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ÉCHÉANCE^ OÙ LA MORT EST DUE A DES CAUSES ACCIDENTELLES

Dans tout travail de classification, la subdivision en catégories ne peut revêtir qu’une valeur relative, les faits ne relevant presque jamais d’éléments assez simples ou harmoniques pour se conformer d’une manière complète à une seule subdivision. II. ne reste donc d autre parti à prendre, que de les classifier en se basant sur l’élément cardinal qu’ils renferment, et en négligeant les éléments auxiliaires et complémentaires.

Ce critère nous amènera donc, dans ce sousgroupe et dans le suivant, à recueillir les faits où l’élément cardinal est représenté par l’accidentalité — par conséquent l'imprévisibilité — des morts préannoncées.

Je fais observer que bon nombre des cas déjà rapportés contenaient des éléments de nature accidentelle et imprévisible ; mais ils consistaient en incidents complémentaires groupés autour d’un événement cardinal d’ordre différent, et ne pouvaient par conséquent être compris dans le sous-groupe présent. Cela n’empêche pas que les éléments imprévisibles contenus dans

les cas en (juestion leur confèrent une valeur théorique identique. Et c’est une valeur très importante, puisque rarement ces mêmes éléments se montrent explicables par des hypothèses psychologiques, ou peuvent être réduits à des exemples d’inférences subconscientes ou de coïncidences fortuites. Au contraire, les hypothèses spiritualiste, fataliste, réincarnationniste, dominent le terrain.

LVIII e Cas. — Je l’extrais des Annales des Sciences Psychiques (1897, p. 124), qui le tirent à leur tour de l’autobiographie du baron Lazare Hellembach. Celui-ci écrit :

J’avais l’intention de demander la collaboration du Directeur de la section de chimie de l’établissement géologique de Vienne, M. Hauer, conseiller de mines, au sujet de quelques recherches que j’avais faites sur les cristaux, ou plutôt sur la cristallisation. Je lui en avais parlé incidemment, le laboratoire étant près de chez moi et Hauer étant connu dans le monde scientifique on peut dire de l’Europe entière — comme spécialiste sur ce sujet. J’avais toujours remis ma visite, mais enfin je me décidai à la faire le lendemain matin. Cette nuit-là même, j’ai rêvé que je voyais un homme pâle et défaillant, soutenu sous les bras par deux hommes. Je ne tins aucun compte de ce rêve et je me rendis à l’établissement géologique ; mais comme le laboratoire se trouvait dans un autre endroit de la maison les années précédentes, je me suis trompé de porte, et trouvant la vraie porte barrée j’ai vu en regardant par une fenêtre à ma portée

l’image exacte de mon rêve. On soutenait Hauer qui venait de s’empoisonner avec du cyanure de potassium, et on le transportait dans le vestibule tout à fait comme je l’avais rêvé. »

Le baron Hellembach ajoute ici les observa* tiens suivantes :

Comment, moi qui n’ai jamais eu un reve ou seulement un pressentiment juste, dont la santé est normale et l’impassibilité légendaire parmi mes amis, me suis-je laissé surprendre par un rêve ? Je ne puis l’expliquer que de la manière suivante : si j’étais venu quelques minutes avant, j’aurais pu empêcher sûrement le fait de s’accomplir quant au présent, et, qui sait ? peut-être pour 1 avenir, le suicide étant causé par des soucis de famille et de fortune, et ma proposition aurait pu donner à Hauer un nouveau sujet de travail et probablement aussi quelque soulagement matériel. Cette circonstance m’émotionna profondément ; je le fus d’autant plus à mesure que je compris toute la perte que j’avais faite, au point de vue de mes idées et de mes projets, et en pensant que mes essais étaient à jamais perdus, ou au moins pour ma vie.

Il est bien naturel que cette mort entraînant mes projets m’ait beaucoup impressionné ; et c’est peutêtre pour cette raison qu’à mon réveil, ma conscience a gardé comme un reste de la clairvoyance ou de l’omniscience inconsciente qu’on rencontre dans toutes les personnes très impressionnables.

Dans ce cas, la mort du Professeur Hauer, bien que non naturelle (donc accidentelle), ne pourrait être considérée comme imprévisible,

le suicidé ayant très probablement prémédité son acte de désespoir dans la nuit qui le précéda, provoquant ainsi par télépathie le rêve du baron Hellembach. Mais ceci n’expliquerait pas l’élément cardinal du songe, la visualisation d’un « homme au visage livide, agonisant, soutenu aux aisselles par deux autres hommes ; circonstance non télépathisable, puisqu’imprévisible.

LIX e Cas. — Du chapitre que Camille FIammarion consacrait aux phénomènes prémonitoires dans son ouvrage : U Inconnu, j’extrais les deux cas suivants (pp. 522-523). Le relateur du premier, M. Emile Boisnard, écrit :

L’année dernière, au mois de septembre, j’eus, pendant une nuit, la vision très distincte d’un enterrement d’enfant sortant d’une maison dont je connais les habitants ; seulement j’ignorais dans mon rêve celui des enfants qui était mort.

Ce rêve me revint à la mémoire toute la journée et j’essayai en vain de le chasser de mon esprit. Le soir, un des enfants de cette maison, âgé de quatre ans, tomba accidentellement dans une douve et s’y noya. — (Emile Boismard ; à Seiches (Maine-et-Loire).

LX e Cas. — Voici le second épisode tiré de l’ouvrage cité (pp. 522-523).

Mon frère ainé, Emile Zipelius, artiste peintre, mourut le 16 septembre 1865, à l’âge de vingt-cinq ans, en se baignant dans la Moselle. Il habitait

Paris, mais se trouvait à ce moment-là en visite chez ses parents à Pompey, près Nancy. Ma mère avait rêvé deux fois, à des intervalles assez éloignés, que son fds se noyait.

Lorsque la personne chargée d’annoncer la terrible nouvelle à mes parents se présenta chez eux, ma mère devinant qu’il était arrivé un malheur, s’informa d’abord d’une de ses fdles absentes dont elle n’avait pas eu de nouvelles depuis quelques jours. Lorqu’on lui répondit qu’il ne s’agissait pas d’elle, elle dit : « Ne continuez pas, je sais ce que c’est : mon fds s’est noyé. » Nous avions eu une lettre de lui dans la journée, de sorte que rien ne faisait prévoir cette catastrophe.

Mon frère lui-même avait dit à sa concierge peu de temps auparavant : « Si je ne rentre pas un soir, allez à la Morgue le lendemain ; j’ai le pressentiment que je mourrai dans l’eau. J’ai rêvé que j’étais au fond de l’eau, mort et les yeux ouverts »

C’est en effet ainsi qu’on l’a trouvé ; il 4 était mort sur l’eau de la rupture d’un anévrisme. Ma mère et mon frère étaient si persuadés que cela arriverait, que le jour de sa mort, il avait refusé de se baigner dans la Moselle. Mais, vers le soir, il se laissa séduire par la fraîcheur de l’eau, et fut enlevé ainsi à notre affection. ( J. Vogelsang-Zipelius, à Mulhouse).

LXI e Cas. — Lord Bute le communiqua à la Society /. P. R. } et la relation en fut rédigée par sœur Catherine, de l’asile enfantin de « Treforest », à Pontypridd.

Le dimanche 14 août 1898, tandis que je conduisais les enfants à Rocking Stone pour une promenade,

je vis venir vers moi la vieille Madame Thomas (qui habite une maisonnette du D r Price, sur la route communale), et celle-ci me demanda si quelque enfant de l’asile était’mort dans la semaine. Je répondis que non, et lui demandai à mon tour pourquoi elle me posait cette question. — « Parce que ditelle — j’ a i vu l’enterrement d’un enfant qui descen dait la colline, venant de l’asile ; non point cependant le long de la route que vous suivez avec les enfants, mais sur le versant gauche, et je crus qu’il s’agissait d’un enfant de l’asile, parce que c’étaient des & enfants de l’asile qui portaient le cercueil et l’accompagnaient ».

Je m’informai pour savoir si quelqu’un parmi les habitants de l’avenue de la Tour, située au-dessous de l’asile, avait perdu un enfant, et j’appris que personne n’était mort, et qu’aucun enterrement n’avait passé par là.Ce qui n’était pas arrivé alors se produisit le mercredi de la semaine suivante, où une enfant de trois ans, fille d’un voisin habitant l’avenue de la Tour, mourait en se noyant. La mère de la pauvre petite alla trouver sœur Illtyd, lui demandant de permettre que nos enfants accompagnassent le petit corps au cimetière, car, à cause de la grève, et à défaut des vêtements nécessaires, elle ne trouvait personne qui voulût assumer la triste tâche. Sœur Illtyd y consentit exceptionnellement, car le règlement défendait aux enfants de l’asile d’assister à un enterrement qui ne fût pas d’un des leurs. De sorte que l’enterrement descendit la colline du versant de gauche, juste comme M me Thomas l’avait vu deux semaines auparavant. L’habitation de cette dernière se trouve en face de ce versant de la vallée.

Dès que sœur Illtyd eut accordé aux enfants de

transporter la fillette au cimetière, je lui rapportai ce qu’avait vu M me Thomas. ( Journal of the S . P. R VoJ. IX, p. 80).

Si, clans ce cas, la vision véridique s’était produite en rêve, le phénomène prémonitoire aurait pu être rabaissé jusqu’à un certain point au niveau d’une « coïncidence fortuite » ; mais comme il s’agit de vision véridique en conditions de veille, ce qui suppose un élément supernormal dans l’origine du phénomène, et l’élément supernormal impliquant l’existence d’une intentionnalité quelconque (ou subconsciente ou extrinsèque, peu importe) on voit s’établir des rapports indissolubles entre le précédent du fait et le fait lui-même, et par là l’hypothèse des « coïncidences fortuites » devient inacceptable.

Ajoutons à cela qu’une autre circonstance véridique, celle du parcours insolite du cortège funèbre le long du versant gauche de la colline, achève d’écarter l’hypothèse discutée.

J observe que les visions de funérailles prémonitoires en conditions de veille sont assez fréquentes ; et, le fait étant intéressant, je crois utile d’en citer deux autres exemples.

LXII e Cas. — Le Rév. P. A. Wood, recteur de Newent, Gloucestershire, membre de la 5ociety f. R. P., le recueillit. — La relatrice, Miss H., . ne désire pas que son nom soit publié :

Ma mère et moi nous nous promenions un jour en voiture sur une route de Somersetshire en compagnie

d’une vieille dame de quatre-vingt ans. Tout a coup celle-ci s’adressa au cocher en lui demandant de quitter la route et d’arrêter la voiture ; ce qui fut execute, à notre grand étonnement, parce que nous ne devinions pas le motif de cet ordre. Quelque temps apres elle dit au cocher : « Maintenant, vous pouvez aller » ; puis, se retournant vers ma mère, elle ajouta : « Tar un sentiment de respect, je fais toujours arrêter quand passe un enterrement. » — La route etai longue et droite, et se montrait absolument libre, meme de piétons ; nous plaisantâmes donc de la chose, faisant observer à la vieille dame qu elle avait été victime d’une curieuse illusion. Elle répondit : « En effet, la chose est très étrange, j’ai bien vu un cortège funèbre ; qui sait ce qu’aura pense de moi le

cocher ?» . • • '

Le jour suivant, un de ses vieux amis, son voisin, qui avait l’habitude de venir lui faire chaque jour quelques heures de lecture, mourut subitement ». (. Proceedings of the S. P. R ., Vol. V, p. 303).

LXIII e Cas. — Le D r Alastair Mac-gregor rapporte l’épisode suivant, trouvé dans le journal particulier de son propre père, ministre évangélique dans 1 île de Skye.

L’employé communal de Dull, petit village du Pertshire, était souffrant; et mon grand’père ministre évangélique de l’endroit, l’avait remplace. Par une belle soirée d’été, vers 7 heures, un jeune couple se présenta pour demander les papiers necessaires à leur mariage. Tandis que mon grand-pere se disposait à les chercher, tous les trois virent tout-acoup par la croisée apparaître un cortege funebre.

Des habits qu’endossaient ceux qui composaient le cortège, on pouvait voir qu’ils étaient en grande partie des paysans, et la jeune fille en reconnut plusieurs, natifs de Dull, mais occupés en ce moment à Dunkeld. Naturellement, mon grand’père et les jeunes gens s’étonnèrent de l’heure intempestive à laquelle arrivait le cortège ; et mon grand-père ne comprenait pas qu’on ne l’eût pas prévenu. Il consigna les papiers, et courut à la recherche de la clef qui ouvrait la grille du cimetière, pour ne pas faire attendre le cortège. Il monta au presbytère à la hâte, s’acheminant vers la grille, où il s’attendait à trouver le cortège arrêté, mais, en y arrivant, il ne trouva rien , en dehors des jeunes fiancés, qui, plus stupéfaits encore que lui, ne pouvaient pas s’expliquer le fait.

Or, la semaine suivante, au même jour et à la même heure, survint à l’improviste le même enterrement, et cette fois en réalité.Le défunt était un enfant de Dull, qu’un taureau furieux avait assailli à Dunkeld, le réduisant littéralement en morceaux. Les malheureux restes furent recueillis, déposés dans un cercueil, et transportés sans délai au cimetière de Dull. Le pauvre enfant n’avait pas de parents, et fut enterré sans autre cérémonie. La jeune couple et mon grand-père reconnurent parmi les membres du cortège, certains de ceux qu’ils avaient vus une semaine auparavant dans le cortège fantomatique. La jeune femme en connaissait personnellement quelques-uns, auxquels elle rapporta ce qu’elle avait vu ; mais, comme il est naturel, ceux-ci se trouvaient alors à Dunkeld, et ne surent rien dire qui pût éclaircir le fait ». (Cité par Andrew Lang dans l’ouvrage : The making of Religion, p. 79).

LYIX e Cas. — La Norwalk Gazette le publia d’abord le 10 juin 1873 ; il fut ensuite étudié et authentiqué par M. Epes Sargent, qui le reproduisait dans son ouvrage : The Scientific hasis of Spiritualism (pp. 240-241).

Le 7 juin 1873, dans le port de Norwalk (Connecticut) une petite embarcation portant neuf jeunes collégiens de l’Institut Selleck, accompagnés de leur maître Farnham, était heurtée par le timon d’un bateau à vapeur, et chavirait. Trois d’entre les jeuites^ gens — Eddie Morris, Willie Crâne et Charley Bostwick — se noyèrent.

Le jour précédent, un rêve étrange s’était produit ; et malgré que les protagonistes craignent d’être pri& pour des superstitieux, le cas me parut si singulier,, que je me décidai à en recueillir les détails auprès d’eux-mêmes.

Vendredi dernier (veille de la catastrophe) le D r Hays, maître suppléant et médecin distingué, dit à un de ses collègues : « J’ai rêvé deux nuits de suite que trois de nos enfants s’étaient noyés. Je sais qu’il est ridicule de parler sérieusement d’un rêve, mais c’est devenu pour moi presque une obsession, et je ne puis m’empêcher de vous exhorter à surveille* attentivement les enfants quand vous les conduirez en bateau ».

Le samedi matin, il observa à M. Farnham, qui devait les accompagner à l’île de Peach : « Farnham, attention aux enfants ; je ne puis me délivrer du pressentiment dont je vous ai parlé ». — Lorsqu’enfin, le samedi soir, il vit arriver avec des vêtements complètement trempés Charley White — qui fut le premier enfant rentré au collège — il s’écria : « La

catastrophe a-t-elle été grave ? Combien de noyés ? » Et il s’évanouit dans les bras de White ».

(Le Directeur de la Norwalk Gazette, M. A. H. Byington, écrit pour confirmerde récit ci-dessus).

LXV e Cas. — M. Henri Carreras communique le fait suivant à la Revue Scientifique et fMorale du Spiritisme (1908, p. 274) :

M me Caroline Mastropietro, âgée de 34 ans, femme du typographe Théophile De Carolis, était occupée le matin du 9 octobre courant, à préparer le café pour son mari, lorsque par un maudit hasard, elle approcha une allumette de la bouteille contenant l’alcool. Celui-ci s’enflamma en faisant éclater la bouteille, de façon que la malheureuse Caroline fut entourée par les flammes.

Les voisins accoururent à ses appels désespérés, essayèrent tout ce qui était possible pour la sauver, mais la pauvre femme avait subi de telles brûlures que cinq heures après elle mourut à l’hôpital du Saint- Esprit.

A peine était-elle morte, que sa mère arriva à l’hôpital. Cette pauvre vieille est une campagnarde qui habite Castel di Guido, une ferme à plusieurs kilomètres de Rome, perdue dans l’immense plaine déserte qui environne la ville.

Depuis quelques jours la vieille mère était obsédée, sans aucune raison plausible, par le pressentiment de quelque malheur qui devait arriver à sa Caroline bien-aimée. Elle faisait des songes effrayants, où elle entendait des plaintes et les cris de sa propre fdle, qui appelait désespérément au secours.

Dans la dernière nuit, peu d’heures avant la catastrophe, les songes avaient été si terrifiants, l’angoisse si aiguë, qu’elle s’était décidée à partir pour aller trouver sa fille : mais hélas î il était trop tard.

La pauvre vieille, accablée par l’horrible malheur, se reprochait de ne pas être partie le jour précédent.

— Si j’étais venue, cela ne serait pas arrivé ! —• s’écriait la malheureuse. — Eh bien ! non, pauvre vieille mère. Je pense, au contraire, que ton arrivée^ n’aurait rien changé au destin, qui t’avait déjà signalé dans Y astral la fin de ta bonne et chère fille. Nous sommes, hélas ! des brins de paille que le vent emporte de ci de là, comme la feuille morte, mais qui toutefois peut-être exécutons tous ces mouvement, apparemment libres et sans but, selon un plan obscur et tout puissant, contre lequel la lutte est inutile ! — Je crois au Destin I » (Signé : Enrico Carreras, Rome).

LXVI e Cas. — Recueilli par le D r Hodgson ; le relateur est Mr. Krebs, de la Society f. P. R., et l’épisode est rigoureusement authentiqué. Le rêve prémonitoire fut communiqué à la mère et à la grand’mère de l’enfant à laquelle il se rapportait, le matin même où il eut lieu, et se réalisa environ douze jours après. M. Krebs rapporte ce qui suit :

24 novembre 1902. — M. Charles Nolte, demeurant à Baltimore, Bank Street, n° 1503, âgé de 25 ans, mécanicien dans la fabrique « Thiemeyer and C. », eut dans les premiers jours de novembre un rêve très marqué et très douloureux. Il lui semblait retourner chez lui après son travail, vers 5 h. 1/2 de

l’après-midi, et voir la petite Hélène, fille de sœur, enfant très vive, traverser la rue pour se rendre chez sa grand-mère, qui habitait en face. En même temps, il voyait avec horreur s’approcher rapidement un tramway électrique, dont l’enfant paraissait n’avoir pas conscience. Dans son rêve, il aurait voulu la sauver du péril, mais il se sentait paralysé à sa place, et se mit à crier pour l’avertir, mais inutilement ; et il assistait impuissant à cette scène horrible, que, pour pouvoir conjurer il aurait volontiers risqué sa vie. L’angoisse fut telle, qu’il s’éveilla en sursaut, en poussant un grand soupir de soulagement.

Le matin même, il raconta le rêve à sa mère ; celle-ci en fut à tel point impressionnée, qu’elle se rendit immédiatement chez sa fille, M me John Liebig, pour le lui raconter, et l’exhorter à redoubler sa surveillance sur l’enfant, afin qu’aucun mal ne lui arrivât.

Dans l’après-midi du mardi, 13 novembre, vers 5 h. 30 de Vaprès-midi, la petite Hélène eut la fantaisie de traverser la rue, probablement pour aller trouver sa grand-mère, et elle fut renversée et tuée par un tramway électrique. Une femme qui passait par là entendit l’enfant crier : « Grand’mère ! Grand’mère ! », et la vit renversée .(Journal of the S. P. R , vol. XIII, pp. 142-143).

(Suivent les témoignages de : M. Chas Nolte, Mrs. Dîna Nolte, Mrs. J. Liebig).

LXVII e Cas. — Je le tire du travail de Mrs.

Sidgwick : On the évidences for Prémonitions (Proceedings of the S. P. R. y Vol. V. p. 311) ; c’est un cas d’ordre médiumnique. Mrs. Sidgwick écrit :

La dame qui m’a communiqué l’épisode désire que son nom soit gardé secret. Elle dit que lorsqu’elle se trouvait en Amérique, une de ses amies « Spirites » la conduisit à une séance médiumnique, à propos de laquelle elle me donne ces détails :

« Bien que je fusse arrivée à Boston la veille, 1’ « esprit-guide » du médium déclara immédiatement que j’étais arrivée à travers l’océan; et non seulement elle évoqua une grande partie de mon passé, mais elle s’étendit en révélations sur mon avenir. A un moment donné, elle affirma que je portais sur moi une photographie représentant ma famille entière en groupe. L’affirmation était exacte, et je sortis la photographie pour la montrer au médium (en trance) r qui m’observa que deux de mes enfants n’étaient plus de ce monde, et, m’indiquant dans le groupe un troisième fds, dit : « Celui-ci aussi sera bientôt des nôtres, et sa mort sera brusque ; mais vous ne devez pas pleurer, parce que cette mort prématurée le sauvera du mal qui l’attendrait autrement. Il n’est presque jamais permis de confier de tels secrets aux vivants, mais cette fois nous voyons que nous devons le faire pour votre avantage, parce que cela vous convaincra que vous n’avez pas perdu votre fils par pur accident ».

« Et ce qui avait été prédit arriva. Je me trouvais de retour chez moi depuis quelques semaines, lorsqu’on me participa un matin l’horrible nouvelle que mon fils, âgé de 17 ans, avait été tué au cours d’une partie de football ! »

Ce fait comporte les mêmes commentaires que le cas de William Stead (XLIX), c’est-à-dire que la signification des phrases : « votre fils sera bien-

tôt des nôtres ; sa mort sera brusque... et vous devrez vous convaincre que ce n est pas par pur accident que vous l’avez perdu » démontrent d’une manière évidente que la personnalité médiumnique était non seulement informée de sa fin imminente, mais aussi du genre de mort qui l’attendait. De là ce raisonnement que si la mémo personnalité en avait prévenu la mère, celle-ci aurait pu sauver la vie de son fils en l’empêchant de se rendre à la partie de football fatale. Dans le cas de Stead, nous demandions : « Pourquoi l’esprit-guide » ne l’a-t-il pas fait ? Pourquoi, le pouvant, ne voulut-il pas dire une parole pour sauver de la mort une personne ?» — -La réponse que nous donnâmes à cette formidable question est conforme à ce que révèle spontanément la personnalité médiumnique en ce dernier épisode.

Trois hypothèses seules pourraient servir à l’éclaircissement du cas : la « Spiritualiste », la « Réincarnationniste», la « fataliste ». Ceux qui pensent différemment, par suite de leur propension à tout attribuer aux facultés d'inférences subconscientes , auront à expliquer dans quel but les personnalités subconscientes s’abstiennent en des circonstances semblables de révéler tout ce qu’elles savent. Qui les empêche de sauver une personne de la mort ? — L’existence de cette forme de réticences dans les phénomènes prémonitoires (et elles y sont très fréquentes) équivaut à la démonstration incontestable de l’existence d'un monde spirituel.

On ne peut objecter davantage que, bien qu’il apparaisse clairement, dans les cas indiqués, que les personnalités médiumniques connaissaient la nature des morts préannoncées, cette dernière affirmation est illicite en 1 absence de déclarations détaillées à ce sujet. Cette objection ne peut se soutenir qu’à condition d’analyser les faits singulièrement ; car, collectivement, ils fournissent la preuve du contraire sous la forme d’une question à résoudre : c’est qu’en de semblables contingences, les personnalités médiumniques se comportent constamment de la manière indiquée, sauf des circonstances spéciales ; c’est-à-dire qu’elles s’abstiennent de révéler les seuls détails dont l’intéressé pourrait profiter pour éluder la destinée qui l’attend ; et, si on leur adresse d’explicites demandes d’éclaircissement, elles ne répondent pas, ou le font évasivement, ou s’expriment symboliquement, de façon à ne rien laisser transparaître de la véritable signification de leurs paroles jusqu’à l’accomplissement de l’événement. Impossible de désirer une meilleure preuve pour démontrer que les personnalités médiumniques sont pour la plupart à connaissance des événements qu’elles cachent aux sensitifs.

Il s’ensuit que la question à résoudre consiste dans le fait que les personnalités médiumniques ne veulent pas révéler certains détails ; et s’il en est ainsi, avec quelle logique pourrait-on objecter qu’elles ne les révèlent pas ? Il est évident qu’exi-

ger des déclarations plus explicites de la matière T correspondrait à prétendre qu’elles révèlent ce qu’elles ne veulent pas révéler.

Si l’on voulait alléguer — pour renforcer la thèse que les personnalités médiumniques ne cachent rien pour la simple raison qu’elles ne connaissent rien au-delà de ce qu elles révèlent le fait que les réticences rencontrées dans les cas à extrinsécation médiumnique, correspondent aux défauts des cas à extrinsécation subconsciente (où le sensitif perçoit ou récepte les détails secondaires d’un événement futur, et n’en perçoit ou récepte pas les essentiels), on n’arriverait qu’à déplacer le problème sans le résoudre, car ceci ne fait que découvrir d une façon évidente l’existence d’une intentionnalité sélectionnatrice des détails transmis, dans de nombreux épisodes à extrinsécation subconsciente, comme dans le premier genre de phénomènes ; car si les prémonitions tiraient exclusivement leur origine à’inférences subconscientes, on ne comprendrait pas comment la subconscience parvienne à inférer de causes existantes dans le présent les détails insignifiants et imprévisibles d’une situation future, et n’en infère pas l’incident fondamental, déterminateur de la situation.

Une fois admis qu’une partie des phénomènes prémonitoires obéit à une intentionnalité qui en discipline la manifestation, nous sommes logiquement amenés à conclure que cette intention-

nalité doit avoir une origine extrinsèque, ou, du moins, implique l’existence d’entités spirituelles qui disciplinent les pouvoirs des subconsciences humaines, car, pour une subconscience autonome , aucune raison ne pourrait l’empêcher de transmettre des détails qui, révélés à temps, arracheraient souvent à la mort la propre personnalité consciente , c’est-à-dire elle-même !

La valeur théorique des considérations cidessus suffit à exclure d’elle-même, et sans appel, Fhypothèse des inférences subconscientes du nombre de celles appplicables aux prémonitions d’ordre accidentel et imprévisible ; et à démontrer en même temps l’origine extrinsèque d’un grand nombre de ces prémonitions.

Je reviendrai sur l’argument à l’occasion d’épisodes où le contraste entre les détails secondaires et le principal événement caché ressort d’une manière marquée (CX e Cas).

LXVIII e Cas. — Le Prof. Hyslop le publia en origine dans le numéro de juillet 1898 de la Psycholo gical Review ; je l’extrais du Vol. XIV des Proceedings of the S. P. R . (pp. 266-270). — La percipiente, femme d’un ministre évangélique, douée de facultés médiumniques, est une ancienne connaissance du Professeur Hyslop, qui eut ainsi tout loisir d’étudier rigoureusement l’épisode ; c’est un exemple intéressant de pressentiment à développement graduel. La relation étant longue, je devrai me borner à en transcrire

les passages principaux, écrit :

En juillet 1897, Mrs. D. commença à ressentir une impression subjective étrange et puissante : celle qu’une « épreuve particulièrement douloureuse » était suspendue sur sa famille. A ce moment, elle jouissait d’une parfaite santé, et se conserva saine et normale durant toute la période comprise jlans ce récit... Au mois d’août, cette forme de pressentiment se renouvela fréquemment, et s’intensifia au point de déterminer M me D. à en parler àsonmari (qui confirme pleinement le récit de sa femme).

Pour éclaircir l’exposition analytique des faits, nous révélerons dès à présent le point final du pressentiment : c’est qu’une fillette de la percipiente, nommée Bettie, mourait à la date du 2 décembre 1897, le berceau où elle dormait ayant pris feu.

D’août à décembre, chaque fois que M me D. songeait à ses projets se rapportant à l’avenir de l’enfant, elle entendait une voix lui murmurer à l’oreille « Elle n’en aura pas besoin ». Ainsi, par exemple, un jour qu’elle pensait à l’agencement d’une petite chambre destinée à l’enfant qui grandissait, elle entendit la voix coutumière lui murmurer à l’oreille : « Elle n’en aura pas besoin ». Une autre fois, et précisément quinze jours avant le malheur, elle eut 1 idée d’écrire un « journal » qu’elle aurait fait lire a 1 enfant plus tard, quand elle serait suffisamment avancée en âge, et elle commença à noter plusieurs incidents qui auraient pu l’intéresser ; nuis aussitôt, la voix venait lui murmurer : « Elle n’en aura pas besoin ». Et la voix se fit entendre le matin même de la catastrophe ; l’enfant courait, vive, dans la maison,

et sa mère, observant que ses petits souliers commençaient à s’user, pensa qu’elle en aurait acheté tout de suite une aut.e paire ; mais la pensée n’était pas encore formulée, que la voix avertit : « Elle n’en aura pas besoin ».

Une semaine auparavant, M me D. crut sentir durant la nuit une forte odeur de brûlé, comme du feu flambant, et descendit de son lit inquiète, allant à la cave, parcourant la maison, pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’allumettes dispersées. Tout se trouvant en ordre, elle ne put pas s’expliquer son impression olfactive ; mais, à partir de ce moment, ses inquiétudes se concentrèrent sur le danger présenté par les allumettes et elle veillait continuellement à ce qu’elles fussent déposées en lieu sûr et lior§ de portée. Ce sentiment l’angoissait à tel point, qu’elle visitait soigneusement tous les coins de la maison pour s’assurer qu’il n’en traînait nulle part, éprouvant l’impulsion de détruire les allumettes de chambre, trop facilement inflammables. Une fois, tandis qu’elle subissait cette impulsion, elle entendit une voix qui l’engageait à le faire et l’avertissait du danger d’un incendie. Toutefois, la voix n’ayant rien spécifié ^qui pût la guider dans ses appréhensions, M me D. dut se fier à son propre conseil, et songea à protège, par une lame en tôle la grille de la cuisine, dans l’intention d’obvier à ce que les charbons ardents, la nuit, roulassent sur le sol ; précaution quelle n’avait jamais prise, ni pensé à prendre de sa vie.

Un autre phénomène d’une haute importance s’était produit en elle durant ses trois années de résidence dans cette maison, et consistait en sa visualisation hallucinatoire du berceau de son bébé en flammes ; mais comme ces formes d’automatisme

visuel étaient fréquentes en elle, elle n’attacha aucune importance prémonitoire à cette vision.

Une heure environ avant la catastrophe, son impulsion de détruire les allumettes de la chambre devînt irrésistible, M me D. alla à leur recherche et se disposait à suivre l’impulsion, lorsqu’elle en fut détournée par la pensée que son fils aîné, en ce moment hors de la maison, en aurait eu besoin au retour pour allumer le poêle à gaz ; elle se dit alors à ellemême, à haute voix : « Je les détruirai quand il sera rentré » ; puis elle descendit à la cuisine veiller aux soins domestiques.

Vers 10 heures, comme d’habitude, elle mit l’enfant dans son berceau pour son heure de repos matinal, et, pendant ce temps, la voix habituelle murmura à son oreille : « Retourne le matelas », opération, qu’elle accomplissait toujours (quoiqu’elle n’eût jamais entendu la voix la conseiller en ce sens), mais que cette fois elle n’eut pas le temps d’exécuter, étant extrêmement pressée ; de sorte que s’adres. sant à la petite fille, elle lui dit en plaisantant : « Je retournerai ton matelas quand tu auras fait dodo ». Et elle descendit s’occuper de besognes urgentes. Aussitôt, les cris de l’enfant lui parvinrent ; elle accourut promptement, trouva le berceau et les couvertures en flammes, et sa fille si terriblement brûlée qu’elle mourut trois heures après.

La seule supposition possible est que l’enfant ait trouvé une allumette égarée, probablement dans le berceau même, ou sur le porte-manteau voisin, qu’elle l’ait frottée et fait flamber, communiquant le feu aux draps. Aucun feu n’existait à cet étage de la maison, et la cuisine et la salle à manger se trou vaient au rez-de-chaussée ».

Voilà la partie essentielle du récit du Prof. Hyslop. On y remarquera surtout le développement progressif du pressentiment, qui commence par une vague impression «d’épreuve douloureuse » atteignant la famille entière, laquelle se renouvelle et s’intensifie au point de déterminer la percipiente a en faire part à son mari ; puis survient une voix subjective qui fait allusion d une manière voilee à la nature de 1’ « épreuve »; c’està-dire, à la mort de l’enfant, qui « n’aura plus besoin » de vêtements, d’arrangement de chambre, de souliers, etc. Ensuite arrive une première intimation obscure sur la cause de la mort, sous forme d’impression olfactive, par laquelle la percipiente ressent une odeur de brûlé sans cause apparente ; impression qui se précise par la visualisation complémentaire d’un berceau en flammes. Après quoi, les anxiétés de la percipiente convergent de façon obsédante sur l’idée du danger rattaché aux allumettes, et une impulsion irrésistible la pousse à détruire les plus dangereuses ; ce qu'elle ne fait cependant pas , étant détournée de cette idée par une malheureuse réflexion. Enfin, au moment de la catastrophe, elle entend une voix lui conseiller de « retourner le matelas » (sur lequel, probablement, traînait une allumette égarée) ; opération qu’elle ne manquait jamais d’exécuter, mais qu'elle négligea cette fois ; irrésolution et négligence qui suggèrent irrésistiblement la pensée de quelque chose de fatal dans l’événement.

On observera de plus que si la percipiente eut la représentation subjective de tous les éléments intégrants du cadre de la catastrophe, ce fut d’une manière assez décousue et assez confuse pour que celle-ci ne put les concréter en une perception synthétique révélatrice de leur signification prémonitoire ; car, si 1$ signification avait été 'comprise, on aurait pu conjurer la catastrophe... mais peut-être cette représentation si confuse avait-elle sa raison d être. Qui sait ?

Mais voici donc encore un cas démontrant de manière évidente que la personnalité médiumnique ou subconsciente était pleinement ins truite du genre de mort accidentelle qui attendait l’enfant ; et nous nous trouvons de nouveau en face de cette question : « Pourquoi la personnalité médiumnique, au lieu de faire vaguement allusion au « danger d’incendie », ou conseiller tout aussi vaguement de « retourner le matelas », n’apprit-elle pas que sur ce matelas se trouvait une allumette, sauvant ainsi la vie de la petite victime ? — Prétendrait-on peut-être que les premières phrases étaient télépathiquement transmissibles du subconscient au, conscient, et que les voies télépathiques demeuraient inaccessibles à l’autre,, la principale ? — Gomme personne ne voudra défendre une thèse aussi absurde, nous serons forcés de conclure qu’il ne s’agit probablement pas, en des cas pareils, de personnalités subconscientes (celles-ci n’ayant

aucun motif de cacher ce qu’elles savent, quand,, dans les cas dont nous parlons, elles pourraient arracher à la mort une personne) mais bien d’entités spirituelles, auxquelles, pour des raisons imperscrutables, mais parfaitement concevables, il ne serait pas permis de mettre obstacle à l’accomplissement des destinées humaines.

LXIX e Cas. — Je l’extrais du Vol. XI, pp. 509- 513 des Proceedings of the S. P. R. ; Myers le cite dans son travail intitulé : The subliminal Self. C’est un cas collectif, intéressant et complexe, qui fut recueilli et étudié par le Prof. William James et le D r Hodgson. M. T. F. Ivey écrit en ces termes au professeur William James :

Forney , Texas. — 1 er février 1894. — J’éprouve une grande difficulté à vous exprimer en paroles l’indéfinissable impression prémonitoire éprouvée par moi.

Et d’abord, je déclare que je suis et que j’ai toujours été très bien portant, que je ne suis absolument pas enclin à la superstition, que je n’ai jamais été sujet à des hallucinations, et que je ne me suis jamais intéressé à des manifestations analogues à la mienne.

Il y a trois ans, mon fils, âgé de dix-huit ans, quitta la famille et s’établit dans une province limitrophe pour des exigences d’emploi. Ceci eut lieu avec mon plein consentement, et le temps indiqué passa sans que je me préoccupasse pour lui de la moindre façon. Toutefois, au cours de l’été dernier je commençai à me sentir inquiet à son égard, et ceci

d une manière absolument indéfinissable ; on n’aurait pas pu dire que j’étais anxieux : j’étais uniquement préoccupé pour lui, sans raison aucune ; et l’impression était si profonde quelle me poussa à lui écrire maintes fois, de sorte que je lui écrivis plus de lettres en deux mois que je ne l’avais fait en trois ans. Vers les premiers jours de novembre, il vint nous trouver ; lorsqu’il repartit, ce sentiment inexprimable de préoccupation s’accrut considérablement. Il me semblait que toute lumière s’était à jamais éclipsée de ma vie, que pour moi l’existence n’avait plus aucun but, et je le déclarais à mes amis.

Je me rappelle avoir éprouvé dans mon enfance un sentiment analogue, à la mort de mon père. Dans la première quinzaine de décembre, mes injustifiables préoccupations s’intensifièrent rapidement, toujours convergeant vers un centre unique qui était mon fils. Souvent, je m’éveillais la nuit et le sentiment de vide que j’éprouvais m’empêchait de me rendormir. Elles atteignirent leur point critique le matin du 19 décembre, où, ne parvenant pas à me reposer, j’abandonnai mon lit, fis du feu dans la cheminée et m’assis tout près, réfléchissant. Je me sentais oppressé par un sentiment horrible, que je

ne savais pas m’expliquer, et dans lequel je ne discernais aucun indice de présage fatal pour mon fils.

Vers 7 heures, ma femme s’éveilla, disant se sentir fortement impressionnée par un rêve qu’elle avait fait. — « Il me semblait — dit-elle — que je te voyais dans un milieu étranger, entouré de personnes à moi complètement inconnues. C’étaient les membres d’une famille nombreuse, parmi lesquels je remarquais une jeune fille adulte, et plusieurs enfants se préparant au départ pour l’école. J’étais arrivé

à cet endroit en voiture, et je t’y avais trouvé. Tu paraissais être en rapports intimes avec cette famille ; d’autant plus que la jeune fille que j’avais remarquée était assise sur tes genoux, t’entourant de ses bras, t’embrassant avec tendresse. Je m’étonnais, et m’efforçais de me rappeler où tu pouvais les avoir connus ; lorsque je te vis subitement pâlir, incliner la tête et mourir. C’est alors que je m’éveillai. »

A ce récit, je répondis que je me souhaitais la réalisation de ce songe, tant je me sentais malheureux de mon obsédante préoccupation au sujet de Walter. Le déjeuner achevé, je dis à ma fille de lui écrire en l’appelant immédiatement auprès de nous ; et je lui recommandai de mettre aussitôt la lettre à la poste, pour qu’elle pût partir par le premier courrier.

A midi, je reçus un télégramme m’annonçant un chute grave de mon fils, à la suite de laquelle il était resté sans connaissance. Pour arriver plus tôt, je partis avec un train de marchandises, laissant ma femme et ma fille me rejoindre par le train ordinaire. Et je ferai noter ici une coïncidence remarquable dans ce douloureux ensemble d’événements : c’est que, par suite d’un malentendu, elles manquèrent le train, et conformément au rêve durent louer une voiture. En changeant de chevaux à chaque relais, elles me rejoignirent vers 11 heures du soir.

L’accident de mon fils s’était produit le dimanche précédent, 17 décembre, vers 11 h. 30. — Il rentrait en voiture de l’église en compagnie de deux amis, quand le cheval se cabra et commença une course effrénée à travers les champs; ceci fut cause qu’une branche d’arbre frappa mon fils à la tête, déterminant une commotion cérébrale, à la suite de laquelle il resta presque toujours privé de connaissance

jusqu’à la mort, qui survint à 1 heure du matin, le mardi 19 décembre.

La catastrophe s’était produite dans le voisinage de la demeure d’un fermier, dont la fille aînée était l’objet de fréquentes visites de Walter ; on le transporta donc dans cette maison, demeure de ses meilleurs amis. Le brave fermier était père d’une nombreuse famille, et tous étaient profondément affectionnés à mon fils, au point qu’on peut dire que nous ne souffrîmes pas plus qu’eux de l’irréparable perte.

Quand ma femme entra dans la chambre où gisait notre fils, la jeune fille dont j’ai parlé était assise à son chevet et pleurait désespérément. Ma femme jeta les yeux autour d’elle, et, s’approchant de moi, dit tout bas : « Voici mon rêve, ce sont bien la chambre que j’ai vue et la famille qui 1 entourait ! » ,

En effet, ces braves personnes étaient telles qu elle

me les avait décrites : « Très simples, mais une excellente famille de provinciaux ». Qu’on ajoute a cela que la course en voiture à travers le pays fut conforme au rêve jusque dans le paysage, et que les alentours > de la ferme étaient identiques !

Je dois noter enfin que le sentiment d’inquiétude qui m’opprimait depuis si longtemps, s’évanouit complètement après le malheur. Naturellement, ce coup terrible me laissa profondément abattu, mais ce sentiment est tout autre chose ». (Signé : T. h. Ivey).

La femme du signataire écrit à son tour à la date du 14 février 1894 :

Dès que j’eus mis le pied dans cette maison, le rêve me revint à l’esprit, car tout était conforme à ce que j’avais vu, y compris l’aspect de la ferme et de

ses alentours. De même, pour l’attitude des personnes, leurs costumes particuliers, la pauvreté intérieure et jusqu à la négligence avec laquelle la maison était tenue. De meme pour les enfants se préparant au départ pour l’école, et la jeune fille pleurant au chevet de notre fils, qui étaient la reproduction exacte de ce que j’avais vu le matin.

Leur désespoir était tel, qu’on eût dit qu’il s’agissait d . e 1 f ur P ro P re e nfant. Nous sûmes ensuite qu’il était intime dans la maison, qu’il passait avec eux la plupart de son temps, que tous les enfants l’aimaient comme un frère, et que la fdle aînée l’aimait plus qu un frère. — Tout dans mon rêve se trouva véridique, exception faite pour la substitution curieuse de mon mari à mon fils ».

Myers commente :

Cette dernière inexactitude — c’est-à-dire la substitution en rêve du père au fds — ôte bien peu de chose, à mon avis, au fait de la relation indubitable entre la scène réelle et celle rêvée.

Ce cas paraît contredire l’hypothèse selon laquelle le père aurait aperçu à l’avance l’accident dont son fils devait etre victime, par effet de vision transcendentale. Il fait penser plutôt à l’intervention d’une Intelligence qui, pleinement instruite sur l’approche de la catastrophe, et désireuse d’en informer le père, ne parvint pas à l’impressionner d’une manière efficace jusqu au moment où l’événement allait s’accomplir, et qui serait arrivée en même temps à informer la mère d’une manière différente, malgré que des interférences subconscientes aient engendré un certain confusionisme symbolique.

LXX e Cas. — Il fut communiqué aux Annales des Sciences Psychiques (1911 ^ p. 48) par Frédéric P ass y et tiré du journal du Quaker Etienne de Grellet (1812) qui raconte ce qui qui suit :

La comtesse Toutschkofî nous a raconté F intéressante circonstance qui l’avait amenée à la conviction que l’esprit de Dieu exerce une influence mystérieuse sur le cœur de l’homme. L’impression qu elle en a reçue est telle qu’elle ne peut douter que ce soit l’œuvre de Dieu.

Environ trois mois avant l’entrée des Français en Russie, le général, son mari, était avec elle dans leurs propriétés près de Toula. Elle rêva qu’étant à 1 hôtel, dans une ville inconnue, son père était entré, tenant son fils unique par la main, et lui avait dit tristement :

— Ton bonheur est fini ; ton mari est tombé; il est tombé à Borodino.

Elle s’éveilla dans un grand trouble, mais voyant son mari auprès d’elle, elle reconnut que c était un rêve, et elle tâcha de se rendormir.

Le même rêve se renouvela et fut suivi de tant de tristesse quelle fut longtemps sans pouvoir s’en remettre.

Le rêve revint une troisième fois. Elle éprouva alors une si grande angoisse qu’elle réveilla son mari et lui demanda : « Où est Borodino ? »

Il ne le savait pas. Tous deux cherchèrent ensuite, avec leur père, ce nom sur la carte du pays sans pouvoir le trouver. C’était alors un lieu très obscur, mais il est devenu fameux par la sanglante bataille qui s’est livrée tout près. Cependant l’impression que

la comtesse avait reçue était profonde et son inquiétude bien grande... Alors le théâtre de la guerre était éloigné, mais bientôt il se rapprocha.

Avant que les armées françaises fussent à Moscou r le général Toutsclikoff fut mis à la tête de l’armée de réserve. Un matin, le père de la comtesse, tenant son jeune fils par la main, entra dans la chambre de i’hôtel qu’elle habitait. Il était triste, comme elle l’avait vu dans son rêve, et il dit :

— Il est tombé ; il est tombé à Borodino l

Elle se vit dans la même chambre avec les mêmes objets dont elle était entourée dans son rêve. Son mari était, en effet, une des nombreuses victimes de la sanglante bataille livrée près de la rivière de Borodino qui donne son nom à un petit village. (Pour copie conforme : Frédéric Passy).

Camille Flammarion ajoute :

Ce rêve prémonitoire si remarquable m’était, en effet, resté inconnu, et je remercie M. Frédéric Passy de l’avoir tiré de l’oubli. Il présente tous les caractères de l’authenticité. Il s’ajoute à ceux que j’ai publiés, et qui restent autant de points d’interrogation pour notre philosophie, car si l’avenir peut être vu d’avance — et il n’y a plus guère moyen d’en douter — que devient le libre arbitre ? La bataille de Borodino devait-elle inévitablement arriver ? Napoléon a-t-il été forcé à faire la campagne de Russie et n’en est-il pas responsable ? La liberté et la responsabilité humaines ne sont-elles qu’illusions ? le fatalisme parait* cependant en désaccord avec tous les progrès de l’humanité.

Après de longues recherches comparées sur

les faits, je me sens de moins en moins enclin à accepter cette formule trop absolue de fatalisme, quoiqu’elle soit la formule classique par excellence telle que la conçurent les peuples de l’antiquité, et de nos jours les peuples orientaux. Selon moi, certaines manifestations prémonitoires pourraient bien conduire à la supposition de l’existence d’une fatalité, mais ceci d’une manière relative et circonscrite, comme si seuls, les grands événements directeurs dans l’évolution des peuples et des individus devraient dépendre d’elle. En ce cas, elle ne serait pas en désaccord avec le progrès humain, ni la liberté humaine,, qui cependant pourrait être plus exactement définie : liberté conditionnée.

Ceci pour la catégorie la plus mystérieuse de la casuistique prémonitoire. Quant aux autres groupes de cas, nous avons déjà dit qu’il y avait moyen de les concilier avec la liberté humaine, en considérant certains incidents d’apparence fatalistes comme conséquences d’événements volontairement établis à l’avance par 1 esprit préexistant, au moment de sa propre entrée dans la vie (pour fins d’épreuves, d’expiations, de perfectionnements moral) et survenant d’une manière mathématique à l’heure fixée par effet d’auto-suggestion prénatale, analogue dans ses modalités à ce qui a lieu expérimentalement avec la suggestion post-hypnotique.

Il resterait néanmoins un doute à résoudre dans le cas dernièrement examiné, où il n’est

pas seulement question d’événements directeurs ou culminants dans la vie des peuples ou des individus — comme la mort du général, la campagne de Russie et la bataille de Borodino — mais aussi de la réalisation simultanée de situations insignifiantes et imprévisibles — comme l’épisode du père avec l’enfant, vérifié dans les conditions visualisées en rêve, ou de la comtesse se retrouvant dans la chambre vue en songe —- épisodes qui, d’une part, sembleraient trop insignifiants pour qu’on puisse les attribuer à une cause tragiquement grandiose comme celle fataliste, et de l’autre ne pourraient lui être asservis sans entraîner la supposition d’un fatalisme régulateur inexorable de tout incident minuscule, infime, de la vie, ce qui ravalerait l’homme aux proportions d’un automate ; conception moralement répugnante, et inadmissible, et en contradiction avec d’autres circonstances à noter dans les phénomènes prémonitoires. Tout cela fait qu’on serait entraîné plutôt à identifier ces incidents auxiliaires, formant un fond aux plus importants, avec les autres analogues, dont les prémonitions à empreinte insignifiante et pratiquement inutile sont totalement constituées, et qui comportent une explication qui leur est propre, fondée sur des données expérimentales, dont j’ai parlé dans l’Introduction, et sur laquelle je m’appesantirai longuement en temps voulu (Sous-groupe L.).

Sous-Groupe I

Prémonitions de la mort de tiers a longue

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