‹ Des phénomènes prémonitoiresChapitre 8 sur 15 · PRÉMONITIONS DE MALADIES DE TIERS · texte numérisé non relu

PRÉMONITIONS DE MALADIES DE TIERS

Bien que les cas susceptibles d’entrer dans cette catégorie soient plutôt nombreux, je n’en rapporterai qu’un seul, car l’intervalle de temps interposé entre la prémonition perçue et la déclaration de la maladie y étant très courte, ils semblent plutôt soumis aux hypothèses des « inférences subconscientes » et « télépathique »,

XX 3 Cas. — Je le tire du récit bien connu du D r Stevens sur le cas de Miss Lurancy Vennum, qui,- après être entrée spontanément en conditions de « possession médiumnique », y persévéra durant quatre mois, assumant le nom de son amie décédée Marie Rofï, et allant vivre auprès de la famille de cette dernière, qu’elle considérait comme sienne, ne reconnaissant pas ses propres parents durant toute cette période.

Parmi les manifestations supernormales variées auxquelles donna lieu l’état spécial de Miss Lurancy, on en rencontre quelques-unes d’ordre prémonitoire, et celle-ci entre autres :

Maria Lurancy-Roff semblait remarquablement, douée pour l’intuition d’événements non encore réalisés. Une après-midi, elle annonça avec une expression de grande anxiété qu’il aurait fallu, la nuit suivante, surveiller attentivement son frère Frank, lequel aurait été saisi d’un mal très grave, avec danger de mort s’il n’était pas immédiatement secouru. Au moment de la préannonce, Frank se portait très bien, et était en promenade par la ville dans le corps de la bande musicale... Cependant a 2 heures du matin, il fut subitement saisi de convulsions, avec symptômes congestifs et inconscience presque complète. Marie dit que le moment critique était arrivé, et ajouta : « Envoyez tout de suite pour le D r Stevens : il est chez M me Marsh ». -- <( Non, lui répondit-on, le D r Stevens est allé à « Old Town ». — « Non, répliqua Marie, il est avec M me Marsh ; envoyez-le tout de suite appeler ». M. Roff y alla et trouva réellement le D r Stevens où le médium avait dit. Quand le docteur arriva auprès du malade, il constata que Marie avait fait de sa propre initiative ce qu’exigeait le cas, et la laissa continuer la besogne, se contentant de seconder ses efforts ; c’est elle qui sauva son frère. (Cité par Myers dans Human PersonaJity , Vol. II, p. 364).

Sous-Groupe F

PRÉMONITIONS DE LA MORT DE TIERS A BREVE ÉCHÉANCE, ET OU LA MORT EST DUE A DES CAUSES NATURELLES.

Cas de XXI a XXIV. — Grâce à la médiumnité de Mrs. Piper, et plus précisément dans la période où se manifestait le « D r Phinuit », on obtint un bon nombre d’épisodes prémonitoires en forme de « diagnostics prophétiques », parfois compliqués d’incidents auxiliaires absolument imprévisibles. Quelque connus que soient ces épisodes, je ne peux m’exempter d’en citer quelques-uns, et je les tire des relations publiées par le D r Hodgson dans les Vol. VIII et XIII des Proceedings of tlie S. P. R . »

Premier cas. - Le D r Hodgson rapporte ce qui suit : « Une autre prophétie regardant la mort d’un frère du D 1 Ihaw, qui n’assista jamais aux séances, se réalisa. Il était atteint d’un asthme chronique. A la séance du 10 mai 1892, Phinuit dit que ses reins étaient malades. Or, à la suite d’une visite médicale minutieuse exécutée deux semaines plus tard, on vint à connaître pour la première fois qu’une maladie de reins s était développée en lui. Durant la même séance, et en réponse à la demande correspondante, il avait ajouté : « Il s’en ira dormir, et quand il se réveillera, c est pour se trouver dans le monde des esprits : son cœur s’arrêtera ». — Or, il mourut effectivement durant son sommeil, et par un arrêt

subit du cœur, le 3 septembre ». ( Proceedings , vol. XIII, p. 352).

Second cas. —- Miss. W. raconte ce qui suit : « Au printemps de 1888, une personne de notre connaissance —- M. S. — était atteinte d’une maladie très douloureuse. Il n’y avait aucune probabilité de guérison, et l’on ne nourrissait d’espérance que pour un soulagement prochain de ses tortures. Une consultation de médecins avait diagnostiqué la continuation de ses souffrances pour une série d’années encore, avec dépérissement mental probable. La fille de M. S., consumée par l’anxiété et par les veilles, était sur le point de tomber malade à son tour. Je demandai à Phinuit : « Que dois-je faire pour réussir à l’emmener et à lui procurer un peu de repos ?» — Il me fut répondu : « Elle n’abandonnera pas le chevet de son père, mais les souffrances de ce dernier ne se poursuivront pas longtemps. Les médecins sont dans l’erreur à son sujet. Il y aura un changement sous peu : il se désincarnera avant que l’été s’achève »V — C’est ce qui arriva ; il s’éteignit en juin 1888. (. Proceedings , Vol. VIII, p. 34).

Troisième cas. — M. M. N. rapporte le cas suivant,, que confirme sa femme : « 5 avril 1889. — J’allai voir Mrs. Piper vers la fin de mars de l’année passée (depuis les premiers jours de février, j’avais pris l’habitude de me rendre chez elle une fois tous les quinze jours). Elle me prédit la mort d’un proche parent à moi, qui se serait produite dans six semaines environ et m’aurait procuré quelque avantage pécuniaire. Je pensai naturellement à mon père, très avancé en âge, de la personnalité duquel Mrs Piper avait parlé avec une admirable évidence plusieurs

semaines auparavant, bien qu’elle se fût comportée de façon à faire croire qu’elle parlait, non pas de mon père, mais d’une autre personne à laquelle me liait une étroite parenté. Je demandai cependant si la personne qui devait mourir était la même qu’elle avait décrite en telle occasion ; mais elle se défendit de manière que je ne parvins à rien savoir. Quelques jours après, il arriva à ma fiancée de rendre visite à Mrs. Piper, et celle-ci lui prédit alors sans réticences que mon père serait mort dans une période de quelques semaines.

Vers la moitié de mai, mon père, qui se remettait d’une légère attaque de bronchite, mourut subitement à Londres des suites d’une paralysie cardiaque ; ceci se produisait le jour même où les médecins l’avaient déclaré hors de danger. Antérieurement, Phinuit, au moyen de Mrs. Piper, m’avait annoncé qu’il se serait rendu auprès de mon père pour exercer sur lui sa propre influence à l’égard de certaines dispositions testamentaires prises par lui. Deux jours après que j’eus reçu l’annonce télégraphique de la mort, j’allai chez Mrs. Piper avec ma femme ; Phinuit annonça que mon père se trouvait avec lui, €t que son arrivée dans le monde des esprits avait été subite. Après quoi, il m’assura s’être employé auprès de mon père pour le persuader au sujet des dispositions testamentaires en question. Puis il me renseigna sur le contenu du testament, décrivit la personne du principal exécuteur testamentaire, et dit que ce dernier, dès mon arrivée à Londres, aurait avancé certaine proposition en ma faveur, à soumettre au consentement des deux autres exécuteurs.

Trois semaines après, je me trouvais à Londres. Le principal exécuteur testamentaire se trouva cor-

respondre à la description de Phinuit ; le testament était rédigé dans les termes qu’il avait prédits; la proposition en ma faveur fut effectivement avancée, et ma sœur, qui dans les trois derniers jours ne s’était presque jamais détachée du chevet de mon père, raconta qu’il s’était plaint à reprises répétées de la présence d’un vieillard au pied de son lit, qui l’importunait à vouloir discuter de ses interets privés. (Signés : M. N. et Mrs. M. N. — Dans les Proceedings , Vol. VIII, p. 121).

Quatrième cas. — En 1888, M™ Pittman, qui était membre de la Société Américaine pour les Recherches Psychiques, avait eu deux séances avec M™ e Piper. Phinuit lui dit entre autres : « Vous allez être bien malade ; vous irez à Paris ; vous serez tout à fait malade ; vous aurez une grande faiblesse dans l’estomac ; de la faiblesse dans la tête. Un monsieur d’un blond pâle vous soignera pendant que vous serez malade outre-mer. »

A la suite de cette déclaration, M me Pittman demanda à Phinuit quelle serait l’issue de la maladie. Phinuit chercha à se dérober par des réponses évasives. Sur la prière de M me Pittman, le D r Hodgson insista à son tour, et Phinuit alors s’en tira en disant : « Une fois qu’elle ne sera plus malade, tout ira parfaitement pour elle. »

M me Pittman répondit que son estomac allait très bien ; elle contredit Phinuit sur tous les ,points, et Phinuit s’en montra très ennuyé. Mais, bientôt, M me Pittman tomba malade. Elle fut soignée par le D r Herbert, qui est très blond ; il diagnostiqua une inflammation de l’estomac. Alors M me Pittman commença à croire à la prédiction de Phinuit ;

mais, interprétant à faux les dernières paroles de celui-ci, elle crut qu’elle se rétablirait. Elle fut soignée a Paris par le D r Charcot pour une maladie nerveuse. Elle eut de la faiblesse dans la tête, et ses facultés mentales furent atteintes. Bref elle mourut : Maintenant elle n’est plus malade, et tout doit bien aller pour elle, comme l’avait prédit Phinuit. (M. Sage : Madame Piper , p. 108-9. Cité d’une manière plus étendue dans les Proceedings , Vol. XIII pp. 490- 497).

XX\ e CAS. — Je groupe en un seul récit les incidents de prémonitions symboliques de morts produites par la célèbre « Voyante de Prévorst »

( M me Haufïe). Ce sont des incidents très connus, mais je ne crus pas devoir les exclure, étant donnée leur indiscutable authenticité. Ils consistent en de courts passages répandus ça et là dans le livre du D r Kerner : La Voyante de Prévorst. A la page 15, il en décrit un premier cas en ces termes :

...Songes prophétiques, prédictions, visions prophétiques dans les verres ou les miroirs prouvaient l’intensité de sa vie intérieure... Un matin, quittant la pièce pendant une visite du médecin, elle vit dans le hall un cercueil qui lui barrait le chemin et contenait le corps de son grand-père paternel. Elle rentra dans la chambre et pria le médecin et ses parents de venir le voir ; mais ils ne purent rien voir et elle-même ne l’aperçut plus. Le lendemain matin, le cercueil, avec le même corps dedans, était à côté de son lit. Six semaines plus tard son grand-père mourut, après avoir joui d’une parfaite santé jus-

qu’aux quelques derniers jours qui précédèrent sa mort.

Les bulles de savon, les verres, les miroirs provoquaient sa vue spirituelle... Ce n était cependant qu’avec difficulté qu’on la décidait à regarder dans les bulles de savon. Elle paraissait tremblante et craignait de voir quelque chose qui aurait puf effrayer. Dans une de ces bulles elle vit une fois un petit cercueil placé devant une maison voisine. A ce moment il n’y avait aucun enfant malade, mais peu après la femme qui habitait là vint à accoucher. L’enfant ne vécut que quelques mois, et M me Haufîe le vit emporter dans un cercueil. » (p. 44).

Une nuit, elle rêva quelle voyait la fille aînée de «on oncle sortir de la maison avec un petit cercueil sur la tête ; sept jours plus tard, son enfant, âgé d’un an, dont personne à ce moment ne soupçonnait aucunement la maladie, mourut. En s’éveillant elle avait raconté ce songe à moi et à d’autres (P- 33).

Une autre nuit, elle rêva qu’elle traversait 1 eau, tenant dans la main un morceau de viande altérée, et que, rencontrant M me N., cette dernière lui avait demandé avec inquiétude ce qu’elle allait faire de cela. Lorsqu’elle nous fit connaître ce songe, nous fûmes incapables de l’interpréter. Sept jours après, Mme N. accouchait d’un enfant mort, dont le corps était déjà en état de décomposition. (Page 53).

Une autre nuit, elle rêva que M me L., quelle n’avait jamais vue ni connue, venait à elle en pleurant et portant un enfant mort dans ses bras, en lui demandant secours. Six semaines plus tard, cette dame accouchait, après beaucoup de souffrances et de dangers, et elle perdait son enfant (Page 54).

Pendant les trois journées successives qui précédèrent la mort de son père, à un moment où on n’avait encore reçu aucune nouvelle de sa maladie, étant à l’état de veille, elle vit près de son lit un cercueil recouvert d’un drap mortuaire sur lequel était tracée une croix blanche. Elle en fut vivement alarmée et dit qu’elle craignait que son père fût mort ou malade. Je cherchai à la rassurer en lui suggérant que cela pouvait désigner quelqu’autre personne. Elle ne savait comment interpréter la production de ce cercueil fermé, car, jusque-là, elle avait vu les cercueils avec l’apparence de la personne qui devait mourir couchée dedans, ou avec l’apparence de la personne qui devait être malade regardant l’intérieur. — Le 2 mai, dans la matinée,, arriva la nouvelle de la maladie de son père, qui mourut dans la soirée du même jour. (Page 58).

Trois fois étant éveillée, elle vit sa belle-mère regarder dans un cercueil. Sept jours après cette dame tomba malade, mais se rétablit. Lorsque M me Haufîe voit le fantôme d’une personne étendue morte dans un cercueil, cela annonce une mort prochaine ; si le fantôme semble vivant, c’est une grave maladie qui est prédite. (Page 58).

Voilà les principales prémonitions de mort citées dans l’ouvrage du D r Kerner. — Le fait que, d’une manière exceptionnelle, le médium a perçu un cercueil fermé pour son propre père, au lieu des visions habituelles de bières ouvertes contenant la personne qui devait mourir, se prêterait à prouver l’existence d’une intentionnalité dans l’agent transmetteur des messages pré-

monitoires, intentionnalité qui consisterait a estomper la vérité à la voyante pour la préparer au triste événement au moyen d’une vague appréhension de la mort imminente d’une personne aimée, et rien de plus ; si, au contraire, elle avait vu apparaître l’habituel cercueil ouvert contenant le cadavre de son père, non seulement le but de l’y disposer n’aurait pas été atteint,, mais on aurait aggravé sa douleur par 1 agonie de trois jours d’attente.

XXVI e Cas. — Le D r Samas communique l’épisode suivant :

Le phénomène psychique que je vais relater n’est pas très récent : il remonte à cinq ans déjà. Mais bien qu’il ait frappé à cette époque 1 entourage, restreint il est vrai, du sujet, il n’est pas encore parvenu à la connaissance du monde savant ; et d autre part, les circonstances qui l’ont accompagne sont tellement curieuses et précises à la fois, qu il m a paru intéressant de le rapporter ici.

Voici brièvement l’exposé des faits : Dans la nuit du 24 au 25 mai 1900, M. R., âgé alors de vingt-huit ans, habitant une grande ville du Nord de la France, rêve qu’étant chez son coiffeur, la femme de ce dernier lui tire les cartes (disons en passant que la dame en question n’a jamais fait preuve de ce talent de société), et lui annonce’ : « Votre père mourra le 2 juin. »

Le 25 mai au matin, M. R. raconte ce reve a sa famille (il habitait alors chez ses parents), et tousces braves gens, assez sceptiques sur ce genre d aver-

tissements, en rient sans y attacher aucune importance. r

Notons que M. R. père avait eu, à de longs intervalles, quelques accès d’asthme ; mais à ce moment il était très bien portant.

Le premier juin, assistant aux funérailles d’une personne de sa connaissance, M. R. père raconte le reve a ! un de ses amis, et conclut gaiement : « Si je dois mourir demain, je n’ai tout de même plus beaucoup de temps à perdre. » - La journée entière s’écoule sans que M. R. soit indisposé.

Fait incident et bizarre aussi : Dans la soirée l’un de ses fils, soldat à Verdun, revient ; il n’était pas attendu. N’ayant que quelques jours de permission, il avait d abord décidé qu’il ne retournerait pas chez lui ; puis il était revenu sur sa première décision, et sans avoir eu le temps de prévenir sa famille, il s’était mis en route.

Toute la famille réunie cause gaiement, bien avant dans la soirée. A 11 heures et demie, M. R. père se couche, nullement indisposé. A minuit, il est pris brusquement d’une crise d’oppression : dyspnée intense, to.ux violente, expectoration mousseuse et sanguinolente ; on court chercher un médecin, il est trop tard, tout est inutile... A minuit et 20 minutes le 2 juin par conséquent , M. R. père meurt.

Le D r Samas ajoute ces commentaires :

Examinons succinctement les faits, et voyons si nous pourrons en trouver l’explication. Certes, les sceptiques se tireront aisément d’affaire en disant qu il y eut là une simple coïncidence. Sans doute,le hasard peut faire bien des choses, mais il n’explique rien.

On pourrait prétendre, peut-être, qu’il y a dans ce cas un rapport de cause à effet. — M. R. père, cardiaque, par conséquent frappé par ce rêve ; de plus, le retour de son second fds, deuxième émotion ; peut-être même son imagination déjà surexcitée aurait vu dans ce concours de circonstances quelque funeste pressentiment, susceptible de déterminer par action réflexe, par action du moral sur le physique, la crise ultime qui devait le terrasser.

Mais nous avons vu tout à l’heure que ni M. R. père, ni aucun membre de sa famille n’avait accordé la moindre importance à ce rêve étrange. N’est-il pas plus logique de considérer ce rêve comme un rêve prémonitoire ? ». (Doct. Samas, dans les Annales des sciences psychiques, 1905, page 371).

XXVII e Cas. — Il fut recueilli par le D r Mattiesen, qui l’envoya à la Society S. P. R. C’est un exemple caractéristique d 'impression prémonitoire qui se renouvelle sous de multiples formes de répercussion sympathique physique et morale, jusqu’au moment de réalisation. On n’y dévoile pas les noms des protagonistes.

Miss L. B. décrit comme il suit ses propres sensations :

Le 6 juin 1908, mon père mourait d’une apoplexie foudroyante, sans aucun symptôme précurseur, moins une sensation douloureuse à la poitrine ressentie le 31 mai, et pour laquelle nous le priâmes de consulter un docteur, qui le déclara en parfaite santé. Or, moi, sa fille, j’avais éprouvé dès le 26 mai une sensation douloureuse identique, que mon père

son

jugea provenir d’un refroidissement. Mais quand, le 31 mai, je dis que ma sensation s’augmentait de symptômes de suffocation, avec inquiétude et grandes angoisses, mon père me regarda surpris, et m’avoua éprouver les mêmes ennuis. Tout cela s’accrût en moi jusqu’à un point insupportable, et je cherchai inutilement à les combattre par l’usage du bromure. Le 30 mai, comme je dînais au restaurant avec mon fiancé et un ami, pour la première fois se révéla à moi la signification de mon état d’âme : c’était la préannonce de la mort de mon père. Je communiquai cette impression à mes compagnons, qui l’accueillirent en plaisantant ; mais je n’eus pas de répit jusqu’à ce que, rentrée chez moi, je vis mon père venir à ma rencontre dans le jardin, avec un aspect florissant et vigoureux.

Le jour suivant, j’allai avec les mêmes amis dans un village voisin, où je m’étais rendu d’autres fois avec mon père ; mais il me fut impossible d’y rester, car la même forme d’angoisse croissante et intolérable me ressaisit. J’en reparlai à mes compagnons, qui, cette fois, se montrèrent contrariés, car je gâtais la bonne humeur de la réunion avec mes pronostics, et la contraignais au retour. Arrivée à la maison, je trouvai mon père occupé à cultiver les fleurs dans le jardin ; mais, même à sa vue, je ne pus retrouver la tranquillité.

La consultation médicale dont je parlai eut lieu le 2 juin, et malgré le consolant pronostic, mon sombre pressentiment ne s’atténua point. Le jour précédent, mon père m’avait confié une somme à déposer à la Banque, commission dont il me chargeait souvent, mais qu’il me fut cette fois impossible d’accomplir, car j’avais en moi cette triste idée:.

« Mon père pense à moi pour la dernière fois », et je ' priai ma sœur d’aller à ma place.

Le 4 juin, mon père était délivré de toute douleur à la poitrine, ce qui fait qu’il ne s’appliqua point le cataplasme ordonné par le docteur. Dans la nuit, je fus éveillée par les aboiements du chien, qui couchait dans le couloir. Ma sœur entendit comme moi quelqu’un qui, à voix basse, tâchait de le calmer; et, bien que je supposasse qu’il s’agissaiT de mon frère, je fiu bientôt en proie à une anxiété et à des frissons mortels. Je descendis de mon lit et me rendis auprès du chien, que je trouvai seul et épouvanté {mon frère avait entendu aboyer, mais n’avait pas bougé). Au comble de l’angoisse, je courus dans la chambre de mes parents réveiller mon père ; ce n’est qu’en entendant sa voix que je me calmai suffisamment pour retourner* dans ma chambre, sans parvenir à retrouver le sommeil ; et, veillant ainsi, j’eus un instant la vision terriblement claire de mon père mort, étendu devant moi.

Le 5, dans l’après-midi, nous allâmes sur un petit bateau à vapeur en excursion à L., où l’on fêtait le jour de naissance d’un ami, Herr von L. ; mais il me fut impossible de participer à la joie des invités, ce qui fut remarqué, d’autant plus que ma pâleur attirait les regards, et tous m’interrogeaient. On proposa une excursion dans la forêt, à laquelle mes parents ne participèrent pas. Poussée par mon inexplicable état d’âme, à moitié chemin je me séparai du groupe pour courir revoir mon père.

Le dans la journée, je dus aller à la gare pour une lettre urgente ; là, mon angoisse habituelle me saisit avec une véhémence indicible. Je revins à la maison en courant, et j’y trouvai mon père

plongé dans la lecture ; en me voyant, il se mit à lire les conclusions d’un roman commencé par moi. Puis, on servit le dîner ; après quoi, ma mère et ma sœur descendirent à la cuisine, et je demeurai seule avec mon père, qui, assis devant la table, parcourait un journal, tandis qu’à peu de distance je jouais avec le chien. Je vis soudain la tête de mon père tomber d’un côté et frapper pesamment contre la table. Je fus prompte à accourir, et tout de suite, je me rendis compte de ce qui s’était produit. A partir de ce moment, je devins absolument calme !

(Suivent les témoignages des familiers, du mari,, des amis, du médecin, et la reproduction d’une page du journal personnel de Miss L. B., où elle notait, jour pour jour, ses propres sensations anormales)* Journal of the S. P. R ., pp. 358-363.

XXVIII e Cas. — Je l’extrais de l’œuvre de M. de Mirville, et c’est un épisode de somnambulisme magnétique raconté par le D r Rostan* Il s’exprime ainsi :

En fait de prévision somnambulique, j’ai vu des faits bien singuliers, et c’est à peine si j’ose en croire mes observations nombreuses. A l’hôpital de la Salpêtrière, je fis entrer une femme en somnambulisme devant plusieurs médecins. Assise sur son lit,, elle était dans le calme le plus profond ; tout à coup elle s’agite violemment comme une personne en proie à la souffrance. Nous lui demandons la cause de ce changement subit ; elle ne veut pas répondre d’abord, puis enfin elle nous dit : « Je sens Félicité qui approche. » — En effet, au bout d un instant, la porte s’ouvre et nous voyons entrer la malade quelle venait de désigner. La somnambule paraissant souf-

frir de plus en plus, nous insistons pour en connaître la cause, mais elle s’excuse en disant qu’elle craint de chagriner son amie. Nous la faisons sortir, ne sachant pas trop à quelle révélation nous devions nous attendre, et nous pressons' de nouveau les questions afin de dissiper notre incertitude ; elle répond : « Les médecins croient qu’elle est attaquée de la poitrine ; mais il n’en est rien, c’est le cœur qui est malade. » — Elle continue : « Dans quatre jours, dit-elle, samedi à cinq heures elle aura une violente hémorragie ; vous la ferez saigner, mais vous ne l’empêcherez pas de mourir six jours après. » — L’hémorragie eut lieu le samedi à l’heure indiquée ; on saigna suivant l’indication de la science (d’alors) 4 et six jours après , la prévision eut son entier accomplissement. L’autopsie vérifia le? diagnostic de la somnambule. (Doct. Rostan, cité par de Mirville dans l’ouvrage : Des Esprits et de leurs Manifestations ; page 48).

Les lecteurs se rappelleront qu’au commencement de la classification présente, j’ai cité deux cas auto-prémonitoires de maladie et de mort dus au somnambulisme magnétique, à propos desquels j’exprimai le doute que non pas tous les incidents qu’ils renferment pussent légitimement être attribués à l’auto-suggestion ; j’ajoutais qu’à mon avis, et en matière d’hypnose, il reste encore beaucoup à scruter et beaucoup à modifier dans les théories en vogue, qui pèchent par leur amour débordant de la généralisation. Nous voici maintenant en face d’un cas de somnambulisme magnétique qui vient appuyer mes

assertions, car la somnambule, au lieu de prédiro l’heure de sa propre crise et de sa propre mort r prédit l’heure de la crise et de la mort d’une tierce personne ignorante de la prophétie. Ce qui est bien différent, et ne s’explique certes ni par l’autosuggestion, ni par la suggestion; nous serons donc bien obligés de conclure que les théories suggestives ne suffisent pas à expliquer complexivement la phénoménologie hypnotique ; une fois ceci admis, il n’y aurait plus d’obstacle à convenir qu’aussi dans les cas où les phases de la maladie personnelle sont préannoncées, l’hypothèse auto-suggestive ne doit pas toujours l’emporter sur les autres.

Dans cet état de choses, il faudra donc nécessairement, pour résoudre le problème, parcourir une première étape de la route vers les régions du supernormal, et convenir que tout concourt à faire présumer que le Moi subliminal a parfois la perception merveilleusement exacte des maladies latentes qui travaillent l’organisme auquel il est rattaché, et, télépathiquement, l’organisme d’autrui ; et cela jusqu’au point d’en inférer, d’une manière à nos yeux prodigieuse r les phases qu’ils devront parcourir, et l’heure précise à laquelle se déroule chaque crise particulière, jusqu’à la guérison ou à la mort. Ceci révèle un processus déjà beaucoup plus mystérieux que n’est la réalisation d’une auto-suggestion, et représente déjà un premier degré de prémonition propre et véritable.

XXIX e Cas. — Encore un exemple de somnambulisme magnétique, analogue au précédent, et qui comporte les mêmes considérations. Le D r Liébault, en appendice au livre : Thérapeutique suggestive , cite le cas suivant :

Dans une famille des environs de Nancy, l’on endormait souvent une fdle de dix-huit ans, nommée Julie. Cette fdle, une fois mise en état de somnambulisme, était portée d’elle-même, comme si elle en recevait l’inspiration, à répéter à chaque nouvelle séance qu’une proche parente de cette famille, qu’elle nommait, mourrait bientôt et n’atteindrait pas le 1 er janvier. On était alors en novembre 1883. Une telle persistance dans les affirmations de la dormeuse conduisit le chef de cette famille, qui flairait là une bonne affaire, à contracter une assurance à vie de 10.000 francs sur la tête de la dame en question, laquelle, n’étant nullement malade,

• obtiendrait facilement un certificat de médecin. Pour trouver cette somme, il s’adressa à M. L., lui écrivit plusieurs lettres, dans l’une desquelles il racontait le motif qui lui portait à emprunter. Et ces lettres, que M. L. m’a montrées, il les garde comme des preuves irréfragables de l’événement futur annoncé. Bref, on finit par ne pas s’entendre sur la question des intérêts, et l’affaire entamée en resta là. Mais quelque temps après, grande fut la déception de l’emprunteur. La dame X., qui devait mourir avant le 1 er janvier, succomba en effet, et tout d’un coup, le 31 décembre, ce dont fait foi une dernière lettre du 2 janvier, adressée à M. L., lettre que ce monsieur garde aussi avec celles qu il avait reçues précédemment à propos de la même personne.

XXX e Cas. — Il est tiré du Journal of tlie American S. P. R., 1909, p. 423 ; c’est un exemple de prémonition symbolique qui se renouvelle plusieurs fois jusqu’au moment de la mort de la personne impliquée. Il a en outre le mérite d’assumer la forme d’une déposition sous serment devant notaire, et d’être appuyé de même manière par la personne à laquelle le percipient avait participé le récit de la manifestation.

Le notaire Prescott F. Hall, commence ainsi :

M. I. E. F. B. est comparu devant moi, notaire ; après avoir dûment fait serment, il dépose ce qui suit « J’ai quarante-et-un ans, j’habite Boston, rue N... En février et en mars 1907, j’habitais rue C... — Ma mère était la cousine de M me M. F. H. dont il est parlé dans ce récit.

A partir du 7 février 1907, et durant quatre nuits de suite, me trouvant éveillé dans mon lit, et chaque fois sur le coup de minuit, m’apparut un cercueil vide à côté de mon lit. Les volets étaient clos, la chambre absolument obscure, et le cercueil incolore. La première fois je regardai l’apparition, puis je déplaçai mon regard : enfin je regardai de nouveau. Après un intervalle de temps que j’estimai à quarante secondes, une forme de femme vêtue de sombre, d’un aspect vivant, dont les traits étaient ceux de M me M. F. H., apparut dans le cercueil. Le fantôme y demeura environ soixante secondes ; puis il s’effaça complètement ainsi que le cercueil. Comme je l’ai dit, l’apparition se répéta durant 4 nuits successives ; après quoi, je ne vis plus rien jusqu’à la nuit du 9 mars, où elle se renouvela d’une manière identique, à

la même heure. Le lendemain, à 8 h. 15 du matin. M me M F. H. mourait. — Au moment de la manifestation, j’en parlai à mon frère, et à Miss L. C., amie de ma mère, alors ma gouvernante. (Miss L. C. témoigne, moyennant serment devant le notaire Prescott F. Hall, que le récit ci-dessus est conforme à la vérité).

XXXI e Cas. — Ici, la prédiction de mort a lieu sous forme d’hallucination auditive et collective, forme assez commune dans les phénomènes prémonitoires. — M. Salvatore Balsamo écrit en ces termes au Directeur de Luce e Ombra :

Je me permets d’attirer votre attention sur deux faits de quelque importance survenus dans ma famille durant le court espace de quelques jours.

Le 5 de ce mois d’octobre mourait mon beau-frère, Gregorio Trentacapilli, âgé de 54 ans qui était atteint de diabète tuberculeux. Dès 1 année dernière, son état soulevait de sérieuses préocupations dans sa famille ; personne, cependant, ne prévoyait une fin aussi proche pour lui dont la nature était des plus résistantes. Eh bien, deux jours avant le décès, vers 9 heures du soir, nous étions au chevet du malade, ma femme, celle du défunt, et leurs deux filles, Angiolina, âgée de vingt-cinq ans, et Franceschina, âgée de dix-huit. J’ajoute que les facultés mentales de mon beau-frère se maintinrent toujours parfaitement lucides.

Tout à coup, nous fûmes surpris, presque épouvantés par un bruit assourdissant, comme provenant de la chute et du brisement de nombreuse vaisselle dans la chambre contiguë, dans laquelle nous accou-

rûmes sans rien trouver, car il n’y avait pas de vaisselle dans cette chambre ; et nous fîmes le tour de toute la maison sans rien constater d’anormal. Ce n’est pas tout : après une heure environ, nous prîmes congé du malade, et, accompagnés de ma bellesœur et de nos neveux, nous nous trouvions sur l’escalier, lorscjue notre attention fut attirée par d’autres bruits très forts ressemblant à celui d’un bâton frappé sur la terrasse qui surmontait la maison, où cependant personne ne se trouvait. Après deux jours, comme je l’ai dit, mon beau-frère mourait.

Le 20, cet autre phénomène se produisit chez moi.

Quelques minutes manquaient à 1 heure de l’aprèsmidi ; je prenais place avec ma femme pour déjeuner, quand nous entendîmes dans la chambre contiguë trois coups très forts, comme de bâton, sur un meuble de bois. Nous tressaillîmes, et ma femme, encore sous l’impression des premiers avis, dit que quelque autre malheur nous attendait ; mes assertions pour la calmer furent inutiles, et le déjeuner alla mal. Eh bien, le soir, je reçus un télégramme de Catanzaro, m’annonçant la mort de mon neveu Gabriel Balsamo, âgé de vingt-six, causée par une fièvre typhoïde précisément à 1 heure de l’après-midi. (Luce e Ombra , 1911, p. 265).

XXXII e Cas. — Le Prof. James IIyslop l’a étudié, et je le tire du Journal of the American S. P. R. (1911) p. 372). A remarquer le fait que le fantôme du défunt apparu à la mère dans le rêve symbolique, réapparut à la fille à son lit de mort.

Une nuit, j’eus en songe une vision aussi claire que si j’avais été en plein jour et qu’on eût levé un

rideau de théâtre devant moi. Je voyais deux jolis plants : un de « fleurs-de-neige » et un d’hortensias, tous deux plus hauts et plus fournis qu ils ne le sont généralement, surchargés de fleurs blanches, et recouverts d’une légère couche de neige. Mon mari défunt, vêtu de noir, apparut à leur côté, me regardant et souriant. Il cueillit trois fleurs du premier plant, me fit observer que les fleurs étaient couvertes de neige, et disparut. Je me retrouvai assise dans mon lit, et pleinement éveillée. Je pensais : « Ce ne peut

être un simple rêve; mon mari est venu m’annoncer ma

fin qui s’approche ». — J’avais perdu mon mari et une fille ; j’en conclus que la troisième fleur retranchée devait me représenter moi-même. J eus cette vision dans le cœur de l’hiver, et je me préparai à mourir. J’avais dans les Etats Occidentaux une fille mariée, à laquelle j’appris mon rêve ; et elle me sembla convaincue à son tour qu’il s’agissait de la prédiction de ma mort. Elle était jeune, belle, et jouissait en apparence d’une parfaite santé ; et pourtant c’est elle qui, le 13 mars, succombait à la suite d’une paralysie cardiaque. La maladie fut brève, et au moment suprême elle s’écria : « Comment donc L Il y a ici papa, je vois mon papa ! » Et elle s’éteignit aussitôt.

On voit déjà émerger, dans le symbolisme de ce cas, ce que nous avons remarqué précédemment : que d’habitude, dans les prémonitions de mort se rapportant à de stricts parents, ou autres personnes chères au percipient, le symbolisme prend une forme vague, comme si on voulait créer en lui un état propice de vigilante appréhension, capable de préparer les intéressés à

raccomplissement d’un événement douloureux, sans les affliger par la révélation prématurée de la vérité. Et dans les rares cas où cet ordre d’idées ne se remarque point, on constate alors l’existence de circonstances qui peuvent expliquer ces exceptions ; ainsi, dans le xxvi e cas, où l’on voit un fils recevoir en songe la prédiction explicite de la mort de son père, on remarque que ses familiers étaient sceptiques en matière de songes, et qu’ils en rirent.

Donc, certaines distinctions intelligentes dans la production du symbolisme prémonitoire ne devraient pas se réaliser si la genèse de ce dernier était exclusivement associative ; c’est-à-dire, si la transmission figurée d’un message indiquait uniquement la voie de moindre résistance parcourue par le message subliminal pour émerger dans la conscience. On en devrait donc conclure qu’en une partie au moins des phénomènes de symbolisme prémonitoire, l’existence d’une intentionnalité ne paraît faire aucun doute (1).

XXXIII e Cas. — Dans cet autre épisode — auquel on peut appliquer les mêmes considérations — la visualisation d’un cercueil a lieu à l’état de veille, avec la particularité qu’au point précis où apparut, le cercueil hallucinatoire, le

(1) Pour une analyse étendue des phénomènes de symbolisme, je renvoie à un de mes précédents ouvrages intitulé: Symbolisme et phénomènes psychiques, publié dans les Annales des Sciences Psychiques, numéros de Septembre et Octobre 1907.

cercueil réel fut ensuite réellement déposé. Je le trouve dans les Proceedings of S. P. R., Vol. XI, p. 521.

Mrs. Baker, femme du colonel F. Baker Pasha, écrit à la date du 22 juin 1891 :

Un incident plutôt étrange se produisit dans ma famille voici plusieurs années, et plus précisément en 1887. Un jour, ma soeur H. et moi étions assises dans notre chambre, causant, lorsqu’elle se leva pour descendre au salon. Immédiatement, je 1 entendis appeler avec un accent de terreur ; j’accourus promptement, et je la trouvai fortement agitée par l’apparition qu’elle avait vue d’un cercueil devant le piano. Trois semaines après, une autre de mes sœurs mourut ; dans l’attente de la cérémonie, son cercueil fut porté en bas et déposé en face du piano, à l’endroit précis où ma sœur l’avait vu par un phénomène de prévision.

(La percipiente, Miss H., ne se sent pas le courage d’envoyer son propre récit, ce souvenir lui étant trop pénible).

XXXIV e Cas. — Autre rêve symbolique avec cercueils, beaucoup plus complexe que les précédents, et auquel on pourra appliquer aussi les considérations énoncées plus haut. Je 1 extrais des Proceedings of the S. P. R., Vol. XI, p. 493. Le Rév. B. Dulley, résidant à Saint-Peter’s Clergy House (London Docks) le recueillit, et, après l’avoir transcrit, le soumit à la percipiente,. qui le reconnut correct dans tous ses détails.

Mrs. Annette Jones, femme d’un marchand de

tabac de « Old Gravel Lane » (East London) avait dans les premiers jours de septembre un enfant, nommé Pierre, qui était malade. Une nuit, elle rêva qu’elle voyait passer un char, que le conducteur arrêta devant elle, en retirant le drap noir qui le recouvrait, et lui montrant trois petits cercueils, deux blancs et l’autre bleu pâle ;le bleu était le plus grand des trois. Le conducteur retira le plus grand des cercueils blanc, le déposa auprès d’elle, et poursuivit sa route avec les deux autres. Au matin, Mrs. Jones raconta le rêve à son mari et à une autre femme, insistant spécialement avec son mari sur le fait curieux du cercueil bleu pâle.

Le 10 septembre, une amie des époux Jones — Mrs. Devonshire — donna le jour à un enfant que l’on appela Eric. Il semblait sain et robuste, mais une maladie pulmonaire l’atteignit, et il succomba le 29 septembre. Le lundi suivant, 2 octobre, le fds des époux Jones succombait, âgé de seize mois. Les parents, ayant été informé que l’enterrement du petit Eric devait se faire le mercredi suivant, choisirent aussi ce même jour, un peu par amitié, un peu par économie, pour leur propre enfant.Le matin du mercredi, le prêtre informa les époux Jones qu’un autre enfant était mort, fils de certains Jupp que ceux-ci ne connaissaient pas, et qu’on l’aurait porté à l’église en même temps que les deux autres. A ces mots. Mrs. Joneo s’adressa à son mari observant : « Les cercueils de nos enfants sont blancs ; si celui-ci est bleu pâle, mon rêve aura son plein accomplissement ». — Et elle attendit anxieusement le passage du troisième enterrement ; lorsque le cercueil apparut, et quelle le vit bleu pâle, elle se cramponna convulsivement à sa sœur, s’écriant :

« Voici mon rêve !» — Il reste à remarquer que les dimensions respectives des trois cercueils correspondaient pleinement : celui du petit Eric, n’ayant vécu que quelques jours, était le plus petit ; celui de l’enfant Jupp, âgé de six ans, le plus grand, celui de Pierre Jones, plus petit que celui-ci et plus grand que le premier ». (M. Jones confirme le récit de sa femme).

Si la vision de Mrs. Jones s’était bornée au fait de la déposition d’un cercueil à son côté, il serait logique de conclure que le songe en question tirait sa source unique de son anxiété maternelle pour l’enfant malade, auquel la coïncidence de la mort du petit garçon aurait attribué une apparence prémonitoire. Mais le rêve en question se complique de la vision de deux autres cercueils, correspondants à deux autres morts d’enfants, dont les cercueils devaient se réunir dans un même enterrement avec celui du fils de la percipiente ; plus l’épisode absolument imprévisible du cercueil bleu pâle. Et alors l’hypothèse psychologique tombe, et le caractère supernormal du rêve émerge indiscutablement ; en outre le cas est suffisamment extraordinaire pour nous rendre perplexes sur l’hypothèse prémonitoire la plus apte à expliquer l’ensemble des faits. Je me propose de développer plus loin ma pensée, à l’occasion d’autres citations d’épisodes analogues (cas XXXIX).

XXXV e Cas. - — On pourra appliquer à cet autre cas les considérations exposées tout à

VP.

l’heure sur l’existence d’une intentionnalité dans les prémonitions. — Je l’extrais du Vol. V, p. 305, des Proceedings of the S. P. R . ; c’est un exemple de symbolisme auditif en conditions de veille. La percipiente est Mrs. Morrison, avec laquelle Gurney discuta longuement le cas, survenu en mai 1878, dans l’Inde Orientale, province de Wellesley.

Après avoir fait allusion aux malheurs multiples dont sa famille avait été victime à cette époque, Mrs. Morrison dit au sujet de la mort d’une petite fille à elle :

Plusieurs jours avant que ma fille tombât malade, je me trouvais au lit un matin, complètement éveillée, lorsque j’entendis une voix parfaitement claire qui disait : « Quand les ténèbres s’amasseront à onze heures, la mort passera ». — Epouvanté, je me dressai d’un trait, et la même voix répéta lentement, délibérément, les mêmes paroles.

Lorsque, une semaine après environ, ma petite fille tomba gravement malade, je surveillais avec une terreur et une anxiété indescriptible l’aspect du ciel, le jour comme la nuit ; c’était un moment de pleine lune. Plusieurs jours se passèrent ; l’enfant oscillait entre la vie et la mort ; en haut le soleil resplendissait toujours, net et flamboyant ; aucun indice de nuages ou de prochains changements atmosphériques. Deux fois dans le cours de vingt-quatre heures arrivait l’heure tant redoutée. Une semaine se passa ainsi j et voici enfin qu’éclata avec une rapidité foudroyante un ouragan ; quelques minutes seulement manquaient à 11 heures. Les domestiques

s’élancèrent partout, fermant les volets à la hâte, et la maison devint extrêmement sombre. Au dehors, les nuages s’amassaient — et mon cœur se brisa. Ce même jour, un peu après une heure de l’après-midi, ma fille rendait son âme à Dieu...

Ce cas, où dans la prémonition de mort se trouve révélée l’heure précise de ce qui devait arriver, et qui contient la prédiction d’un trouble atmosphérique imprévisible, s’adaptera aussi aux considérations apposées au XXXIX e cas.

XXXVI e C.\s. — Pour faire contraste avec les deux épisodes cités, où la personne qui doit mourir nest pas désignée, je rapporterai deux exemples où celle-ci est désignée, mais où il transparaît que les personnes en question n’étaient pas rattachés par de forts liens affectifs aux percipierits.

Le cas fut rigoureusement étudié par les soins de deux ministres de l’Église anglicane, les Rév. J. G. et A. T. Fryer, et parut dans le Journal of the S. t P. R., Vol. XI, pp. 223-227 ; on y rapporta au complet les témoignages et les procès-verbaux de l’enquête, qui ne laisse rien à désirer.

Le Rév. J. G. écrit au Rév. A. T. Fryer :

10 décembre 1903. — Je pense que le cas suivant vous intéressera. Nous avons avec nous une jeune dame, maîtresse dans les A iles enfantins, et amie intime de la Directrice de ces mêmes Asiles. Cette dernière était fiancée, et devait se marier après

Noël. La dame dont je parle accompagnait souvent le couple dans ses promenades, étant également amie du fiancé. Celui-ci était professeur d’arts et métiers à l’école de « Pupil Teacher’s Centre ». Voici trois semaines, la dame, descendant pour le déjeuner, se montra moralement abattue, et raconta quelle avait eu un rêve horrible, d’une vivacité extraordinaire. Elle avait rêvé que le fiancé de la Directrice était subitement tombé malade, que la Directrice était accourue à son chevet pour le soigner, mais que ses soins affectueux n’avaient pu le sauver de la mort. Après avoir écouté le récit, je lui dis d’un ton de plaisanterie : « Ignorez-vous que les songes doivent être interprétés en sens inverse ? Votre rêve est donc un bon pronostic pour le mariage imminent». — Elle observa : « J’en ai été trop tristement impressionnée ; il était si réel ! »— Le même jour, elle demanda à son amie des nouvelles de son fiancé, et apprit qu’il se portait parfaitement. — « Je te pose cette question — ajouta-t-elle — parce que la nuit dernière j’ai rêvé qu’il était tombé gravement malade. » — « C’est tout le contraire, heureusement hier soir, il s’est montré fort comme un lion ».

Le même jour, la Directrice, rencontrant son amie, lui dit : « Je suis impatiente de revoir mon fiancé, parce que ton rêve m’a rendue plutôt inquiète ». -— Elle alla le voir, et le trouva légèrement enrhumé. Cependant le rhume, après avoir persisté une quinzaine de jours, dégénéra en pneumonie. Sa fiancée se rendit auprès de lui pour le soigner, mais ses tendres soins ne l’arrachèrent pas à la mort... Nous l’avons porté hier au cimetière voisin...

(L’enquête nous montre que le rêve eut lieu dans la nuit du mercredi 18 novembre 1903 ; que la

percipiente en informa le Rév. J. G., et puis la Directrice, le lendemain, jeudi, et que le fiancé contracta le refroidissement fatal, le soir du samedi 21 novembre. De là la certitude que le rêve prémonitoire date d’un moment où nul indice de l’accident n’apparaissait, ou mieux, où la maladie qui entraîna le fiancé à la mort n’existait pas encore).

XXXVII e Cas. — Dans l’épisode suivant, la préannonce de mort se produit quand la personne désignée était déjà malade ; par contre, on y voit indiqués le jour et l’heure où la mort devait survenir, deux particularités qui, combinées, ne pourraient certainement pas être expliquées par l’hypothèse des « coïncidences fortuites ».

Le Prof. Andrew Lang, l’historien et mythologue bien connu, recueillit et étudia ce cas, survenu dans une famille de ses amis. Le procèsverbal contient trois relations concordantes de l’épisode ; je ne citerai ici que le passage essentiel de la seconde. Le Journal nf the S. P. R ., Ta publié dans son Vol. XIÏ, pp. 340-342.

Mr. L., écrit au Prof. Lang :

30 avril 1906. — Le fait au sujet duquel vous m’interrogez est le suivant : Un grand ami à nous tomba malade le dimanche (date omise) de cette année. La maladie dégénéra en pneumonie, et naturellement nous étions préoccupés ; mais comme l’inflammation n’avait envahi qu’un seul poumon, nous avions de bons espoirs de guérison.

A l’aube du mardi... (neuf jours après) je fus éveillé

par les gémissements de ma femme, qui me causèrent une grande émotion, car j’avais eu peur pour elle. Au contraire, elle dormait, et répétait plaintivement, mais très clairement : « Donc ce sera pour jeudi, à quatre heures ! jeudi, à 4 heures ! » — Dès qu’elle se réveilla, je lui demandai : « Qu’avais-tu donc ce matin ? — Tu as certainement rêvé des choses horribles, car tu gémissais, et tu as crié à maintes reprises : « Ce sera pour jeudi, à quatre heures ! »

— Alors elle me raconta avoir rêvé que le médecin de la famille était venu à elle pour l’informer que notre ami M. C., serait mort jeudi, à 4 heures...

— Il en fut ainsi : M. C. mourut le jeudi suivant, quelques minutes après 4 heures.

XXXVIII e Cas. — Le même Prof. Lang raconte cet autre épisode, étrange et intéressant, que j’emprunte au Liglit , 1899, p. 270.

Le 15 juin 1898, une dame de ma connaissance, dont le nom est méritoirement connu dans plusieurs branches de la littérature, me conta que le jour précédent, elle avait été rendre visite à une amie; en causant avec elle, elle avait vu apparaître un homme inconnu, lequel avait plongé un couteau dans le côté gauche de celle-ci. A ce récit, je me déclarai prêt à parier 100 livres sterlings que sa vision n’aurait jamais été réalisée.

A l’automne, la même dame alla faire une nouvelle visite à son amie ; et, à son immense stupeur, elle rencontra dans l’escalier l’homme de sa vision. Pénétrant dans l’appartement, elle trouva son amie mourante ; alors elle apprit que la délicate constitution de cette dernière ne lui avait pas permis

de supporter les conséquences d’une opération du coté gauche pratiquée par l’homme de sa vision, qui était un chirurgien.

XXXIX e Cas. — L’épisode suivant, quoique moins sensationnel que le précédent, sémble théoriquement encore plus inconcevable, car une scène de mort y apparaît à la voyante dans toutes ses particularités absolument imprévoyables.

Je le prends dans les Proceedings of the S. P. R., Vol. XI, p. 505. Le relateur du cas est le D r Alfred Cooper ; la narration est étayée par la signature de la percipiente, qui est la Duchesse de Hamilton, et par les témoignages du duc de Manchester et d’un autre gentilhomme auquel la duchesse avait communiqué le cas avant l’accomplissement des faits.

Le D r Cooper raconte donc :

Quinze jours avant la mort du comte de L., survenue en 1882, j’avais été, pour des raisons professionnelles, voir le duc de 1 lamilton. La consultation achevée, nous revînmes ensemble au salon, où se tenait la duchesse. Le duc me demanda : « Comment se porte le comte ?» — La duchesse, intervenant : « Quel comte ? » — Je répondis : « Lord L. »

« Alors elle observa : « C’est étrange ! J’ai eu hier soir une vision impressionnante. Je me trouvais au lit depuis peu, et je n’étais pas encore endormie, lorsque je vis se dérouler devant moi une scène en tous points analogues à une situation dramatique sur une scène. Les acteurs étaient : Lord L.. renversé sur un fauteuil, comme inanimé ; et un homme à

barbe rousse, penché sur lui. Lord L. se trouvait auprès de la baignoire et en haut brûlait une lampe rouge, que je vis distinctement ». — Je répondis : « Lord H. se trouve actuellement soumis à mes soins pour une légère indisposition ; mais il n’y a aucun danger de mort. En, quelques jours il se rétablira ».

En effet son état s’améliora de plus en plus, de façon à atteindre au rétablissement presque complet ; mais une semaine s’étant passée, je fus rappelé d’urgence. Je constatai qu’une inflammation avait envahi les deux poumons. J’appelai en consultation le D r William Jenner, mais tous les soins furent inutiles, et le malade mourait après six autres jours.

J’avais appelé pour l’assister deux infirmiers, mais l’un d’eux manquait à la fin, étant souffrant. Quand, au moment de la mort, mon regard tomba sur l’autre, ma pensée se reporta au rêve dé la duchesse que je voyais représenté devant moi. L’infirmier était penché sur le comte, qui gisait inanimé près de la baignoire ; et c’est étrange à dire ! mais sa barbe était rousse, et une lampe rouge brûlait au-dessus"de la baignoire. Il est rare de trouver une salle de bains éclairée par une lampe rouge, et c’est cette circonstance qui me rappela à l’esprit la vision de la duchesse, vision qui se produisit quinze jours avant la mort de Lord L. — Cas extraordinaire, en vérité ! (Signés) : Mary Duchess of Hamilton, et D r Alfred Cooper^.

(Cette relation fut lue et approuvée par le duc de Manchester, père de la duchesse de Hamilton, auquel cette dernière avait raconté sa vision, le jour suivant. — La duchesse ne connaissait que de vue Lord L., et ignorait qu’il fût malade. Elle est certaine d’avoir été éveillée au moment de sa vision ; car, pour la

faire s’évanouir, elle ouvrit les yeux et les referma, sans d’ailleurs atteindre son but).

Gomment s’expliquer les deux derniers cas’ joints aux autres cas analogues qui les précèdent, où se groupent, autour des prémonitions de mort, des visualisations d’incidents auxiliaires absolument accidentels et imprévisibles, et qui, au point de vue théorique, semblent plus inconcevables encore que les prémonitions elles mêmes? -— Je me limiterai pour le moment à quelques considérations d’ordre général, car toute discussion serait prématurée jusqu’à ce que l’exposition des faits qui suivront n’en soit venue faciliter la compréhension.

D’abord, je suis d’avis qu’il faut exclure l’hypothèse des « coïncidences fortuites », ainsi que celle des « inférences subconscientes » entendue dans le sens strictement psychologique. Quant à la version supernormale de cette dernière hypothèse, selon laquelle les sensitifs auraient déduit ravenir sur la base de causes existant dans le présent (y compris la visualisation de situations d’ambiance insignifiantes et imprévisibles), j’ai déjà eu l’occasion de manifester ma pensée que, en dehors de certaines limites, il ne soit pas possible de l’admettre sans accorder une fraction trop importante d’omniscience divine aux facultés en question, avec toutes les conséquences antitéthiques qui en dérivent. J’ajoute maintenant que je démontrerai en temps voulu com-

ment elle résulte inconciliable avec les faits (cas XLIX-LXVII-CX) ; et aussi, que le problème de la précognition d’incidents insignifiants et banals comporte une solution différente et meilleure (Sous-groupe L.) ; enfin, qu’en ligne générale tout concourt à prouver que les phénomènes prémonitoires d’ordre élevé et complexe sont en grande partie d’origine extrinsèque.

Ceci posé, je me hâte de déclarer que je n’entends point, par cette affirmation, contester la possibilité qu’à côté des prémonitions complexes d’origine extrinsèque, il s’en réalise d’autres, également complexes,pourvues d’une origine subconsciente ; j’entends uniquement exclure l’hypothèse par laquelle les sensitifs parviendraient à ces résultats en inférant Vavenir du présent -, tandis que j’admettrais qu’il; y parvinssent médiatement, c’est-à-dire, en lisant, ou en inférant les faits sur la base de «traces » sui getieris qui existeraient, soit dans leur propre subconscience, soit en celle d’autrui, soit dans un « ambiant psychique » ou «métaéthérique», ou « astral »; en ce cas, la genèse des traces transcendent a les en question resterait à expliquer; et ceci, selon les cas, nous conduirait à admettre les hypothèses « réincarnationniste •», « prénatale », « fataliste », « spiritualiste », dans le sens indiqué dans l’Introduction.

A l’appui de ce que j’affirme, je remarque que les modalités d’extrinsécation de la clairvoyance

dans le futur correspondent exactement aux modalités par lesquelles s’extrinsèque la clairvoyance dans le passé, ou psycliométrie : dans un cas comme dans l’autre, en somme, ces modalités consistent en visualisations représentatives à tel point identiques, qu’elles donnent naissance à des erreurs d’inversion dans le temps ; visualisations qui, pour la clairvoyance dans le passé, tirent probablement leur origine de traces , ou vibrations latentes , ou influences psychiques ou physiques que les événements laissèrent ou déterminèrent soit dans les subconsciences des vivants r soit dans les objets inanimés, soit dans l’ambiant où ils se déroulèrent. Ici, cette question surgit spontanément : « Vu que, dans les deux ordres de phénomènes, on rencontre une identité d effets r n’y aurait-il pas, d’aventure, une identité de causes ? En d’autres termes : Si la clairvoyance dans le passé se détermine sur une base de traces r vibrations , influences existant dans un « milieu » quelconque, pourquoi donc, malgré les apparences, quelque chose de semblable ne pourrait-il se réaliser pour les événements futurs ? Dans ce cas, au lieu de traces, ou influences déterminées par les. événements déroulés dans le monde physique, nous aurions alfaire à des traces ou influences prédéterminées par les événements en voie d’extrinsécation dans ce même monde, ou préordonnées de quelque autre manière ; et les hypothèses « réincarnationniste », « prénatale », « fataliste », « spiritualiste » — toutes

vieilles comme l’humanité — se prêteraient parfaitement à cet ordre d’idées.

Ajoutons que l’analyse des autres facultés supernormales existant dans la subconscience viendrait confirmer ensuite ce point de vue, car les caractères de ces facultés démontrent qu’elles so t des facultés de sens élevées au degré supernormal spirituel, et non des attri u <? de V ntellect, ou plus précisément, des facultés d*abstraction, comme devrait être considérée la clairvoyance dans le futur si elle était due à des inférences de causes existant dans le présent.

En d’autres termes : la télépathie peut se comparer à une extension supernormale des sens par lesquels l’homme communique à distance, c’est-à-dire : la parole et l’ouïe ; la clairvoyance dans le présent, à une extension su ernormale du sens de la Vt.e ; la clairvoyance dans le passé, ou psychométrie, à un sens supernormal spécifique apte à la perception et interprétation des « traces » déterminées par les événements dans un « milieu » quelconque. — Ceci posé, il s’ensuit que si telle est la règle pour les facultés supernormales subconscientes, très vraisemblablement aussi la clairvoyance dans le futur devrait s’y conformer, pouvant être réduite à une faculté de sens. Et comme aux inductions a priori correspondent les déductions a posteriori — c’est-à-dire que • e l’analyse comparée des faits émergent des circonstances qui tendraient à le prouver — il e t conforme aux méthodes de

recherche scientifique de nous en tenir, jusqu à preuve contraire, à cette hypothèse.

D’ailleurs, en voulant considérer la clairvoyance dans le futur comme une faculté supérieure d'abstraction psychique, par laquelle le Moi subconscient inférerait l'avenir sur la base de causes existant dans le présent, de meme façon que l’astronome, à de nombreux mois d’intervalle, infère le jour, l’heure, la minute où une comète devra atteindre son périhélie — en voulant soutenir cette opinion, dis-je, on viendrait à conférer au Moi subconscient une puissance d’abstraction te lement prodigieuse, qu’elle semble inconcevable et inconciliable avec la nature humaine ; et comme étant d’élévation dans une des facultés de l’intellect ne pourrait que répondre à un degré comparable l’élévation de toutes les autres facultés qui constituent la synthèse psychique, le Moi subconscient pourrait être considéré comme un demi-Dieu. Et alors, à tant d 'omniscience ne pourrait que répondre une partie aussi importante à omnipotence, puisque le postulat philosophique de l’équivalence absolue entre les deux attributs de la Divinité semblent si bien fondé, que, dans une mesure infinitésimale, on en perçoit les effets dans notre monde, où les facultés normales d'inférence confèrent une suprématie à quiconque les possède à un degré très élevé, en commençant par l’homme d’affaires qui, inférant du présent la situation future du marché, triomphe sur ses

compétiteurs, jusqu’au général d’une armée, qui, inférant les actes stratégiques de l’ennemi, le surprend et le met en déroute. Donc, si l’excellence des facultés normales d’inférence dans la prévision du prévisible , confère une suprématie sur terre, la possession de facultés d’inférence illimitées jusqu’à prévoir Y imprévisible, devrait assurer aux sensitifs un pouvoir surhumain, quand ce ne serait qu’aux périodes de lucidité- Or, non seulement ceci est bien loin de se réaliser, mais le fait que les sensitifs en conditions de lucidité se maintiennent au contraire dans une attitude passive , qui est un indice certain de condition réceptive, démontre qu’il perçoivent médiatement , et non directement. — Convenons en donc : « Si, d’une part, il est prouvé que les sensitifs révèlent des événements futurs imprévisibles, de l’autre, il est prouvé que ceci ne peut se produire en vertu d 'inférences subconscientes. » Il est à noter que ces considérations puissamment suggestives correspondent aux affirmations des somnambules, des voyants et des médiums, qui s’accordent pour parler de « signes précurseurs des événements » interprétés par eux; ou d' ambiants spirituels » dans lesquels les causes mûriraient avant que les effets s’accomplissent dans le monde physique ; ou « d’événements futurs qui projetteraient en avant leurs ombres » ; ou d’ « entités spirituelles » qui leur révéleraient ce qu’ils communiquent ; par contre, jamais ils n assurent inférer les événements futurs iniprévi -

bibles à raide des causes existant dans le présent , et lorsqu’on les interroge explicitement à ce sujet, ils répondent que la clairvoyance dans le futur entendue ainsi serait une impossibilité. Ces affirmations sont grandement symptomatiques, surtout si l’on considère qu’il s’agit de sensitifs en conditions de lucidité, et l’on ne peut se passer de réfléchir que si, en vertu de ces mêmes conditions où ils se trouvent, ils parviennent à scruter l’avenir, rien ne s oppose à ce qu’ils parviennent à compénétrer aussi les causes qui leur permettent de ce faire : et la concordance de leurs assertions positives ou négatives est déjà une bonne preuve confirmative.

Je m’arrête ici pour le moment, car je crois eu avoir dit assez pour justifier mon opinion, d’après laquelle l’hypothèse des « inférences subconscientes » doit être exclue de celles qu’on peut appliquer aux phénomènes prémonitoires d’ordre accidentel et imprévisible, ce qui n’empêche pas ([ue ces phénomènes peuvent avoir indifféremment une origine subconsciente ou extrinsèque.

XL e Cas. — Dans les deux cas suivants, la particularité théoriquement intéressante consiste dans l’erreur où tombent les sensitives au sujet du temps, de sorte que croyant décrire des événements réalisés depuis peu, elles révèlent au contraire des événements qui se réaliseront plus tard.

M. \Y. J. Colville, bien connu dans les

milieux psychiques, raconte dans le Light (1909, p. 304) ce fait, dont il fut témoin et partie :

...Je compte parmi mes plus chers amis Madame Saint-Léonard, qui est douée de facultés psychiques peu communes... 11 y a quelque temps, le D r Louis Cohen, de Saint-Louis (Etats-Unis), s’intéressant aux phénomènes psychiques, fut conduit par moi chez la dame en question, à laquelle il demanda si elle ne voyait rien d’important qui se rapportât à sa famille. A sa vive stupeur, et à la mienne,Ja sensitive décrivit d’une manière précise son père, et lui en annonça la mort. Or, les dernières nouvelles reçues par le D r Cohen annonçaient au contraire que son. père jouissait d’une parfaite santé... En même temps, Mrs. Saint-Léonard insista sur le fait que le D r Cohen se verrait contraint de retourner immédiatement en Amérique, appelé par un télégramme urgent.

La séance se déroula chez Mrs. Saint-Léonard, 72, Lansdowne Road, Notting Hill, le mardi 20 avril. Le vendredi suivant, 23 avril, je me trouvais à Brighton, et je fus surpris de voir arriver le D r Cohen, accouru pour m’annoncer qu’il venait de recevoir un télégramme de chez lui, lui apprenant la mort subite de son père, et demandant son retour immédiat pour assister sa mère dans l’administration de l’héritage.

M. W . J. Colville écrit alors :

Curieuse est, dans cette vision, la circonstance que la sensitive considéra cette mort comme un événement déjà réalisé, deux jours avant qu’elle se produisît. L’explication qu’on m’en a donnée est celle-ci :

(( Dans le « plan psychique », ou « ambiant spirituel ». toute cause qui doit produire inévitablement un effet physique donné, est déjà en partie mûre avant que T effet s’accomplisse ; il peut donc arriver que l’effet soit perçu par le sensitif comme advenu, même lorsqu’une brève période du temps terrestre s’interpose pour que l’événement visualisé devienne sur terre un fait accompli.

XLI e Cas. M. A. Roland Shaw raconte dans le Light (1900, p. 518) cet autre fait personnel analogue au précédent :

J’allai chez une sensitive très connue à Londres, et dis simplement : « Je désire une séance ». Elle prit ma main, et presque aussitôt entra en somnambu lisme. Je ne la connaissais pas, et je suis 'certain quelle n’avait jamais entendu parler de moi. A un moment donné,, elle leva les mains, s’écriant avec une expression de douleur : « Vous ne savez pas que votre mère est morte ?» — Je répondis : « Je ne le crois pas ; ou du moins, elle se portait bien il y a trois semaines ». — Après une courte pause, une Intelligence extrinsèque communicante se mit à décrire avec toute exactitude ma mère, mon père, mes frères, tous demeurant dans ma patrie lointaine, puis ma maison, le jardin, la grille, les arbres groupée autour ; enfin, elle observa : « Les événements accomplis, ceux qui s’accomplissent, et ceux qui devront s’accomplir sous peu, se confondent souvent pour nous, car il nous est difficile, à nous qui n’existons pas dans le temps, de séparer ce qui est advenu de ce qui va advenir. Or, je vois que votre mère n’est pas encore morte, qu’elle jouit en appa-

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rence d’une bonne santé, mais qu’elle doit mourir au cours d’une période de trois mois. Votre frère vous avait conseillé d’aller lui dire adieu avant de partir pour l’Europe, et vous vous reprocherez de ne pas l’avoir fait ; car sa maladie ne durera pas vingt-quatre heures, et sa mort sera subite, car elle a le cœur malade. Je vois que le travail la fatigue facilement, ce qui lui donne le besoin de se coucher et de dormir même durant la journée », Cette dernière affirmation était absolument contraire aux habitudes de ma mère ; surprenant donc en erreur la sensitive sur ce point, je doutai de la véridicité de la prophétie. Cependant, j’écrivis à ma mère, lui demandant des nouvelles de sa santé ; naturellement, j’en taisais le motif. Dans sa réponse, elle me disait jouir d’une excellente santé, n’avoir pas un seul jour été souffrante depuis quatre ans ; mais elle s’apercevait de vieillir, car, en vaquant aux soins domestiques. elle se sentait facilement fatiguée , et souvent elle était obligée de se coucher et de prendre une heure de sommeil même durant le jour. Cette confirmation inattendue des renseignements obtenus médianiquement me rendit anxieux relativement à la prédiction de sa mort dans le terme de trois mois...

Un dimanche matin, deux mois déjà s’étant écoulés, ie fus pris d’un abattement moral profond et insoii . ^tandis que ma pensée se reportait avec insis- .ance vers ma mère, et ma tendresse pour elle assumait une forme presque morbide, à tel point que je ne pouvais ni manger, ni dormir, ni lire, ni m’occuper d’une chose quelconque ; et je me promenais en long et en large dans la maison avec une agitation extrême... Le jour suivant, je reçus un télégramme par lequel on m’annonçait la mort subite de ma mère.

survende le soir du dimanche. Par une lettre successive, j’appris qu’elle avait été saisie de fortes douleurs au côté gauche dans l’après-midi du samedi ; que le lendemain elle était suffisamment remise pour quitter le lit ; qu’à 2 heures elle se recoucha, et tandis qu’elle prenait une tasse de thé, elle tomba à la renverse sur l’oreiller, expirant immédiatement.

XLII e Cas. — Ce cas fut premièrement publié par le Prof. Flournoy sur les Archives de Psychologie (Genève) 1904, et reproduit ensuite par le même dans son ouvrage : Esprits et médiums (p. 348).

Le cas mérite avant tout d’attirer l’attention au point de vue de la psychologie du-témoignage humain. La relatrice, M me Buscarlet, n’avait pas conservé de relation écrite de son rêve, qui remontait à l’année 1883, et l’avait exposé verbalement d’une manière très détaillée au Prof. Flournoy en 1901. Cependant, la relatrice ayant appris au Professeur qu’elle l’avait raconté par lettre à une dame russe, que le rêve pouvait intéresser, celui-ci, sachant combien il faut se méfier des souvenirs lointains, l’invita à redemander à ses amis de Russie la lettre en que ''ht. Par bonheur, ils l’avaient conservée, et la lui retournèrent. Il résulta de la comparaison que les dix-huit années, écoulées avaient bien apporté des altérations mnésiques dans les détails de second ordre, mais qu’elles avaient scrupuleusement respecté le contenu essentiel du rêve.

Je me contenterai de rapporter le cas tel qu’il a été décrit dans la lettre en question, et commenté par la lettre qui lui répondait. Dans celle de M me Buscarlet à M me Moratief, après les souhaits de Noël, on lit le paragraphe suivant :

Cette nuit, j’ai fait un drôle de rêve, que je veux vous raconter, non que j’y attache une importance quelconque, mais seulement parce que c’est drôle. Vous et moi étions sur un chemin, dans la campagne, lorsque passa devant nous une voiture d’où sortit une voix qui vous appela. Arrivées près de la voiture, nous vîmes M lle Olga Popoi couchée en travers, vêtue de blanc avec un bonnet garni de rubans jaunes. Elle vous dit : Je vous ai appelée pour vous dire que Mme Nitchinof quitte l Institut le 17. Puis la voiture continua de rouler. Que les rêves sont parfois burlesques !

Deux semaines plus tard, M me Buscarlet recevait de M. Moratief une lettre qui commençait

ainsi :

Nous venons de recevoir vos lettres, bien chère Madame, et c’est au lit que ma femme les a lues... Non, chère Madame, il n’est pas drôle, il n’est pas burlesque, hélas, il est étrange, il est happant, stupéfiant, votre rêve du 10-22 décembre. M me Nitchinof, la chère, la pauvre M me Nitchinof, a quitte l’Institut, en effet, le 17, mais pour ne plus jamais y rentrer. La fièvre scarlatine, accompagnée de diphtérie, nous l’a enlevée en trois fois vingt-quatre heures. Elle est morte le 16, à 11 heures 3/4 du soir et à 2 heures du matin, le 1 7 (n’est-ce pas étrange) on a emporté son corps dans la chapelle avoisinante.

On a craint la contagion pour l’Institut, voilà pourquoi on s’est tant dépêché...

Le Prof. Flournoy soumet ce cas à une analyse serrée et détaillée, et, ne sachant le résoudre par l’interprétation prémonitoire, suppose un phénomène de « télépathie trinitaire », c’est-àdire que M me Moratief, liée par une grande amitié aux deux dames qui sont les protagonistes du fait, lesquelles se connaissaient à peine entre elles, ait perçu subconsciemment, le 10 du mois, les premiers symptômes de la maladie latente dans M me Nitchinofï, perception qu’elle aurait transmise télépathiquement, de Kasan à Genève ? à M me Buscarlet. Mais comme cette hypothèse, déjà suffisamment hardie, ne suffit pas à expliquer le facteur principal du rêve, qui consiste dans la précognition de la date à laquelle le corps de M me Nitchinofï devait quitter l’Institut, Flournoy nous soumet cette autre hypothèse :

... Si l’on songe combien la conscience subliminale l’emporte sur la conscience ordinaire par la connaissance et la prévision, à échéance souvent fort lointaine, des processus intimes de l’organisme, on concédera, je pense, qu’il n’y a rien de bien hasardé à supposer que M me Nitchinof ait pu, pendant la nuit du 9 au 10 décembre, se rendre compte de son état latent et se tenir en quelque sorte le discours subliminal suivant : « Bon ! me voilà pincée ! C’est même excessivement grave : je sens bien que je n’en ai plus que pour huit jours. Dans une semaine juste, entre le 16 et le 17, viendra ma fin ; il est difficile

de dire si je mourrai avant ou après minuit, mais ce qu’il y a de certain, c’est que ce sera pour cette nuit-là, et que dans le courant du 17 on sortira mon cadavre de l’Institut pour le transporter à la chapelle... >> — Telle est, formulée dans notre langage discursif, l’idée ou P émotion subconsciente qui, de Kasan, aurait servi d’inducteur télépathique au rêve que M me Buscarlet fit à Genève la même nuit.

Ainsi raisonne le Prof. Flournoy. Les lecteurs sont libres de se prononcer sur l’admissibilité des suppositions qu’on a lues ; j’observe seulement pour mon compte qu’elles me semblent si faibles et si minces, que j’en suis réduit à me réfugier dans l’hypothèse prémonitoire comme dans celle que la comparaison me montre être de beaucoup la plus simple.

XLIII e Cas. — Je termine ce sous-groupe par l’exposition de trois cas ayant des enfants pour percipients.

Je tire ce premier cas de la Revue Luce e Ombra (1907, p. 601). La relatrice M me Antoinette veuve Salvi (Via Cedronio, 31, Naples) écrit ce qui suit au Directeur de la Revue.

M. A. Marzorati, à la date du 25 septembre 1907:

Le phénomène que j’ai l’honneur de vous raconter s’est produit dans ma maison, en mai dernier. Mon unique fdle Dora, âgée de neuf ans, rêva durant la nuit du 13 au 14 mai que son père était mort, et le matin suivant, au réveil, elle pleurait et racontait l’avoir vu dans son rêve étendu sur le lit mortuaire, s’étendant sur d’autres terribles détails. Nous, son

père y compris, cherchâmes à la distraire de cette douloureuse impression, et nous l’envoyâmes tout de suite en classe. Mais l’enfant, toujours sous l’influence de ce rêve, le raconta à la Directrice, à sa tante et à la maîtresse, aux heures habituelles de récréation.

A 2 heures, l’école achevée, la petite Dora revint à la maison avec l’espoir de revoir son père, mais celui-ci venait de sortir pour ses affaires professionnelles. A 4 heures, nous étions tous réunis pour broder, lorsqu’on frappa à la porte de ma maison, qui se remplit de monde : avocats, notaires, amis, parents, qui me firent comprendre avec de belles manières que mon mari, l’avocat César Salvi, se trouvant dans un état très grave parce que frappé d’un mal sérieux, serait revenu dans un moment ; en effet arriva la civière de la Croix Verte portant le cadavre de cet homme adoré.

Si vous le croyez utile, vous pouvez publier dans votre scientifique Revue, le récit de ce phénomène, qui, même dans ses plus menus détails, que je n’ai pas racontés, répond exactement à la réalité.

(Signé : Antoinette veuve Salvi^.

La relatrice observe que l’enfant s’était étendue sur d’autres terribles détails, qui répondirent exactement à la vérité. Il est déplorable qu’elle les ait supprimés par brièveté, sans songer à leur importance théorique.

XLIV e Cas. — Je le trouve dans les Annales des Sciences Psychiques (1899, p. 195-198).

M me Alexandre Bourges raconte cet épisode dont elle-même fut l’héroïne :

J’avais neuf ou dix ans et j’étais à Trieste avec ma famille, lorsqu’un jour, me préparant à sortir pour la promenade avec mon jeune frère, je regardai l’heure à la pendule. Tout à coup, en détournant les yeux, je vis un catafalque noir, entouré de cierges, et, sur ce catafalque, allongé et rigide, un cadavre ; de plus, tout dans la pièce : meubles, tentures, même ceux de couleur vive, étaient devenus noirs comme de l’encre.

Pénétrée d’horreur, je me couvre les yeux un instant, mais en les découvrant le même spectacle se représente à ma vue. Affolée et hors de moi, je me précipite en poussant des cris dans la pièce voisine où se trouvait ma mère, qui ne comprit rien à ma terreur : « Maman ! Maman ! quelqu’un est mort ! » lui criai-je au milieu de mes sanglots. Ne s’expliquant pas du tout cette crise, elle m’obligea à faire ma promenade quand même, pensant que cela serait une diversion ; mais en rentrant je me mis au lit avec une fièvre causée par l’émotion ressentie. Le fait parut inexplicable, car tout le monde dans la famille était en bonne santé. Mais, trois jours après, mon père se réveillait dans la nuit, se disant en proie à un malaise causé, disait-il, par la digestion. Ma mère se leva, ainsi que moi, et passa dans la pièce voisine pour préparer une infusion. Tout à coup, mon père me regarde d’un œil étrange; le souvenir de la vision me revient et j’ai le pressentiment d’une mort prochaine. Je me précipite à la cuisine et dis à ma mère vivement : « Maman, quand on doit mourir, comment regarde-t-on ?» — Ma mère, ne comprenant rien à cette question d’enfant, me dit : « Pouquoi me demandes-tu cela? » Mais, inquiète et peu rassurée, elle s’empressa de retourner à la chambre, où elle trouva

mon père râlant et agonisant. Il mourait peu d’instants après. J’ai été surprise de retrouver dans le catafalque érigé pour mon père, comme c’est l’usage dans ces pays, les détails entrevus rapidement dans la vision, et surtout le linceul d’une couleur marron clair, qui couvrait le bas du corps.

Mes parents de Trieste ont été alors vivement frappés, et doivent se rappeler encore maintenant l’impression profonde que fit sur eux cet événement.

(En effet, la mère écrit de Marseille, racontant l’épisode indépendamment de sa fille, et les deux récits concordent en tous points, sauf que la mère affirme que la percipient avait vu sur le catafalque le cadavre de son père, tandis que la fille ne parlait pas de l’avoir reconnue. M me Bourges fut donc interrogée à ce sujet, et elle confirma la première version. — Nous ferons noter que cette version est aussi conforme à ce que nous avons vu précédemment, c’est-à-dire que lorsqu’il s’agit de personnes strictement liées au percipient, le symbolisme de la prémonition prend d habitude une forme vague, de façon à le laisser dans une incertitude propice au sujet de la personne désignée).

XLV e Cas. — Il est tiré aussi des Annales des Sciences Psychiques (1893, p. 259), et a pour rapporteur l’ingénieur A. Goupil, dont le nom est bien connu des culteurs des recherches métapsychiques.

A Tunis, entre la Poste et le Café de France, est ^un coiffeur français dont je ne sais plus le nom. Un

matin de l’été de 1891, je faisais une partie de billard avec lui ; cette partie terminée, je lui en proposai une seconde. — « Non, me dit-il, j’attends le médecin et je désire savoir ce qu’il dit. — « Est-ce que vous avez quelqu’un de malade ?» — « Non, mais j’ai mon petit neveu âgé de... (11 ans je crois), qui a eu hier soir une hallucination ; il s’est levé tout à coup en criant : « Voilà une femme qui veut , préndre ma petite cousine (ma fillette de quelquesmois), je ne veux pas qu’elle l’emporte. » Cela dura un bon moment et nous ne pûmes lui faire croire qu’il avait rêvé. — « Est-ce qu’il a déjà eu des hallucinations ? » — « Non ». — « Il se porte bien ? » —

« Oui, mais je crains que cela ne soit l’indice d une fièvre. » —«Votre petite fille se porte bien ? » -— « Oui, très bien. » — Je posais cette dernière question parce qû’iTvepait de me passer par la tête que cette vision voulait dire que la petite allait mourir avant peu. Je ne dis rien de ma pensée à mon interlocuteur qui me quitta. '

Leiendemain je lui demandai des nouvelles. Tout son petit monde allait bien. Le surlendemain, même question et même réponse ; le troisième jour, même question et encore même réponse. Il avait l’air de s’étonner de l’intérêt que je semblais porter à ces enfants que je ne connaissais pas. Trois jours se passèrent sans que je le visse de nouveau. L’ayant rencontré le jour après dans la rue, je lui demandai si les enfants allaient toujours bien. — « Vous savez, ine dit-il, que nous avons perdu ma petite fille ; elle a été emportée en un rien de temps. (Je crois qu’il m’a dit que c’était du croup). — « Non, dis-je, je ne le savais pas, mais j’attendais cela. » — « Comment cela ?» — « Oui, c’est la femme qui l’a empor.

tée. » — Quelle femme ?» — « Eh bien, celle qu’a vue votre neveu ; elle représentait la mort, la maladie, ou tout ce que vous voudrez ; ça devait être une hallucination prophétique. »

Je laissai là mon homme très étonné et il pourra affirmer ce récit au moins dans ses lignes principales, car il a été très frappé par mes réflexions et il a dû s’en souvenir. — C’est le seul fait de ce genre que j’aie eu. -— Ing. A. Goupil. *

Sous-Groupe G

Prémonitions de la mort de tiers a longue

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