CHAPITRE III
De» pliotlsines alphabétiques.
C'est aux psychologues possédant eux-mêmes de Taudition rolorée qu'il appartient d'entrer dans le menu détail de leurs expériences personnelles et de décrire tout au long le spectacle auquel ils assistent du dedans. Pour ceux qui sont consignés à la porte et réduits aux bruits divers parvenant jusqu'au dehors, force est bien de se contenter de la colligation de ces renseignements souvent disparates, et de trouver dans une vue d'ensemble plus ou moins satisfaisante la revanche de ce que chaque observation prise isolément peut avoir d'inexact et d'incomplet.
Le résultat de ce petit travail, en ce qui concerne les 296 cas de photismes de l'enquête Claparède, est de montrer que la grande majorité des personnes possédant de l'audition colorée en ont pour les voyelles (247 personnes, soit 5 sur 6). Les sujets qui en accusent pour les consonnes sont cinq fois plus rares (46). Un certain nombre en a pour les sons musicaux (62), les jours de la semaine (75), les chitïres (26), les voix, les bruits, les mots et les noms, les mois ou les saisons, les saveurs, les odeurs etc. Il est difficile d'évaluer la fréquence de ces derniers photismes d'après Jes réponses écrites.
Si Ton donne le nom d'audition colorée totale à la réunion
lie tous les genres de photismes chez une même personne, on peut dire que cet idéal doit être rarement atteint dans la réalité; le fatneux sujet de M. Grnber serait probablement le cas actuellement connu qui s'en rapproche le plus. Toutes les observations que j'ai recueillies ne concernent que des synopsies très partielles. Mais tandis que les uns ont des couleurs pour une foule de choses, lettres, sons, jours, noms etc., d'autres n'en ont que pour quelques-unes, et parfois exclusivement pour une certaine lettre, un certain mois, etc. Les combinaisons que j'ai rencontrées sont si variées qu'elles ne permettent aucune conclusion générale. Il m'a seulement paru que l'extension de fa synopsie à un grand nombre de choses différentes n'est pas toujours en raison directe de son intensité (vivacité et précision des photismes), ni de sa permanence à travers la vie. Certaines personnes se souviennent d'avoir eu dans leur enfance des couleurs très nettes et obsédantes pour « tout au monde, » et celte riche fantasmagorie s'est évanouie avec l'âge. D'autres ne possèdent que de rares photismes, mais fortement accusés et persistants ; d'autres encore en ont une grande abondance, quoique aucun ne soit très marqué.
La grande fréquence des photismes de lettres m'engage à les examiner un peu plus en détail, sous le nom de photismes alphabétiques (comprenant ceux des voyelles, des diphtongues et des consonnes). Je passerai beaucouf) plus rapidement sur les autres espèces de photismes.
Dans le formulaire de M. Claparède, la question concernant la couleur des lettres est à dessein aussi vague que possible, afin de ne pas imposer au lecteur la tâche, souvent très délicate et qui eût arrêté bien des réponses, d'indiquer exactement soit la cause inductrice du photisme (c.-à.-d. s'il est provoqué par le son, le signe graphique, etc.) soit son intensité (si la couleur est simplement pensée, ou ima-
ginée, localisée, et avec quelle nelteté). Même dans un interrogaloin» verbal ces deux points ne sont pas toujours aisés à élucider ; voici toutefois quelques remarques à leur sujet.