TABLEAU
PRÉQUENCK KELATIVK DES PHOTISMES ET DES DIAGRAMMES
! SYNOPSIE
Hommes.
Femmes.
Total. 1
S(Milement des Photismes
! Seulement dos Diagrammes
; Photismes et Diagrammes
177 ou 47,8 «/o 74 .20 . !
Total
Total des cas de Photismes
» » » » Diagrammes
(le tableau renferme légèrement plus de femmes que d'hommes. En rapprochant cela du fait qu'inversement le dossier des 323 négatifs renferme un peu moins de femmes que d'hommes, on peut admettre que la synopsie est plus répandue dans le sexe léniinin.
Quant à l'âge, la grande majorité des sujets atteints par l'enquête sont compris entre 18 et 40 ans, et c'est à cette période de la vie que s'applique surtout le tableau ci-dessus. Chez les enfants et dans la première jeunesse, les photismes sont beaucoup plus fréquents, puis ils diminuent fortement. Les schèmes, en revanche, présentent une plus grande stabilité, et durent volontiers toute la vie du moment qu'ils existent.
Au total, si je devais me risquer à traduire en chifï'res l'impression générale que je garde de toutes les observations que j'ai pu faire jusqu'ici, je croirais ne pas commettre d'exagération en disant qu'à partir de vingt ans 1 individu sur 6 a des photismes ou se souvient d'en avoir eu plus jeune ; ! sur 9 présente des schèmes visuels, et 1 sur 1 5 i)0ssède à la fois ces deux sortes de phénomènes. Il ne faut pas oublier que la synopsie est répartie d'une façon très inégale : en vertu de son caractère fortement héréditaire, on rencontre des familles entières qui répondent négativement, et d'autres dont presque chaque membre a quelque fait intéressant à signaler,
Un meilleur procédé de statistique serait de s'adresser, non pas comme ici à un public illimité et mélangé, mais à des collections fermées d'individus, d'un développement mental analogue, par exemple à des collèges, à des sociétés savantes ou autres, dont on interrogerait tous les membres sans exception. Cette voie, dans laquelle quelques chercheurs se sont récemment engagés, est la seule où l'on puisse espérer obtenir des renseignements exacts sur la fréquence des phénomènes syneslhésiques. Encore ne doit-on point s'attendre à y obtenir d'emblée des résultats concordants, si j'en juge par les quelques échantillons parvenus jusqu'ici à ma connaissance.
Sur 543 personnes faisant presque toutes partie d'un
...t i... . lablissemenl d'instruction (jeunes filles), il s'en est trouvé pri»s d'une centaine (louées cJe synopsie; mais, sur ce nombre. 78 possédaient des schémas, tandis que 33 seulement avaient des |)holisines (dont U réunissant ces deux genres de synestliésie) \ c(; qui est juslemenl l'inverse de la proportion que j'ai indiquée ci-dessus. La rareté des pholismes. chez ces jeunes tilles, m'étonne encore plus que leur abondance de schémes visuels, bien que celle-ci dépasse le double de la proportion donnée par Gallon', et soit ainsi en r-ontradietion avec les résultats d'un autre savant (pii trouve les chilTres de (ialton trop forts pour rAmérique .
Au contraire, d'après une note manuscrite (en date du 31 décembre 1892) que je dois à l'amabilité de M. Binet. sur 300 enfants (pi'il a interrogés au cours d'autres recherches dans les écoles de Paris, 3 7o seulement ont accusé des schémes visuels, ce qui est inférieur k la {)roporlion de Gallon, malgré leur âge (10 à \2 ans) très favorable à ces phénomènes. M. Binet suppose que beaucoup n'ont pas bien compris ce dont il s'agissait. Il est certain que la façon dont les tjuestions sont posées, et plus encore la disposition des sujets interrogés, influent grandement sur la nature des réponses. Beaucoup d'individus ayant des faits très marqués de synopsi(î commencent par répondre négativement, tantôt par crainte du ridicule, tantôt au contraire parce que leurs schémes leur semblent si naturels, ou si insignifiants, qu'ils n'ont pas l'idée qu'il y ait lieu d'en parler. Aussi faut-il souvent y revenir à plusieurs fois avant que la vérité se dévoile.
* Mary-W. Calkins, Expérimental Psychology at Wdîesîey CoUege, Amer. Journ. of Psychology, V, p. 260 (November 1892).
* F. Galton, Inquiries into human faculty, London, 1883, p. 119. Il évalue le nombre des adultes possédant des schémes à 1 sur 15 pour femmes et 1 sur 30 pour les hommes.
* J.-M Baldwin, Handh. of Psychology, London, 1891, tome II, p. 887.
C'est ainsi que M. le prof. Patrick, de l'Université d'Iowa (États-Unis), qui avait d'abord trouvé des chiffres analogues à ceux de Galton, en est venu à estimer à 1 sur 6 la proportion d'adultes possédant des schèmes, cette proportion devant être encore plus considérable chez les enfants, et un peu plus forte chez la femme que chez l'homme '. Ce nombre est notablement supérieur à celui de I sur 9 auquel je suis arrivé de mon côté.
J'apprends que M. Gruber est actuellement en train d'ouvrir une nouvelle enquête sur l'audition colorée, au moyen d'une circulaire extrêmement détaillée et précise, renfermant, outre les instructions explicatives nécessaires, une liste de vingt-six questions relatives aux Couleurs, Clartés et Figures provoquées par les impressions de l'ouïe'. Cela correspond à ce que j'appelle Photismes chromatiques, Photismes simplement lumineux, et Schèmes. D'après les renseignements que M. Gruber a bien voulu me communiquer, sa circulaire sera adressée à un public limité et homogène, composé soit d'architectes, soit de musiciens. Je ne doute pas qu'il n'arrive ainsi à des résultats d'une haute valeur, permettant, pour ces deux classes de personnes, des conclusions statistiques très solides.
On peut d'autant mieux augurer du succès de son entreprise que les études de ce genre rencontrent, dans la docte Allemagne, un intérêt général et une bonne volonté de la part des simples profanes, qui sont indispensables à leur réussite et font, malheureusement, grandement défaut chez nous.
^ G. Patrick, Number-forms, Popular Science Monthly, v. XLII, p. 504 (février 1893).
^ Ed. Gruber. Psychologùcher Fragehogen ïther Gehôrfarben, Géhorfiguren und GehôrhelUglceiten. Leipzig, Febriiar 1893.