ANATOMIE MICROSCOPIQUE
Nous allons donc entrer dans quelques détails d’histologie. Nous serons aussi bref que possible. Mais il nous semble que cette étude est d’un grand intérêt et que peut-être elle nous conduira à la déduction de quelques faits pathologiques jusqu’alors peu explicables et qui découleront, j’ose le dire, naturellement de cette étude micrographique.
Gomme nous n’avons pas la prétention de faire une monographie complète du système lymphatique depuis sa découverte, nous étudierons simplement les lymphatiques d’après les derniers auteurs qui s’en sont exclusivement occupés.
Nous entrons dans notre sujet en commençant par un abrégé de la structure de la peau.
La peau est composée de l’épiderme ; du derme ; du tissu cellulaire sous-dermique, des nerfs, de vaisseaux, de glandes sudoripares et sébacées. Les poils et les ongles en font également partie.
De toutes ces parties, une seule nous intéresse, je veux parler des vaisseaux lymphatiques. M. le professeur Sappey, que je ne saurais trop remercier des conseils et des communications verbales qu’il m’a fournies avec la plus grande obligeance, a bien voulu me communiquer le résultat de ses recherches sur les vaisseaux lymphatiques d’après ses nouveaux procédés. Ce qui suit est donc encore inédit, et c’est avec une véritable joie que j’écris ces lignes dictées par M. le professeur Sappey lui-même.
Les papilles de la peau sont formées d’une substance amorphe finement granuleuse; des fibres lamineuses, des fibres élastiques, des anses vasculaires, des corpuscules du
tact aux doigts et aux mains surtout. Puis on voit, d’après les préparations de ce professeur, que les papilles sont enveloppées par des réseaux de capillicules et de lacunes lymphatiques.
De ces réseaux naissent les vaisseaux lymphatiques' et les ■ capillaires qui se rendent à la partie centrale de la papille pour gagner ensuite le réseau lymphatique sous-dermique, en traversant les aréoles du derme. Les glandes sudoripares sont enveloppées d’un lacis lymphatique très-beau. Il résulte donc de ces dispositions que l’enveloppe tégumentaire se trouve en quelque sorte comprise entre deux réseaux ; l’un superficiel ou papillaire, l’autre profond ou sous-dermique ; c’est de ce dernier que partent les vaisseaux lymphatiques qui ; rampent dans la couche cellulo-graisseuse sous-cutanée.
La peau delà main, de l’avant-bras et du bras est entièrement couverte de lymphatiques (Sappey). Un point important à noter, c’est que la matrice des ongles est tapissée d’un 5 réseau lymphatique très-considérable.
L’école allemande avec : Teichmann, Ludwig, Tomsa,
: Hyrtl; V. Recklinghausen, His et Frey, admet que les P origines des vaisseaux lymphatiques ne sont autre chose que I les espaces ou cavités existant entre les éléments des tissus, cavités sur la nature desquelles on n’a pu malheureusement ! s’entendre encore d’une façon complète. Cependant, d’après ( l’excellente thèse de mon collègue et ami M. Renaut, la \ question paraît plus avancée.
: Nous ne saurions mieux faire que de lui emprunter tex-
(f tuellement sa description môme :
« Si, piquant obliquement la peau avec la seringue de r Pravaz, de manière à ce qu’on l’on voie le bec effilé de la f canule à travers l’épiderme, on pousse dans la partie la plus I. superficielle du derme du bleu de Prusse dissous dans l’eau, [| on voit d’abord paraître une petite nappe colorée autour de . la canule, une petite boule se forme ensuite difficilement, et de
la périphnrie de cette dernière, on voit bientôt partir un réseau bleu très-élégant qui se répand sur une surface de plusieurs centimètres : c’est le réseau superficiel des lymphatiques de la peau.
Si, une fois l’injection faite, on détache avec précaution le tégument, on ne tarde pas a reconnaître que la matière
colorante a pénétré, en dessinant des réseaux, presque dans les couches les plus profondes. Dans les travées conjonctives qui séparent les îlots dudit tissu adipeux sous-cutané, on voit des lymiDhatiques d’un certain calibre, reconnaissables à leurs valvules remplies de bleu de Prusse et se rendant aux ganglions correspondants.
La partie de cette expérience très-simple, faite pour la première fois par M. Ranvier, est considérable. Elle démontre, en effet, qu^en piquant un point quelconque de la superficie du chorion, on injecte un système capillaire arborisé communiquant avec les gros troncs lymphatiques. Dans les tissus fibreux, tout aussi bien que dans le tissu cellulaire lâche, les mailles du tissu conjonctif communiquent donc librement avec les vaisseaux absorbants.
Sur une coupe, on voit les lymphatiques former de larges troncs irrégulièrement renflés et dont les bords sont limités par des lignes anguleuses ; d’une manière générale, le réseau le plus superficiel formé par ces vaisseaux est sensiblement inférieur aux papilles et aux capillaires sanguins qui s’y distribuent ; quelques rares ramuscules s’en rapprochent cependant, mais rensemlilc du réseau superficiel paraît .j plutôt intermédiaire au lacis supérieur des vaisseaux sanguins d’où partent les anses destinées aux papilles et au l•ésenLl profond à larges mailles qui se distribue autour des glandes de la peau.
La structure de ces capillaires lymphatiques est extrèineineiiL simple. Si la section (siii* une coupe) a été faite (lerix'iidieulairemenl à la direction d<^s faisceaux rie tissu
conjonctif du derme, le capillaire lymphatique paraît comme une lacune anguleuse exactement limitée par le contour de ces faisceaux, et dans laquelle a pénétré l’injection. On a sous les yeux un espace plasmatique gigantesque, formé par le simple écartement des fibres conjonctives, et cette cavité, comme creusée dans le tissu cellulaire, n’est limitée que par un réseau élastique très-délicat et serré qui revêt les saillies et les dépressions formées par les faisceaux écartés.
« Cette disposition anatomique des capillaires lymphatiques est surtout visible quand, par suite de certaines lésions de la peau, les lacunes ont pris un développement parfois considérable. »
Young avait déjà vu que la couche superficielle du chorion renferme des lymphatiques, mais il avait admis à tort qu’ils accompagnent et peut-être même entourent les vaisseaux sanguins.
En résumé : nous voyons que, quelle que soit l’opinion des auteurs, la peau est couverte de lymphatiques, que le derme est parcouru par ces mêmes vaisseaux qui forment des réseaux d’où partent des troncules qui traversent le tissu cellulaire et que même pour la plupart des micrographes actuels, le tissu cellulaire est creusé de lacunes lymphatiques.
J ai cru devoir décrire l’anatomie descriptive et microscopique des lymphatiques dans ses plus grands détails, sans m’occuper de discuter l’origine de ces vaisseaux ; c’est sur cette anatomie, en effet, que je vais m’appuyer pour tenter un essai sur la pathogénie de quelques inflammations des doigts, de la main et de l’avant-bras.