche du vrai bien. Le commun des hommes met le bien dans la fortune et dans les biens du dehors, ou au moins dans le divertissement. Les philosophes ont montré la vanité de tout cela, et l'ont mis où ils ont pu. (Msc. p. 47 '•)
« Pour les philosophes, 280 souverains biens.
a Le souverain bien. Dispute du souverain bien. Ut sis contentas temetipso, et ex le nascentibus bonis. 11 y a contradiction; car ils (les philosophes, les stoïciens) conseillent enfin de se tuer. O quelle vie heureuse dont on se débarrasse comme de la
Quelle réponse n'aurions-nous pas à faire à de pareilles accusations, si Thumeur de Pascal se communiquait à nous, et si sa profonde injustice pouvait noua induire en tentation d'être injuste I Nous nous bornerons à rappeler cette pensée de Pascal lui-même que nous avons citée plus haut, qu'il ne faut pas s'armer contre la vérité du prétexte des contestations qu'elle excite, et de la multitude des opinions contraires. Ce n'était pas la peine en vérité d'avoir varié de tant de façons ce thème sublime, que la pensée fait la grandeur de
* Cf. P.-R. ch. XXI ; B. T part. 1,
RAPPORT, BTC. — TROISIAhB PARTIE. 325
rhoinmey pour renier ensuite et couvrir de sarcasmes le culte de la pensée, c'est-à-dire la pliilo- Bophie, parce que la pensée qui nous enseigne, quoi qu'eu dise Pascal , et l'existence de l'âme et celle de Dieu , et celle aussi du bien et du mal, de la vertu et du crime, de la liberté et de la responsabilité de nos actes, mêle à ces grands enseignements plus d'une erreur, et parce que la philosophie, comme toute religion, compte des écoles et des sectes différentes !
Mais au lieu de défendre la philosophie, nous préférons citer encore deux passages inédits où par mégarde Pascal traite assez bien les philoso* phes. Dans l'un il reconnaît que tout n'était pas si corrompu et si extravagant dans la philosophie ancienne « puisqu'il s'y est rencontré un homme qu'on fait bien de lire pour se préparer à recevoir l'impression de la religion chrétienne, a Platon, pour disposer au christianisme. » (Msc. p. 73.) Dans l'autre passage, pour prouver rimmatéria** lité de l'âme^ il en appelle aux philosophes qui ont dompté leurs passions. « Immatérialité de l'âme. Les philosophes qui ont dompté leurs passions : quelle matière l'a pu faire? (Msc. p. 393.) »
On a souvent dit , et avec raison, que Pascal a beaucoup emprunté à Montaigne : c'est que, dans
236 DBS PBNSÉSS DE PASCAL.
Moqtaigne, il se retrouvait hii-mémey et qu'en luimême il retrouvait Montaigne. C'étaient là ses deux livres habituels, qui s'éclaircissaient Tun par Tautre. Voilà ce qu'il nous déclare lui-même dans ces lignes intéressantes :
(( Ce n'est pas dans Montaigne, mais dans moi que je trouve tout ce que j'y vois. » (Msc. 4*^'-)
Je m'arrête ici, et ne citerai pas un plus grand nombre de pensées inédites qui peuvent accroîtra les chapitres de Port-Royal intitulés : Pensées û?ii^erses et Pensées morales. Je passe à celles qu'avec Port-Royal encore on pourrait appeler Pensées chrétiennes.
Ouvrons ce nouveau chapitre par la pensée qui en est le fonds et qui domine toutes celles qui vont suivre :
« Il est bon d'être lassé et fatigué par l'inutile recherche du vrai bien, afin de tendre les bras au libérateur. » (Msc. p. 63 '.)
Pascal , après avoir dit que Dieu nous a donné une puissance de bonheur et de malheur, ajoute : « Vous pouvez l'appliquer ou à Dieu ou à vous. Si à Dieu, l'Évangile est la règle; si à vous, vous tiendrez la place de Dieu. » (Msc. p. i6i.)
(c Les vrais chrétiens obéissent aux folies; néan-
*Cf. B.y part.vin,i9.
RAPPORT, ETC. — TROISIÉlfR PARTIR. 227
moins non pas qu'ils respectent les folies, mais l'ordre de Dieu , qui , pour la punition des hommes, les a asservis à ces folies. 9 (Msc. p. 81.)
« Il y a peu de vrais chrétiens , je dis même pour la foi. Il y en a bien qui croient , mais par superstition ; il y en a bien qui ne croient pas, mais par libertinage. Peu sont entre deux.
<f Je ne comprends pas en cela (dans la superstition) ceux qui sont dans la véritable piété de moeurs, et tous ceux qui croient par un sentiment du cœur. » (Msc. p. a44)
<f Ce n'est pas une chose rare qu'il faille re^ prendre le monde de trop de docilité : c'est un vice naturel, comme l'incrédulité, et aussi pemi'» deux. » (Msc. p. i63 '.)
«f I^ monde ordinaire a le pouvoir de ne pas songer à ce qu'il ne veut pas songer. Ne pensez pas aux passages du Messie, disait le juif à son fils. Ainsi font les nôtres souvent : ainsi se conservent les fausses religions et la vraie même k l'égard de beaucoup dépens.
c Mais il y en a qui n'ont pas le pouvoir de s'empêcher de songer, et qui songent d'autant plus qu'on leur défend. Ceux-là se défont des fausses religions, et de la vraie même, s'ils ne
« Cf. P.-R. ch, v; B. y part, vï, 8.
trouvent des discours solides.» (Msc. p. 4i-) Ces réserves contre la superstition et une docilité excessive en faveur du besoin et du droit de songer, comme dit Pascal, lui étaient évidemment suggérées par la nécessité de se défendre contre les jésuites qui parlaient au nom de l'autorité de FÉglise, comme les attaques d'une incrédulité superficielle, irritant son humeur bouillante, l'entraînent souvent à avilir la raison devant l'auto* rite et la foi. La vérité est au milieu, ou plutôt elle embrasse ce qu'il y a de légitime dans l'une et l'autre de ces deux conduites, le ferme maintien des droits de la raison, lors même qu'on entreprend de la contenir dans de justes bornes, et le respect de la foi , alors même qu'on veut éclairer une docilité excessive, et qu'on attaque lasuperstition. Pascal, quia si souvent parlécontre les extrêmes, n'a jamais su s'en bien défendre et garder cette juste mesure qui est à la fois le comble de la difficulté et du génie. Pour y atteindre, il eût fallu que son ardeur naturelle eut été tempérée par l'âge, par l'expérience de la vie, et par des connaissances plus étendues en philosophie et en histoire. Deux hommes seuls, au xv!!"* siècle, à la fin et non pas au commencement de ce siècle, à la suite de tant de querelles métaphysiques et théologiques, arrivèrent à cette sagesse éminente,
Bossuet dans rÉglise, Léibnitz parmi les philosophes. Mais poursuivons, sans réflexions superflues, le cours de nos extraits.
tf Qu'il y a loin de la connoissance de Dieu à l'aimer ! » (Msc. p. 489)
« L'Écriture a pourvu de passages pour consoler toutes les conditions, et pour intimider toutes les conditions. La nature seule avoit fait la même chose par ces deux infinis naturels et moraux; car nous aurons toujours du dessus et du dessous, de plus habiles et de moins habiles, de plus élevés et de plus misérables, pour abaisser notre orgueil et relever notre abjection. » (Msc. p. 4> •)
« Grandeur et misère. — A mesure qu'on a plus de lumière, on découvre plus de grandeur et de bassesse dans l'homme.
a Le commun des hommes. Ceux qui sont plus élevés.
« Les philosophes : ils étonnent le commun des hommes.
« Les chrétiens : ils étonnent les philoso* phes.
« Qui s'étonnera donc de voir que la religion ne fasse que connoître à fond ce qu'on reconnoit d'autant plus qu'on a plus de lumière? » (Msc.
«La foi est un don de Dieu. Ne croyez pas que
nous disions que c'est un don du raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi; elles ne donnoient que le raisonner pour y arriver, qui n'y vient point néanmoins. » (Msc. p. I4^)
« Dieu s'est servi de la concupiscence des Juife pour les faire servir à Jésus-Christ.
« I^a concupiscence nous est devenue naturelle et a fait notre seconde nature ; ainsi il y a deux natures en nous^ Tune bonne ^ l'autre mauvaise. Où est Dieu? où vous n'êtes pas; et le royaume de Dieu est dans vous. » (Msc. p. i ^.)
« Abraham ne prit rien pour lui , mais seulement pour ses serviteurs; ainsi le juste ne prend rien pour soi du monde et des applaudissements du monde, mais seulement pour ses passions, des* quelles il se sert en maître, en disant : Va et viens. Sub te erit appetitus tuus. Les passions ainsi dominées sont vertus; l'avarice, la jalousie, la colère , Dieu même se les attribue ; et ce sont aussi bien des vertus • que la clémence , la patience et la constance, qui sont aussi des passions. 11 faut s'en servir comme d'esclaves, et, leur laissant leur aliment, empêcher que 1 ame n'y en prenne ; car, quand les passions sont les maîtresses, elles
* Cf. P.-R. ch. vr, B. T part. vi.
* Cf. B. V part, xvii, 49 : « Il faut aimer un être qui soit
en nous et qui ne soit pas nous »
sont vices y et alors elles donnent à l'âme de leur aliment , et lame s'en nourrit et s'en empoisonne. » ( Msc. p. ^490
« Notre religion est sage et folle : sage, parce qu'elle est la plus savante et la plus fondée en miracles, prophètes^ etc. ; folle; parce que ce n'est point tout cela qui fait qu'on en est; cela fait bien condamner ceux qui n'en sont pas , mais non pas croire ceux qui en sont. Ce qui les fait croire , c'est la croix : ne évacua ta sit crux. Et ainsi saint Paul, qui est venu en sagesse et signes, dit qu'il n'est venu ni en sagesse ni en signes , parce qu'il venoit pour convertir. Mais ceux qui ne viennent que pour convaincre peuvent dire qu'ils viennent en sagesse et en signes. » (Msc. p. Ifix ^)
a Fascinatio nugacitatis. Afin que la passion ne nuise point, faisons comme s'il n'y avoit que huit jours de vie. )>
a De tout ce qui est sûr la terre, il (le vrai chrétien) ne prend part qu'aux déplaisirs, non aux plaisirs; il aime ses proches, mais sa chanté ne se renferme pas dans ces bornes , et se répand sur ses ennemis et puis sur ceux de Diieu. » (Msc.
Sur Mahomet : a Qui rend témoignage de Ma-
* Cf. P.-R. ch. xvni; B. 2* part. xiii.
bomet'? Lui-même. Jésus-Christ veut que son témoignage ne soit rien.
« La qualité de témoins fait qu'il faut qu'ils soient toujours et partout; et, misérable , il est seul ! i> (Msc. p. ay.)
a Nous ne connaissons Dieu que par J--C. Sans ce médiateur est ôtée toute communication avec , Dieu. Par J.-C. nous connoissons Dieu. Tous ceux |- ; qui ont prétendu connoître Dieu et le prouver "î sans J.-C, , n'avoient que des preuves impuissantes. Mais pour prouver J.-C. nous avons les prophé- / ties, qui sont des preuves solides et palpables; et ces prophéties, étant accomplies et prouvées véritables par l'événement , marquent la certitude de ces vérités, et partant la preuve de la divinité de J.-C. En lui et par lui nous connoissons donc Dieu. Hors de là et sans l'Écriture, sans le péché originel , sans médiateur promis et arrivé, on ne peut prouver absolument rien, ni enseigner ni bonne doctrine ni bonne morale; mais par J.-C. et en J.-C. on prouve Dieu et on enseigne la morale et la doctrine. J.-C. est donc le vrai Dieu des hommes.
« Mais nous connoissons en même temps notre misère, car ce Dieu-là n'est autre chose que le
* Cf. P.-R. ch. xvii; B. T part, xii, 7 et 10.
EAPPORT, BTC. — TfiOlSIEMB PART».
réparateur de notre misère. Ainsi, nous ne pouvons bien connoître Dieu qu'en connoissant nos iniquités. Aussi ceux qui ont connu Dieu sans connoitre leur misère ne l'ont pas glorifié , mais s'en sont glorifiés : quia non cognoi^erunt per sa* pientiam Deum, placuit Deo per stultitiam prœ* dicationis sahosfacere, » (Msc. p. i5i '.)
Ces nouvelles pensées diverses y morales et chré* tiennes ont , comme celles que Port-Royal avait rassemblées sous ces titres ^ l'inconvénient d'avoir assez peu de liaison entre elles. Celles qui vont suivre sur les querelles du temps, les jansénistes et les jésuites, auront l'avantage d'une plus grande unité, par leur rapport à un seul et même objet. Elles auront aussi pour nous cet autre intérêt de nous faire pénétrer plus avant dans l'âme de Pascal, et de nous faire mieux connaître les idées et les passions qui agitèrent les dernières années de sa vie.
• Cf. P.-R. ch. xx; B. 2« part. xv.
9Bk DIS PBHSÉBS M PASCAL.
n. Pensées sur les miracles, les jansénistes et les jésuites.
Le miracle de la sainte Épine, arrivé en i65j , et qui fut suivi de tant d'autres miracles du même genre^ fit sur Pascal une impression profonde. Il y vit une grâce toute particulière de Dieu sur sa famille et sur lui ' , et il en ressentit une reconnaissance orgueilleuse jusque sous les pointes de la ceinture de fer par lesquelles il combattait en vain sa superbe naturelle^. Ce lui fut à la fois une récompense et une consécration qui l'affermit et l'anima d'autant plus dans sa fidélité à la cause de la morale et de la liberté chrétienne. On sait avec quelle véhémence il éclate contre les jésuites à la fin des Provinciales : l'écho de ces terribles accents retentit dans les lignes que nous avons déjà tirées de notre manuscrit , et nous le
• f^ie de Pascal, par M"** Périer : •» Mon frère fut sensiblement touché de cette grâce, qu'il regardoit comme faite à luimême. » Quelques jours auparavant Pascal avait déclaré, si on en croit le Recueil d*Utrecht, que des miracles étaient nécessaires , aussi fiit-il pénétré de voir, dit le Recueil, « que Dieu slntéressoit, si on peut parler ainsi, à la parole qu'il avoit donnée. »
* Ibid, « Il prenolt, dans les occasions, une ceinture de fer pleine de pointes ; il la mettoit à nu sur sa chair , et , lorsqu'il lui venoit quelques pensées de vanité, etc.... il se donnoit des coups de coude pour redoubler la violence des piqûres. »
BAPPOET, £TC. — TAOMliMB PARTIS. S36
retrouverons prolongé mais affaibli dans celles que nous allons en extraire encore.
A Toccasion du miracle de la sainte Épine, Pasr cal écrit une foule de Pensées sur les miracles, qui ont fourni successivement le chapitre de Port- Royal sur ce sujet, les fragments donnés par Tévéque de Montpellier et ceux qu'a publiés Bossut. Nous pouvons y ajouter, d'après notre manuscrit, plusieurs traits nouveaux.
« Que je hais ceux qui font les douteux des mi« racles! Montaigne en parle comme il faut dans les deux endroits : on voit en l'un combien il est prudent, et néanmoins il croit en l'autre et se moque des incrédules. » (Msc. p. 4Si3.)
« Je ne serois pas chrétien sans les miracles, dit *-'■ saint Augustin, d (Msc. p. 270.) *
« On n'auroit point péché en ne croyant point ^ J.-C. sans les miracles : Fide an mentiar. d (Msc. p. 169.)
« Si le refroidissement de la charité laisse l'Église presque sans vrais adorateurs, les miracles en exciteront. Ce sont les derniers efforts de la grâce. >» (Msc. p. 343.)
«S'il sefaisoit un miracle aux Jésuites! » {Ibid.)
Cette dernière pensée nous conduit à celles qui se rapportent directement aux querelles du temp.
a L'Église a toujours été combattue par des er«
336 DES poisAbs de pascal.
reurs contraires, mais peiit-érre jamais en même temps comme à présent ; et si elle en souffre plus à cause de la multiplicité d'erreur, elle en reçoit cet avantage qu'elles se détruisent. » (Msc. p. ^"^5.)
a La vérité est si obscurcie en ce temps et le mensonge si établi, qu'à moins que d'aimer la vérité on ne sauroit la connoître. » ( Msc. p. 201.)
a Les malingres sont gens qui connoissent la vérité, mais qui ne la soutiennent qu'autant que leur intérêt s'y rencontre ; mais hors de là ils l'abandonnent. » (Jbi'd.)
« C'est une chose horrible qu'on nous propose la discipline de l'Église d'aujourd'hui tellement pour bonne, qu^on fait un crime de la vouloir changer. Autrefois, elle étoit bonne infailliblement, et on trouve qu'on a pu la changer sans péché, et maintenant telle qu'elle est, on ne la pourra souhaiter changée !
«r II a bien été changé la coutume de ne faire des prêtres qu'avec tant de circonspection qu'il ny en avQit presque point qui en fussent dignes; et il ne sera pas permis de se plaindre de la coutume qui en fait tant d'indignes ! » (Msc. p. ^49.)
« Si saint Augustin venoit aujourd'hui et qu'il fût aussi peu autorisé que ses défenseurs , il ne feroit rien. Dieu conduit bien son Église de l'avoir envoyée devant avec autorité. » (Msc. p. 109.)
RAPPOET, ne. — TROiSliMB PARTIE. 237
« Bel état de l'Eglise, quand elle n'est plus soutenue que de Dieu! » (Msc. p. 46'-)
« Est-ce donner courage à vos enfants de les condamner quand ils servent l'Eglise?
<K C'est un artifice du diable de divertir ailleurs les armes dont ces gens-là combattroient les hérésies. » (Msc. p. 343.)
Voici maintenant sur le pape des Pensées aussi hardies qu'orthodoxes, qui rattachent Pascal et Port-Royal d'une part à Gerson et aux grands docteurs des conciles de Constance et de Baie, et de l'autre à Bossuet et à la déclaration des droits de l'Eglise gallicane.
a Dieu ne fait point de miracles dans la conduite ordinaire de son Eglise; c'en seroit un étrange, si l'infainibilité étoit dans un. » (Msc. p. 4^7 '.)
ft Les rois disposent de leur empire ; mais les papes ne peuvent disposer du leur. » (Msc*
c< Le pape hait et craint les souverains qui ne lui sont pas soumis par vœu. » (Msc. p. 4^70
a Dieu n'a pas voulu absoudre sans l'Eglise; comme elle a part à l'offense, il veut qu'elle ait part au pardon. Il l'associe à ce pouvoir comme les rois les parlements. Mais si elle absout ou si
' Cf. B.svppl. 14-16.
238 DBS raifSÊBS db pascal.
elle lie sans Dieu, ce n'est plus l'Eglise^ comme au parlement; car encore que le roi ait donné grâce à un homme 9 si faut-il qu'elle soit entérinée ; mais si le parlement entérine sans le roi, ou s'il refuse d'entériner sur l'orclre du roi, ce n'est plus le parlement du roi, mais un corps révolté. » (Msc. p. 442.)
« Il n'y a presque plus que la France où il soit permis de dire que le concile est au-dessus du pape, j» (Msc. p. aSi.)
« IjC pape seroit-il déshonoré pour tenir de Dieu et de la tradition ses lumières , et n'est-ce pas le déshonorer que de le séparer de cette sainte union? » (Msc. p. 453,)
 tout propos Pascal exhale son indignation contre les jésuites, sur les marges et dans les coins de pages remplies de tout autres pensées.
a Vous corrompez la religion, ou en faveur de vos amis ou contre vos ennemis : vous en disposez à votre gré. » (Msc. p. 1 13 '.)
a II faut que le monde soit bien aveugle , s'il vous croit. » (Msc. p. 433.)
« Sera bien condamné qui le sera par Escobar ! » (Msc. p. 402O
« Votre caractère est-il fondé sur Escobar?
•Cf.B.2«part. xvi,9etl0.
RAPPORT, BTC« — TR0I91ÂlfE PARTIR. 330
« Peut-être avez-vous des raisons pour ne le pas condamner; il suffit que vous en approuviez ce que je vous en adresse. » (Msc. p. 453.)
a Vous ne m'accusez jamais de fausseté sur Escobar parce qu il est commun. » (Msc. p. 4^3.)
ff Us ne peuvent avoir la perpétuité, et ils cherchent l'universalité! Et pour cela, ils font toute l'Église corrompue, afin qu'ils soient saints.» (Msc. p. 44^0
« Le grand nombœ loin de marquer leur perfection marque le contraire.
« L'humilité d'un seul fait l'orgueil de plu<sieurs. » (Msc. p. 439*)
« Ceux qui aiment l'Église se plaignent de voir corrompre les mœurs; mais au moins les lois subsistent; mais ceux-ci corrompent les lois : le modèle est gâté. D (Msc. p. 4^70
o Ils font de l'exception la règle. Les anciens ont donné l'absolution avant la pénitence. Faites-le en esprit d'exception; mais de l'exception vous faites une règle sans exception; en sorte que vous ne voulez plus même que la règle soit en exception. » (Msc, p. 437.)
Restituons encore à l'auteur des Provinciales les pensées suivantes sur le probabilisme et sur les casuistes.
ce Peut-ce être autre chose que la complaisance
2U) DBS PBNSiBS DE PASCAL.
du monde qui vous fasse trouver les choses probables? Nous ferez-vous accroire que ce soit la vérité 9 et que si la mode du duel n'étoit point, vous trouveriez probable qu'on se pût battre en regardant la chose en elle-même? » (Msc. p. 44o.)
« Oseriez^vous ainsi vous jouer des édits du roi, en disant que ce n'est pas se battre en duel que d'aller dans un champ en attendant un homme? » (Msc. p. 43S '.)
« Faut-il tuer pour empêcher qu'il n'y ait des méchants? C'est en faire deux au lieu d'un : vince in bono malunif saint Augustin. » (Msc. p. 4>90
« Généraux. — 11 ne leur suffit pas d'introduire dans nos temples de telles mœurs, templis indu-cere mores; non-seulement ils veulent être soufferts dans l'Église, mais, comme s'ils étoient devenus les plus forts, ils en veulent chasser, eux qui n'en sont pas.
Mohatra^. Ce n'est pas être théologien que de s'en étonner. Qui eût dit à vos généraux qu'un temps étoit si proche qu'ils domineroient en mœurs à l'Église universelle et appelleroient guerre le refus de ces désordres? Tôt et tanla malapacem. » (Msc. p. 43 1*)
* Cf. LeHrêi provinciàUs^ lettre vu. Extrait de Hurtado de Mendoza, rapporté par Diana.
* Cf. Lettres provinciale!, lettre viii , sur le contrat Mohatra.
ce Casuistes. — - Une aumône considérable ^ une pénitence raisonnable : encore qu'on ne puisse assigner le juste, on voit bien ce qui ne Test pas. Les casuistes sont plaisants de croire pouvoir interpréter cela comme ils font.
u Gens qui s'accoutument à mal parler et à mal penser. » (Msc. p. 437.)
a Probabilité. •^- Ils ont quelques principes vrais, mais ils en abusent. Or l'abus des vérités doit être autant puni que l'introduction du mensonge. » (Msc. p. 3440
« Probable. — Quand il seroit vrai que les auteurs graves et les raisons suffiroient, je dis qu'ils ne sont ni graves ni raisonnables. Quoi ! un mari peut profiter de sa femme, selon Molina! La raison qu'il en donne est-elle raisonnable , et la contraire de Lessius l'est-elle encore ? » (Msc. p. 435.)
<c I..es casuistes soumettent la décision à la raison corrompue, et le choix des décisions à la volonté corrompue, afin que tout ce qu'il y a de corrompu dans la nature de l'homme ait part à sa conduite. »
«La folle idée que vous avez de l'importance de votre compagnie vous a fait établir ces horribles voies ; il est bien visible que c'est ce qui vous a fait suivre celle de la calomnie, puisque vous blâ-
a&a WS PBHSÉBS DE PASCAL.
mez en moi, comme horribles, les mêmes impostures que vous excusez en vous...» (Msc. p. 343-)
Terminons ici nos extraits. Ils ne renferment rien, nous le répétons, qui puisse être comparé aux grands morceaux déjà publiés; mais ils valent à peu près tous les autres, et ils contribuent à mettre de plus en plus en lumière, sur chaque point fondamental, la pensée de Pascal.
Pour remplir notre tâche, il ne nous reste phis qu'à rechercher et à signaler à l'Académie les traces qui peuvent subsister dans notre manuscrit du plan ou plutôt du mouvement et des formes que Pascal s'était proposé de donner à la nouvelle apologie du christianisme. Il avait lui-même exposé à ses amis le plan de son ouvrage dans un discours dont la préface de Port-Royal nous a conservé les principaux traits ; d'abord, une sorte de logique nouvelle sur « les preuves qui font le plus d'impression sur l'esprit des hommes, et qui sont les plus propres à les persuader; » puis l'état actuel de l'homme, sa grandeur et sa bassesse; puis encore l'inutile recherche de l'explication de cet état prodigieux auprès des philosophies et auprès de toutes les religions de la terre ; enfin la rencontre du peuple juif et des livres sacrés, le péché originel, la promesse du Messie, les prophéties, Jésus-Christ, sa personne, sa vie, sa
RAPPORT, RT€. — TROISiâMR PARTIE. ttS
doctrine et l'histoire merveilleuse de rétablissement du christianisme. Port-Royal fait connaitre ce plan avec netteté et brièveté. M. Dubois, qui avait assisté au discours adressé par Pascal à ses amis, en publia un récit étendu, quelques années après l'édition de Port-Royal , sous ce titre : Discours sur les Pensées de M. Pascal, avec un autre Discours sur les preuves des libres de Moue y et une petite dissertation : Qu'il f a des démonstrations dune autre espèce et aussi certaines que celles de la géométrie. Notre manuscrit ne nous fournit aucune lumière nouvelle à cet égard; on n'y trouve expressément marquées que des divisions infé« rieures qui se rapportent à ce plan général. Le père Desmolets a déjà fait connaitre ces divisions t a Première partie : Misère de Fhomme sans H^n. — Seconde partie : Félicité de l'homme avec Dieu.» Le manuscrit ajoute, page 2i5 : <r Autrement : première partie : Que la nature est corromptie par la nature même. — Seconde partie : Qu'il y a un réparateur par l'Ecriture. »
Desmolets a tiré du manuscrit la « Préface de la première partie : Parler de ceux qui ont trailéf de la connoissance de soi-même : des divisifons de Charron, qui attristent et ennuient : de la confusion de Montaigne ; qu'il avoit bien senti le défaut du droit de méthode; qu'il l'évitoit en sautant de sujet
afcfc DES PBMSÉBS DE PASCAL.
en sujet; qu'il cherchoit le bon air. » Suivent ces lignes si célèbres sur Montaigne , que Port-Royal a données en les ôtant de leur place et en les détournant par là de leur objet : « Le sot projet qu'il a (Port -Royal : a eu) de se peindre; et cela, non pas en passant et contre sa maxime , comme il arrive à tout le monde de faillir; mais par ses propres maximes et par un dessein premier et principal; car de dire des sottises par hasard et par foiblesse, c'est un mal ordinaire ; mais d'en dire par dessein (Port-Royal : à dessein y locution qui ne s'accorde plus avec les précédentes : par ses propres maximes ; par un dessein; par hasard^ pQrfoihlessê)^ c'est ce qui n'est pas supportable , et d'en dire de telles que celles-ci (Port-Royal : celles-là). » (Msc. p. ao6.)
Le manuscrit contient, même page, la Préface de la seconde partie :
oc Parler de ceux qui ont traité de cette matière.» Cette préface n'est autre que le passage donné par Condorcety et que nous avons cité ailleurs, a J'ad- « mire avec quelle hardiesse ces personnes entre- « prennent de parler de Dieu en adressant leurs c( discours aux impies : leur premier chapitre est « de. prouver la divinité par les ouvrages de la na- « ture, etc. 9 Nous avons restitué le vrai texte de ce passage, mais il fallait aussi en rétablir la place ,
parce que cette place nous éclaire sur Tobjet et sur la portée de ce fragment.
Pascal ne s'était pas proposé seulement de faire un ouvrage convaincant : il voulait surtout que ce livre fut persuasif : c'était au cœur qu'il avait résolu de s'adresser; et pour toucher le cœur et charmer l'imagination^ ce grand maître dans l'art de composer et d'éèrire^ cet homme qui savait autant de vraie rhétorique que personne en a jamais su y avait dessein de rompre la monotonie et l'austérité du genre didactique, en y mêlant des formes vives et animées , selon la pratique des grands prosateurs de tous les temps. Puisque la conviction se forme dans l'âme tout entière» pour la produire, il faut s'adresser à toutes les parties de l'âme. Déjà, dans Platon, la forme seule du dialogue est une source de variété et d'agrément; et pourtant elle ne lui. a pas suffi ; et, sans parler de la manière dont il met en scène ses personnages, et du cadre charmant, touchant ou majestueux qu'il donne toujours à la discussion la plus aride, au milieu ou à la suite d'une polémique qui épuise toutes les ressources du raisonnement , le grand artiste se complaît à introduire quelque rédt emprunté à une histoire qu'il arrange à son gré, ou quelque mythe à moitié religieux, à moitié philosophique, destiné à ache*
iM DES PBNSÉBS DE PASCAL.
ver ou à suppléer la démonstration. L'histoire des variations n'est au fond qu'un traité de théologie : voyez pourtant quelles grâces sévères Bossuet y a partout semées ! L'art de peindre les hommes, leurs caractères, leurs passions avouées ou secrètes, y est peut-être porté phis loin encore que la vigueur de l'argumentation , et le rival d'Amauld, le plus grand controversite du xvri* siècle, y est le maître de Labruyère ; ses portraits des principaux personnages de la réforme ont un bien autre relief et une touche aussi 6ne et aussi piquante. Montesquieu , Rousseau et Buffon se sont comme accordés à jeter de loin en loin dans leurs écrits si profondément didactiques des épisodes qui participent du caractère du drame et de celui de l'épopée. A propos des lois pénales en fait de religion, au lieu d'écrire sur les vices de rinqui«ition d'Espagne et de Portugal un chapitre uniquement destiné à l'homme d'état et au philosophe, Montesquieu suppose un inconnu venant prendre la défense d une juive de dix-huit ans brûlée à Lisbonne dans le dernier auto-da-fé; il lui attribue une très-humble remontrance où le pathétique et le sarcasme servent d'armes à la raison indignée; on croit lire encore une lettre persane ou une provinciale. Roussea u pouvait expliquer k Emile, d'après Clarke et Nieuwentyt, les
RAPPORT, ETC. — TROISIÈMH PARTIE. 2kl
preuves physiques et métaphysiques de l'existence de Dieu; mais non, ce n'est pas sur les bancs et dans la poussière d'une école qu'il conduit son élève; c'est sur une haute colline d'où se découvre la chaîne des Alpes et le cours harmonieux d'un grand fleuve, au lever du soleil et au milieu d'une admirable nature qui semble étaler toute sa magnificence pour servir de texte à un pareil entretien; là il introduit un vieux prêtre, un humble curé de campagne, qui, sans se donner pour un grand philosophe, expose à un jeune homme tourmenté par le doute les motifs simples et puissants de la raison et du cœur pour croire à une Providence; et ce peu de pages, la profession de foi du vicaire savoyard, protégera à jamais dans la mémoire des hommes la plus chimérique de toutes les utopies. Buffon lui-même, quand il arrive à l'homme, à lexplication de ses facultés diverses, à la formation successive de ses sentiments et de ses idées, ne peut se contenir dans son beau style didactique, limpide et majestueux : il prend tout à coup la manière et le langage de Platon, de IVlilton même, et il met en scène le premier homme parfaitement formé, mais tout neuf pour luimême et pour ce qui l'environne, nous racontant lui-même, au moment où il s'éveille, ses premiers mouvements, ses premières sensations, ses pre-
iM DBS PBNSÉBS DE PAS€AL.
miers jugements. Enfin Tauteur du Génie du christianisme a mêlé à sa haute apologie de l'art chrétien deux épisodes empruntés au nouveau et à l'ancien monde, comme une démonstration vivante de sa théorie. L'ouvrage de Pascal aurait eu aussi ses épisodes, ses formes variées et drama* tiques. C'est de la forme épistolaire que Pascal voulait se servir; il y avait déjà trouvé sa gloire, et il y excellait singulièrement. Il ne faut pas croire que les lettres provinciales aient été son coup d'essai en ce genre ; il faut lire sa lettre au ?• Noël, jésuite, de 1647, sur le vide, surtout celle à M. Lepailleur, de la même année et sur le même sujet, et celle encore à M- de Ribeyre, de i65r. On y rencontre déjà, avec une dialectique merveilleusement simple et évidente, une malice tempérée par le grâce, et en germe toutes les qualités parvenues à leur perfection dans les Provinciales. Pascal ne voulait donc pas renoncer à son arme accoutumée dans la défense du christianisme , et notre manuscrit contient plusieurs projets de lettres, et même de correspondance suivie. Le P. Desmolets a publié un de ces passages précieux : « Une lettre d'exhortation à un ami pour le porter à chercher ; et il répondra : Mais à quoi me servira de chercher ? rien ne me paroit. Et lui répondre : Ne désespérez pas; et il me répondra qu'il seroit heu-
RAPPORT, ETC. — TROISIÈME PARTIE. ik9
reuxde trouver quelque lumière; mais que, selon cette religion même, quand il croiroit, cela ne lui serviroit à rien, et qu'ainsi il aime autant ne point chercher. Et à cela lui répondre : La machine. j>
Que signiBe cette expression ; Ltt machine? Il nous est impossible de le deviner. Elle revient plusieurs fois dans le Dianuscrit
Page a5, * J^ttre qui marque l'utililé des preuves par la machine, »
ff La foi est différente d*^ la preuve; Tune est humaine , Tautre est un don de Dieu, Juslus €X fide vmt. C'est de cette foi, que Dieu lui* même met dans le cœur, dont la preuve est souvent rinstrumenl,/?^ei ex auilita; mais cette foi est dans le cœur et fait dire : Nonscio^ mais credo.n
Page a 9- i< Lettre pour porter à chercher Dieu. »
« Et puis le faire chercher chez les philosophes, pyrrhoniens et dogmatiques, qui travaillent celui qui les recherche. »
Page a 5, « Ordre. Après la lettre qu'on doit chercher Dieu, faire la lettre d'ôter les obstacles, qui est le discours de la machine, de préparer la machine, de chercher par raison. >j
Ibid. te Dans la lettre de T injustice i>eut venir la plaisanterie des aînés qui ont tout : mon ami, vous êtes né de ce cùté de la montagne; il est donc jusie que votre aîné ait tout-»
199 MBS ffMBÉn DB PASCAi.
« Poorcfiioî me tuez-vous?.... »
Page 487. « Une lettre de la folie et de la science boinaioe et de la philosopLie. »
« Cette lettre avant le divertissem^iL »
Voilà les traces les plus manifestes d'un dessein bien arrêté par Pascal dlnlroduire plus d'une fois la forme épistolaire dans la grande composition qu'il méditait. Tincline aussi à penser qu'il voulait y placer des dial<^ues : voici du moins ce que je trouve écrit de sa main, page 29 :
« Ordre par dialogues. »
« Que dois-je faire ? Je ne vois partout qu'obscurités. Croirai-je que je ne suis rien? croirai-je que je suis Dieu? »
Viennent ensuite, séparées les imes des autres par d'assez grands intervalles, des lignes quelquefois inachevées.
« Toutes choses changent et se succèdent. »
« Vous vous trompez; il y a.... »
a £h quoi ! ne dites-vous pas vous-même que le ciel et les oiseaux prouvent Dieu? Non. Et notre religion ne nous le dit-elle pas? Mon ; car encore que cela est vrai en un sens pour quelques âmes à qui Dieu donne cette lumière, néanmoins cela est faux à Tégard de la plupart. »
Ces indices nombreux prouvent incontestablement que l'ouvrage auquel Pascal avait consacré
les dernières années de sa vie, s'il eût pu être achevé j n'eut pas été seulement un admirable écrit théologique et philosophique, mais un chefd'œuvre d'artj où Thonime qui avait k' phïs n'ifléclii à la manière de persuader aurait déployé toutes les ressources de Texpérience et du talent, la dialectique, le pathéticpie. Fi rouie, la vehéinence, la grâce j parlé tous les langages, essayé toutes les formes pour attirer rârae humaine tout entière vers l'asile assuré que lui ouvre le christianisme. D'un pareil iiionnmeut il ne nous reste que des débris, ou plutôt des matériaux souvent informes, mais où brille encore de loin en loin l'éclair du génie. Recueillir et faire connaître ces matériaux dans rétat où ils nous sont parvenus est une lâche pieuse que nous avons commencéej qui reste encore à accomplir, et à laquelle nous cotivions quelque jeune ami des lettre, Krornire aliqais! 11 nous suffira de lui avoir montré et frayé la route. Nous nous flattons aussi que l'Académie, qui a écouté ce long rapport avec tant de bienveillance, ne refuserait pas ses encouragements ^ et peut-être même ses récompenses, à celui tjui, répondant à notre appel, entreprendrait enfin une édition cri* tique et authentique des Pensées,
■■MÉi
tu €it 4* pW<
SBte , etc. Oof ,
fthe pas.... (B).
«lui savent an
^t commencé;
plement même
I, etc.
par un homme »le sien, de se ^ssesse (c).
-W fa udrait jouer ^ge de la page 4
f« ^fie ye ne ptds tphi^ : Âppmet,
»«er à rennnbk