‹ Des Pensées de Pascal (volume 3)Chapitre 23 sur 37 · IX« LETTRE · texte numérisé non relu

IX« LETTRE

Votre lettre m'a donné une extrême joye. Je vous avoue que je commençois à craindre ou au

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moins à m*étonner. Je ne sçai ce qiie c'est que ce commencement de douleur dont vous parlez; mate je sçai qu'il faut qu'il en vienne. Je lisois tantôt le xni* chapitre de saint Marc en pensant à vous écrire, et aussi je vous dirai ce que j'y ai trouvé* J.-G. y fait* un grand discours à ses apôtres sur son dernier avènement ; et comme tput ce qui arrive à l'Église arrive aussi à chaque chrétien en particulier, il est certain que tout ce chapitre prédit aussi bien l'état de chaque personne qui, en se convertissant, détruit le vieil homme en elle, que l'état de Tunivers entier, qui sera détruit pour faire place à de nouveaux cieiix et à une nouvelle terre, comme dit l'Écriture. Et aussi je songeois que cette prédiction de la ruine du temple réprouvé , qui figure la ruine de l'homme réprouvé qui est en chacun de nous , et dont il est dit qu'il ne sera laissé pierre sur pierre, marque qu'il ne doit être laissé aucune passion en nous. Et ces effroyables guerres civiles et domestiques représentent si bien le trouble intérieur que sentent ceux qui se donnent à Dieu, qu'il n'y a rien de mieux peint'.

* P.-R. § 38 : Dans le treizième chapitre de saint Marc^ J.-C. fait un grand (hscours...

* Ici finit le S 38. Après le mot peint, P.-R. a mis elc., comme pour marquer un retraucbement; en effet tout le milieu de cette lettre est retranché, et l'extrait ne recommence qu*à l'en* droit où il est question desnllques.

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Mais cette parole est étonnante : Quand vous verrez Viibomination dans le lieu où elle ne doit pas étre^ alors que chacun s'enfuie sans rentrer dans sa maison pour reprendre quoi que ce soit. Il me semble que cela prédit parfaitement le tems où nous sommes, où la corruption de la morale est aux maisons de sainteté et dans les livres des théo* logiens et des religieux où elle ne devroit pas être. Il faut sortir après un tel désordre, et mal* heur à celles qui sont enceintes ou nourrices en ce tenis y c'est-à-dire à ceux qui ont des attachements au monde qui les y retiennent. La parole d'une sainte est à propos sur ce sujet, qu'il ne faut pas examiner si on a vocation pour sortir du monde, mais seulement si on a vocation pour y demeurer, comme ou ne consul teroit point si on est appelé à sortir d'une maison pestiférée ou embrasée.

Ce chapitre de TÉvangile , que je voudrois lire avec vous tout entier, finit par une exhortation à yetller et à prier pour éviter tous ces malheurs; et, en effet , il est bien juste que la prière soit cou* tinuelle quand le péril est continuel.

J'envoye à ce dessein des prières qu'on m'a demandées; c'est à trois heures après midy. Il s'est £Eiit un miracle, depuis votre départ, à une reli* gieuse de Pontoise, qui, sans sortir de son couvent, a été guérie d'un mal de teste extraordinaire

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par une dévotion à la sainte Épine. Je vous en manderai \m jour davantage; mais je vous diray sur cela un beau mot de saint Augustin et bien consolatif pour de certaines personnes : c'est qu'il dit que ceux-là voyent véritablement les miracles auxquels les miracles profitent ; car on ne les voit pas si on n*en profite pas.

Je vous ai une obligation que je ne puis assez vous dire du présent que vous m'avez fait. Je ne sçavois ce que ce pou voit être; car je l'ai déployé avant que de lire votre lettre, et je me suis repenti ensuite de ne luy avoir pas rendu d'abord le respect que je lui devois. C'est une vérité ' que le Saint-Esprit repose invisiblement dans les reliques de ceux qui sont morts dans la grâce de Dieu , jusqu'à ce qu'il y paroisse visiblement en * la résurrection ; et c'est ce qui rend les reliques des saints si dignes de vénération. Car Dieu n'abandonne jamais les siens, et non pas même dans le sépulchre, où leurs corps, quoique morts aux yeux des hommes, sont plus vivants devant Dieu, à cause que le péché n'y est plus, au lieu qu'il y réside toujours durant cette vie, au moins quant à sa racine ; car les fruits du péché n'y sont pas toujours, et cette malheureuse racine , qui en est insépara-

' P.-R. : $ 89 : Le Saint-Esprit repose... • P.-R. : <iaiif .

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b!e pendant la vie, fait qu'il n'est pas permis de les honorer alors, puisqu'ils sont plutôt dignes d'être haïs. C'est pour cela que la mort est nécessaire pour mortifier entièrement cette malheureuse racine, et c'est ce qui la rend souhaitable'. Mais il n'est pas nécessaire de vous dire ce que vous sçavez si bien : il.vaudroit mieux le dire à ces autres personnes dont vous parlez; mais elles ne le croiroient pas.

NOUVEAUX FRAGMENTS DE LA i9« PROVINCIALE

AC PÉRB ANNAT, JBSCITB.

( Les mémoires de mademoiselle Perrier contiennent le fragment de la 19* provinciale au Père Annat, trouvé par fiossut parmi les papiers de Pascal, et publié pour la première fois dansFédition de 1779. De plus, ces Mémoires font connaître diverses phrases qui étaient aux marges de ce fragment ; et une de nos copies, celles qui renferme plusieurs pièces relatives à Pascal, figure ces phrases telles qu'elles étaient aux marges de Toriginal. Les voici dans Tordre où les mettent les Mémoires de mademoiselle Perrier, p. 37. )

ce Cest donc là , mon père , ce que vous appelez le sens de Jansénius ; c'est donc cela que vous faites entendre au pape et aux évéques.

* Fin de la citation.

<K Si les Jésuites étoient corrompus, et qu'il fut vray que nous fussions seuls , a plus forte raison devrions-nous demeurer.

« Quod bellum firmavit, pax ficta non aufferat.

« Neque benedictione, neque maledictione mo* vetur, sicut angélus Domini.

« On attaque la plus grande des vérités chré* tiennes , qui est Tamour de la vérité.

« Si la signature signifie cela, qu'on souffre que nous l'expliquions, afin quHl n'y ait point d'équivoque; car il faut demeurer d'accord que signer demande un consentement ^

« On n'est pas coupable de ne pas croire, et on seroît coupable de jurer sans croire.

« Mais vous pouvez vous être trompé? — Je jure que je crois que je puis m'élre trompé; mais je ne jure pas que je crois que je me suis trompé.

«Si le rapporteur ne signoit pas, Farrét seroit invalide; si la bulle n'étoit pas signée, elle seroit véritable : ce n'est donc pas...

« Cela avec Escobar les met au haut bout; mais ils ne le prennent pas ainsi, en témoignant le déplaisir de se voir entre Dieu et le pape.

a Je suis fâché de vous dire tout; mais je ne vous fais qu'un récit. »

' La copie : « Demeurer d'accord que pluneun croyent que signer marque consentement. »

«"4. Mt

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