XXVIIE AVANT-PROPOS
esprit, qui peut avoir des supérieurs pour Tiavention, mais qui n'a pas d'égal pour la force dans le sens commun, s'est bien gardé de mettre aux prises la révélation et la philosophie : il a trouvé plus sûr et plus vrai de leur faire à chacune leur part, d'emprunteràl'une tout ce qu'elle peut donner de lumières naturelles, pour les accroître ensuite des lumières surnaturelles dont l'église a reçu le dépôt. C'est dans ce bon sens souverain, capable de tout comprendre et de tout unir, qu'est précisément la suprême originalité de Bossuet. Il fuyait les opinions particulières comme les petits esprits les recherchent pour le triomphe de leur amour-propre. Lui , ne songeait point à lui-même ; il ne cherchait que la vérité , et partout où il la rencontrait il la recevait volontiers, bien assuré que si le lien des vérités de tous les ordres nous échappe quelquefois, ce n'est point un motif de fermer les yeux à aucune vérité. Si on voulait donner un nom d'école à Bossuet, selon l'usage du moyen-âge, il faudroit l'appeler le docteur infaillible. 11 n'est pas seulement une des plus hautes , il est aussi une des meilleures et des plus solides intelligences qui furent
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jamais; et ce grand conciliateur a bien aisément concilié la religion et la philosophie. Si sa règle est saint Augustin , son guide est presque toujours De&cartes y et il s'est fondé tour à tour sur la tradition sacrée et sur la raison '.
* Même alors qae des disciples imprudents de Descartes corn* promettaient le maître, en essayant d'expliquer à tort et à travers certains mystères du Christianisme » même celui de la transsubstantiation, Bossuet, en repoussant et en déplorant ces aberrations, respecte et défend ta vraie doctrine de Descartes. LeXire à un disciple du père MaJebranche : « Je vois un grand combat se préparer contre l'Eglise sous le nom de la philosophie cartésienne. Je vois nattre de son sein et de ses principes, à mon avis mal entendus, plus d'uâe hérésie ; et je prévois que les conséquences qu'on en tire contre les dogmes qu'ont tenus nos pères la vont rendre odieuse , et feront perdre à l'Eglise tout le fruit qu'elle en pou- ▼oit espérer pour établir dans l'esprit des philosophes la divinité et l'immortalité de l'âme. » Le traité de la connaissance de Dieu et de soi-même est tout rempli de propositions cartésiennes. Le point de départ de la philosophie est la connoissance de l'homme. La sensation est l'occasion mais non pas le fondement de la connoissance. C'est par l'entendement seul que nous connoissons les rapports , l'ordre et la beauté des choses. Voici des propositions tout - à - fait semblables à celles de Fénelon que nous avons citées : « Comme l'entendement ne la fait pas (la vérité), mais la suppose, il s'en suit qu'elle est éternelle, et par là indépendante de tout entendement créé... Toutes ces vérités subsistent indépendamment de tous les temps; en quelque temps que je mette un entendement humain, il les connottra ; mais , en les connoissant , il les trouvera vérités, il ne les fera pas telles... Si je cherche maintenant où et en quel sujet elles subsistent étemelles et immuables comme elles sont ,
XXX AVANT-PROPOS
J'ai beau chercher dans tout le xvu*' siècle , je ne trouve pas un seul grand évoque, un seul grand écrivain qui ait pensé différemment. Le cardinal de Retz n'est point une très-grande autorité ecclésiastique; mais c'était un esprit du sens le plus ferme et le plus pratique^ et quand sur la fin
je suis obligé d'avouer un être où la vérité est éternellement sub- , sistante et où elle est toujours entendue ; et cet être doit être la véritéméme. . . C'est dooe en lui , d*une certaine manière qui m'est incompréhensible, c'est en lui, dis-je, que je vois ces vérités éternelles... n y a nécessairement quelque chose qui est avant tous les temps et de toute éternité-, et c'est dans cet éternel que ces vérités éternelles subsistent ; c'est aussi là que je les vois... Ainsi nous les voyons dans une lumière supérieure à nous-mêmes; et c'est dans cette lumière supérieure que nous voyons si nous faisons bien oa mal. .. Là donc nous voyons avec toutes les autres vérités les règles invariables de nos mœurs. L'homme qui voit ces vérités par ces vérités se juge lui-même et se condamne quand il s'en écarte; ou plutiâtce sont ces vérités qui le jugenjt... Ces vérités éternelles que tout entendement aperçoit toujours les mêmes, par lesquelles tout entendement est réglé, sont quelque chose de Dieu, ou plutôt sont Dieu même. »
Le paragraphe 6 du chap. iv a pour titre la maxime même sur laquelle est fondée la démonstration cartésienne dé l'existence de Dieu : L'âme connaît par Vimperfeciion de son inUlligenee qu'il y a ailleurs une intelligence parfaite. Après avoir achevé toutes les preuves de rexistence de Dieu et de Timmortatité de l'âme par la seule philosophie, Bossuet conclut ainsi : « Ces raisons sont solides et inébranlables à qui les sait pénétrer. » De même, dans le traité du libre arbitre^ c'est par la raison seule qu'il résout toutes les difûcultés. Chap. ii, que