RAR RUES
et de faire supporter aux consommateurs une certaine part des difficultés momentanées que l’émancipation fera naître, ce serait envers les colons une extrême injustice.
» Entreprendre l'émancipation dans la confiance que, le moment venu, on sera toujours maitre de subordonner l’industrie indigène à l’industrie coloniale, de grever celle-ci pour soulager celle-là, d'imposer à l’une de grands sacrifices pour assurer à l’autre un avantage modéré, ce serait une extrême imprudence. Quand.une fois on a pris l’engagement de protéger les deux industries, non pas également peut-être, mais dans des li mites déterminées, il ne faut pas se flatter que, pour déplacer ces limites, il suffira de le vouloir.
» Sous ce premier point de vue donc la législation actuelle ne semble guère conciliable avec l’une des condilions essentielles de l’abolition de l'esclavage, savoir : la nécessité de tenir, pendant un certain nombre d’années, le droit protecteur de l’industrie coloniale à un taux assez élevé pour que les colons puissent trouver dans le prix de leurs produits un certain dédommagement aux difficultés nouvelles que subira la production.
» On ne saurait guère imposer aux colons les embarras d’un régime transitoire, en les laissant exposés aux hasards de cette lutte désespérée... Ce serait trop de moitié. »
Cette obligation de la métropole vis-à-vis de la colc— nie lui est d’ailleurs imposée par la nature même de leurs rapports.
La France exporte aux colonies ses vins , ses farines , ses tissus, ses objets manufacturés, les produits de son agricuiture.
IL est interdit aux colonies de se procurer ces objets à l'étranger ; en sorte qu’elles sont obligées de les acheter plus cher, et souvent de les avoir moins bons.
Les colonies sont contraintes d'apporter sur le marché de la métropole tous leurs produits, à quelques exceptions près pour des objets de minimes valeurs; elles ne peuvent exporter leurs produits sur des marchés ‘étrangers.
La métropole, dans l'intérêt de sa marine, a défendu d'exporter les produits coloniaux sur les navires étrangers; la navigation française étant une des plus dispendieuses, les colons sont forcés de payer un prix plus élevé que s’il leur était permis de recourir à la navigation étrangère. |
La métropole, dans l'intérêt de ses manufactures , in- Lerdit toutes les industries manufacturières aux colonies pour le commerce d’exportalion , à l’exception de quelques articles qui sont admis à ce qu’on appelle le privilége colonial. à
Quand la métropole impose à ses colonies la nécessité d’accepter ses produits, à l'exclusion de tous autres; quand elle exige que les produits coloniaux soient ap portés chez elle; quand elle a plus qu'un privilége sur les marchés coloniaux, quand elle en a le monopole, n'est-il pas juste qu’en retour, la seule industrie qui fait