PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. LV
mit à l'index les Méditations, cette incroyable injustice ne l'arrêta point. En 1669, il fit retrancher des Pensées ce qui était trop ouvertennent favorable au scepticisme et à Montaigne, et contraire à Descartes et à la philosophie '. En 1675 ^, il composa un admirable mémoire pour éclairer le parlement de Paris, qui allait rendre un arrêt contre la doctrine de Descartes. Enfin, en 1683, dans sa grande controverse avec Malebranche, il rappela souvent son brillant et obstiné adversaire à la solide méthode et aux principes de leur commun maître^ Jamais dans l'esprit d'Arnauld ni le jansénisme ne fit plier la philosophie, ni la philosophie n'altéra le jansénisme. La grâce et la raison y avaient jeté de bonne heure de si profondes racines, qu'elles s'y soutenaient pour ainsi dire à côté l'une de l'autre, chacune par sa force propre , se rencontrant sans pouvoir s'accorder, comme aussi sans pouvoir se détruire.
Arnauld occupe une telle place dans Port -Royal qu'on a étendu naturellement à tous les doctes solitaires ce qui appartient à lui seul. Parce qu'Arnauld était cartésien , on en a conclu que tous ces messieurs l'étaient aussi. La conclusion n'est nullement fondée. Si Port-Royal ne put venir à bout du cartésianisme d'Arnauld , il n'est pas moins vrai qu'Arnauld ne put séduire Port-Royal au cartésianisme. Il avait beau présenter Descartes sous le manteau de saint Augustin : le philosophe paraissait toujours et épouvantait Port-Royal. Arnauld entraîna Nicole et le duc de Luynes '^ ; mais tout le reste demeura froid ou ennemi. Il faut voir dans Fontaine quel scandale excitait dans la sainte maison ce goût nouveau et inouï pour la philosophie ^ Sacy en gémissait, et tout le monde pensait comme Sacy. Pendant quelque temps on n'osa pas se plaindre ouvertement. Arnauld possédait une autorité
I Voyez plus bas la lettre citée, p. 77, Si-, 167 et 168.
* Fragments philosophiques, troisième édition, t. IF.
^ Voyez l'excellent livre Des vraies et des fausses idées.
" Le traducteur des Méditations.
' T. II, p. 52 sqq.