‹ Des Pensées de Pascal (volume 3)Chapitre 4 sur 37 · A7ANT-PR0P0S. XXXI · texte numérisé non relu

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de sa vie, dans sa solitude de Commercy, il s'occupa de sérieuses études , il n'hésita point à se prononcer pour la phibsophie cartésienne ^ Celui que le pape Urbain VIII appela Vapâlre du verbe incarné^ est aussi celui qui suscita Descartes^ lui mit la plume à la main, et recommanda ses écrits aux saints prêtres

teiie Uheriè est dans l'homme et que nous connoisiong cela nalur^lemenl. « Je dis que la liberté ou le lilire arbitre est certainement en nous et que cette liberté nous est évidente : r par Févidence du sentiment et de rexpérienoe; 2** par réridence du raisonnement; 3"* par Févidence de la révélation. » L'accord de la foi et de la raison est Ici manifeste. Chap. m , que novs connois» êons naiureVemeni que Dieu gouverne noire Uherié et ordonne de nos actions. Chap. iv, que la raison seule nous oblige ù croire ces deux tériiés^ quand même nous ne pourrions trouver le moyen de les accorder ensemble. Même en parlant de la création sans aucune matière préexistante, Bossuet dit : « Nous connoissons clairement toutes les vérités que nous venons de considérer; c'est renverser les fondements de tout bon raisonnement que de les nier. » Dans la première Élévation il reprend la preuve'cartésienne de Texistence de Dieu par Tidée de la perfection : « Pourquoi Dieu ne seroit-il pas? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée 1 au contrafre, la perfection est la raison d'être... » Enfin Huet luimême nous apprend que Bossuet reçut très-peu favorablement la censure de la philosophie cartésienne y et l'abbé Ledieu , secrétaire de Bossuet, dit expressément qu'il mettait le discours de Descartes sur la méthode au-dessus de tous les ouvrages de son siècle.

' Voyez mes articles du Journal des savanU de cette année » intitulés le Cardinal de ReUy cartésien.

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qu'il rassemblait. Le cardinal de Bérulle est assurément l'homme qui a le plus fait pour le cartésianisme en lui donnant l'Oratoire '. Je l'ai déjà dit: rOratoire a manqué de succomber par fidélité à Descartes et au vœu de son illustre fondateur; et cependant quelle réunion choisie d'esprits excellents et bien cultivés en tout genre d'études! Sur ce fond si pur se détache Malebranche, excessif et téméraire, je le sais , étroit et extrême , je ne crains pas de le dire, mais toujours sublime , n'exprimant qu'un seul côté de Platon , mais l'exprimant dans une Âme toute chrétienne et dans un langage angélique. Malebranche , c'est Descartes qui s'égare , ayant trouvé des ailes divines et perdu tout commerce avec la

' Baillet, dans la vie de Descartes, liv. 2, chap. xiv, raconte en quelles circonstances le cardinal de Bérulle connut les desseins philosophiques de Descaries , et quels encouragements il leur donna. Ailleurs, liv. 3, cbap. v : a M. Descartes avoit toujours fu beaucoup de vénération pour son mérite , beaucoup de déférence poor ses avis. Il le considéroit , après Dieu , comme le principal auteur de ses desseins et de sa retraite hors de son pays. » Ce furent les Pères de Condren, Gibieuf et de Labarde qui introduisirent parmi leurs confrères le goût de la nouvelle philosophie. Voyez encore Baillet, et surtout le Père Tabaraud dans son Histoire de Pierre de Bérulle, Paris, 1817, t. ii, p. 187, et dans la Biographie universeUe , arUcle Bérulle.

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terre'. Saint-Sulpice n'est point suspect. Si Port- Royal est plusgrwd , si l'Oratoire est plus instruit ^ SaintrSulpiçe est plus sage. C'est après tout la plus saine école de théologie qu'il y ait eu en France* Voit-on que Saint-Sulpice ait proscrit le cartésianisme

■ Partout lialebranche rend témoignage à Descartes, et le défend contre ses ennemis. Recherche de la vérité, liv. T', diap. vi : « M. Descartes a prouvé démonstratWement Texistence d'un Dieu, rîmmortalité de nos âmes , plusieurs autres questions métaphysiques, un très-grand nombre de questions de physique, et no|re siècle lui a des obligations infinies pour les vérités qu'il nous a découvertes. » Sur l'accord de la foi et de la raison ; Entretiens SUT la méiaphysiqite : « Je ne croirai jamais que la vraie philosophie soit opposée à la foi La vérité nous parle de diverses

manières ; mais certainement elle dit toujours la même chose. U ne faut donc point opposer la philosophie à la religion, si ce n'est la fausse philosophie des payens... » « Nous sommes tous raisonnables et essentiellement raisonnables; et de prétendre de se dépouiller de sa raison comme on se décharge d'un habit de cérémonie, c'est se rendre ridicule, et tenter inutilemegt rimpossible. » Traité de morale : « Mais , dit-on , la raison est corrompue-, elle est sujette à l'erreur ; il faut qu'elle soit soumise à la foi ; la philosophie n'est que la servante ; il

faut se défier de ses lumières; perpétuelles équivoques I

La raison doit toujours être la maîtresse; Dieu même la suit.... ^ L'intelligence est préférable à la foi : car la foi passera; mais l'intelligence subsistera éternellement.... La foi sans intelligence , je ne parle pas ici des mystères dont on ne peut avoir d'idée claire ; la foi, dis-je, sans aucune lumière, si cela est possible, ne peut repdre solidement vertueux. C'est la lumière qui perfectionne l'esprit et qui règle le cœur. »

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et la philosophie? son plus brittant élève , son élève avoué et chéri est le cartésien Fénelon. Et de nos jours encore, j'ai vu , j'ai connu dans ma jeunesse un pieux et savant supérieur de Saintr-Sulpice, en même temps conseiller de l'Université , qui croyait suivre la tradition de son ordre et du grand siècle en professant et en recommandant l'accord de la foi et de la raison. Loin d'être un adversaire de Descartes ^ M. l'abbé Eymery en était un admirateur éclairé. Son dernier ouvrage est un choix de morceaux classiques de Ûescartes en l'honneur commun de la religion et de la philosophie ^ Ce digne prêtre ne s'était pas fait scrupule de donner aussi des Pensées de Leibnitz ^ ; et Leibnitz c'est Descartes avec un demi-

■ Pensées de Descaries sur la religion et la morale; 1811. Le discours préliminaire est une apologie complète et régulière de Descartes. Le savant éditeur est même contre Pascal dans la question obscure si Descartes avait réellement conseillé à Pascal Texpérience de la pesanteur de Pair. Il défend aussi Descartes d'avoir préparé la voie à Spinoza.

' Esprit de Leibnitz, ou recueil de pensées choisies sur la reltdfto», 2a morale, l'histoire^ la philosophie y etc., extraites de toutes ses œuvres latines et françaises; Lyon , 1772 ; 2 volumes. Seconde édition en 1783. En 1819 , Exposition de la doctrine de Leibnitz sur la religion , suivie dépensées extraites des ouvrages du même auteur.

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siècle de progrès en tous genres^ Descartes élevé à la plus haute puissance dans un esprit d'une trempe différente mais non pas inférieure y tout aussi inventif, tout aussi original; mais plus étendu et plus vaste, plus tempéré et plus bienveillant. SiBossuet est éclectique à son insu , Leibnitz Test, le sachant et le voulant : nous voilà , ce semble ^ en assez bonne compagnie, sans parler de Platon, le véritable père de l'éclectisme. L'ouvrage qui portera le nom de Leibnitz à la dernière postérité, là Théodicécy n'est autre chose qu'une collection de divers écrits dont l'objet commun est la conformité de la foi et de la raison '. Dans le xvm^ siècle je vois bien trois grands sceptiques, Bayle, Hume, Voltaire ; mais ces trois personnages ne passaient pas jusqu'ici pour des serviteurs de la religion. Parmi ceux qui vinrent alors au secours de la foi chancelante, nul n'a songfrà lui donner pour appui le scepticisme. MM. les cardinaux de Polignac ^ et Ger-

* C'est même le titre particalier d'an de ces écrits : BUcours de la conformité de la foi atecla raison. Essais de ihikh dîcée, nouvelle édîtioo, par le chevalier de Jauoourt. 3 vol. Amsterdam, 1747.

* L'Anti-Lttcrèoe est fondé en grande partie sur le eartésia-

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dil ', ne sont pas des théologiens de la force de Bossuet et d'Ârnauld , mais ce sont encore les meil-

nîsme. Il défend Descartes contre Newton et cpntre Locke. An Yiii"'* livre sont les vers célèbres :

Qao Domine dictm NaUir» genium, patri» decus ac deciu sTi Girtetlum noatri

* Voyez particulièrement Vimmalérialilé de l'âme démùntrée contre M. Locke j avec des nouvelles preuves de Vimmatérialiti de Dieu et de l'dme tirées de V Écriture, des Pères et de la raison. Turin, 1747. Comme Arnauld avait appuyé la maxime cartésienne, je pense, donc je suis, sur Fautorité de saint Augustin, de même Gerdiî appuie sur un passage de saint Basile la démonstration de l'existence de Dieu par son idée, p. 229 : « Il est étonnant que la prévention contre le père de la nouvelle philosophie ait tant pu dans l'esprit de quelques docteurs chrétiens que, par attachement à leurs préjugés et à leurs erreurs philosophiques qu'il a combattues avec tant de force et dont il a ^nfin triomphé si glorieusement, ils n'aient pas craint de l'accuser d'impiété pour avoir foi]jf ni à la religion une nouvelle arme invincible contre les athées, en ajoutant aux preuves qu'on avait déjà de l'existence de Dieu, une démonstration si beUe et si lumineuse que jusqu'ici on n'a rien su y opposer que d'absurde et de puéril. Quelle g\om pour ce grand philosophe, que les premiers principes sur lesquels il établit sa métaphysique dans ses Méditations , servent aussi de fondement inébranlable aux deux vérités capitales de la religion , l'existence de Dieu et l'immatérialité de l'âme! » Il prend encore plus ouvertement et plus en détail la défense de Descartes dans la dissertation intitulée : Incùmpatibiliié des principes de Descartes et dé Spinosa. Dans un autre ouvrage, Histoire des sectes des philosophes^ l'illustre cardhial s'exprime ainsi sur Descartes : « Quelque grand qu'il soit par tant de sublîn^es découvertes, il Test encore plus par sa Méthode et ses Méditations. Ce sont des chefs-d'œuvre de raison et des ouvrages dignes de l'antiquité. «

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leurs défenseurs de l'église au xvni^ siècle^ et tous les deux appartiennent à Técole cartésienne. J'ai déjà cité Saint-Sulpice et M. l'abbé Eymery; je veux invoquer aussi rhomme de notre temps qui a jeté Téclat de son nom sur cette congrégation modeste, M. l'abbé Frayssinous, évèque d'Hermopolis , qu'on n'accusera pas d'avoir été médiocrement attaché a la religion et à l'église, et qui, dans ses solides conférences, n'a pas cessé de poursuivre le grand objet que se sont constamment proposé les théologiens les plus autorisés, l'accord de la raison et de la foi '•

Ainsi, nous pouvons le dire sans crainte d'être démentis , l'entreprise de Pascal est condamnée par la pratique de toute l'gélise de France, par les plus grands théologiens et les plus saints prêtres,

' Défense du Chriitianisme , ou Conférences sur la Bdigion. Paris , 1825. 8 volâmes. Le premier volame est comme an traité de philosophie , où sont établies par la pure raison et sur la foi du genre humain Texistence de Dieu, la spiritualité de Tâme , la loi naturelle , le libre arbitre et Timmortalité de l'âme. A ce livre judicieux je me plais à joindre un autre écrit de la même école et marqué du même caractère, la dissertation que Mj^rabbé Gosselhi a jointe à son édition aujourd'hui classique des œuvres de~Fenelon , dissertation où il examine et apprécie

%%xrm AVAn-PBOMs.

parles ordres les plus diffirents, par toat le monde enfin 9 excepté les Jésuites. Eux seuls Tout recueillie et poursuivie. Elle semblait à jamais ensevelie avec eux; et c'est avec eux seulement qu'dle reparaît aujourd'hui.

Pendant qu'au début du xne siècle, M. de €3iâteaubriand séduisait au christianisme l'imagination et le bon goût par le charme des beautés nouvelles qu'il y découvrait , pendant que l'abbé Frayssinous, i Saint-Sulpice/ développait devant un auditoire instruit et choisi le thème favori, de l'église gallicane, obsequium rmionabile^ une obéissance confcHrme à la raison; pendant qu'une philJ3sophie généreuse, sortie du sein de l'Université, disputait l'opinion au matérialisme et i l'athéisme et s'efforçait de réhabiliter parmi nous la tradition carte-

FéndoQ comme métaphynden, eomme théologieii, comme littécatear. La première partie , Fénelon eonHdèrè comme miiajphyiieien , semble écrite avec la plame même de M. Fabbé Eymery. Il est îroposnble de défendre avec plus de seos et de mesure là méthode et la philosophie de Descartes. Voyez encore différents écrits dn cardinal de La Luzerne , entr'autres: DisieriatUm sur Vexitience et Us aUrihuts dt Dieu. — Dtssertationi Mur la ê]^riiualiU de Vdme et sur la liberté de Ihamme. Langres, 1808.

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sienne^ épurée et vivifiée à la lumière de notre siècle^ survint un homme qui , au lieu de poursuivre en commun Tœuvre réparatrice , la chwgea tout à coup en une réaction violente , esprit vigoureux mais extrême, se précipitant avec Faveuglement de la logique dans toutes les conséquences d'un principe, ne s'arrétant qu'au fond de TablmC; en sortant pour s'élancer encore dans une route opposée avec la même u*deur et le même aveuglement , à la fois obstiné et mobOe , et toujours excessif, dédaignant ce que la plupart des hommes adorent, le plaisir et la fortune, n'ayant d'autre passion que Ja renommée de son nom et le bruit de ses systèmes, non pas le saint Bernard, mais le J.-J. Rousseau de notre siècle. Tel est l'homme qui reprit un jour rentreprise abandonnée de Pascal et des Jésuites, en croyant l'inventer, et qui s'imagina rendre un service décisif à l'église et termina d'un coup toutes les querelles en supprimant l'un des deux principes qu'il s'agissait de mettre d'accord. M.^ l'abbé de Lamennais attaqua tout dogmatisme; il ne distingua plus, comme on l'avait f^it jusqu'ici, entre ta

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bonne et la mauvaise, entre la vraie et la fausse philosophie; toute philosophie lui devint fausse et mauvaise par cela seul qu'elle s'appuyait sur la raison et prétendait à une certitude qui lui fût propre : toute certitude releva de l'autorité , laquelle n'eut plus d'autre fondement qu'elle-même, étant parce qu'elle est et tant qu'elle est. M. de Lamennais, c'est Pascal réduit en système ; c'est l'auteur de la Censure de la philosophie cartésienne et du Traité philosophique de la faiblesse de F esprit humain^ moins savant et moins méthodique, mais passionné, mais véhément, armé à la fois de la logique de fer du Contrat social ti de la rhétorique enflammée de VHéloîse. La docfrine nouvelle, n'admettant qu'un seul principe , l'autorité , avait tout l'éclat des systèmes exclusifs: elle séduisit et emporta les faibles. Elle se liait d'ailleurs à toute l'entreprise de la restauration , qu'elle exagérait et envenimait. Depuis 1830, le soldat le plus ardent de l'autorité et de Rome est détenu un des apôtres de la liberté. La monarchie représentative , qui lui paraissait autrefois la

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licence constituée, lui est aujourd'hui une tyrannie insupportable. M. de Liamennais est républicain en politique, et son point de départ en philosophie n'est plus la révélation, mais la raison ^ L'ancien abbé de Lamennais n'est plus, mais sa première doctrine demeure; cette doctrine a pénétré dans le clergé : l'église de France, dans sa jeune milice , en a reçu une impression funeste et durable. L'élise a rejeté M. de Lamennais, mais elle a retenu, sinon tout son système, du moins l'esprit qui l'animait. C'est M. de Lamennais qui le premier a attaqué la philosophie moderne dans Descartes son père ; le branle une fois donné , tout le monde a suivi, et il n'y a pas aujourd'hui de feuille prétendue religieuse qui ne déclame à perte de vue contre Descartes et contre la philosophie.

' Esqniêie dTune philosophiez 8 vol. Paris, 1840; Tome r% Préface : « La philosophie a sa racine dans notre nature et c*est pourquoi on ne peut en assigner le commencement. Contemporaine de rix>mme, elle n'est que l'exerciee même de sa raison... « Ceci n'empêche pas qu'on ne rencontre dans VEsquisse beaucoup de propositions qui rappellent le livre de l'indifférence. Deux esprits contraires y sont sans cesse aux prises, eipour les accorder il fendrait un troisième ouvrage.

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Qu'Qst-C6 en effet que toutes ces attaques qui tombent chaque jour sur ce qu'oo appelle fat philosophie de TUniversité^ sinon le coatre-coup et Fécho monotone de la vieille polémique du livre £fc V Indifférence? On n'a inventé qu'un ï^ seul mot nouveau, celui de panthéisme; et voici toute la variante qui a été faite à l'ai^umentation de M. de Lamennais. M. de Lamennais disait: Toute philosophie qui veut être conséquente aboutit au scepticisme; on nous dit aujourd'hui : Toute philosophie qui part de la raison (et on appelle cela le rationalisme) . conduit nécessairement au panthéisme y c'est-à-dire à l'identification de Dieu et du monde, c'est-à-dire encore au matérialisme et à l'athéisme; témoin Descartes et tous les cartésiens, mes amis et moi bien entendu , auxquels , j'en demande pardon à ces messieurs, il faut qu'ils joignent, s'ils veulent être conséquents eux-mêmes, tous les grands personnages du xvn® siècle que* j'ai cités tout à l'heure. Mais à qui, de grâce, fera-t-on accroire que mes amis et moi nous confondions le monde et Dieu, comme Voluey et Dupuis, et que

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nous soyons devenus les tardifs adorateurs de cette i rel^ion de Tunivers-Dieu que nous avons com- ^ battue à outrance pendant toute notre jeunesse? Parions sans détour : Qu'est-ce que le panthéisme? Ce n'est pas un athéisme déguisé, comme on le dit; non^ c'est un athéisme déclaré. Dire^ en présence de cet univers si yaste, si beau^ si magnifique qu'il puisse être : Dieu est là tout entier, voilà Dieu y il n'y en a pas d'autre; c'est dire aussi clairement qu'il est possible qu'il n'y a point de Dieu, car c'est dire que l'univers n'a point une cause essentiellement différente de ses effets. Et c'est à nous qu'on ose imputer une pareille doctrine ! ^

Les rapports qui unissent la création et )e créateur composent un problème obscur et délicat dont les deux solutions extrêmes sont également fausses et périlleuses : ici un Dieu teltement passé dans le monde qu'il a l'air d'y être absorbé; là un Dieu tellement séparé du monde que le monde a l'air de marcher sans lui : des deux côtés égal excès , égal danger, égale erreur. Dieu est dans le monde toujours et partout; de là, avec l'être et la durée,

XLIV AVANT-PEOPOS.

Tordre et les beautés de ce monde qui vieunent de Dieu, mêlées des imperfections inhérentes à la créature ; car, tout immense qu'il est, ce monde est fini en soi, comparé à Dieu qui est infini; il en manifeste mais il en voile aussi la grandeur, l'intelligence, la sagesse. L'univers est l'image de Dieu , il n'est pas Dieu ; quelque chose de la cause passe dans l'effet, elle ne s'y épuise pas, et demeure elle-même tout entière. L'univers même est si loin d'épuiser Dieu que plusieurs des attributs de Dieu y sont couverts d.'une obscurité presque impénétrable et ne se découvrent que dans l'âme de l'homme. L'univers , c'est la nécessité ; mais l'âme est libre , elle est une, ^mple, essentiellement identique à elle-même sous la diversité harmonieuse de ses facultés ; elle est capable de concevoir la vertu et de l'accomplir ; elle est capable d'amour et de sacrifice. Or, il répugne que l'être , qui est la cause première et dernière de cette âme, soit «n être abstrait, possédant moins qu'il n'a donné, et n'ayant lui-même ni personnalité, ni liberté , ni intelligence , ni justice , ni amour. Ou Dieu est inférieur à l'homme , ou il possède au

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moins tout ce qu'il y a de permanent et de substantiel dans l'homme , avec l'infinité de plus.

Cette déclaration est suffisante, je l'espère , à l'équité et à la bonne foi ; mais elle ne l'est pas, je l'aYoue, au besoin d'accuser et à la passion de nuire.

On persistera à répéter, d'après une ou deux phrases détournées de leur sens naturel , que je n'admets qu^une seule substance, que l'âme est nécessairement un mode de cette substance , et qu'ainsi je suis bien réellement panthéiste et fataliste. Mais comment puis -je faire de l'âme humaine un mode de Dieu, moi dont la première maxime de psychologie et d'ontologie tout ensemble est que l'âme de l'homme a pour caractère fondamental d'être une force libre, c'est«-à-dire une substance, la notion de substance étant enveloppée dans celle de force, comme je l'ai si souvenhlémontré avec M. de Biran et d'après Leibnitz? Ou contestez cette démonstration, qui est le principe de toute ma philosophie, ou cherchez un autre fondement à votre accusation. J'ai poussé si loin la liberté de

XLVJ AVAMT-PROP08.

Fhomme que j'en ai tiré une politique profondément libérale^ que je recommande à votre attention. A mes yeux, comme à ceux de Leibnitz, te monde extérieur lui-même est composé de forces, et par conséquent de substances. Si donc j'ai parlé quelque part de Dieu comme de la seule substance , du seul être qui soit, n'est-il pas évident que j'ai voulu marquer fortement par là, à la manière des platoniciens ^ de plusieurs pères de l'église, la substance et Fessence étemelle et absolue de Dieu en opposition à notre existence relative et bornée ■ î

Plus d'une fois je me suis plaint que le xvn* siècle et le cartésianisme lui-même avaient excédé, en attribuant trop à l'action de Dieu et en ne respectant pas assez la puissance personnelle de l'homme, la force volontaire et libre qui le constitue. Et voilà qu'on m'attribua cette mysticité sublime de Malebranche qui substitue l'action divine à l'action de l'homme I

' Voyez pour de plus grands détails VAtertiSÊemeni de la 3* édit. des Fragments philosophiques, p. xix, et les Leçons swr la pMlosophie de Kant, S" leçon, p. 113, et la 6« leçon contre la Dialectique transcendentale.

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