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IV. Localisation des diagrammes

Je n'ai pas jusqu'ici rencontré de diagramme qui soit objectivé, c'est-à-dire extériorisé à l'état de perception hallucinatoire capable d'intercepter sur son parcours la vue des choses qui sont derrière. Mais les diagrammes sont très souvent localisés, c'est-à-dire extériorisés comme images mentales à une distance et dans une direction déterminées. Même lorsqu'ils restent confinés dans l'imagination, ils y possèdent une situation ou orientation fixe par rapport aux axes principaux du sujet.

Toutes les particularités individuelles de situation sont d'ailleurs inexpliquées. Pourquoi la droite qui schéniatis l'année, la semaine ou les nombres, est-elle verticale cli» celui-ci, horizontale chez celui-là, oblique plus ou moin inclinée ailleurs, et pourquoi, sur ces directions une foi adoptées, la série part-elle tantôt d'une extrémité tantôt d l'autre? D'où vient que dans les figures fermées la successioi. des termes peut avoir lieu dans les deux sens, et que son point de départ se promène, d'un individu à ses sendjlable>. sur toutes les régions de la circonférence? Rien de plu facile assurément que d'invoquer des analogies tirées de n* habitudes. Seulement ces causes générales ne rendei compte jusqu'ici d'aucun cas particulier, car tout le mon(! y étant soumis il reste à ex[)liquer pourquoi chacun fait ^n; choix à sa façon. Le caprice individuel (inconscient) ou, poui éviter cet aveu d'ignorance, l'association affective basée sur de faibles analogies émotionnelles qui peuvent notablement différer suivant les personnes, et l'association privilégiée en vertu de laquelle telle rencontre fortuite reste gravée de préférence à d'autres tout aussi fréquentes, — voilà au fond les explications dont il faut se contenter pour le moment. On ne peut pas même dire encore qu'il y ait une correspondance générale entre le sens d'un diagramme et le fait d'être droitier ou gaucher, d'autant moins que si certains sujets ont tous leurs diagrammes courant dans le même sens (fig. 1 1 , 16, 66), il n'en manque pas pour lesquels l'année est verticale tandis que la semaine est horizontale, ou se déroule eo sens contraire des nombres, et ainsi de suite (voy. p. ex. fig. 17, 18, 20). Cette variété individuelle qui éclate dans Torientation du diagramme simplement imaginé n'affecte pas moins sa localisation lorsqu'il est représenté hors du sujet. Tandis que les uns voient leurs schémes en face d'eux et tout prés, d'autres les lancent à de grandes distances, ou les

placent de côté ou à des niveaux très divers ; et quant aux formes qui se développent dans les trois dimensions de l'espace, leur trajectoire n'est soumise à aucune loi apparente.

Il y a bien certaines tendances qui se rencontrent plus communément que d'autres. Les schèmes rectilignes sont plus rarement obliques que verticaux ou horizontaux (frontaux), et dans ce dernier cas ils vont de préférence de gauche à droite comme notre écriture. Dans les figures fermées, celles de Tannée par exemple, les mois se suivent deux fois plus souvent dans le sens des aiguilles d'une montre ou sens direct, qu'en sens inverse, et le point de départ, le nouvel an, se place assez volontiers à l'un des pôles de la figure. La distance de localisation est généralement comprise entre les limites fixées par l'usage, soit, entre la distance à laquelle on tient un livre et celle où l'on regarde un tableau dans une exposition ou une affiche contre un mur. De même, l'habitude de se mettre en face des choses qu'on veut bien voir fait que la plupart des gens portent leurs diagrammes droit devant eux.

Mais à toutes ces régies les exceptions sont nombreuses. Même à la dernière. Si je n'ai pas trouvé de diagrammes situés entièrement derrière le dos du sujet, tant s'en faut qu'ils soient toujours en avant. — Par exemple M'"' M. R., 33 ans, qui a une semaine horizontale de gauche à droite, et une année descendant obliquement de son épaule gauche (janvier) sur le plancher à sa droite (décembre), a un diagramme numérique dont la première trentaine monte verticalement derrière son épaule droite, au-dessus de laquelle il se coude pour se porter en avant. — M. A. C, 34 ans, se représente l'année comme un grand cercle un peu incliné, au milieu duquel il se trouve ; les mois d'hiver, sombres et formant la partie inférieure du cercle, sont toujours devant

lui, tandis que ceux d'été, clairs, en occupent le sommet situé droit derrière lui, en sorte qu'il a l'impression d'êlre obligé de se retourner pour les voir. — Une petite lille de \\ ans a un diagramme annuel qui est tout entier hors de son champ visuel, étant placé directement au-dessus de sa tête, à une hauteur tr'lle qu'en levant le bras il s'en faut de 6à 8 centimètres qu'elle ne puisse le toucher (lig. 70 p. 172); si elle court ou saute en l'air, il suit ses mouvements et reste toujours de la même quantité au delà de son atteinte. Ce diagramme est une sorte d'ellipse verticale dans laquelle elle pourrait passer le haut du corps jusqu'à la ceinture ; il aune grande ouverture au nouvel an, et se divise en mois de longueurs inégales, où les jours ne sont pas distinctement marqués, sauf le 15 juin, jour de naissance du sujet. Ce curieux schéme, qui remonte à une époque indéterminée et n'a aucune explication, reflète peut-être le souvenir de quelque jeu ou d'un spectacle de cirque.

Les localisations dans les parties latérales ou inférieures du champ visuel sont plus fréquentes que celles derrière le sujet ou au-dessus de lui, et se rencontrent surtout chez les personnes qui ont plusieurs schèmes. Il est en effet rare qu'un individu mette tous ses diagrammes au même endroit , ils affectent volontiers des situations diverses, et parfois les uns seulement sont localisés, les autres restant dans l'imagination.— M. E. A., 35 ans, a 4 diagrammes conçus (fig. 73 p. 173), c'est-à-dire purement géométriques, sans lignes tracées ni signes graphiques. Les mois de l'année forment un escalier, placé à quelques mètres en face de lui et partant de janvier qui se .trouve tout en bas ; le passage d'un mois à l'autre, p. ex. du 28 février au \" mars, lui donne le sentiment de franchir un degré ; l'année suivante serait une nouvelle rampe séparée de la première par un palier. Tandis qu'il monte l'année «parce que la vie est une ascension, ^ il

descend la semaine de gauche à droite, les jours étant des lignes verticales de plus en plus courtes, sans savoir d'où provient cette dilférence de sens ; de plus, ce schéme hebdomadaire n'est pas situé hors de lui comme celui de Tannée, mais reste dans son imagination. Ces deux diagrammes remontent aussi haut que ses souvenirs et il n'en a aucune explication. Les deux suivants au contraire datent de l'âge de 17 à 1 8 ans, et sont attribués à l'influence des études : les années successives se déroulent dans l'espace, à grande distance, en spires égales; la série numérique fuit tout droit, horizontalement ou en montant un peu, sous la forme de deux droites, analogues à des rails de chemin de fer, dont Tune, figurant les nombres eux-mêmes, s'approche asymptotiquement de l'autre «qui représente l'infini ;» leur origine 0 est sous les pieds du sujet, tout en bas, à une profondeur infinie. L'avenir se trouve en avant, le passé est derrière son dos, ce qui l'oblige à se retourner en imagination lorsqu'il veut le visualiser comme tel, à moins qu'il ne s'agisse des souvenirs concrets, qui peuvent être rappelés et objectivés en face de lui.

Cette visualisation du passé ne réussit pas à tout le monde, comme on le voit dans l'observation suivante d'un naturaliste distingué, M. A. B. L., 43 ans (fig. 59, p. 167) : «Les mois et jours forment des séries imbî^iquées, ayant leur point de départ dans le moment actuel, et s'en allant selon une direction pas absolument constante, souvent courbe, toujours à gauche. Impossible de visualiser le temps passé, qui est derrière mon dos. Pour la série des nombres, de 1 à 1 0 les chifïres, c'est-à-dire leur position dans l'espace, montent comme un escalier dressé devant moi. De 10 à 12 il y a un palier, de sorte que 1 1 et 1 2 peuvent ou bien se trouver dans la même direction que les précédents, ou bien plus à gauche. En ce dernier cas, ils font partie de la 2™' rampe de

rescalicr. qui s'en va à gamhe jusqu'à 20. De 20 à 30, nouvelle rampe, à direction toujours à gauche, mais un peu moins que la précédente; de 30 à 100, la direction ne change plus, mais est toujours un peu à gauche ; de 1 00 à 200 les rapports sont à peu prés les mêmes que de 1 0 à 100. mais il n'y a point de palier pour 111-112. A partir de 130 environ, la visualisation devient très vague... Depuis que je me souviens, j'ai toujours visualisé ainsi, et je ne vois aucun changement '; je pense cependant que la visualisation de la position des nombres doit remonter seulement aux premières leçons d'arithmétique, et que le palier de 10 à 12 indi(|ue un arrêt ou une difficulté dans cette étude. »

Comme on trouvera d'autres spécimens variés de localisation dans les exemples rapportés au cours des paragraphes suivants, pour ne pas allonger outre mesure je ne citerai plus ici qu'un cas, déjà en ï)artie publié ailleurs', celui de M. H. Yowanowitch, étudiant en médecine qui, à un 1res beau type d'imagination visuelle, joint le grand mérite de bien savoir s'observer. Il n'a aucune trace d'audition colorée proprement dite, mais possède en revanche des diagrammes parliiitement définis, et localisés dans des régions différentes, pour la série des nombres, l'année et la semaine (fig. 71 p. 1 72). Son schéme numérique, formé de lignes parallèles verticales représentant les centaines, avec un replat entre 10 et 1 1 , occupe la moitié droite de l'espace en face de lui. Dans la moitié gauche flotte son diagramme de la semaine, ayant la forme d'un rectangle divisé en sept bandes horizontales (celle du lundi étant la plus rapprochée de lui), un peu comme une feuille de papier réglé qui reposerait à plat dans l'air à environ un mètre de distance en face de sa hanche gauche. Plus à gauche encore et à la hauteur de son visage se trouve

' Th. Flournoy. Tenqjs de réaction simple chez un sujet du type visuel, Arch. des 8c. phys. et nat. t. XXVIII p. 319. (Oct. 1892.)

le schème annuel, un ruban jaune foncé formant une ellipse très peu excentrique, dans un plan vertical légèrement incliné, la partie supérieure (janvier-décembre) étant un peu plus éloignée que le pôle opposé.

Toutes les fois que M. Y. pense à une date de l'année, à un jour passé ou prochain de la semaine présente, à un nombre, il l'aperçoit à sa place déterminée sur le schéme correspondant, et la netteté de ces images mentales est telle qu'il les contemple comme avec ses yeux au point de ne pouvoir fixer en même temps un objet extérieur. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de lui faire écrire rapidement des séries de chifii'res qu'il inventait au hasard; or ces chiffres ne coulent pas tout seuls de sa plume, ni ne sont précédés en lui de leur image auditive, motrice, ou visuelle graphique, mais il est obligé, pour les écrire, de les choisir sur son diagramme numérique comme sur un tableau placé en face de lui. Pour cela, il ne fixe pas directement la page où se meut sa plumtî, mais il regarde à côté, au delà et au-dessus, dans la direction du schème intérieur, objet central de son attention, et ne suit ce qu'il écrit qu'à la vision indirecte, comme un copiste pressé qui laisse sa main aller toute seule et ne perd pas de vue son modèle. C'est probablement à cette absorption de sa pensée par les images visuelles qu'est dû, comme je l'ai exposé, le fait que M. Y. contredit la loi de Lange dans les expériences de réaction, et réagit plus vite avec l'attention sensorielle qu'avec l'attention au mouvement.

M. Y. a, pour les siècles, un schème qui est simplement la première ligne de son diagramme numérique, avec substitution de chifïres romains aux chiffres arabes (ayant p. ex. entendu un professeur parler du 30"'^ siècle prochain, il s'est aussitôt représenté le nombre XXX sur son diagramme comme dans la fig. 71), et prolongation au-dessous de 1 pour l'antiquité, dont les siècles sont toutefois moins nets

que ceux de notre ère. Lorsqu'il s'agit non d'un siècle en gén<'*raU mais d'un millésime, M. Y. voit les dates écrites (1389), et le diagramme n'apparaît pas. De même pour les nombres supérieurs à (juelques milliers ; ils surgissent en chiffres, sans le schéme numérique qui ne va que jusque vers 2 ou 3000 ; encore, pour ces valeurs élevées, les lignes parallèles ne sont-elles point distinctes, mais réunies en paquets confus correspondant aux mille, les centaines seules faisant saillir nettement un morceau de diagramme. Au-dessous de mille, les nombresse localisent avec précision ; p. ex. ridée du nombre 520 éveille six parallèles, dont le regard intérieur de M. Y. franchit d'un bond les cinq premières pour s'arrêter à la cote 20 de la sixième. L'ellipse annuelle sert à la représentation de toutes les époques, fêtes, durées ; c'est sur elle que M. Y. mesure p. ex. l'intervalle qui le sépare encore des vacances. Toutefois, lorsqu'il s'agit de dates peu éloignées du moment actuel, c'est sur le diagramme des nombres qu'elles apparaissent ; si, le 20 juin, on lui parle du 25 juillet prochain, il place respectivement ces chiffres sur les deux premières parallèles de son schéme numérique. Le diagramme hebdomadaire sert à son tour à représenter non seulement le jour actuel et ses voisins, mais encore les subdivisions de la période diurne ; la bande de chaque jour figure successivement, à partir de son extrémité gauche, la matinée, midi, l'après-midi, \e soir et la nuit; la prévision des événements attendus se fait sur ce tableau, qui permet ainsi à M. Y. d'embrasser d'un coup d'oeil ses leçons et occupations de toute la semaine. C'est du reste au souvenir d'un horaire d'école que M. Y. attribue l'origine de son schéme hebdomadaire, tandis que ceux de l'année et des nombres remontent à une époque indéterminée encore plus ancienne et n'ont pas d'explication connue.

Il n'est pas hors de propos de parler ici d'une autre ob-

servation de M. Yowanowitch, laquelle, bien que ne concernant pas les diagrammes proprement dits, touche néanmoins de prés à la faculté de spatialisation, et relève plus particulièrement de ce qu'on peut appeler le sentiment de l'orientation. Je veux parler de la croyance qui s'impose à M. Y. que, lorsqu'il évoque le souvenir d'une localité connue où il ne se trouve pas maintenant, il l'imagine telle qu'elle est, avec son orientation exacte (abstraction faite du déplacement parallèle qu'il faudrait lui faire subir pour l'amener dans le lieu présent).

Je m'explique. — M. Yowanowitch étant p. ex. au laboratoire, songe tout d'un coup à la rue principale de sa ville natale; aussitôt elle lui apparaît mentalement dans une certaine position relativement à lui et aux murs du laboratoire; ceci n'a rien de particulier, mais, en outre de cette vision intérieure qui nous arrive à tous, il a l'impression très vive que c'est bien de cette façon-là que cette rue est orientée en réalité, sur le globe, relativement au laboratoire ; en sorte que s'il tourne sur ses talons pour regarder une autre paroi, la rue qu'il se représente ne participe point à cette rotation, mais reste fixe par rapport aux murs, et c'est lui qui se trouve avoir tourné, par rapport à elle en même temps qu'aux objets environnants, et qui la contemple maintenant d'un autre point de vue; si tout à l'heure il se la représentait en enfilade depuis une extrémité, et qu'il ait fait un demi-tour sur lui-même, il la voit encore en enfilade mais depuis l'autre bout. M. Y. s'est convaincu, par un contrôle raisonné, que ces représentations automatiques n'ont aucune vérité objective nécessaire, et que quand une rue de Genève ou d'ailleurs surgit dans sa vision intérieure comme ayant telle direction relativement à la salle où il se trouve, c'est généralement faux ; mais cette rectification réfléchie ne supprime pas l'impression immédiate d'exactitude réelle qui accompagne son image mentale.

Beaucoup de personnes ont sans doute éprouvé des sensations analogues. A qui n'est-il pas arrivé de se réveiller, j dans robscnrilé de la nuit, avec le curieux sentiment que h ^ ihauibre s'est en quelque sorte retournée; on se rappelle, on sait periiiii'iiimtiii, (ju'on est dans un lit adossé à droite rontre la paroi, et malgré cela, on sent qu'on a la paroi à gauche et le vide à droite, et l'on est confondu de la téna- «'ité de celte illusion, qui peut résister pendant bien des se- .nii.|."> .111 raisonneiiKMii, à moins qu'étendant les bras la rencontre du mur là où il est ne la fasse évanouir tout d'un coup et ne remette brusquement les images mentales à droit fil. Il est à présumer que ce renversement de l'orientation au sortir du sommeil est du ;i la prolongation de quelque rêve (»ù \\)i] se croyait dans une autre chambre, et appartienl ;ii[i<i à la catégorie des hRWudndiiiom hypnopompiques\ qui accompagnent les premiers instants du réveil et font pendant aux hallucinations hypnagogiques, quoique beaucoup moiii> ( nmmunes que ces dernières. Les retournements et pertes d'orientation se produisent aussi à l'état de veille, soit spontanément, p. ex. chez les chasseurs indiens subitement troublés dans leur mystérieux sens de direction, soit peut-être expérimentalement'. Des phénomènes différents, III li- ;i|«|i iiviitrs, se trouvent dans les nombreuses illusions de moiiM'inciil passif qui sont la contribution descheminsde fera la psychologie courante, telle que l'impression de partir soi-mtMne lorsque c'est un train voisin qui se déplace ou M On en fient également rapprocher les sensations

de roulis, « d'aller en bateau, » éprouvées à plat de lit par

^ Ce terme, qui mérite d'être adopté pour désigner cette classe de phénomènes, a été proposé par M. Myers, Proc. of the Soc. for Psych. Research, vol. VII p. 814.

* Voir p. ex. un cas de renversement de l'orientation par suggestion mentale, dans les Annales des Sciences Psychiques du D»" Dariex, t. II p. 320. (Nov.-I)éc. 1.^92.)

:ertains étudiants à la suite de surmenage stomacal. Tous ces faits, et bien d'autres, constituent les espèces variées d'un même genre, auquel convient l'étiquette vague d'hallucinations du sens de l'espace qui ne préjuge rien sur leurs conditions physiologiques. C'est dans ce genre que rentrent aussi les impressions de direction de M. Y., car il est à noter que chez lui le caractère hallucinatoire ne porte point sur les éléments visuels des localités qu'il se représente ; bien que très nettes, leurs couleurs et leurs formes restent à l'état d'images mentales; c'est seulement leur orientation dans l'espace, comparée à celle de l'endroit où il se trouve maintenant, qui lui paraît réelle, imposée, affectée du coefficient de vérité objective.

Ce sens de l'espace peut intervenir dans les diagrammes proprement dits, sous la forme de sensations imaginaires de mouvements de rotation ou de translation. Il ne s'agit pas là des déplacements que le sujet attribue, non à sa propre personne, mais aux schémes eux-mêmes; il y a p. ex. des gens qui conçoivent l'année « comme une roue qui tourne ; » de même, chez M. L. C, le cercle annuel change graduellement de position de façon à lui présenter toujours l'époque actuelle : « les mois se présentent à moi sous la forme d'un grand cercle placé obliquement devant moi, le l^"" janvier en haut, le I" juillet en bas; le cercle s'incline obliquement, me présentant la partie de l'année où nous sommes; j'indique dans le dessin ci-joint (fig. 9, p. 1 57) le cercle tel qu'il est pour moi en octobre, la partie renforcée est le plus près de moi, avril le plus loin ; ceci est très net devant moi. » « L'année, dit aussi M"^ H. K. 25 ans, me fait l'effet d'une barre inclinée divisée en douze parties ; à mesure que l'année s'écoule, il me semble que la barre se retire à gauche et la nouvelle apparaît vers la droite. »

Dans les cas que je viens de citer, c'est la vision mentale

4hi diagramme qui se modifie selon Itis circonstances, sans <|ue le sujet éprouve lui-môme des sensations de mouvement. Mais il y a des personnes qui se sentent emportées dans ou avec l'année. Une femme de 54 ans, M. C, domestique, qui n'a pas de photismes mais des traces de personnifications et un schéme annuel, a le sentiment (ju'elle mardi»' dans le temps en regardant la saison qui vient; l'année tourne comme une roue qui rencontre les saisons (v. fig. 78, p. 175), et elle tourne avec; elle ne peut assigner d'origine à celte impression très ancienne, elle a toujours senti qu'elle marchait eu rond. Ce cas indique l'existence de diagrammes dont la représentation et la localisation ne sont pas affaire exclusivement visuelle, mais renferment de vraies sensations <ie mouvement dans l'espace.

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