PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. IX
triomphe. Ainsi quand les droits de la philosophie sont menacés, le doute, qui se sent menacé en elle, se rallie à elle, comme à son principe ; le scepticisme, au contraire, lève alors le masque et trahit ouvertement.
Le scepticisme est de deux sortes : ou bien il est sa fin à lui-même, et se repose tranquillement dans le néant de toute certitude; ou bien il cache son vrai jeu, et ses plus grandes audaces ont pour ainsi dire leur dessous de cartes. Dans le sein de la philosophie , il a l'air de combattre pour la hberté illimitée de l'esprit humain contre la tyrannie de ce qu'il appelle le dogmatisme philosophique, et en réalité il conspire pour une tyrannie étrangère.
Qui ne se souvient par exemple d'avoir vu de nos jours un illustre écrivain prêcher, dans un volume de \ Essai sur Vindifférence, le plus absolu scepticisme, pour nous conduire, dans le volume suivant, au dogmatisme le plus absolu qui fut jamais?
Reste à savoir si le scepticisme, tel que nous venons de le définir en général , est ou n'est pas dans le livre des Pensées,
Ouvrez ce livre, et vous l'y trouverez à toutes les pages, à toutes les hgnes. Pascal respire le scepticisme; il en est plein ; il en proclame le principe , il en accepte toutes les conséquences, et il le pousse d'abord à son dernier terme, qui est le mépris avoué et presque la haine de toute philosophie.
Oui , Pascal est un ennemi déclaré de la philosophie : il n'y croit ni beaucoup ni peu ; il la rejette absolument.
Écoutons-le, non dans l'écho affaibli de l'édition de Port- Royal et de Bossut, mais dans son propre manuscrit, témoin incorruptible de sa véritable pensée.
A la suite de la fameuse et si injuste tirade contre Descartes', Pascal a écrit ces mots : a Nous n'estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine. » Et ailleurs : « Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher ^ »
' Voyez plus bas, Rapport , p. 4-2.
^ Bossut, première partie, x, 30.