Observation de Legueu
Henri D.., 76 ans, entre à la clinique des voies urinaires de l’hôpital Saint-Sauveur, le 17 septembre 1904, pour rétention d'urine. Depuis un certain temps le malade urine difficilement. Il est obligé de pousser fortement au début de la miction. Les envies d’uriner sont fréquentes, surtout la nuit. Il y a diminution considérable du jet, il lui arrive souvent d’uriner goutte à goutte. Dans ces derniers temps, son état s’est aggravé, il a dû se faire sonder à plusieurs reprises par un médecin. La veille de son entrée à l'hôpital, le malade a présenté une crise de rétention aiguë pour laquelle on a dû faire une ponction hypogastrique. Le malade entre à l’hôpital le lendemain. On constate à ce moment que la vessie pleine d’urine forme un globe remontant jusqu’à l’ombilic. Le malade éprouve un violent besoin d’uriner qu'il ne peut satisfaire. Le toucher rectal dénote une prostate hypertrophiée régulière, pas d’indurations ni de bosselures. En face de cette rétention on procède au sondage. On introduit une sonde béquillée n° 14, qui passe sans difficulté. On retire un litre d’urine légèrement trouble, mais sans dépôt. On fait un lavage de la vessie à l’eau boriquée et on laisse la sonde à demeure pendant cinq jours consécutifs. Le malade se plaint de douleurs dans le ventre peu vives, qui n’attirent pas l’attention. Ces douleurs peu vives persistent pendant tout le séjour du patient à l'hôpital, mais sans vomissement ni hocquet. Cependant, il y a de la diarrhée abondante pendant les quelques jours qui précèdent la mort. Aucune élévation de la température qui reste plutôt basse, oscillant entre 3606 et 3608. ° RU
Tous les matins on nettoie la sonde et on pratique le lavage de la vessie. Les urines sont un peu troubles, mais sans dépôt. Le 22 septembre, on retire la sonde à demeure, après lavage de la vessie et de l’urèthre postérieur. Le soir température de 3804, sonde à 5 heures du soir. Le 23 au matin, température de 3709. On retire après sondage 100 gr. d’une urine très purulente. Lavage de la vessie. comme d’habitude, on laisse la sonde à demeure. Le soir l’anurie persiste, depuis le matin on n’a recueilli que 50 gr. d'urine colorée par le sang. Le malade est omnubilé, pouls faible avec intermittences. Le 24 au matin, l’anurie persiste, le malade a émis depuis la
so —
. veille 100 gr. d’urine toujours sanglante. Le pouls ne s’est pas relevé. La palpation du ventre est un peu douloureuse, ni ballonnement, ni vomissement. En présence de cette anurie on injecte à 10 heures du matin 400 gr. de sérum artificiel et 0 gr. 30 de cafcïne. À 4 heures du soir pouls toujours aussi faible. Le malade répond difficilement. La sécrétion urinaire ne se rétablit pas. L'état général s'aggrave et le malade succombe le 25 septembre au soir, huit jours après son entrée à l'hôpital.
Aulopsie : à l’ouverture du péritoine, présence de 5 à 600 gr. d’un liquide louche, d’odeur fétide. L’intestin est recouvert de fausses membranes. On procède à l'enlèvement de l'appareil urinaire. Au cours de cette dissection on s’aperçoit que le péritoine prévésical descend très bas sur la face antérieure de la vessie et y adhère fortement. On note à ce niveau un point ecchymotique d’aspect étoilé. Ce point correspond à l'endroit où a été perforée la vessie au moment de la ponction hypogastrique. La superposition des deux points
apparaît surtout bien après dissection du péritoine prévésical. Dans
le rein droit petits foyers purulents, pas de dilatation des uretères.
La prostate est grosse et régulière.
De Observation du Dr Cathelin.
Péricystite suppurée à forme antérieure, résultant d’une ponction sus-pubienne infectante : l'infection venant directement du dehors, de la région des poils, soit à la suite du retrait du trocart qui s’est infecté dans la vessie. |
Curé breton de 67 ans, M. G... est soigné pour des phénomènes prostatiques de rétention, par les docteurs Le Maur, Poulinguen, Moreau, chirurgien de Brest. A la suite de deux ponctions pubiennes
faites, une le matin suivie d’un peu d'urine, et l’autre à 11 heures blanche, le malade fait des phénomènes fébriles avec douleur du bas-ventre, qui fait envoyer le malade à Paris chez les frères Saint- Jean de Dieu où je suis appelé à le voir pour pratiquer la prostatectomie. Je trouve, en effet, trois semaines âprès ces deux ponctions, une grosse prostate, mais en outre une tuméfaction pelvienne avec ventre ballonné sans grande élévation thermique et avec un état
Chauvin. De
RES 0 eue
général encore bon, puisque ce brave homme put faire le voyage de Paris à Brest. |
Je retarde la prostatectomie et j’ordonne, en attendant, des compresses humides chaudes en permanence sur le bas-ventre. Pendant ce temps le malade donnait normalement avec résidu, mais sans grosse rétention, des urines troubles non ammoniacales. Je crains un hématome suppuré ou une néoplasie péritonéale. Après plusieurs jours, l’état local ne s’amendant pas, au contraire, je prie M. Bazy de voir le malade avec moi et, après examen de ces véritables masses dures et noueuses donnant l’impression d’un croissant suspubien à concavité supérieure avec deux cornes latérales remontant le long des deux côlons verticaux, nous faisons tous deux le diagnostic de cancer abdominal à évolution rapide avec abstention. I n’y a toujours pas de fièvre le matin, mais le-soir la température monte à 389. Nous continuons les compresses humides sans résultat. L'état général reste le même, les mictions sont normales, mais les tuméfactions sus-pubiennes, surtout dans les deux fosses iliaques, augmentent rapidement en même temps que le ventre se ballonne jusqu’à l’épigastre. Plusieurs jours après, nous voyons le malade avec M. Bazy et étant donnée la dureté ligneuse des tuméfactions, véritables - boules abdominales, nous maintenons tous deux le diagnostic de cancer péritonéal. Toutefois, le lendemain de cette nouvelle consultation, conservant des doutes sur l’exactitude de notre diagnostic, je me décide, sur l’avis de M. Bazy, à faire une ponction capillaire de ces tumeurs. Une première ne donne rien, mais une autre faite avec une aiguille plus grosse, sans ramener de pus, laisse sourdre un liquide verdâtre et épais entre elle et l’orifice de la ponction. Je fais porter alors le malade dans la salle d’opération ou je l’opère immédiatement au point le plus déclive. L’incision | permet de recueillir plusieurs litres d’un pus verdâtre absolument nauséabond. En pressant sur la fosse iliaque gauche, le pus sortait abondamment par l’incision faite au niveau de la fosse iliaque droite. Le ventre dégonfla aussitôt comme par enchantement, les tumeurs disparurent et le malade guérit sans incision et sans contre-incision, ‘en une quinzaine de jours.
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