SYMPTÔMES ET MARCHE
A la suite d’une piqûre, d’une écorchure ancienne ou récente, on ne prend le plus souvent aucune précaution. Les ouvriers, les cuisinières, les étudiants en médecine ou les personnes qui soignent les malades ont souvent les mains en contact avec des corps irritants, ou des virus qui provo-
quenl alors uiio inllumnmlion de la main, envahissant rapidement ravaiil-ljras et même le bras.
Cliniquement on peut assister à deux formes de début :
1” un brusque ; 2” un insidieux. De même il y a deux espèces d’inflamniations : une bénigne ; l’autre grave.
1° Forme aiguë à début brusque. — Un individu, porteur d’une écorchure du pouce par exemple depuis quelques jours, i n'y fait aucune attention. Bientôt il est pris d’un frisson vio- j lent, de céphalalgie, d’embarras gastrique et en même temps j il éprouve une douleur très-intense dans le doigt, la main, l’avant-bras et même quelquefois le bras. Le gonflement suit ; ces symptômes et envahit le pouce, la main et l’avant-bras i avec une grande rapidité. Mais, comme le professe M. Dolbcau, on ne peut séparer d’une façon absolue cette inflamma- i tion profonde de la superficielle, car si l’on regarde avec soin, on constate sur la main, l’a.vant-bras et quelquefois jusque ! dans l’aisselle une rougeur en nappe, ou en réseau. C’est ; que, dans la majorité des cas, une lymphangite complique ces ; phlegmasies, comme l’écrivent tous les auteurs qui se sont ' occupés de ce sujet.
D’autres fois une lésion du petit doigt donne lieu aux mêmes symptômes ; mais il arrive, comme M. Dolbeau l’a vu j et l’a dit à son cours, de trouver le début de la maladie à un j doigt, la main est alors respectée, et le gonflement apparaît seulement au niveau du poignet.
2“ Forme à début insidieux. — Dans ce cas ce sont les accidents locaux qui se développent les premiers. L’inflammation envahit progressivement la main et l’avant-bras, qui se gonfle en dernier lieu. Les symptômes généraux sont consécutifs à kl phlegmasie locale et ne se montrent qu’au moment de la formation du pus.
La marche est donc la suivante ! tout d’abord la douleur se
fait sentir avec ses différents caractères ; puis le gonflement apparaît et gagne de proche en proche ; enfin les frissons, la fièvre, l’inappétence, la céphalalgie, en un mot tous les accidents qui surviennent dans les inflammations graves.
Mais Bauchet, M. Gosselin et M. Polaillon ont divisé les symptômes d’après la variété de la maladie, et ces auteurs ont décrit des symptômes particuliers pour le phlegmon du tissu cellulaire sous-aponévrotique et pour le phlegmon des gaines.
Voici donc les signes donnés à chaque genre.
Symptômes du phlegmon sous-aponévrotique simple.
La turhéfaction de la main est uniforme et totale : elle est dure, rouge et très-douloureuse à la pression: d’autres fois elle est mollasse et fongueuse. L’inflammation se propage rapidement à l’avant-bras au-dessus du poignet, « en suivant les tendons fléchisseurs. »
Les doigts sont étendus, dit Bauchet; M. Polaillon écrit que les doigts sont légèrement fléchis dans leurs articulations métacarpo-phalangiennes, tandis que les phalanges sont étendues les unes sur les autres ; M. le professeur Gosselin confirme cette disposition.
Enfin les mouvements des tendons, des muscles, du poignet, des doigts, produisent peu de douleur, mais il faut rappeler que, pour le phlegmon sous-cutané, Bauchet a écrit « que les mouvements des doigts sont pénibles, mais qu’ils peuvent être effectués, et surtout qu’ils sont peu douloureux quand on étend et fléchit alternativement et doucement ces organes. » Ici il en est de même; nous verrons que c’est presque toujours ainsi.
Le phlegmon des gaines présente donc des symptômes particuliers ; voici comme s’exprime M. Polaillon dans l’article déjà cité : « Une douleur violente, accompagnée de la flexion des doigts, estle premier signe caractéristique. L’attitude des doigts est surtout importante cà noter ; la première phalange ^ ou phalange métacarpienne, est dans l’extension et continue
la direcLion des inéLacarpiens, tandis que les deux autres phalanges sont recourbées en crochet. La douleur s’exaspère au point de devenir intolérable lorsqu’on cherche (à imprimer quelques mouvements aux doigts, et telle est la /brer dcrctraction des fléchisseurs, qu’il faut faire un effort considérable pour les étendre. »
13auchet avait exprimé la même opinion dans les termes suivants: « La première phalange, la phalange métacarpienne, n’est pas fléchie, elle continue la direction des métacarpiens, retenue dans cette position par les interosseux ; les deux autres phalanges sont recourbées en crochet ; les doigts sont quelquefois fortement'appliqués contre la paume de la main ; tous les mouvements d’extension sont très-pénibles, très-douloureux, et telle est la force de rétraction des fléchisseurs, que les mouvements d’extension très-pénibles, trèsdouloureux, exigent d’assez puissantes tractions. »
La griffe, est donc le symptôme principal sur lequel ou s'appuie pour faire le diagnostic entre le phlegmon du tissu cellulaire sous-aponévrotique et le phlegmon des gaines. Nous reviendrons sur ce symptôme dans la discussion qui terminera ce mémoire.
Mais ce n’est pas tout, et les auteurs qui ont étudié ce sujet ont donné des caractères particuliers à l’inflammation de la gaine tendineuse du long fléchisseur du pouce, du fléchisseur du petit doigt et de la gaine commune. Je cite textuellement M. Polaillon, qui a très-bien résumé tout ce qui a trait à cette question :
« A mesure qu’uu épanchement se forme dans les gaines tendineuses, la tuméfaction augmente et affecte des caractères particuliers. Elle commence toujours par la partie inferieure de l’avant-bras et ne s’étend pas sérieusement aux éminences thénar et hypothénar, en laissant le creux de la main intact. Ce fait s’explique quand on songe que la distension des gaines s’effectue difficilement à la paume , où
elles sont emprisuiiiiees entre des muscles, des os et des plans fibreux, tandis qu’au-dessus du ligament annulaire et surtout près du bord cubital de l’avant-bras, elles n’ont qu’à soulever, l’aponévrose de cette région. C’est seulement lorsque le cul-de-sac supérieur ne peut plus être distendu, que le gonflement arrive à la région palmaire. Il se présente alors sous la forme de* deux renflements, l’un situé à l’avant-bras, l’autre à la paume ; la partie intermédiaire est déprimée par le ligament annulaire. La fluctuation existe souvent; pour la bien percevoir, il faut appuyer largement une des mains sur la partie inférieure et antérieure de l’avant-bras, pendant qu’avec l’autre on presse alternativement le renflement palmaire.
« Les ganglions lymphatiques et le tissu cellulaire des régions voisines participent de bonne heure à la phlegmasie ; la main, dont les doigts restent immobiles et recourbés en griffes, prend alors un volume énorme, et la tuméfaction envahit peu à peu tout le membre thoracique. »
Quelle différence y a-t-il donc entre ces deux formes? N’existent-elles pas seulement en apparence. Pour moi c’est ce que je trouve, et voici les raisons sur lesquelles je me fonde :
La description des symptômes locaux que j’ai cités sont ceux du phlegmon sous -cutané et profond, coïncidant en même temps et, comme l’a dit M. Dolbeau, cliniquement, il est impossible de les désunir. Ces deux affections marchent ensemble.
Mais lorsque le phlegmon profond, consécutif à une piqûre du petit doigt ou du pouce, comme j’en donnerai des exemples, est d’emblée profond, il est rationnel que l'inflammation envahisse d’abord les tissus qui sont favorables à son développement avant d’arriver à se montrer à la peau . Ce n’est que secondairement que le tissu cellulaire sous -cutané
se prend, et alors la main est uniformément rouge, unifor- Chevalet. 7
mément gonflée; les doigts, eux aussi, se prennent, se tuméfient, s’ulcèrent quelquefois. Que peut-on invoquer alors, ce n’est certes pas l’inllammation des gaines tendineuses, puisqu’elles ne communiquent pas. Il y a alors le tissu cellulaire.
Mais on ne veut pas de l’angioleucite descendante, qui est bien ! ce qu’il y a de plus simple. |
On a , dans ce cas , ce que Ton trouve dans tous les )
phlegmons sous-aponévrotiques profonds, où la peau est in- j
tacte et où le pus se laisse sentir là où les aponévroses sont le 1
moins résistantes. |