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ÉCHÉANCE, ET OU LA MORT EST DUE A DES CAUSES ACCIDENTELLES

LXXI e Cas. — Je me suis abstenu jusqu ici de citer des épisodes prémonitoires se rattachant aux peuples sauvages, quoique les récits des voyageurs anciens et modernes en contiennent un grand nombre ; et je m’en suis abstenu parce que ces épisodes étaient presque toujours exposes d’une manière trop incidentelle et resumee pour revêtir une importance scientifiquement acceptable. Cependant, l’existence parmi les sauvages de la clairvoyance dans le futur ayan une importance théorique remarquable, je me décide à en rapporter un exemple plus détaillé, et qui mérite une pleine confiance, puisqu il nous est transmis par le célèbre explorateur et missionnaire D r David Livingstone Dans son ouvrage Missionary Travels (p. 86), il raconte .

L’aventurier Sebituan étant poussé par la tribu des Matabels à chercher à son choix de nouvelles contrées où il aurait pu résider avec cette meme tribu, il songeait à descendre le fleuve Zambeze jusqu a prendre contact avec les blancs. Cependant Tlapan, fe sorcier, qui « avait des rapports avec les divinités tutélaires de la tribu », indiqua au contraire 1 Occident en tournant son visage de ce côte.

Tlapan, lorsqu’il voulait « prophétiser », s’y préparait en se soustrayant à la vue cle tous jusqu’à la pleine lune. Il se cachait probablement en quelcpie caverne, où il tombait sans doute dans un sommeil mesmérique ou hypnotique, et d’où il sortait mûr pour la prophétie. Dans ces conditions, frappant des pieds, sautant, criant d’une façon spéciale et violente, et battant la terre de sa massue (pour évoquer des esprits souterrains), il déterminait en lui-meme une sorte de crise ou extase, durant laquelle il prétendait ignorer complètement ce que sa lèvre proférait ; et quand ces conditions étaient sincères, probablement il disait vrai.

Tlapan, donc, détermina en soi-même l’état de « possession », puis il se tourna vers l’Orient, et dit : « De ce côté, ô Sebituan, je vois un grand feu flamboyant, que tu dois éviter pour ne pas être brûlé. Les Dieux conseillent : « Ne va pas par là ». — Puis il se tourna vers l’Occident, et dit : « Je vois une ville et une nation d’hommes noirs. Ce sont les hommes des eaux ; leurs troupeaux sont rouges... Je vois périr ta tribu, garde-toi d’exterminer les hommes noirs ; épargne tes futures tribus, car tu les gouverneras »!

Jusqu ici, de bons conseils, et pas ^utre chose. Mais voici qu’il s’adresse à l’un des chefs, et s’écrie :

« Toi, ô, Ramosini, tu périras avec ton village en tier ; et si Mokari part le premier, il périra le premier. Toi, Ramosini, tu seras le dernier à mourir ». — Puis, prédisant sa propre infortune : « Les Dieux accorderont aux autres de se désaltérer avec des eaux limpides et bonnes, et me feront désaltérer avec des eaux amères. Ils me rappelleront, et j’irai avec eux».

Or, il arriva que quelque temps après, leurs villages étaient détruits ; que Mokari mourait, que

Ramosini mourait, que Tlapan, le sorcier, mourait i et que Sebituan, obéissant à la prophétie, rama vers l’Occident, où il fut attaqué par les tribus Boleïana, qu’il vainquit, épargna et gouverna. (Cité par Andrew Lang dans l’ouvrage : The Making of Religion ", p. 135).

Le fait que les phénomènes de « clairvoyance dans le futur » se réalisent identiquement parmi les peuples sauvages et parmi ceux civilisés, fournit un autre argument contre l’hypothèse des « inférences subconscientes » à latitudes illimitées, qui impliquerait l’existence de « facultés d’abstraction » à peu près divines dans la subconscience.

En effet, si l’on pense que la « génialité humaine » consiste, en dernière analyse, en une potentialité exceptionnelle des facultés normales d'inférence , ou, en d’autres termes, dans l’excellence des facultés psychiques d’association par contiguité et par similarité , qui mettent en mesure d'inférer par des causes existant dans le présent (non perçues par le commun des hommes) de nouveaux rapports entre les phénomènes, ou de nouveaux aspects du vrai et du beau ; celui qui les possède parvenant ainsi à 1 intuition de nouvelles vérités scientifiques et philosophiques, ou à inventer mécanismes et instruments pour le service de l’humanité, ou à créer les chefsd’œuvre de l’art, ou à prévoir et prévenir les événements politiques, sociaux et économiques ; si l’on considère tout cela, il semble inadmissible

que la personnalité médiumnique d’un sauvage se montre fournie de facultés d'inférence de beaucoup supérieures à celles même du plus supérieur des génies humains.

Et qui pourrait évaluer dans une juste mesure les prodigieuses facultés d’association par contiguïté et par similarité qu’il faudrait pour inférer à un an de distance la mort accidentelle d’un individu, en remontant jusqu’à l’événement à travers l’en chaîne ment infini des causes et des effets, c’est-à-dire, de toutes les situations d’ambiance intermediaires ou devra se trouver cet individu, et de tous les actes importants et insignifiants qu’il devra exécuter durant la période entière, et qui, enfin, devront le conduire à 1 heure préétablie, au point précis où devra se produire la catastrophe ? — Un Moi subconscient de sauvage qui serait capable de cela ne se montrerait pas seulement génial, mais divin ; et l’antithèse énorme qu’il faudrait constater entre les parties conscientes et subconscientes d une même personnalité serait philosophiquement inadmissible, et moralement inconcevable.

Par contre, et sans abandonner les pouvoirs de la subconscience, le mystère imperscrutable s évanouirait si 1 on considérait la clairvoyance dans le futur comme une faculté de sens d 5 ordre supernormal, analogue aux autres facultés du Moi intégral subconscient ; c’est-à-dire, identique en tout aux autres facultés supernormales de sens dont la subconscience est fournie, comme la

« clairvoyance dans le passé », la « clairvoyance dans le présent », et la « télépathie », facultés qui dans leur ensemble constituent les sens spirituels du Moi intégral désincarné ; dans ce cas, on comprendrait que tous les hommes — soientils grands comme Socrate, humbles comme un sauvage — doivent les posséder dans une mesure identique, de même qu’ils possèdent dans une mesure identique les sens nécessaires à la vie terrestre.

Dans ces conditions, si l’on considère la clairvoyance dans le futur comme une faculté de sens, il faut implicitement admette qu’elle doit s’exercer par une voie médiate ou réceptive, conforme à la nature de toute faculté de sens ; on aurait donc nécessairement à supposer l’existence d’un « stimulant causal extérieur » apte à en déterminer les fonctions spécifiques, et la recherche de ce stimulant nous conduirait à reconnaître la validité des hypothèses « réincarnationniste », « prénatale », « fataliste », « spiritualiste », dans le sens exposé à l’Introduction.

LXXII e Cas. —- Le comte de Tromelin communique au Directeur des Annales des Sciences Psychiques (1910, p. 215), le fait suivant rigoureusement étudié par lui-même :

5 avril 1910. — Monsieur le Directeur , — Permet tez-moi de vous communiquer un cas de prédiction très nette de mort, dont je détiens tous les documents principaux.

Il s’agit d’une dame Brot, habitant Alais (8, place de la République) et avec laquelle je suis en rapports depuis trois années environ : je m’en suis même occupé dans mon ouvrage sur le Fluide humain.

Il y a un peu plus d’une année,- cette dame, dont le mari était employé à la gare d’Alais, m’écrivit qu’elle voyait son mari blessé et rapporté mourant à la suite d’un grave accident de chemin de fer.

Jamais auparavant (ainsi que d’autres femmes d’employés de chemin de fer), elle n’avait songé à la mort de son mari.

Je lui écrivis pour essayer de la rassurer ; mais par trois fois dans ses lettres, elle me confirmait cette prédiction : « Je vous remercie, disait-elle, de me rassurer ; mais j’ai beau faire, c’est inutile, et je reste convaincue que je serai veuve à la fin de Vannée ».

Ses lettres étaient absolument formelles, et, comme je n’y pouvais rien, je n’en parlai plus à M me Brot.

Or, au début de cette année, je reçus d’elle une ettre de faire-part de la mort de son mari, décédé le 10 décembre 1909.

Aussitôt je lui écrivis pour lui adresser mes condolléances ; et dans cette lettre je terminais ainsi :

« Votre mari est mort effectivement comme vous me l’aviez annoncé, à la fin de l’année (10 décembre 1909). Je n’ai pas oublié votre prédiction renouvelée par trois fois, que vous seriez veuve à la fin de l’année, mais par suite d'un grave accident de chemin de fer causant la mort de votre mari. Quoiqu’il en soit, c’était donc fatal , puisque votre mari est mort quand même, mais y aurait-il de ma part indiscrétion à vous demander de quelle maladie votre mari est mort ? »

Notez que si M me Brot était devenue veuve, même par suite d’une maladie quelconque de son mari, c’eût été déjà intéressant, car M. Brot était dans la force de l’âge, et prédire : « Dans une année je serai veuve », c’était déjà fort ; mais a joutez-y les détails de sa mort par « accident de chemin de fer », cela devient stupéfiant !

Je reçus peu après une découpure du Journal , relatant tous les détails de l’accident grave arrivé à son mari, dont la tête fut prise entre un wagonnet qu’il maniait, chargé de rails, avec deux de ses camarades, et un autre wagon chargé de sable, qui suivant la pente, était venu les heurter. Tous furent, blessés, mais M. Brot mourut dans l’après-midi de l’accident, après avoir été emporté mourant sur une civière.

Bref, tout s’était donc passé exactement comme l’avait prédit sa femme et à la fin de l’année.

Je vous adresse les documents dont je vous ai parlé : lettres de M me Brot, lettre de faire-part, et la coupure du Journal.

Je pense que ces documents suffiront avec mon article pour établir la netteté de cette prédiction dont M me Brot paraissait accablé et absolument certaine, malgré tous mes raisonnements... » ( Signé : Comte de Tromelin ; Villa « My Home », Marseille).

LNNIII e Cas. — Il fut communiqué par le Prof. Richet au D r Maxwell, qui le publia dans l’édition anglaise de son ouvrage : Les Phénomènes Psychiques\ p. 231-234). Le cas n’est qu’un incident faisant partie d’un ensemble de manifestations supernormales, corroborées de nombreuses preuves d’identification spirite, ob-

tenues par l’intermédiaire d’une dame amie du Prof. Richet, et provenant d’une personnalité médiumnique affirmant être un ami de ce dernier nommé Antoine B., mort depuis longtemps et inconnu de la sensitive.

Entre autres phénomènes, la sensitive (que le Prof. Richet désigne sous le nom de M me X.) prédisait la mort imminente de M me B. (veuve d’Antoine B., l’ami défunt du Prof. Richet), qu’elle no connaissait pas et à une époque où nul indice pouvant la faire prévoir n’existait encore.

La mort ayant eu lieu dans la période annoncée visualisée par elle sous forme du chiffre 7 (sept semaines), elle prédit une seconde mort dans la même famille ; prédiction que le Prof. Richet rapporte en ces termes :

Le 8 juillet 1903, je reçus une lettre de M me X., prophétisant que la mort de M me B. (advenue en ces jours-là) devait être suivie d’une autre dans sa fanille. Puis elle ajoutait : « Quelqu'un me dit que l’un de ses fils devra mourir avant que deux ans soient passés. Je suppose qu’il doit s’agir de Jacques B., mais ceci ne ma pas été dit

Or, il advint que dans la nuit du 23-24 décembre 1904,'vers 11 heures, Louis B. et Olivier L. (tous deux fils de M me B., qui, s’étant remariée, était devenue M me L.) furent victimes d’une grave catastrophe de chemin de fer; le premier se sauva par miracle, le second fut tué sur le coup.

Ainsi se réalisait, après dix-huit mois, cette seconde prophétie. Dans le premier cas, la mort

était survenue pour cause naturelle, dans le second pour cause accidentelle.

A noter la circonstance que la sensitive, voulant compléter avec ses propres inductions le contenu de la prémonition, tomba en erreur ; tandis que la voix prémonitoire, dans les limites de ce qu’elle avait annoncé, fut entièrement correcte.

LXXIV e Cas. — Le D r Breton. Président de la Société Psychique de Nice, communique à la Revue Scientifique et Morale du Spiritisme (1909, p. 42) le fait suivant, recueilli de la bouche de la protagoniste.

M lle Lolla, jeune fille russe, étant dans une habitation de campagne de sa famille en Russie, rêve quelle voit entrer dans sa chambre sa mère qui lui crie : « Lolla, n’aie pas peur, le feu est à la grange ». La nuit suivante M lle Lolla est brusquement réveillée par sa mère, qui pénétrant dans sa chambre, lui crie : « Lolla, n’aie pas peur, le feu est à la grange », exactement les mêmes paroles entendues en rêve. En effet le feu dévorait une grange située à une faible distance.

M lle Lolla se marie, elle épouse M. de R., officier russe. Son b.au-père meurt. Quelque temps après, la jeune Mme de R. accompagne sa belle-mère pour aller au cimetière, dans une chapelle de famille, prier su. la tombe du défunt. Agenouillée et priant, elle entend distinctement une voix qui lui dit : « Toi aussi tu seras veuve, mais tu n’auras pas la consolation de venir prier sur la tombe de mon fds. » La

jeune femme, en entendant cette voix, s’évanouit ; sa belle-mère vient à son secours, et bientôt revenant à elle, elle raconte la cause de son émotion ; les deux femmes, très émues ,quittent le cimetière, cherchant en vain à comprendre la signification exacte de cette prophétie, qui est un phénomène de communication auditive.

M me de R. a un premier enfant, et était enceinte du second, lorsque son mari, colonel, reçut l’ordre de partir pour la guerre Russo-Japonaise.

.Quelques mois après, un télégramme annonçait

à la famille la mort du colonel, qui, cruellement blessé par des éclats d’obus, venait de succomber.

.D’après les renseignements recueillis plus tard.

le corps du colonel et celui de plusieurs autres officiers supérieurs mis en bière furent transportés à Moukden pour de là être expédiés en Russie, mais le détachement qui transportait leurs restes mortels dut les abandonner pendant la retraite générale de l’armée russe. Malgré de nombreuses recherches on ne put jamais savoir ce que ces corps étaient devenus.

La prophétie de l’esprit, père du colonel R., s’était accomplie : la jeune veuve ne pourra jamais prier sur la tombe de son mari.

M me de R. devenue veuve vint à Nice pour la santé de ses enfants ; des relations intimes et affectueuses s’établirent entre elle et ma femme : nous nous voyions journellement et elle a pu nous confirmer avec détails tous les faits que je viens de rapporter \ j’ai même connu son père et sa mère. » (Signé : Dr. Breton, Président de la Société Psychique de Nice). ^ .

Cet épisode contient une prophétie politique analogue à celle du cas Toutschkofî cité par

Flammarion (LXX e Cas), avec ceci de remarquable, que la sensitive eut la prémonition auditive deux ans environ avant les événements, et quand la guerre russo-japonaise n’avait pas encore éclaté ; ce qui rend plus extraordinaire encore la prophétie sur la bataille de Moukden et la défaite de l’armée russe, dont la retraite précipitée devait être cause que le corps du colonel fût abandonné et perdu, choses parfaitement conformes à la prédiction de l’entité soi-disant père du colonel.

Pour cet épisode comme pour celui de Flammarion, l’hypothèse fataliste l’emporterait, soit qu’on l’explique par les facultés subconscientes (c’est-à-dire en envisageant la clairvoyance dans le futur comme une faculté de sens d’ordre spirituelle), ou par l’admission de l’identité spirite de la personnalité communicante.

LXXV e Cas. — Miss Géraldine De Robeck, de la Society /. P. R ., Section irlandaise siégeant à Dublin, et dont le Président est le Prof. W. F. Barrett, communiquait l’épisode personnel suivant à cette Société, en date du 9 février 1911.

Il y a dix ans — du temps de la guerre Sud-Africaine — je résolus tout-à-coup de partir pour Bloemfontein, où résidait ma sœur mariée. Personne ne comprit jamais les raisons qui m’induisirent à ce départ; et je sentais que j’agissais comme d’apr^, une autre moi-même qui aurait voulu le contraire de ce que voulait ma personnalité ordinaire. J’étais poussée

à partir, et je ne pouvais me soustraire à l’impulsion.

J’avais rêvé une nuit — d’une manière assez vivace pour que mon rêve pût être appelé « vision » — que je me trouvais suivre un sentier solitaire, traversant un bois touffu, semblable à la forêt décrite par Dante dans le premier chant de l’Enfer :

Nel mezzo del cammin di nostra vita

Mi ritrovai per una selva oscura

Che la diritta via era smarrita.

J arrivai dans mon rêve à un carrefour et je m’arrêtai, ne connaissant pas le sentier à prendre ; lorsque survint par bonheur un homme, qui, comme moi, paraissait être un voyageur. Il était jeune, avait le visage glabre, sympathique ; il me prit la main, et dit :

« Je suis seul au monde, et je suis perdu dans ce lointain pays. Serez-vous assez bonne pour me tenir compagnie le long du chemin que nous devons parcourir ensemble ? » Son serrement de main était si réaliste, que j’en ressentais encore l’impression en me réveillant.

Nous fîmes ensemble une courte partie de la route, qui nous conduisit à une large clairière, où se trouvaient un grand nombre de véhicules, et de nombreuses personnes. Il s’arrêta, et dit : « C’est ici que nous devons nous séparer ». — Tout près de nous se trouvait un grand omnibus, et il monta y prendre place. Je regardai à l’intérieur, et je m’aperçus qu’il était plein de mes parents et amis défunts. Ceux d’entre eux récemment décédés étaient assis près de la porte.

Arrivée à Bloemfontein, je fis la connaissance d’un jeune homme, dans lequel je reconnus tout de suite celui de mon rêve, et avec lequel, dans la suite, je me fiançai. Comme je devais continuer mon voyage

jusqu’à Johannesburg, il me dit : « Je suis seul au monde, et me trouve perdu dans ce lointain pays. Serez-vous assez bonne pour m’écrire quelquefois ? »

— Lorsqu’il me serra la main, je reconnus l’étreinte de mon rêve.

Un an après, il tombait à la guerre.

.Dans la nuit de la dernière séparation, je sentais que nous ne devions plus nous revoir, et, posant le doigt au-dessus de son cœur, je dis, je ne sais pourquoi : « C’est ici qu’ils vous frapperont ».

— Etrange fatalité ! Il fut frappé d’une balle qui lui traversa le poumon, juste au-dessus du cœur », Light , 1911, p. 429).

LXXVl e Cas. — C’est un cas extraordinaire de prophétie obtenu dix huit ans avant l’événement, au moyen d’une somnambule clairvoyante ; il se rapporte à un crime passionnel parisien, qui fit du bruit en son temps. Au point de vue de l’authenticité du cas, on remarquera que la feuille sur laquelle la somnambule avait dicté la prophétie fut produite au Tribunal.

Lorsque Marie Thiérault, née en 1887, était enfant, une somnambule clairvoyante, nommée Picquinot, prophétisa par écrit ce qui suit :

« L’enfant est née pour mener une vie de jouissance, qui s’achèvera d’une manière épouvantable. Je ne vois aucun moyen de conjurer l’événement ; cependant, j’exhorte ses parents à la surveiller et à l’enfermer à la maison durant les trois lunes qui suivront celle du 14 janvier 1907. Il ne m’est pas donné de voir la date terrible ; mais celle du 14 jan-

vier surgit continuellement devant moi, et constamment je vois resplendir la pleine lune.

Enfant, Marie Thiérault avait une apparence quelconque ; mais ses traits s’affinèrent après sa douzième année, et elle devint bientôt d’une rare beauté. Ses parents la mirent au couvent pour que son éducation fût mieux surveillée. Elle en sortît à dix-sept ans ; et un an après, elle se trouvait à Paris, posant comme mannequin pour un grand magasin de modes. Dès les premiers jours, sa beauté merveilleuse avait fait sensation dans le milieu qu’elle fréquentait ; et les artistes accouraient la prier de poser pour eux. Elle se conserva sage et innocente, et se prit d’une grande amitié pour une autre mannequin, nommée Lucette Yoquelet. Marie Thiérault était brune, l’autre blonde. Elles vivaient ensemble, dormaient dans la même chambre et semblaient heureuses toutes les deux.

La mère de Marie Thiérault se montra tout de suite inquiète de l’amitié contractée j 3 ar sa fille, et mit en œuvre tous les moyens pour séparer les jeunes filles, mais inutilement. Alors elle écrivit à sa fille en l’exhortant à rentrer chez elle, toujours en vain. Marie répondit en expliquant que son amie était la plus agréable et la plus aimable jeune fille du monde, et, à ce qu’il semble, jamais il n’y eut entre elles de luttes ou de disputes d’aucun genre.

Le soir du 18 janvier 1907, les deux jeunes filles acceptèrent de prendre part à un dîner d’étudiants, avec d’autres femmes. Durant le banquet, les étudiants eurent tout-à-coup l’idée d’élire la « reine des belles », et proclamèrent Marie Thiérault « Dame d’épées ». Lucette Yoquelet avait recueilli une seule voix ; néanmoins, elle déposa gaiement la couronne

de roses sur la tête de son amie, et prit part au toast avec emphase et entrain.

Les jeunes filles rentrèrent ensemble. — Le lendemain matin, on trouva le cadavre de Marie Thiérault gisant sur le lit, avec un couteau plongé dans le cœur, qui piquait sur sa poitrine une carte à jouer représentant la fatale « Dame d’épées ». Dans un coin de la chambre, accroupie, gémissant, se tenait Lucette Yoquelet, les mains lourdes de sang, horrifiée du crime qu’elle avait commis.

Les deux jeunes filles n’avaient jamais entendu parler de la prophétie.

La mère de la victime présenta à la Cour de justice la feuille sur laquelle la somnambule — alors décédée — avait écrit de sa main la prophétie. Les avocats défenseurs s’en valurent pour prouver que Lucette Yoquelet, poussée par un pouvoir mystérieux à commettre le crime, devait être considérée comme irresponsable ». ( Light , 1907, p. 219).

Il parait que la somnambule, outre la prophétie écrite, avait exprimé en paroles d’autres détails sur le destin tragique de l’enfant ; entre autres, elle avait fait allusion à une^ « carte jouer fatale représentant la Dame d’Epées ».

J’ai omis ce paragraphe, parce qu’au point de vue probatif, il n’a aucune importance, si l’on pense aux dix-huit années parcourues, et aux confusions conséquentes et inévitables dans les souvenirs, avec intrusion probable d’illusions mnémoniques par adaptation inconsciente des souvenirs lointains à la situation présente.

Dans l’épisode exposé, nous observerons l’affir-

mation de la somnambule qu’ « elle ne voyait aucun moyen de conjurer l’événement », affirmation parfaitement concordante avec d’autres émises sur le même sujet par d’autres somnambules clairvoyantes.

Ainsi, par exemple, dans le premier cas cité de cette classification, le dialogue suivant se déroule entre le D r Teste et sa somnambule : « Alors, madame, si ce que vous dites se réalise, il faut admettre une fatalité-dans les événements qui vous arrivent ?» — « Oui, monsieur ; comme dans la plupart de ceux qui arrivent à tous les hommes. » — « Et il n’est aucun moyen de se soustraire à cette fatalité ?» — « Aucun. »

Et dans le LXVII e Cas, un médium en trance, prédisant à une mère la mort accidentelle de son propre fils, ajoute : «Vous ne devez pas pleurer, parce que sa mort le sauvera du mal qui l’attendrait autrement. Il n’est presque jamais accordé de confier de tels secrets aux vivants, mais cette fois nous voyons que nous devons le faire pour votre avantage, car cela vous convaincra que vous n’avez pas perdu votre fils par simple accident ».

Sans attribuer une valeur exagérée à ces affirmations concordantes des somnambules, il faut malgré tout en tenir un juste compte, en songeant que ces affirmations furent obtenues au sujet de prédictions d’événements qui se réalisèrent ; ce qui nous permet de présumer logiquement que si les somnambules se trouvent en

conditions psychiques telles à voir clair dans l’avenir, rien ne s’oppose à ce quelles entrevoient aussi les causes pour lesquelles cet avenir leur devient accessible.

LXWII e Cas — Je trouve dans les Annales des Sciences Psychiques (1896, p. 203-211) cet extraordinaire exemple de clairvoyance dans e passé, le présent et le futur. Il est rapporté par M. L. d’Ervieux, ami de la principale protagoniste, et protagoniste lui-même. M. le D r Danex, fondateur de la Revue citée, appuie le cas de son témoignage.

Il regarde une dame anglaise très distinguée et très fortunée - Lady A. - qui, en automne 1883, séjournait à Pans dans un splendide appartement, entourée d’un nombreux personne^ Un soir, elle découvrit qu’une somme de d.bUO francs environ avait été soustraite de la poc îette interne d’une valise où elle avait déposé l’argent et les bijoux. La serrure ne semblait pas forcée, et seuls les bords de la valise donnaient l’impression de bailler légèrement. Elle en informa la Police, qui ne vint à bout de rien. Le commissaire de police demanda alors à Lady A. si elle avait des soupçons au sujet de son personnel. Lady A. répondit affirmativement, en n’excluant que le second valet de chambre, jeune homme de dixneuf ans environ, sympathique et respectueux, très actif et intelligent, qui, dans la maison, était surnommé le « Petit », non à cause de sa taille,

plutôt élevée, mais par un sentiment aimable de familiarité protectrice, que lui avait conquis ses excellentes qualités.

Voilà le résumé des précédents. M. d’Ervieux continue ainsi :

a La matinée s’était presque écoulée dans ces formalités, toutes sans résultat, lorsque, vers onze heures, Lady A. dépêcha à mon domicile l’institutrice de sa plus jeune fille, pour me raconter ce qui lui arrivait et pour me prier d’accompagner cette dame chez une clairvoyante dont j’avais — quelques jours auparavant — vanté la lucidité.

Je ne connaissais pas moi-même cette clairvoyante ; mais une dame de mes relations m’avait raconté une de ses consultations où elle s’était montré étonnante comme prédiction de l’avenir.

J ignorais alors où demeurait ce phénix, aussi j allai d’abord avec M lle Deslions chercher l’adresse désirée pour nous y rendre aussitôt.

- L’habitation de M me E... se trouve derrière Notre- Dame-de-Lorette. Son escalier est dans la cour, et une petite pancarte révèle son étage afin que ses nombreux clients n’attirent pas trop l’attention de sa concierge.

Intérieur plus que modeste... C’est elle qui vient ouvrir sa porte. Elle nous introduit dans un salon vert : celui de n’importe quel petit dentiste; sauf une magnifique gravure d’après Raphaël : Dieu débrouillant le chaos , et une peinture ayant trait, certainement, à quelque légende de la cabale.

Nous voyant deux, elle veut nous séparer. Nous lui faisons comprendre que, venant pour le même but, nous ne voulons qu’une seule consultation.

Elle aurait pu nous prendre pour de la même famille ; elle ne s’y méprit pas ; elle nous demanda seulement si « la chose pour laquelle nous venions regardait plus spécialement l’une de nos personnes ». Je désignai M^ e Deslions. C’était elle, en effet, qui, en habitant l’appartement de Lady A., s était trouvée plus près du vol.

M me E., notre clairvoyante, apporta un bol rempli de marc de café, pria M lle Deslions de souffler dessus par trois fois ; après quoi, ce marc fut versé dans un autre bol, le premier s’abouchant sur le second afin que son contenu passât en partie dans le nouveau récipient, ne retenant sur la surface de ses cotes intérieures que quelque parcelles plus solides de la poudre de café qui devait, en laissant échapper sa partie liquide, former d’étranges dessins qui n’avaient aucune signification pour nous, mais dans lesquels la pythonisse semblait lire.

Pendant cette préparation occulte, il fallait nous occuper. M me E. avait étalé ses cartes et commençait:

— Ah!... mais... c’est un vol, et un vol commis par une des personnes de la maison et non par quelqu un s’introduisant subrepticement »...

Ceci promettait bien... Nous reconnûmes que ce quelle avançait était vrai.. Quant au voleur, il nous était malheureusement inconnu.

— Attendez, nous dit M me E., je vais maintenant voir les détails dans le marc qui doit avoir formé son dépôt.. »

Elle saisit le bol renversé, y fit encore souffler par trois fois M lle Deslions, prit son lorgnon...

Alors, comme si elle avait assisté à la scène, elle nous dépeignit pièce par pièce la topographie de 1 appartement de Lady A., sans jamais se tromper

d’une chambre ou d’un salon. Elle vit défiler devant ses yeux, comme dans une lanterne magique, sept domestiques dont elle nous dit exactement le sexe et les attributions. Puis, pénétrant de nouveau dans la chambre de Lady A., elle aperçut une armoire qui lui parut bien étrange :

— Elle a, nous répétait-elle, avec étonnement, un placard au centre dont la porte est recouverte d’une glace ; et, de chaque côté de cette armoire principale, il y en a encore deux autres sans glace, et tout cela se tient ! » (C’était une armoire anglaise, comme elle n’en avait sans doute jamais vu).

« Oh ! mon Dieu !... pourquoi cette armoire n’estelle jamais fermée ? Pourtant elle contient toujours l’argent qui est... dans... Quel objet bizarre !... Il s’ouvre comme un porte-monnaie, forme pochette... pas comme un coffret... Ah ! j’y suis !... C’est un sac de voyage... Quelle idée de mettre son argent là ! et surtout, quelle imprudence de laisser ce placard ouvert !... »

« Les voleurs connaissaient bien le sac... Ils n’ont point forcé la serrure. Ils ont introduit un objet assez large, pour en écarter les deux côtés ; puis, à l’aide d’un ciseau ou d’une pince, ils ont attiré l’argent qui était en billets de banque... Ils se sont contentés de cela, car ils ignoraient qu’au fond, se trouvaient de très beaux bijoux et une somme en or... Du reste, comme ils ont été habiles !... »

Nous l’avions laissé parler. Tout ce que nous avait dit cette femme nous confondait, dans la vérité des détails, mêmes les plus infimes.

Sauf cette dernière révélation concernant les bijoux et la somme en or, dont nous ignorions l’exis-

tence, mais qui pouvaient se trouver à la place indiquée par la clairvoyante, tout était exact.

Elle s’arrêta fatiguée. Nous, nous désirions en savoir davantage. Nous la priâmes, nous la suppliâmes de nous dire lequel ou lesquels des domestiques avaient commis le larcin, puisqu’elle nous assurait que c’était quelqu’un du personnel.

Elle avoua qu’il lui était impossible de le faire sans encourir les rigueurs de la loi française qui ne peut et ne doit admettre qu’un coupable soit reconnu comme tel, sans preuves, simplement par le secours de moyens occultes.

A force d’être pressée, elle nous assura pourtant que l’argent de Lady A. ne serait jamais trouvé ; ce qui était très probable, puisque le coupable ne serait point pris pour ce vol, et enfin, ce qui était plus étonnant, que deux ans plus tard , il subirait la peine capitale.

Il fallait nous en aller ; il était clair, après beaucoup d’instances qui avaient été inutiles, que nous ne pourrions plus rien tirer de M me E. Nous partîmes donc, regrettant que dans cet ensemble si parfait, il se fût glissé une légère erreur.

Toutes les fois que son regard parcourant les dessins du marc, s’était porté sur « le Petit », elle l’avait vu près des chevaux. Nous lui avions certifié que jamais il n’avait servi de valet de pied, étant consacré exclusivement au service de la maison, et les valets de pied demeurant avec les cochers ; M me E. s’était entêtée dans son dire. Plus nous l’avions contredite, plus elle avait affirmé.

Nous avions fini par abandonner ce petit rien qui nous choquait cependant comme une tache dans un ensemble parfait, car cette consultation avait été surprenante d’exactitude.

Arrivés chez Lady A., nous nous fîmes ouvrir le fameux sac ; et là, au fond, comme nous l’avait dit M me E., se trouvaient intacts et les bijoux et l’or. C’était à ne pas en croire ses yeux !... Quand je fis à Lady A. le récit de notre consultation, j’étais heureux que M lle Deslions m’eût accompagné. Je n’aurais jamais osé citer tous les détails si précis, donnés par la clairvoyante de la rue Notre-Dame-de-Lorette. Je ne les ai répétés plus tard que parce que nous avions été quatre oreilles pour les entendre.

Lady A. au bout de quinze jours, renvoya son maître d’hôtel et sa femme de chambre. — « Le Petit », sans qu’on en sût alors la raison quitta Lady A. trois ou quatre semaines plus tard. L’argent ne fut pas retrouvé ; et, un an plus tard, Lady A. parfait pour P Egypte.

Deux ans après cet événement, Lady A. recevait, venant du Tribunal de la Seine, l’avis de se rendre, comme témoin, à Paris.

On avait trouvé l’auteur du vol commis chez elle. Il venait de se faire prendre : « Le Petit », doué de tant de qualités, n’était autre que Marchandon, l’assassin de M me Cornet.

Comme on le sait, il subit la peine capitale ainsi que l’avait annoncé la clairvoyante de la rue Notre- -Dame-de-Lorette, et, dans le procès, il fut constaté que « Le Petit » avait, aux Champs-Elysées, tout près de la résidence qu’avait alors Lady A., un frère qui était cocher dans une grande maison.

« Le Petit », — ou Marchandon puisqu’ils ne font qu’un — profitait alors de tous ses moments de liberté pour aller voir son frère, car il était grand amateur de chevaux. C’est donc là la raison pour laquelle M. E. nous avait affirmé, malgré nos contradictions,

qu’elle voyait sans cesse le « Petit » domestique près des chevaux.

Elle avait encore vu vrai, dans ce petit détail que les péripéties du procès nous ont livré. » (Signés : L. d’Ervieux, et M lle C. Deslions, ayant assisté à la consultation).

Le D r Dariex fait suivre le récit de la note suivante :

Ce cas de clairvoyance est absolument extraordinaire. Nous avons vu Lady A., qui nous a confirmé P exactitude du récit qui précède.

Il ne faut évidemment voir dans l’emploi des cartes et du marc de café qu’un moyen employé, sans doute inconsciemment par le sujet, pour se mettre en auto-somnambulisme, c’est-à-dire dans un état second où la conscience normale devient inactive au profit de l’insconcient. Dans cet état second, les facultés inconscientes peuvent prendre tout leur ossor et il est possible d’admettre que la faculté de clairvoyance, que nous possédons peut-etre tous a un état plus ou moins rudimentaire, puisse s’exercer plus librement et acquérir, chez des sujets très prédisposés, un certain degré de précision.

Telles sont les pensées du D r Dariex ; mais à vrai dire, il s’agit ici de bien autre chose que d’un «certain degré de précision» dans le déroulement de l’action clairvoyante ; et si la clairvoyance proprement dite, suffit à expliquer la description minutieuse de l’appartement de Lady A., et la désignation précise de l’auteur du vol, elle n’est certainement pas suffisante pour expliquer

comment la somnambule soit parvenue à prophétiser qu’au bout de deux ans, l’auteur du délit deviendrait assassin, et subirait la peine capitale.

Si nous voulions aussi expliquer cet épisode à l’aide des facultés de la subconscience, nous nous trouverions d’abord contraints d’exclure l’hypothèse des inférences subconscientes par la valeur des considérations tant de fois exprimées ici : c’est-à-dire qu’elle serait philosophiquement invraisemblable, parce qu’elle accorderait à la subconscience humaine un attribut divin inconciliable avec la nature humaine ; psychologiquement absurde, par ce que ce même attribut impliquerait l’existence dans le subconscient de « facultés d’abstraction » très proches de l’oraniscience , et en opposition avec Y impotence de qui les possède ; théoriquement inadmissible, parce qu’elle serait en contraste avec les lois qui gouvernent l’ensemble des facultés subconscientes, qui sont des facultés de sens , et non des attributs dé V intellect ; et enfin pratiquement insoutenable, parce qu’elle serait contredite par les faits.

Les deux habituelles hypothèses demeurent donc seules à notre disposition : l’une, selon laquelle les événements futurs révélés par la sensitive existeraient de quelque manière enregistrés dans la subconscience *de Marcliandon, d’où la sensitive les auraient extraits (auquel cas l’on admettrait implicitement l’idée réincarna -

tionniste, des enregistrements de cette nature ne pouvant s’expliquer que sous forme d’autosuggestions prénatales, qui se réaliseraient en leur temps grâce à un processus analogue à celui par lequel se dégagent les suggestions post-hypnotiques) ; l’autre, selon laquelle ces mêmes événements existeraient enregistrés en un « plan astral », ou dans un « ambiant métaéthérique » accessible aux facultés subconscientes, ou, si l’on veut, dans l’intelligence d’entités spirituelles régulatrices des destinées humaines (dans ce cas, nous admettrions implicitement l’hypothèse fataliste).

Sous-Groupe J

Prémonitions de mort se produisant traditionnellement en une même famille.

Une branche historico-légendaire existe dans cet ordre de manifestations, constituée par les nommées « Dames Blanches », ayant pour habi tude de se manifester en quelque famille, presque toujours illustre, à l’occasion de graves événements concernant l’un de ses membres, et presque toujours à l’occasion de sa mort.

La « Dame Blanche » la plus fameuse est certainement une Berthe de Rosemberg, qui vécut au xv e siècle et se montra d’abord longuement au

château de Neuhaus, où elle avait vécu ; puis dans les résidences d’autres illustres familles apparentées aux Rosemberg, et particulièrement en celles des Hohenzollern, où elle se présenta pour la première fois à Berlin en 1598, huit jours avant la mort du prince électeur Jean-Georges ; puis en 1619, vingt-trois jours avant celle du prince électeur Jean-Sigismond ; puis en 1667, peu de temps avant la mort de la princesse Louise- Henriette, enfin en 1688, à la veille de celle du grand prince électeur. La dernière apparition à Berlin touche à notre époque, puisqu’elle advint à la date du 22 mai 1850, comme annonce de l’attentat contre Frédéric-Guillaume IV, roi de Prusse.

Tout ceci pour le point de vue historique des manifestations qui nous intéressent ; car, au point de vue scientifique, ces récits plus ou moins légendaires ne revêtent aucune importance, vu l’impossibilité de les soumettre à des recherches satisfaisantes. Tout ce qu’on peut affirmer en leur faveur, c’est que, de même qu’il n’y a pas de « fumée sans feu», ces légendes n’existeraient pas sans un fond de vérité.

Je passe tout de suite à l’exposition de cas contemporains de manifestations prémonitoires à type répété.

LXXVIII e Cas. — Je l’extrais des Proceedings of the S . P. R ., Vol. V, p. 302. — Mrs. Welman écrit :

Il existe dans la branche maternelle de ma famille une tradition selon laquelle, quelque temps avant la mort d’un de ses membres, un gros chien noir apparaissait habituellement à quelqu’un de ses parents. Un jour de l’hiver 1877, vers l’heure du dîner, je me disposais à descendre ; la maison était éclairée, et tandis que je me dirigeais à un passage qui conduisait à l’escalier, j’aperçus tout-à-coup un gros chien noir, qui marchait devant moi sans faire de bruit. Dans cette pénombre, je le pris pour un de nos chiens de berger ; j’appelai donc : « Laddie ! » mais le chien ne se retourna pas, et ne montra par aucun signe d’avoir entendu. Je le suivis, éprouvant un vague sentiment de malaise, sentiment qui s’effaça devant une profonde stupeur lorsque, parvenue au bout de l’escalier, je vis disparaître devant moi toute trace du chien, quoique toutes les portes fussent fermées. Je n’en parlai à personne, mais je ne cessais de songer à ce qui m’était arrivé. Deux ou trois jours après, nous parvint d’Irlande la nouvelle de la mort inattendue d une de mes tantes, sœur de ma mère, survenue à la suite d’un accident (Signé : Mrs. Wet man).

LXXIX e Cas. — Je le tire du Vol. XI, p. 537- 542, des Proceedings of tlie S. P. R. — Etant donnée la longueur du récit, et la nature plutôt aride des documents qui le composent, je me borne à en présenter un résumé.

Le cas se rapporte à la famille des Woods, dans laquelle la préannonce de mort se manifestait sous forme auditive, au moyen d’une succession de coups. L’importance du cas consiste

en ceci, que Myers parvint à retrouver des témoignages écrits au sujet des manifestations en question, dont il fut prouvé qu’elles remontaient à trois siècles en arrière, et qu’elles persistaient encore de nos jours.

Les documents recueillis par lui furent publiés dans son travail sur la « Conscience Subliminale », qui fait partie du volume indiqué des Proceedings.

Il résulte de ces documents que le premier qui parla de ces manifestations dans la famille des Woods est l’historien D r Robert Plot ; celui-ci, dans son ouvrage Natural History of Oxfordshire, publié en 1677, en rapporte de nombreux exemples, dans l’un desquels on n’entendit que trois coups formidables, auxquels, six mois plus tard, correspondirent les morts de trois membres de la famille.

On arrive alors à l’année 1784 ; durant celle-ci des membres de la famille rédigèrent sur les marges de l’histoire du D r Plot, des annotations regardant d’autres cas de coups prémonitoires.

Ensuite, on passe aux témoignages de membres vivants de la famille, en commençant par l’année 1872, jusqu’à l’année 1895.

Cette longue persistance des manifestations à travers les siècles, confère à cet exemple une importance non négligeable ; et Myers le commente en ces termes :

Faudrait-il déduire de cela que chaque fois qu’un groupe d’entités désincarnées parvient à établir des communications avec les vivants, une continuité

d’efforts se dégage pour continuer la tâche ? Ou bien, que chaque défunt, par la suite, trouve dans la préexistence des faits, le stimulant suggestif nécessaire pour qu’il tente à son tour de les perpétuer ? Ou enfin, devrions-nous peut-être expliquer le fait avec une prédisposition héréditaire dans la famille pour un mode identique de perception supernormale ?

Cette dernière hypothèse de Myers est peutêtre la plus fondée.

LXXX e Cas. — Je l’extrais de la Revue d’Etudes Psychiques , année 1901, p. 21. Le Prof. Pirro-Bessi, écrit :

Jusqu’à l’événement que je vais décrire, l’idée spirite était pour moi l’une des plus extravagantes et des plus grotesques. Non seulement je traitais de fous et de naïfs ceux qui la prônaient ; mais j’en arrivai à former cet âpre dilemme : que les spirites étaient tous ou des mystificateurs ou des mystifiés.

Ma femme et moi, en décembre dernier, nous nous trouvions auprès de la famille de celle-ci. Un soir, tandis que nous étions assis, causant gaiement autour d’un grand feu allumé dans la cheminée de la cuisine, nous fûmes tous secoués tout-à-coup par un coup très fort semblant provenir d’un fusil déchargé dans la chambre même. Après le premier étonnement, nous tâchâmes de nous expliquer ce fait, en commençant par voir s’il s’agissait de quelque mauvaise plaisanterie, ou pis encore. Mais la porte de la maison était fermée, et personne ne se trouvait dans les chambres. Quelqu’un de nous monta

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jusqu’aux greniers, je descendis visiter les sous-sols et la cave : rien. Nous observâmes alors les fusils : ils étaient chargés...

Regagnant la cuisine, nous sentons une odeur très forte de poudre brûlée, au point que nous éprouvons le besoin d’ouvrir la fenêtre.

Je demeurai stupéfait et confus, mais je fus encore plus surpris de remarquer chez mes parents une expression, plus que d’étonnement : d’abattement douloureux. Un profond silence régna pour un instant dans la chambre, silence que je rompis disant :

— Mais qu’est-ce que vous avez ?

Mon beau-père soupira.

— Tu croiras donc, enfin...

Je ne répondis pas, j’étais impressionné.

— Eh bien — continua-t-il — ce bruit est de mauvais augure !

— Allons donc — m’écriai-je — superstition, tout cela !

Il leva les épaules, presque impatienté. Mais, après un instant, il reprit :

— Superstition ? Je parle par expérience, par douloureuse expérience. Tu sauras que ce n’est pas la première fois... et toujours quelque malheur est arrivé dans notre maison... Huit jours avant que mourût ma pauvre sœur, nous avons entendu ce même coup. Vous rappelez-vous ? — fit-il, en s’adressant à sa femme et à une vieille servante.

Les deux femmes approuvèrent d’un geste de douloureuse tristesse.

— Et la mort de mon fils aîné, aussi, fut précédée de quinze jours par la même annonce.

Je ne pouvais encore prêter une foi absolue à ces paroles, et cependant je me sentais troublé.

Le même silence qu’auparavant se refit dans la chambre, mais cette fois, un coup de cloche vint l’interrompre brusquement. J’allai moi-même ouvrir la porte. C’était un cousin germain de mon beau-père, riche propriétaire qui habite dans la partie opposée du pays. Il entra, sans même souhaiter le bonsoir. Il avait l’air sombre et effrayé ; et ses premières paroles furent les suivantes :

— Est-ce que vous n’avez rien entendu, vous ?

Tous, et moi y compris, répondirent ensemble, lui

donnant à peine le temps d’achever sa demande :

— Tu as donc entendu aussi ?

— Oui, un grand coup de fusil. Nous étions à table.

Le court récit qu’il nous fit entendre accrut au

plus haut point mon trouble. Cette étrange coïncidence de deux faits aussi égaux et simultanés me fit éprouver presque une vague terreur... Et pourtant, je ne voulais pas encore admettre qu’il s’agît d’« esprits ».

Dans les jours suivants, nous ne parlâmes plus de la chose. Mais ce qui était arrivé avait répandu dans toute la famille une inquiétude muette, que chacun tâchait en vain de dissimuler.

Deux semaines se passèrent ; un matin, nous trouvâmes notre tante morte dans son fauteuil... »

La Revue d?Etudes Psychiques (année 1901 r p. 98) publia la lettre de confirmation suivante adressée au Directeur, M. C. de Vesme.

Panicale, 17 avril 1901.

Les soussignés, respectivement femme, beau-père, belle-mère, beau-frère du Prof. Pirro Bessi, de Cor-

tone, et cousin de son beau-père, jugent qu’il est de leur devoir de déclarer à M. C. de Yesme, Directeur de la Revue d'Etudes Psychiques , de Paris, que le récit fait par leur parents, dans la même Revue sous le titre : J'ai vu et fai entendu , est parfaitement exact, malgré son caractère merveilleux, pour ce qui a trait au coup de fusil entendu, en même temps, dans l’habitation des quatre premières personnes soussignées, et dans l’habitation de la cinquième — quoique les deux maisons se trouvent aux deux extrémités opposées du pays.

Ils jugent utile d’ajouter qu’ils entendirent d’autres fois encore, toujours en même temps dans les deux maisons, de tels bruits semblables à des coups de fusil, et que ce fut toujours un signe avant-coureur de la mort de quelque parent, qui ne tardait pas â se réaliser... »

Signés : Louise Bessi, née Landi. — Ange Landi. — Adélaïde Landi. — César Landi — François Bastianelli).

LXXXI e Cas. — Il fut publié par Mrs. Sid- ■gwick dans son ouvrage sur les prémonitions (Proceedings of the S. P. R. ; Vol. V, p. 307-308) et recueilli et étudié par Myers en Avril 1888. — Mrs. Cowpland-Trelaor raconte :

Durant une nuit du mois de juin 1863, dans notre résidence du vicariat de Weeford (Staffordshire) ma sœur et moi fûmes réveillées tout-à-coup par un hurlement plaintif. Nous visitâmes tous les recoins de la maison, qui s’élevait, isolée au milieu de la campagne, sans rien découvrir. Dans cette première circonstance, ni notre mère, ni les serviteurs ne furent

éveillés par ce hurlement ; mais, par contre, nous trouvâmes notre sauvage chien « bulldog » le museau enfoui dans un monceau de fagots et tremb'ant de peur . Le 28 du même mois de juin, notre mère

mourait.

Le second cas du phénomène fut de beaucoup le plus impressionnant, et se produisit dans le même vicariat, en août 1879. Depuis quelque temps notre père était malade, mais ses conditions de santé demeuraient stationnaires, et le dimanche du 31 août, il officia encore à l’église, bien que devant mourir neuf jours après. La famille était alors composée de notre père, de ma sœur et de moi, de notre frère, deux serviteurs et une femme de chambre. Nous couchions tous dans des. chambres séparées distribuées en différentes parties de la maison, qui, pour un presbytère, était très vaste.

C’était une nuit calme et sereine des derniers jours d’août ; aucune voie ferree n existait aux alentours j il n’v avait pas de maisons voisines, ni de rues pouvant être parcourues par des passants attardés ; le silence était absolu, et la famille était plongée dans le sommeil, quand, entre minuit et minuit un quart, nous fûmes tous réveillés, sauf notre père, par de subits hurlements, désespérés et terribles, possédant une tonalité différente de celle de toute voix humaine, et analogue à celle précédemment entendue à la mort de notre mère, mais infiniment plus intenses. Ils venaient du corridor conduisant à la chambre de notre père. Ma sœur et moi descendîmes du lit (personne n’aurait dormi avec ces hurlements) ; nous allumâmes une bougie, nous rendîmes dans le couloir sans penser même à nous vêtir ; là, nous rencontrâmes mon frère et les trois domestiques, tous terri-

fiés comme nous. Bien que la nuit fût très calme, ces hurlements désespérés étaient accompagnés de coups de vent, qui semblaient les transmettre, et l’on eût dit qu’ils sortaient du plafond. Ils se prolongèrent durant plus d’une minute, pour s’évanouir ensuite à travers une fenêtre.

Une étrange circonstance se rattache à l’événement : nos trois chiens, qui dormaient avec ma sœur et moi, avaient couru tout de suite se tapir dans des coins, leur poil hérissé sur le dos. Le « bulldog », s’était caché sous le lit, et, comme je ne parvenais pas à l’en faire sortir en l’appelant, je dûs le traîner de force, constatant qu’il était en proie à un tremblement convulsif.

Nous courûmes dans la chambre de notre père, où nous pûmes voir qu’il dormait tranquillement. Le lendemain, avec les précautions voulues, nous fîmes allusion en sa présence à l’événement de la nuit, et cela nous permit de constater qu’il n’avait rien entendu. Or, comme il était impossible de dormir d’un sommeil ordinaire tandis que résonnaient ces hurlements atroces, il faut supposer qu’ils ne résonnaient pas pour lui. — Quinze jours après environ, et plus précisément le 9 septembre, notre père expirait.

Voici un troisième cas. — En 1885, je me mariai, et j’allais habiter Firs (Bromyard) où je vivais avec ma sœur, Mrs. Gardiner. Mon frère demeurait à cinq milles de distance, et jouissait alors d’une parfaite santé. Une nuit de la moitié de mai, ma sœur et moi, la domestique Emilie Corbett et les autres domestiques (mon mari était absent) nous entendîmes de nouveau les hurlements désespérés habituels, quoique moins terribles que la dernière fois.

Nous descendîmes de nos lits, visitant la maison, sans rien trouver. — Le 26 mai 1885, mon frère mourait.

Le quatrième cas eut lieu à la fin du mois d’août 1885. — Moi, Emilie Corbett et les autres domestiques, nous réentendîmes les hurlements. Cependant, comme notre demeure n’était pas isolée ainsi que le presbytère de Weesford, et que les hurlements n’étaient pas aussi puissants qu’en cette occasion, je me berçais de l’idée qu’ils pouvaient provenir de quelque passant, bien que ne pouvant me soustraire à une certaine inquiétude au sujet de ma sœur. Mrs. Gardiner, qui, à ce moment, se portait mal. Au contraire, rien ne survint à Mrs. Gardiner, qui vit toujours ; mais une autre de nos sœurs, Miss Annie Cowpland, qui était en parfaite santé au moment où les hurlements se firent entendre, mourait une semaine plus tard d’une diphtérie. >' (Signées : Mrs. Cowpland. Trelaor ; Mrs. Cowpland-Gardiner.

Emily Corbett ).

Analysons brièvement ce cas intéressant étudié par Myers.

Le fait en soi de la préannonce de mort transmise ici sous forme de hurlements désespérés ne présente pas d’importance, car son explication réside dans les idiosyncrasies personnelles propres aux sensitifs auxquels le message est transmis ; c’est-à-dire qu’ordinairement, la forme d’extrinsécation des phénomènes prémonitoires, ainsi que tout autre phénomène supernormal, ne représente que la voie de moindre résistance parcourue par le message supernormal pour arri-

ver, ou de Y Au-Delà, ou des tréfonds de la subconscience, juscju’à la conscience des sensitifs.

L’autre fait (très commun) des animaux qui perçurent en même temps que les membres de la famille l’écho des hurlements prémonitoires, ferait supposer qu’il ne s’agissait pas de simples sons subjectifs ; en ce cas, la circonstance du père qui n’avait rien entendu (parce qu’il ne devait pas entendre) s’expliquerait en supposant qu’il se trouvait à ce moment plongé dans le sommeil somnambulique. * — Du reste la question de l’objectivité ou de la subjectivité des sons de cette nature ne diminue nullement l’autre question qui regarde la signification théorique de ces mêmes sons.

Toujours à propos des animaux, il est à observer que, dans ces circonstances, ils manifestent constamment des signes non douteux de terreur extraordinaire ; ceci prouverait qu’ils ont instinctivement conscience de se trouver en face de manifestations supernormales ou extrinsèques ; car, dans des circonstances analogues d’origine humaine, les chiens, loin d’être épouvantés, s’irriteraient, aboieraient (1).

(1) Pour l’analyse des perceptions psychiques dans les animaux, je renvoie à mon travail : Perceptions psychiques et animaux , paru dans les Annales des Sciences Psychiques, 1905, pages 422, 469.

Cette dernière considération nous ramène à la question essentielle à résoudre : c est-à-dire si T élément intentionnel qui existe indubitablement dans les manifestations étudiées,est de nature subconsciente ou extrinsèque. En effet, dans le cas où le maintien caractéristique des animaux prouverait l’existence d’un élément supernormal extrinsèque dans ces manifestations, ce dernier, à son tour, prouverait ' Yorigine extrinsèque de l’élément intentionnel ; et admettre ceci signifierait admettre la validité de l’hypothèse spirite.

IIP CATÉGORIE

PRÉMONITIONS D’ÉVÉNEMENTS DIVERS

Sous-Groupe K

Prémonitions d’événements importants n’impliquant pas la mort (extraction de

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