‹ Des pensées de PascalChapitre 86 sur 125 · XL VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XL VI AVANT-PROPOS

l'homme que j'en ai tiré une politique profondément libérale j que je recommande à votre attention. A mes yeux, comme à ceux de Leibnitz, le monde extérieur lui-même est composé de forces, et par conséquent de substances. Si donc j'ai parlé quelque part de Dieu comme de la seule substance , du seul être qui soit, n'est-il pas évident que j'ai voulu marquer fortement par là, à la manière des platoniciens et de plusieurs pères de l'église, la substance et l'essence éternelle et absolue de Dieu en opposition à notre existence relative et bornée ^ ?

Plus d'une fois je me suis plaint que le xvn® siècle et le cartésianisme lui-même avaient excédé, en attribuant trop à l'action de Dieu et en ne respectant pas assez la puissance personnelle de l'homme, la force volontaire et libre qui le constitue. Et voilà qu'on m'attribue cette mysticité sublime de Malebranche qui substitue l'action divine à l'action de l'homme !

* Voyez pour de plus grands détails V Avertissement de la 3* édit. des Fragments vliilosophiques, p. xix, et les Leçons sur la phUosophie de Kant, 5^ leçon, p. 113, et la 6e leçon contre la Dialectique iranscendentale.

AVANT-PROPOS. XL Vil

Étrange athéisme d'ailleurs que celui de Malebranche, qui consisterait à sacrifier l'homme à Dieu ! C'est bien plutôt là un théisme exagéré; et pourtant je n'ai point hésité à le combattre % et à faire voir dans tous mes écrits que l'homme et la nature sont des forces douées d'une activité qui leur est propre, que l'âme humaine est une force libre autant qu'intelligente , qu'à ce double titre elle a conscience d'elle-même, se reconnaît et des droits et des devoirs et la responsabilité de tous ses actes.

On ne manquera pas de répUquer que, si je ne détruis pas Dieu , je le méconnais en lui refusant la hberté, puisque je tiens la création comme nécessaire. Entendons-nous. Il y a, comme parle l'École, deux sortes de nécessité, la nécessité physique et la nécessité morale. Il ne peut être question ici de la nécessité physique de la création ; car, dans cette hypothèse. Dieu, disons-le pour la centième fois, serait sans liberté, c'est-à-dire au-dessous de l'homme.

* Leçons de 1829, IP leçon sur Spinosa et Malebranche, p. 427 de la 2^ édition, et deux articles du Journal des Savants (1842), sur la correspondance de Mairan et de Malebranche.

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