‹ Des pensées de PascalChapitre 35 sur 125 · PRÉFACÉ DE LA NOUVELLE ÉDITION. XLV · texte numérisé non relu

PRÉFACÉ DE LA NOUVELLE ÉDITION. XLV

tort d'oublier un peu trop le nom de Descartes parmi ceux qui avaient pu le mettre sur la voie de ses célèbres expériences ^ C'étaient deux génies entièrement opposés et trèspeu faits pour se comprendre. L'un, essentiellement créateur, invente sans cesse et partout des principes nouveaux ; il embrasse et domine toutes les parties des connaissances humaines; il aspire au système du monde, il l'atteint presque^. L'autre excelle dans les procédés scientifiques et dans la solution accomplie de problèmes particuliers. Pascal a perfectionné et fixé à jamais la langue de la raison, mais c'est Descartes qui l'a trouvée. La tête de Pascal n'est pas moins forte que celle de Descartes, mais elle est moins ample. Livré de bonne heure à l'étude des mathématiques et de la physique, on ne voit pas que Pascal ait jamais donné une grande attention à la philosophie proprement dite. Il ne paraît ni dans sa vie ni dans ses ouvrages aucune trace d'études métaphysiques. Il avait lu sans aucun doute la Méthode et les Méditations, et il en avait retenu le grand principe de la pensée, comme signe et preuve de l'existence. Mais Roberval lui-même n'avait pas osé repousser ce principe ^; il était dans saint Augustin, et, en l'admettant, Pascal n'avait fait que suivre l'opinion générale. La logique seule l'occupa sérieusement, et encore, dans la logique, la définition, qui appartient aux mathématiques autant qu'à la philosophie. Les deux seuls philosophes qu'il connaisse bien et dont il est évidemment imbu, c'est Montaigne, avec son disciple

' Baillet, dans la Vie de Descartes, démontre, par les leUres même de Descartes, combien Pascal a été peu juste envers son illustre devancier. Bossu t, dans son Discours sur la vie et les ouvrages de Pascal, traite sur ce point Baillet avec beaucoup de haut-^ur. Montucla , dont l'impartialité et les lumières ne peuvent être contestées, porte à peu près le même jugement que Baillet, Histoire des Mathématiques, t. II, p. 205.

Ml a le premier énoncé le problème que Newton a résolu. « Descartes, dit Laplace, essaya le premier de ramener la cause du mouvement céleste à la mécanique. » Système du Monde, liv. V, chap. v.

■• Voyez dans nos Fragments de Philosophie cartésienne l'article intitulé Roherval philosophe , p. 2i2.

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