CAUSES NATURELLES
Dans ce sous-groupe, comme dans celui qui correspond à la catégorie des auto-prémonitions, j’adopterai le terme de six mois comme minimum de temps pour les épisodes à « longue échéance » ; mais je fais remarquer que ce terme ne représente rien de concret ; ce n’est qu’une limite facultative adoptée par commodité. Le fait concret consisterait dans l’opportunité d’établir une subdivision de cette nature dans l’ordre des faits étudiés, parce qu’en ligne générale, le temps est un facteur théoriquement important dans les prémonitions.
XVLI e Cas. — Dans ce premier épisode, l’in-
tervalle entre la prémonition et son accomplissement est de huit mois. Je l’extrais du Light (1901, p. 393).
Mrs. Alice Bell Campbell parle d’un séjour qu’elle a fait à Londres en 1900, durant lequel elle eut un rêve symbolique plus tard réalisé, et qu’elle décrit ainsi :
Je rêvais que je me trouvais à un enterrement, dont le souvenir très clair me resta : une rafale de neige sévissait. Je discernais distinctement le visage des <(porteurs» (qui m’étaient tous inconnus) ; je voyais les fleurs sur le cercueil et l’intérieur d’une église (Episcopale) où la cérémonie se poursuivait. Dans mon rêve, je m’étais avancée pour lire le nom gravé sur le cercueil, mais une grande abondance de fleurs m’en avait empêché ; et, juste au centre, posé sur le nom, je voyais un grand bouquet de roses aux couleurs vives, liées par un ruban.
Le lendemain à déjeuner, je racontai aux convives ma vision, et l’un d’eux m’observa : « C’est que vous devez recevoir bientôt de mauvaises nouvelles de chez vous, et ce seront probablement des nouvelles de mort ». Vingt minutes ne s’étaient pas écoulées, que je reçus un télégramme de ma sœur, résidant à Victoria (Columbia anglaise) ainsi conçu : «. Sérieusement malade ; viens tout de suite ».
Chose étrange : à la lecture du télégramme, tout souvenir de la vision s’évanouit de ma mémoire. — Je télégraphiai immédiatement, et retins une cabine sur un paquebot de l’Allan Line, en partance pour Montréal.
Lorsque j’arrivai à Victoria, je trouvai que ma sœur était devenue une adepte fervente de la
« Christian Science », et qu’elle se soignait selon les règles de la secte» Je m’intéressai également à ces règles, et, pour seconder les idées de la malade, je tins constamment ma pensée fixée sur l’idée de « guérison et de santé » : ceci contribua peut-être à éloigner de moi le souvenir de la vision. Plusieurs mois se passèrent, pendant lesquels la malade resta dans un état stationnaire : ma ; ? elle commença un jour à empirer rapidement, et, le mardi 19 novembre, elle s’éteignit.
Ce jour-là, le temps était beau et doux, surtout relativement à la saison, mais, dans la nuit du vendredi, veille des funérailles, la température devint subitement rigoureuse, et le matin, la campagne apparut couverte d’une épaisse couche de neige.
Parmi les nombreuses fleurs envoyées, les regards étaient attirés par un grand bouquet de fleurs aux couleurs vives, auquel était joint un billet expliquant que ces roses avaient été cueillies pour la défunte quand elle était en vie, et qu’on priait de les déposer sur son cercueil.
Lorsque nous arrivâmes à l’église, dans le déchaînement d’une rafale de neige aveuglante ; que je vis à l’entrée le cercueil entouré des « porteurs » qui m’étaient tous inconnus avant mon arrivée à Victoria, et au centre le bouquet de roses aux couleurs vives ; alors, alors seulement, me revint comme un éclair le souvenir de la vision perçue, dans ses plus petits détails, vision qu’à mon immense stupeur je voyais se réaliser devant moi.
Quelques-uns assurent que «les événements, quand ils vont s’accomplir, projettent leur ombre en avant». Or, tel fut le cas pour moi ; et la projection de l’ombre me parvint huit mois avant l’accomplissement.
On remarquera dans ce cas, d’abord, la circonstance habituelle d’un symbolisme qui se manifeste de manière à laisser la percipiente dans l’incertitude à l’égard de la personne désignée. Ensuite, le fait de l’évanouissement subit de tout souvenir jusqu’à l’accomplissement de la prémonition, malgré que la percipiente en eût parlé un moment auparavant à ses-amis ; forme d’amnésie théoriquement intéressante, parce qu’elle est contraire aux lois de remémoration physiologique, et qu’on la dirait intentionnellement produite. Que si l’on voulait trouver des termes de comparaison avec les « amnésies systématisées » des sujets hypnotiques, on tomberait dans une pétition de principe, car les « amnésies systématisées » présupposent un agent suggestionneur, qu’il faudrait supposer aussi dans le cas étudié.
Cependant, cette brusque interruption de souvenirs se prête à une objection qui, en partie, infirme l’authenticité du cas exposé, vu qu’après huit mois d’intervalle, on peut raisonnablement supposer une intrusion d’illusions mnémoniques par adaptation inconsciente de la situation présente à celle passée ; pour obvier à ce doute légitime, il faudrait donc comparer la relation de la percipiente avec celle indépendante des amis qui en avaient entendu le récit. Faute de cela, et sans léser en rien l’honorabilité de la relatrice, la prudence exige de ne tenir compte que des détails qui, par leur importance et la place qu’ils tien-
nent dans le thème prémonitoire, résistent vic : torieusement à l’hypothèse énoncée. Et ceux-ci sont au nombre de deux : le déchaînement de la rafale de neige, et le bouquet de roses aux couleurs vives ; ce dernier ayant empêché la percipiente de lire le nom sur la bière, es indissolublement une partie intégrale du symbolisme de la vision.
Malgré ces restrictions, le phénomène prémonitoire demeure encore des plus remarquables.
XLVII e Cas. — Dans le Vol. IX, p. 15, du Journal of the S . P. R. on peut lire Y pisode suivant rapporté d’un ouvrage de Paul Aguez intitulé : Spiritualisme : Faits curieux (Dentu, Paris, 1857). La lettre qui le raconte fut expédiée avant l’accomplissement de la prémonition, et le cas est appuyé des témoignages de noms très connus dans le champ du mesmérisme. L’auteur écrit :
Le 10 décembre 1857, nous adressâmes la lettre suivante à M. Morin, Vice-Président de la Société du Mesmerisme , en le priant de la garder cachetée jusqu’à complète exécution du triste présage qu’elle contenait... Nous conservâmes une copie de la lettre envoyée ; l’original, dont la date est certifiée par le cachet postal, nous fut restitué après la vérification de la date et du contenu. Voici la lettre :
« Monsieur, — Il y a un an environ, après une expérience manquée de clairvoyance dans le « verre d’eau », la jeune dame qui s’y était prêtée vit subitement une scène étrange se refléter sur la surface
polie du verre dans lequel elle avait regardé. Elle vit apparaître une chambre contenant deux lits ; un malade était couché sur l’un d’eux, et ses traits convulsés indiquaient l’approche de la mort. Plusieurs personnes entouraient le mourant, parmi lesquelles elle distingua clairement une jeune femme avec deux enfants, tous trois vêtus de deuil.
Cette description ne manqua pas de nous étonner y et, ne sachant à quoi elle se rapportait, nous interrogeâmes la voyante ; celle-ci nous répondit que le mourant lui semblait être notre ami X., employé du Gouvernement, et les trois personnes vêtues de deuil, sa femme et ses fils.
Quelque étrange que le fait nous parût, nous n’v attachâmes pas une importance exagérée, d’autant plus que M. X. jouissait d’une parfaite santé et était un homme très robuste.
Néanmoins, il y a trois mois — c’est-à-dire neuf mois après la vision décrite — M. X. tomba malade d’une broncho-pneumonie... Notre pensée se reporta tout de suite sur la vision, et nous devînmes anxieux au sujet de notre ami, dont l’état empirait lentement. Dans les dernières semaines, la maladie prit un caractère sérieux, et comme la disposition de l’apparte- N ment faisait qu’il était difficile de donner au malade les soins nécessaires, il décida lui-même de se valoir du privilège accordé aux officiers ministériels, et de se faire transporter à l’hôpital du Val-de-Grâce... Au moment où nous écrivons, la maladie de notre ami se maintient, mais ses conditions sont toujours graves. Tel est l’état des choses à la date du 10 décembre 1857... />
Post-scriptum. — M. X. mourait un mois après
l’envoi de la lettre qui précède, laquelle fut lue en présence de MM. le baron du Potet, Petit d’Ormay et Morin, qui, après en avoir pris connaissance, et avoir vérifié le cachet de la poste, portant la date du 11 décembre, certifient que les détails de la lettre sont conformes à la vérité.
L’auteur commente: «Qui aurait dit qu’une personne aisée comme notre ami aurait été obligée, par la force des circonstances, à se faire transporter dans un hôpital ? Qui pouvait croire que sa famille, vue par la percipiente en vêtements de deuil, devait réellement se trouver au chevet du moribond vêtue ainsi, par suite de la mort récente d’un proche parent?
XLVIII e Cas. — M. Henri Buisson écrit en ces termes au Directeur des Annales des Sciences Psychiques (1907, p. 608) :
« C’est avec plaisir que je vous envoie le récit du rêve dont je vous ai parlé..., qui a été contrôlé par ma mère (décédée), mes frères et sœurs, ma femme, et une vieille bonne...
Le 8 juin 1887, je vis ma grand-mère morte étendue dans son lit, ayant une figure souriante comme si elle dormait. A la tête de son lit et au-dessus, un soleil resplendissait. Au milieu de ce soleil, je lus distinctement 8 juin 1888, la date du jour et du mois placée au-dessus de celle de l’année. Je ne m’éveillai pas (comme il aurait pu se faire) sous l’impression produite par ce cauchemar ; mais le lendemain, obsédé par ce rêve, j’en fis part à ma mère. Celle-ci calma mes appréhensions du mieux quelle put, me disant que les rêves ne signifiaient rien, etc., etc.
Bref, on n’en parla plus, mais ma mère le nota cependant ; mes frères et sœurs ont vu cette annotation et, plus tard, ma mère le racontait bien souvent.
Un an après, le 8 juin 1888, ma grand-mère mourait en un quart d’heure. Ce qui me frappa, ce fut le calme de son visage, calme que j’avais constaté, un an avant, dans mon rêve. (Henri Buisson).
Attestation. — Nous, soussignés, certifions avoir eu connaissance de la mort de notre grand’mère un an avant sa mort à la suite d’un rêve fait par notre frère Henri et consigné par notre mère sur une note. En foi de quoi, nous signons pour confirmer l’authenticité de ces faits. (M me Henri Buisson. — M me René Pépin-Buisson — R. Buisson.— P. Buisson. — M. Guitoux (bonne).
XLIX e Cas. — C’est un épisode très remarquable, d’un aspect complètement spirite, et raconté par William Stead. Il parut dans la Review of Review s , et je l’extrais des Annales des Sciences Psychiques , 1909, p. 120. William Stead écrit donc :
« Il y a quelques années, j’avais comme employée une dame d’un talent vraiment remarquable, mais d’un caractère inégal et d’une santé moins que robuste. Elle devint si impossible qu’en janvier, je songeais sérieusement à me séparer d’elle, quand « Julia » écrivit par ma main :
— Soyez patient avec E. M. Elle viendra nous rejoindre ici avant la fin de l’année.
Je fus stupéfait, car rien né m’autorisait à supposer quelle allait mourir. Je reçus l’avis sans rien
dire du message, et continuai d’employer cette dame. C’était, si j’ai bonne mémoire, le 15 ou le 16 janvier, que cet avertissement m’avait été donné.
Il me fut répété en février, mars, avril, mai et juin, et chaque fois le message était comme une espèce de conclusion d’une communication plus étendue :
— Rappelez-vous que E. M. aura cessé de vivre avant la fin de l’année.
En juillet, E. M. avala par mégarde un petit clou ; il se logea dans l’intestin et elle devint gravement malade. Les deux médecins qui la soignaient n’avaient pas d’espoir de la sauver. Dans l’intervalle, « Julia » m’écrivait avec ma main.
C’est sans doute — lui demandai-je — ce que vous prévoyiez quand vous me prédisiez que E. M. mourrait ?
A mon extrême surprise, la réponse fut :
— Non, elle guérira de ceci, mais quand même, elle succombera avant la fin de l’année.
E. M. se rétablit tout à coup, au grand étonnement des médecins, et elle put reprendre bientôt ses travaux accoutumés. En août, septembre, octobre, novembre, l’avis de sa fin prochaine me fut communiqué de nouveau à l’aide de ma main. En décembre,. E. M. fut atteinte de l’influenza.
— C’est cela ? demandai-je à « Julia ».
— Non, elle ne viendra pas ici de façon naturelle, mais quoi qu’il en soit, elle viendra avant l’expiration de l’année.
J’étais alarmé, mais je savais que je ne pouvais pas empêcher l’événement. Vint la Noël. E. M. était très malade. Mais l’année s’écoula et elle vivait encore. « Julia » repartit :
— Je puis m’être trompée de quelques jours, mais ce que j’ai dit est vrai.
Vers le 10 janvier, « Julia » m’écrivit :
— Vous verrez E. M. demain ; faites-lui vos adieux. Prenez tous les arrangements nécessaires. Vous ne la reverrez plus sur la terre.
J’allai la trouver. Elle avait la fièvre avec une mauvaise toux. On allait la transporter à un hôpital où elle aurait été mieux soignée. Elle me parla tout le temps de ce qu’elle allait faire pour terminer ses travaux. En lui disant adieu, je me demandai si « Julia » ne faisait pas erreur.
Deux jours après, je reçus un télégramme m’informant que E. M. s’était jetée par une fenêtre du quatrième étage dans un accès de délire et qu’on l’avait ramassée morte. La date n’avait dépassé que de quelques jours les douze mois dont avait parlé le premier message.
Je puis prouver l’authenticité de ce récit par le manuscrit même des messages originaux et par l’attestation contresignée de mes deux secrétaires, à qui, sous le sceau du secret, j’avais communiqué les avertissements de « Julia ».
Ce cas est théoriquement très remarquable, et le nom de son rapporteur est une garantie absolue de son authenticité.
J’attirerai l’attention en passant sur le fait que les deux fois où la personne désignée tomba malade avant l’accomplissement de la prophétie, Stead crut le moment fatidique arrivé, et que, malgré cela, il obtint une réponse négative ; ceci est contraire à la genèse subconsciente du
message prémonitoire, et favorable à l’indépendance spirituelle de la personnalité de « Julia », car, dans le cas contraire, l’action auto-suggestive n’aurait pas manqué de s’exercer sur le Moi subsconcient de Stead, l’entraînant à confirmer ce que pensait le Moi normal.
J’observerai aussi que la réponse de «Julia»: « E. M. ne viendra pas ici de façon naturelle » révèle que celle-ci, non seulement connaissait la fin très proche de la dame en question, mais encore était pleinement instruite du genre tragique de mort qui l’attendait ; ceci offre matière à de sérieuses réflexions, car il en ressort que si « Julia » avait confié le fait à Stead, ce dernier aurait sûrement sauvé la malade de la mort en la faisant surveiller. On se pose donc spontanément la question « : Pourquoi « Julia » ne le fit-elle point ? Pourquoi, le pouvant, ne voulut-elle pas proférer une parole qui aurait arraché une personne à la mort ?» —- C’est uii troublant mystère, et une explication seule pourrait y répondre : « Cela n’était point permis à « Julia », car les esprits n’ont pas le pouvoir de mettre obstacle aux cours des destinées humaines ». Et nous voilà retombés en pleine hypothèse fataliste ; si l’on ne veut pas y arriver, il ne reste d’autres voies de sortie que les hypothèses rein carnationniste , ou prénatale.
Les mêmes réflexions peuvent fournir un bon argument contre l’hypothèse de l’origine subconsciente de toutes les prémonitions. Si cela
ftNP
était, en effet, on n’expliquerait pas les réticences analogues à cette dernière, vu qu’il ne peut exister, pour un Moi subconscient, des prohibitions Supérieures qui empêchent de sauver de la mort une personne en lui révélant ce qu’il sait. Dans ces conditions, quelle autre raison invoquer pour expliquer les nombreux épisodes renfermant des réticences analogues ? On en che cherait en vain, car il n’en peut pas exister.
L e Cas — C’est un autre épisode à empreinte franchement spirite, que j’extrais du livre de Florence Marryat : « There is no death (pp. 194- 198) Elle écrit :
Après que j’eus fais la connaissance de Lottie Fowler, je puis assurer qu’il n’y eut pas d’événement dans ma vie qui ne m’eût été préalablement annoncé ; toutefois, ces événements ne pourraient pas intéresser le lecteur, exception faite d’un seul, le plus triste de ma vie, et qui me fut prophétisé d’une manière merveilleuse.
En février 1886, Lottie (ou plutôt « Annie », son « esprit guide ») me dit : « Une grande douleur t’est réservée ; je te vois dans un nuage sombre, et sur ta tête est une bière, qui devra sortir de ta porte ».
— Je vivais alors seule avec mon mari ; je demandai donc : « Il s’agit peut-être de ma propre bière ? »
— « Non ; c’est celle d’une personne beaucoup plus jeune ». — Je tâchai d’en apprendre davantage, mais inutilement.
Malgré tous mes efforts pour distraire ma pensée du triste présage, il me revenait avec insistance, car
je savais par expérience à quel point les prophéties d’ « Annie » étaient véridiques. Un moment arriva où je sentis ne pouvoir supporter davantage les tortures de l’incertitude, et, retournant chez Lottie Fowler, je demandai à « Annie » : « J’ai besoin de m’entendre dire que le cercueil dont tu as parlé ne regarde aucun de mes enfants ; car si tu ne me délivres pas de cette intolérable angoisse, je crains de devenir
folle ».-« Annie » parut réfléchir un moment,
puis elle dit lentement : « Non, il ne regarde aucun de tes enfants». — « S’il en est ainsi — répondis-je
— alors je peux faire face à toute autre épreuve ».
Du temps se passa ; en avril je perdis un oncle. Je
revins chez Lottie Fowler et demandai à « Annie » :
— « Est-ce cette mort-ci que tu m’annonces ?» — « Non, répondit-elle — le cercueil devra sortir de ta porte. Mais le parent qui est mort devra bientôt être suivi d’un second ' (ce qui se produisit dans la semaine).
En février mourut le fils unique de mes voisins. Je les connaissais depuis de longues années et les plaignis profondément. Je regardai les funérailles par la fenêtre, et lorsque je vis sortir le cercueil de la porte de la maison, qui n’était séparée de la mienne que par une petite grille, la pensée me vint que les voyants discernent souvent le futur sous forme d’une succession de tableaux, et qu’il pouvait se faire qu’ « Annie » eût vu le cercueil sortir de la porte du voisin et l’eût confondue avec la mienne.
Je revins chez Lottie Fowler (cette insistance prouve à quel point la prophétie m’avait impressionnée) et je demandai à « Annie » : « La personne à laquelle tu faisais allusion n’est donc pas morte ? »
— « Non — répondit-elle — ce devra être le cercueil
d’un parent à toi ; et désormais l’événement est très proche ». — Je me sentais plus anxieuse que jamais ; néanmoins le tourment de l’attente n’arriva pas jusqu’à me rendre malheureuse, puisqu’ « Annie » avait exclu qu’il pût s’agir de quelqu’un de mes enfants ; et, tant qu’on épargnait mes enfants, je me sentais forte contre l’adversité.
En juillet, ma fille aînée revint chez moi. Elle était en proie au découragement par suite de la mort d’un ami très cher auquel elle était rattachée par des liens professionnels. Ma fille avait toujours été contraire au mouvement « Spiritualiste » qui lui paraissait inutile et dangereux, et elle trouvait que je m’en occupais trop. Je l’avais souvent priée de m’accompagner aux séances, mais elle me répondait qu’il n’y avait personne dans l’autre monde avec qui elle désirât causer. A présent pourtant qu’elle avait perdu son jeune ami, elle me demanda de la conduire chez un médium, dans l’espoir de communiquer avec son cher défunt ; et je la conduisis chez Lottie Fowler. « Annie » n’attendit pas d’être interrogée, mais s’adressa tout de suite à elle en disant : « Vous êtes venue dans l’espoir de communiquer avec un ami décédé depuis peu. Il est ici avec moi, et affirme que bientôt vous le reverrez ». — Ma fille demanda : « Chez quel médium devrai-je me rendre pour le revoir ?» — « Pour vous aucun médium n’est nécessaire : attendez quelque temps, et vous pourrez le revoir avec vos yeux ». — Comme ma fille était douée de médiumnité (que je n’avais pas cultivée en elle pour raisons de santé), j’interprétai que le défunt se serait manifesté à elle directement. Ma fille interpréta également la réponse dans ce sens, et, s’adressant à moi, dit : « Maman, s’il m’appa-
raissait pendant la nuit, j’en serais terriblement effrayée ». —■ Ce à quoi « Annie » répliqua : « Non, vous ne serez nullement effrayée quand vous le reverrez ; vous en serez au contraire infiniment heureuse, et votre rencontre sera une source réciproque de joie ».
A ce moment, ma fille avait signé un contrat très rémunératif pour une tournée artistique en province ; ce qui lui fit demander : « Dis-moi ce que tu vois pour moi dans l’avenir ?» — « Annie » répondit *
« Venez une autre fois, car aujourd’hui tout est noir autour de vous. Je ne parviens pas à voir clair dans votre avenir ; quand je m’efforce de le pénétrer, derrière votre tête surgit un voile qui m’en empêche ». — Alors « Annie » m’adressa ces mots : « Florrie, le cercueil est tout proche de toi : il est suspendu sur ta tête !» —-Je répondis inconsidérément : « Je me souhaite qu’il vienne une bonne fois et qu’on n’en parle plus. Voilà dix-huit mois que tu m’as fait part de cette funèbre prophétie. » — En parlant ainsi, certes, je ne m’attendais pas à le voir se réaliser si tôt et si terriblement. Trois semaines plus tard, ma fille aînée, alors hôte de ma maison, passait le seuil de ma porte immobile dans son cercueil, dirigée vers la dernière demeure de Kensal Green.
Anéantie par le coup effroyable, quelque temps se passa avant que je pusse me rappeler la prophétie d’ « Annie » ; et, lorsque je m’en souvins, j’allai lui demander pourquoi elle m’avait torturé l’âme, la tenant durant dix-huit mois dans cette attente douloureuse; elle me répondit quelle l’avait fait sur le conseil de mon « esprit-guide » et dans le but d’éviter que le coup moral trop subit me dérangeât l’esprit. Lorsque je lui demandai pourquoi elle
m’avait trompée en m’assurant qu’il ne s’agissait pas He la mort d’un de mes enfants, elle répéta qu’elle avait obéi à des ordres supérieurs, puisque la révélation anticipée et intempestive de toute la vérité m aurait presque tuée ; ce dont je ne doute pas... »
LI e Cas. — Je l’extrais des Proceedings of tlie S. P . R., Vol. XI, p. 527. La percipiente est une dame très distinguée adonnée à des œuvres philantropiques et présentée à Myers par le D r Liébeault. Elle éprouva plusieurs manifestations psychiques spontanées très intéressantes, dont elle garda le souvenir, et qu’elle réunit ensuite dans un opuscule ; c’est de là que Myers tire ce récit :
En novembre 1877, j’attendais mon troisième enfant ; et, la nuit qui précéda la naissance, je fis un rêve horrible. J’avais la sensation que ma chambre était envahie par une multitude d’influences mystérieuses et malheureuses ; et je vis un petit être se détacher de cette masse confuse et douloureuse au fond de la chambre, et m’approcher en disant : « Je viens à toi pour obtenir le réconfort de ton amour. »
C’était un petit être de l’âge de trois ou quatre ans, humain seulement par son visage, où brillaient deux grands yeux noirs. Je remarquai aussi le mouvement de sa lèvre, exprimant une grande souffrance. Quant à son petit corps, il était si pénible à la vue, et si différent, que je m’éveillai profondément angoissée, le cœur me battant violemment.
Le matin venu, je racontai le songe à ma mère, qui le jugea un incube provoqué par les conditions
dans lesquelles je me trouvais. Ce même jour, sans crainte d’aucune sorte, on souhaita la bienvenue à une troisième enfant, belle, brune, bien conformée et pleine de santé.
Après plusieurs semaines, il m’arriva d’observer pour la première fois que la physionomie de l’enfant, surtout lorsqu’elle était sur le point de pleurer, ressemblait cî’une manière impressionnante à l'enfant de mon rêve et que dans son visage luisaient les mêmes grands yeux noirs expressifs, très doux. Mais, à mesure qu’elle croissait en âge, on lisait au fond de ses grands yeux une indéfinissable tristesse toujours grandissante. Je communiquai mes appréhensions à ma sœur, qui les partagea ; et toutes deux, nous surveillâmes le développement de la fillette avec une angoisse que seules les mères pourront comprendre. On l’éleva facilement, l’enfant n’ayant aucun défaut de tempérament ; elle était incroyablement précoce en tout : dans le développement des sens, de la mémoire, de l’intelligence, de l’affection.
Tout alla bien jusqu’à l’âge de deux ans et demi ; mais alors une terrible maladie me l’emporta. Elle fut atteinte de la rougeole, qui provoqua la granulation des reins, et celle-ci détermina une méningite. L’infortunée petite fdle resta gravement malade pendant trois mois et demi. Dans la dernière semaine de sa pauvre existence, elle était réduite à des conditions d’amaigrissement extrême ; et, un jour, la montrant à ma sœur, j’observai tristement : « Voici l’enfant de mon rêve, telle qu’elle m’apparut dans des conditions identiques la veille de sa naissance ! »
(Là sœur de la percipiente, dans une lettre écrite à Myers le 13 avril 1894, confirme le récit en ces termes : « J’affirme la scrupuleuse exactitude de la
relation. Ma sœur me raconta le rêve lorsqu’elle l’eut : je fus témoin de ses appréhensions durant la brève existence de sa troisième enfant, et lorsque celle-ci était à ses derniers moments, elle m’adressa textuellement les paroles rapportées par elle »).
Ce cas justifierait de préférence l’explication « réincarnationniste ». Myers y fait aussi allusion par ces paroles : a Dans les cas exposés ici (il parle de la série entière) on ne remarque aucun indice de messagers spirituels. Ils ressembleraient plutôt à des éclairs très fugaces de remémoration, qui devraient se constater chez des personnes ayant eu la vision anticipée du cours de leur vie, et se trouveraient par là devoir le retraverser à l’instar des sujets hypnotiques accomplissant les suggestions post-hypnotiques qu’on leur a inculquées ».
LII e Cas. — Je le tire du Vol. V, p. 318, des Proceedings of tlie S. P. R. — Le percipient, M. J. R. Edisburg, écrit à la date du 4 février 1884 :
Dans l’année 1859, j’étais étudiant en médecine à Belgrave House (Wrexham). Dans la nuit du 9 juin, je fis un rêve dont aucun souvenir ne m’était resté à mon réveil, sauf la date « 9 juin 1864 », vivement empreinte dans ma mémoire.
M’étant rendu à la clinique le matin suivant, je parlai du rêve au chirurgien assistant, et lui dis : « Soyez témoin que sous ce porte-manteau, j’écris la date : « 9 juin 1864 » — J. F. E. » ; et si, à cette époque, vous aurez encore la charge actuelle, vous
constaterez que ceci sera la date de ma mort, ou d’un grand malheur pour moi ». — Et j’écrivis le « memento ».
Plusieurs années se passèrent ; j’abandonnai la carrière pour me consacrer aux affaires ; et à la date du 19 juin 1863 », je me mariai. L’année suivante à la date du 9 juin 1864 ma femme mourait. Le soir seulement de ce jour, je me rappelai le songe fait cinq années auparavant.
A la fin du mois, en compagnie de deux amis r j’allai à la clinique médicale, et leur indiquai mon « memento » : « 9 juin 1864. — J. E. F. » —* Etrange cas, en vérité ! (Signé : J. F. Edisbtjrg).
(Dans une autre lettre, îe relateur apporte une légère modification de temps relativement au moment où il se ressouvint du rêve. Il écrit : « L’impression du rêve resta vivante en moi pendant de nombreuses semaines ; puis elle s’évanouit graduellement,, pour resurgir subitement comme un éclair au moment où le docteur, descendant l’escalier de ma maison, dit : « Il n’y a plus d’espoir pour votre femme. »)
Etrange cas, en vérité, si l’on songe que la prémonition impliquait F antécédent imprévisible du mariage du percipi nt avec la personne désignée peur mourir; de sorte que l’hypothèse fataliste semb’erait ici la plus satisfaisante.
LlII e Cas. — Tiré du Light (1893, p. 33). — Mr David Van Etter, procureur-avocat à Omaha (États-Unis) attaché à la Cour de Cassation de l’État de Nebraska, rapportait le fait suivant dans une lettre privée au Directeur de la Revue
Arena , qui, après consentement de l’auteur, la livrait à la publication :
« Je déclare que tous les détails du récit suivant correspondent rigoureusement à la vérité, et je suis prêt à l’attester sous la foi du serment... En 1867, j’abandonnai Kingston, mon pays natal, pour n’y plus revenir. En 1869, je m’établissais dans l’État de Nebraska, pour passer en 1870 dans la « Républican Walley », où je restai jusqu’en 1875, époque où je vins m’installer définitivement à Omaha.
Du jour où j’avais quitté mon pays natal, jusqu’à l’année 1884, je n’avais plus entendu parler, ni directement ni indirectement de la personne à laquelle se rapporte ce récit. C’était une cousine à moi, plus âgée que moi de quelques années, bonne, honnête et affectueuse. Elle avait épousé un fermier, et s’était entièrement consacrée aux soins du commerce et de sa petite famille, composée de son mari et de deux fillettes, l’une de six ans, l’autre de dix. Je ne l’avais vue qu’à de rares reprises dans ma vie, et toujours fort peu de temps, sauf en été 1861, où j’avais passé plusieurs jours chez elle, qui furent entièrement consacrés aux plaisirs de la chasse et de la pêche. Même dans cette période, je n’ai jamais eu de conversations avec elle qui aient duré plus de quelques minutes, et toujours en présence de sa famille. Je m’étends sur ces détails pour faire remarquer qu’aucune affinité psychologique quelconque n’existait entre nous ; on peut affirmer enfin que nous demeurâmes toujours presque étrangers l’un à l’autre.
Voilà donc les précédents. Une nuit de l’année 1873, dans ma résidence de « Republican Valley » {éloignée de 1.500 milles de celle de ma cousine, à
laquelle je n’avais plus aucunement pensé depuis des années) je rêvai à elle d’une manière très vive, ou, mieux encore, je me trouvait en sa présence . Il me semblait qu’un appel m’était venu d’elle, et que je l’avais trouvée malade dans son lit, soutenue par une montagne d’oreillers, le visage portant la marque d’une souffrance extrême, et les yeux implorant secours, presque comme si j avais eu le pouvoir de soulager sa terrible agonie de douleur. Je contemplais, horrifié, le sein gauche de la malade complètement rongé, décharné, sanglant. A présent encore, quand je rappelle cette scène à mon esprit, je me sens presque défaillir d’effroi. Et pourtant, cet épouvantable spectacle réaliste n’était pas réel ; ma cousine était éloignée de 1.500 milles et le fait n existait pas encore. Il ne me fut pas possible de me rendormir cette nuit-là, malgré ma certitude d’avoir fait un rêve sans signification : mais l’impression ressentie fut telle, que je suis encore a même de me le représenter avec la vivacité primitive.
En 1884 seulement, 'je vins à savoir que ma cousine était morte ; et je n’appris que le 3 août 1892,. que la niort s’était produite le 19 juillet 1878, des suites d’un cancer qui lui avait complètement rongé et décharné le sein gauche, causant à la malade de longues souffrances et une terrible agonie de douleur. Et tout cela s’était produit cinq années après mon rêve, dans une situation ambiante identique ; mais — je le répète — s’agissait-il bien d’un rêve ? (Signé : David Yan Etten.)
Dans ce cas, la circonstance théoriquement intéressante consiste dans l’affirmation du percipient qu’il avait oublié depuis de longues années
la personne visualisée en rêve, à laquelle il n’avait jamais été rattaché par des affinités psychologiques d’aucune espèce, de manière qu’on peut affirmer qu’ils avaient tous deux vécu presque étrangers l’un à l’autre.
Cette circonstance est embarrassante, car, en l’absence de rapports affectifs, on ne saurait expliquer la possibilité et la raison du rêve prémonitoire. L’unique hypothèse capable de diminuer quelque peu le mystère, serait encore celle « Spiritualiste », laquelle permettrait de supposer qu’une entité de défunt, désireuse de faire parvenir directement ou indirectement la préannonce de mort à la dame impliquée, n’ayant trouvé ni en elle, ni dans aucun de ses familiers ou connaissances les conditions psychiques nécessaires pour récepter des impressions télépathiques, se soit adressée au parent lointain comme à l’unique sensitif capable de répondre à ses intentions.
Ou bien, on peut croire que la prémonition avait eu pour but unique de secouer le scepticisme du percipient, qui, dans une autre partie de la lettre, se déclare contraire aux idées spiritualistes.
LIV e Cas. — Le fait parut d’abord dans le Light, puis dans le Journal of the S. P . R. (Vol.X, pp. 39-43), appuyé de nombreux témoignages recueillis par les soins de J. G. Piddington.
Mrs. M. R. Y. écrit à Piddington en ces termes :
Je n’ai pas de difficulté à vous communiquer mon
nom ainsi que ceux de mes amis auxquels je parlai presque tout de suite de ma séance avec Mrs. Zuleika, et de ce qui m’y fut prédit.
En février 1900, après déjeuner, et à un moment où l’idée de me rendre à Londres était bien éloignée de mon esprit, (ma résidence est X., à douze milles de distance) je fus comme envahie par un désir impulsif impérieux d’aller voir Mrs. Zuleika. Comme il était pour moi absurde de quitter la maison à ce moment, je résistai à l’impulsion ; mais elle devint bientôt si irrésistible que je fus contrainte de partir précipitamment, sans presque prendre le temps de m’habiller.
Je n’avais jamais vu Mme Zuleika, et comme je vis très retirée et n’ai jamais pris part à des réunions spiritualistes, je crois inadmissible de supposer que Mme Zuleika me connaissait. Or, à peine m’eût-elle vue, qu’elle dit : « Vous êtes venue par impression ; vous avez été envoyée afin que des choses importantes vous soient communiquées au moyen de moi». — Alors, elle m’annonça voir (je sus ensuite qu’elle avait eu une vision clairvoyante) que mon mari serait subitement parti pour l’Afrique du Sud : que pour le revoir avant le départ, j’aurais dû faire un effort de volonté, parce qu’il ne serait pas retourné à la maison, et que j’aurais dû aller à sa rencontre. Elle me conseilla d’entrer en possession de tous les papiers inhérents aux affaires, et aussi d’induire mon mari à faire son testament, parce qu’elle voyait qu’il n’aurait pas dépassé l’année en cours. Je répliquai : « Je ne m’étonne pas de votre jugement ; quiconque part pour l’Afrique est destiné à mourir ; mais sachez que mon mari n’est pas officier combattant, et que c’est un homme très robuste ». — Elle répliqua : « Je
suis sûre de sa mort : la navette de sa vie n’a plus de fil. Je vois qu’il n’arrivera pas à la fin de l’année ». Tandis qu’elle parlait ainsi, j’eus la visualisation d’un calendrier, où la parole Novembre émergeait au-dessus des autres ; j’en conclus que ce devait être la date fatale...
Puis la voyante reprit le thème de la mort de mon mari, et dit : « La raison pour laquelle vous avez été envoyée est celle-ci, que vous devez tout de suite vous faire remettre par votre mari les papiers se rapportant aux affaires, son testament, l’assurance sur la vie, et aussi ses papiers privés ; en cas contraire, vous irez au-devant de multiples ennuis et de graves dépenses. Faites-le tout de suite, parce que son départ est imminent.
Je ne savais rien de sûr relativement au départ de mon mari, que cependant je considérais comme probable... Je lui écrivis immédiatement, et six jours après sa réponse me parvint, où il annonçait qu’il serait parti pour l’Afrique au bout de six autres jours, et qu’avant de partir il serait venu nous dire adieu. Le jour même je tombai malade, et le lendemain, contrainte de garder le lit, je reçus à 11 heures du soir un télégramme de mon mari ainsi conçu : « Je pars demain; viens infailliblement à ma rencontre» Ainsi s’accomplissait ce qu’avait prédit Mrs. Zuleika, car j’eus besoin de faire un grand effort de volonté pour quitter mon lit, malade, et partir le matin avec mon fils. Arrivés au rendez-vous, dans l’émotion des adieux et l’agitation du départ, le temps me manqua pour discuter calmement des affaires ; mais de toute façon, mon mari n’était pas disposé à écouter mes propositions, et répondit qu’il n’en voyait pas la nécessité, parce qu’il ne courait nullement le risque d’être tué !
Mais ce qu’avait dit Mrs. Zuleika vint à s’accomplir entièrement : mon mari, après avoir joui d’une santé parfaite jusqu’au mois de novembre, tomba malade dans les premiers jours de ce mois, pour mourir quelques jours après ; et les conséquences de sa mort furent pécuniairement désastreuses pour moi, et me causent en ce moment de multiples ennuis et de très graves dépenses. (Signé : M. R. V.)
(Suivent les témoignages de sept personnes, qui déclarent que la relatrice leur avait fait part de la prédiction de Mrs. Zuleika au moment où elle la reçut, Il résulte aussi que la relatrice avait, en son temps, pris note de toute chose dans son calepin).
Cet épisode appartient à l’ordre des prémonitions indirectes ou provoquées , dans lesquelles le voyant, au lieu d’être protagoniste ou partie dans l’événement prédit, sert d’instrument consultable. A remarquer l’affirmation de la voyante,, qu’elle parlait par mandat d’entités spirituelles intéressées au bien-être de la consultante ; affirmation dont la valeur s’augmente de la circonstance, autrement inexplicable, du désir impulsif irrésistible qui poussa la consultante à se rendre chez elle.
Nous avons déjà rapporté d’autres cas de cette nature impliquant des réflexions identiques (XXI e à XXV e — XL e — XLI e — L e — ) ; ceci mérite d’être remarqué, car des indices d’inte:- Ventions extrinsèques au percipient manquent d’habitude aux cas de prémonitions indirectes ou provoquées, ce qui semble une raison suf-
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fisante à certains investigateurs pour attribuer lagenèse des manifestations prémonitoires, quelles qu’elles soient, aux facultés de la subeonscience humaine. Or, les cas comme les précédents où l’on rencontre des indices d’intervention spirituelle, démontreraient que cette thèse est pour le moins hâtive, même en reconnaissant que les indices ne sont pas des preuves ; en même temps, elles indiquent qu’il est irrationnel de conclure à l’absence d’intervention extrinsèque, même devant un manque de tout indice qui pourrait en faire légitimement supposer l’existence.
LV e Cas. — Dans l’épisode suivant, analogue au dernier cité, toute allusion à une intervention extrinsèque fait défaut ; et malgré qu’il soit extrêmement connu, son importance m’oblige à le rapporter. Il s’agit du cas rapporté par le D r Liébeault dans l’ouvrage : Thérapeutique suggestive (p. 282) ; le nom de l’illustre savant confère au récit une immense valeur. Voici ce qu’il écrit :
7 janvier 1886. — Est venu me consulter aujourd’hui, à quatre heures après-midi, M. S. de Ch... pour un état nerveux sans gravité. M. de Ch... a des préoccupations d’esprit à propos d’un procès pendant et des choses qui suivent :
En 1879, le 26 décembre, se promenant dans une rue de Paris, il vit écrit sur une porte : « Mme Lenormand, nécromancienne. » — Piqué par une curiosité irréfléchie, il entra.
Mme Lenormand regardant la face palmaire de l’une de ses mains, lui dit : « Vous perdrez votre père dans un an, jour pour jour. Bientôt, vous serez soldat (il avait alors dix-neuf ans) mais vous n’y resterez pas longtemps. Vous vous marierez jeune ; il vous naîtra deux enfants, et vous mourrez à vingt-six ans.
Cette stupéfiante prophétie, que M. de Ch... confia à des amis et à quelques-uns des siens, il ne la prit pas d’abord au sérieux ; mais son père étant mort le 27 décembre 1880, après une courte maladie et juste un an après l’entrevue avec la nécromancienne, ce malheur refroidit quelque peu son incrédulité. Et lorsqu’il devint soldat —- seulement sept mois — : lorsque marié peu après il fut devenu père de deux enfants et qu’il fut sur le point d’atteindre vingt-six ans, ébranlé définitivement par la peur, il crut qu’il n’avait plus que quelques jours à vivre. Ce fut alors qu’il vint me demander s’il ne me serait pas possible de conjurer le sort. Car, pensait-il, les quatre premiers événements de la prédiction s’étant accomplis, le cinquième devait fatalement se réaliser.
Le jour même et les jours suivants, je tentai de mettre M. de Ch... dans le sommeil profond, afin de dissiper la noire obsession gravée dans son esprit : celle de sa mort prochaine, mort qu’il s’imaginait devoir arriver le 4 février, jour anniversaire de sa naissance, bien que M me Lenormand ne lui eût rien précisé sous ce rapport. Je ne pus produire sur ce jeune homme même le sommeil le plus léger, tant il était fortement agité. Cependant, comme il était urgent de lui enlever la conviction qu’il devait bientôt succomber, conviction dangereuse, car on a souvent vu des prévisions de ce genre s’accomplir à la lettre par auto-suggestion, je changeai de manière
d’agir, et je lui proposai de consulter F un de mes somnambules, un vieillard appelé le prophète, parce qu’il avait annoncé l’époque précise de sa guérison pour des rhumatismes articulaires remontant à quatre années, et l’époque même de la guérison de sa fille.
M. de Ch.... accepta ma proposition avec avidité et ne manqua pas de se rendre exactement au rendezvous. Entré en rapport avec ce somnambule, ses premières paroles furent : « Quand mourrai-je ? » — Le dormeur expérimenté soupçonnant le trouble de ce jeune homme, lui répondit, après l’avoir fait attendre : « Vous mourrez... vous mourrez... dans quarante et un ans. » — L’effet causé par ces paroles fut merveilleux. Immédiatement le consultant redevint gai, expansif et plein d’espoir ; et quand il eut franchi le 4 février, ce jour tant redouté par lui, il se crut sauvé.
Ce fut alors que quelques-uns de ceux qui avaient entendu parler de cette poignante histoire s’accordèrent pour conclure qu’il n’y avait eu rien là de vrai ; que c’était par une suggestion post-hypnotique que ce jeune homme avait conçu ce récit imaginaire. Paroles en l’air 1 Le sort en était jeté, il devait mourir.
Je ne pensais plus à rien de cela lorsque, au commencement d’octobre, je reçus une lettre de fairepart, par laquelle j’appris que mon malheureux client venait de succomber le 30 septembre 1886, dans sa vingt-septième année ; c’est-à-dire à l’âge de vingtsix ans, ainsi que M me Lenormand l’avait prédit. Ét pour qu’il ne soit pas supposé qu’il y eut là quelque erreur de ma part, je conserve cette lettre comme mon registre : ce sont là deux témoignages écrits indéniables ».
Ici s’achève le très remarquable récit du D r Liébeault,—Comme je l’ai dit tout à l’heure, certains psycbistes se fondent sur des exemples de cette nature — où nul indice ne transparaît d’interventions extrinsèques au sensitif —\ pour soutenir que la genèse des phénomènes prémonitoires ne doit être cherchée que dans la subconscience des sensitifs eux-mêmes.
Je ne me lasserai jamais de répéter que les causes d’une phénoménologie quelconque ne peu-, vent émerger que de l’ensemble des faits ; et, tel n’étant pas le cas pour la thèse en question, celleci doit tomber irrémissiblement si elle n’offre pas la possibilité d’être examinée sous différents aspects, dont quelques-uns soient acceptables.
Dans notre cas, l’aspect inacceptable de l’hypothèse subconsciente résidé dans le fait que la sensitive, M me Lenormand, aurait pu inférer Vavenir du consultant sur la base des causes existant dans le présent ; hvpothèsé tout aussi insoutenable au point de vue philosophique qu’au point de vue expérimental dès qu’il s’agit d’événements accidentels ou imprévisibles ; ceci pour les raisons exprimées' précédemment, qui seront plus tard appliquées aux résultats de fait.
Il nous reste à examiner les autres aspects de l’hypothèse en chantier. Par exemple, on pourrait soutenir que si M me Lenormand put prévoir les événements futurs de la vie du consultant, c’est parce que les conditions extatiques ou hypnotiques dans lesquelles elle se trouvait Pavaient
mise à même d’entrer en rapport, soit avec la subconscience du consultant, soit avec quelquechose de semblable au plan astral des théosophes, ou à Y ambiant métaêthérique de Myers, ou à Y Inconscient Universel d’Hartmann, dans lequel elle lut, ou d’où elle put déduire, tout ce qu’elle révéla ; toutes ces hypothèses nous permettraient d’exclure la thèse insoutenable de l’omniscience subconsciente, puisque la sensitive aurait acquis, dans ce cas, par une voie indirecte , ou médiate , ou réceptive , et non directement par inférences de causes existant dans le présent , les connaissances révélées.
Au point de vue théorique, tout ceci ne peut être qu’admis ; mais, une fois ces raisonnements accueillis, on s’apercevrait bientôt qu’ils conduisent tout droit à ce transcendantal qu’on voulait écarter. En effet, l’induction d’une supposée lecture dans les subconsciences d’autrui nous entraînerait à admettre implicitement que les événements futurs préconisés existaient de quelque façon enregistrés dans la subconscience du consultant, reconnaissant par là la validité de l’idée réincarnationniste ; et les autres inductions, selon lesquelles la sensitive serait entrée en rapport avec des plans astraux , ou ambiants mètaéthériques , nous feraient inévitablement tomber dans l’hypothèse fataliste. Dans le premier cas, on postulerait une existence prénatale de la personnalité humaine ; dans le second, l’existence d’un Esprit Suprême , ou de multiple
Intelligences Souveraines régulatrices des destinées humaines, et les deux hypothèses combinées, impliqueraient celle Spiritualiste. En conclusion : on en arriverait implicitement a reconnaître la validité des hypothèses reincarnationniste , prénatale, fataliste, spiritualiste.
Tout ceci nous apprend qu’il serait vain de s’obstiner à restreindre dans le même cercle de la psychologie universitaire — normale et anormale — l es manifestations prémonitoires d’ordre complexe et imprévisible, qui échappent et échapperont toujours à ces attaches, étant incontestablement de nature transcendentale. C est pourquoi je me suis abstenu d’appliquer aux cas de la classification présente cette conception superficielle de l’hypothèse subconsciente, qui m’aurait condamné à subtiliser inutilement à l’infini, et à dévider dans le vide, ce à quoi je préférai d’affronter directement les hypothèses supernormales renfermées dans la première.
A titre complémentaire, j’observerai sans insister que l’hypothese spiritualiste proprement dite pourrait aussi bien s’appliquer au dernier cas cité ; alors la sensitive aurait acquis les connaissances révélées au moyen d’ « esprits désincarnés ii affectivement rattaches au consultant.
LVI e et LVII e Cas. — Dans les deux cas suivants, aussi extraordinaires que le précédent, les prémonitions de mort assument le caractère de communications spirites. Je les tire du vol.
XI., p. 580, des Proceedings of thé S. P. R. — La relation du premier cas, publiée par Mrs.
Louise Chandler Moulton, provoqua la lettre du D r Anthony, qui renferme le second. Les deux eas furent renforcés plus tard par les études du D r Hodgson. — Mrs. Chandler Moulton s’exprime en ces termes :
Dans le n° de novembre 1891 du Cosmopolitan Magazine, je publiai un article intitulé : « Comment s’éteignit une famille », où je décrivais les tristes dernières années de la vie du D r Westland Marston (poète et dramaturge américain) et de ses enfants... J’y parlais de l’étrange prophétie spirite obtenue par la fdle aînée du D r Marston, prophétie dictée à cette dernière par une personnalité médiumnique s’affirmant sa mère,, et ainsi conçue : « Tu mourras la première : puis, Nelly; puis, Philip ; enfin, votre père ». Ce qui se réalisa exactement dans, la succession prédite.
. Cette prophétie m’était connue lorsque les membres de la famille Marston étaient tous en vie, et forma bien souvent le sujet de nos entretiens.
On y constate les caractères d’une véritable prescience spirite, et sa publication produisit partout une vive impression, ce que me prouve le grand nombre de lettres qui me parvinrent de toutes parts des Etats-Unis et de l’Angleterre. Parmi celles-ci, j’en remarquai une dont l’intérêt était si grand, que j’écrivis à l’auteur en lui demandant la permission de la publier; c’est celle que je rapporte ici :
• « Providence, 64, John Street.— 5 décembre 1891.
Madame. — J’ai lu votre intéressant article, où vous rapportiez une prophétie de mort se rapportant aux membres de la famille Marston ce qui m’entraîne à vous communiquer une prophétie analogue que j’ai pu moi-même constater.
Je suis docteur en médecine et, parmi mes clients habituels, je comptais la famille de M. Hiram Maxfield, directeur d’hôtel, et très connue dans toute la Nouvelle Angleterre.* Les membres de la famille étaient sains et robustes ; rarement il y en eut de malades, et, lorsque cela arriva, il ne s’agit jamais que de simples indispositions. Un jour je fus appelé pour une légère indisposition de M me Maxfield, dont la demeure était située au-delà de la baie, à quelques milles de distance. La consultation achevée, j’attendais le bateau qui devait me reconduire quand la fille aînée de Maxfield — alors âgée d’un peu plus de. 20 ans — me rejoignit sur le banc pour me dire qu’elle avait quelque chose à me communiquer; mais qu’il s’agissait d’une chose si absurde, que je devais lui promettre de ne rien apprendre aux siens. Elle me confia alors qu’elle avait, quelque temps auparavant, entendu clairement une voix lui murmurer à l’oreille : « Tu mourras la première ; après toi Harry ; puis, ton père ». A ce moment elle était seule ; mais, dans le doute que la voix pût provenir de la chambre contiguë, elle y entra, sans trouver personne ; en même temps, elle entendit la voix lui répéter à l’oreille les mêmes paroles, avec ce surplus : « Et le D r Anthony se trouvera présent à chaque occasion ».
Les trois personnes désignées dans la prophétie jouissaient alors d’une parfaite santé. Deux ans après environ je fus appelé à donner mes soins à la
fille en question, qui, dans l’intervalle, s’était mariée. Je la trouvai frappée d’une attaque apoplectique, et j’arrivai à peine à temps pour la voir mourir.
Après plusieurs mois, le fils Harry, se mit à dépérir rapidement ; des symptômes de consomption se manifestèrent en lui, et, au bout de quelques mois, il mourut. Pour améliorer sa santé, il avait été habiter une station climatérique en compagnie d’un médecin ; mais là il continua d’empirer et Ton dut le reconduire chez lui. Je fus appelé à son chevet, et, cette fois aussi, j’arrivai juste pour le voir mourir.
Une année plus tard, le père contracta un refroidissement au cours d’une partie de pêche à New Hampshire, et, rentré chez lui, vit son indisposition s’aggraver de telle sorte qu’elle le conduisit rapidement au tombeau. Je fus encore appelé pour le soigner ; et si, cette fois, je ne puis dire l’avoir littéralement vu mourir, c’est parce qu’il expira dans le très court intervalle de temps où j’avais quitté sa chambre pour répondre à une communication téléphonique.
Donc, la triste prophétie s’était réalisée complètement.
(Il résulte de la consultation du registre professionnel du D r Anthony, que la prophétie eut lieu à la date du 22 avril 1877 ; que la fille mourait le 9 novembre 1879 ; Harry, le 22 juin 1884, et M. Maxfield, le 2 juillet 1844. La femme du D r Anthony confirme pleinement le récit de son mari).
Pour ce qui regarde le cas Marston, j’ajouterai que Mrs. Chandler Moulton, publiant ensuite une lettre sur ce sujet adressée au D r Marston par la célèbre poétesse anglaise Elisabeth Barrett Browning, la fît suivre de commentaires dont j’extrais le paragraphe suivant :
Lorsque tous ses aimés eurent disparu dans l’ordre prophétisé, le D r Marston était assis un soir à la table familière, devenue déserte, lorsqu’il vit — ou il lui sembla voir — surgir une main du « monde du mystère » et venir serrer la sienne, tandis qu’une voix lui murmurait à l’oreille de très douces paroles d’encouragement et d’espérance, paroles qui, seules, pouvaient lui rendre la vie tolérable. — L’imagination du poète l’illusionna-t-il, ou est-ce au contraire sa fibre sensitive qui lui révéla des mystères que ne rêva jamais notre obscure philosophie ? Qui le sait ? »
M me Barrett Browning écrivit au D r Marston ce qui suit : « Moi qui n’ai aucun droit à vos confidences, je vous suis profondément reconnaissante de l’intéressant et émouvant récit de vos expériences personnelles... Mon mari, qui se proclame sceptique, fut beaucoup plus impressionné par votre lettre, que par toute autre narration de faits analogues... »
(.Light , 1892, p. 402).
Nous voici devant deux autres cas de l’authenticité desquels il ne nous est pas permis de douter, et qui ne semblent pas pouvoir s’adapter à d’autre hypothèse qu’à celle spiritualiste proprement dite, si on les analyse à fond.
En voulant les expliquer sans s’éloigner des pouvoirs de la subconscience, il faudrait présumer que les sensitives ont lu, ou déduit de « traces » existant dans leurs propres subconsciences et dans celles des autres co-intéressés, les dates de mort respectives ; si donc nous avons à expliquer la genèse desdites « traces », il nous faudra recourir aux hypothèses « réincarnationnistes »,
ou « prénatales », selon lesquelles les dates en question auraient été prédéterminées par le Moi Intégral , ou subconscient de chacun d’eux à l’instant de leur respective entrée dans la vie.
Ou bien, il nous faudra présumer que les événement cardinaux de toute existence singulière étant préordonnés, et d’une certaine façon enregistrés dans un ambiant <c astral » ou « métaéthérique » accessible aux facultés subconscientes, les sensitifs ont pu ainsi pénétrer le mystère de leurs destinées respectives ; ce serait, dans ce cas, à l’hypothèse « fataliste » que nous nous arrêterions.
Dans les commentaires au XXXIX e Cas, j’exposai les raisons pour lesquelles je considère devoir exclure l’hypothèse des « inférences subconscientes » du nombre de celles applicables aux phénomènes prémonitoires d’ordre complexe et merveilleux.
Sous-Groupe H
Prémonitions de la mort de tiers a brève