‹ Des Pigmentations Cutanées d'Origine MédicamenteuseChapitre 4 sur 23 · EU · texte numérisé non relu

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malade de Willsonn 51 ans, celle de Mackensie 65 ans et enfin celui de Crocker était soigné pour asthme et artériosclérose. — Nous pouvons done conclure que l’âge influe fort peu. ;

Les éruptions arsenicales surviennent d’une façon tout à fait indépendante du mode d'introduction du médicament, de la forme sous laquelle il a été donné. C’est là du reste un fait naturel, constant même pour la plupart des agents thérapeutiques.

Le plus ordinairement, l’arsenic ést absorbé par les voies digestives sous forme de liqueur de Fowler, de solution d’arséniate de soude. Ce sont ces préparations que nous avons le plus sonvent notées dans nos observations. Mais qu’on le donne en injections hypodermiques, le résultat sera le même.

M. Smetana, (1) traila un malade de 26 ans par des injections sous-cutanées d’arséniate de soude, pour un prurigo et un engorgement des ganglions du médiastin. Une pigmentation survint après l'emploi de 0 gr. 10 du médicament.

Appliqué sur la peau, incorporé à des pommades ou à des pâtes, il sera aussi bien absorbé, et aussi bien il pourra donner lieu aux mêmes réactions.

Power (2) raconte, que dans une épidémie d'érysipèle survenue en 1878 à Brighton on employa à titre de topique une poudre contenant cinquante pour cent d’arsenic blane,

13 enfants moururentsur 29 atteints. Il y eut naturellement

(1) Société mnédicale de Vienne, 1891.

(2) power. Rep. med. local. govern. Board, London, 1879, Ne 1"

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des accidents locaux par application directe; mais à côté, on nota que dans les cas mortels il y avait une teinte généralement noire de la peau des aines et des parties génitales qui devenaient rapidement un peu gonflées et dures, le même état existait au dessous de l’ombilic, sous les aisselles et sur les plis du cou.

Rien de précis du côté de la porte d'entrée, en est-il de même pour la quanlité d’arsenic qui a pénétré dans l’organisme.

Il y a des doses minima, elles ont été pour la liqueur de Fowler : 1°, 6 à 8 gouttes pendant trois jours, 2°, trois doses de 8 gouttes en 24 heures, 3°, 18 gouttes en deux jours. Ce sont là des cas exceptionnels de susceptibilité cutanée absolument particulière.

La pigmentation survient encore très vite dans les cas d'intoxication aiguë. Tel le cas de Juliano Moreira (1). Une famille, le père, la mère, un enfant et un élève du père prirent par mégarde de la mort aux rats à base d’acide arsénieux. [1 y eut d’abord des phénomènes d’empoisonnement aigu, ensuite des lésions cutanées. Chez le père, dix Jours après, on constalait une pigmentation anormale, donnant à la peau un aspect sale, brunâtre, non lavé, avec une fine desquamation — La coloration survint également dix jours après chez la mére ; chez l’enfant et l’élève, en dépit de l’idiosyncrasie particulière que l’on note dans le jeune âge. elle ne survint que du quinzième au vingtième Jour.

Habituellement, c’est insidieusement que la pigmentation s'établit, après deux ou trois mois de traitement chez des

4) Juuaxo Moreira. The Brit. Journ. al. of derm. 1895. p. 378.

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malades sensibles, chez d’autres, il faut deux ou trois ans de traitement avec des doses croissantes.

Quelques malades même ont supporté larsenic sans inconvénients pendant nombre d'années, jusqu'au moment où une dose un peu plus forte détermina de l’intoxication.

« Le malade de M. Albert Mathieu (1) prend depuisplus de vingt ans de l’arséniate de soude àdose élevée dans le but de « s’éclaircir la voix et de se donner des forces ». Généralement il se sert d'une solution à un pour cinq cents, dont il prépare un demi-litre d'un coup. Cette dose dure habituellement environ un mois, ce qui fait de 3 à 4 centigrammes d’arséniate de soude par jour, quelquefois même davantage. ;

M. X..., qui est très nerveux, très sujet à la dépression, déclare ne pouvoir se passer de son excitant habituel. Lorsqu'il a à supporter des fatigues plus grandes, ilen augmente la ratio-n. En 1883, au cours d’un voyage particulièrement pénible en Algérie, il força la dose .et fut pris d'accidents aigüs :après

lesquels survint la pigmentation ».

Il y a là un cas de tolérance exceptionnelle, et l’on peut faire appel ici à la théorie de l'emmagasinement invoquée par M. Brouardel dans sa thèse.

La dose plus forte a été la cause occasionnelle ; suivant la théorie de M. Besnier, le malade à ce moment était en imminence d'accidents cutanés, de pigmentations entre autres; l’intoxication aiguë, en créant un état. de moindre résistance, a simplement favorisé léclosion des phénomènes nouveaux.

1)Arserr Maragu, Soc. franc. de Derin. AA imai 1894,

L’intoxication chronigne amenant la pigmentation peut être encore réalisée en dehors de tout esprit de médication.

Le docteur Vidal (1) rapporte l'épidémie d'Hyères survenue eu 4888. Au lieu de plâtre, on mit dans du vin de l'acide arsénieux. Il y avait donc ingestion quotidienne et à petite dose de la substance toxique. 11 y eut des phênoménes d'intoxication et parmi ceux-ci on signala, comme propres à la dermière période, sur les jambes et les pieds des taches de couleur de café brûlé, séparées les unes des autres par une bordure d'un rouge foncé.

Enfin Hirchgâsser (2), dans un mémoire, relate plusieurs cas «de pigmentations en taches brunes sur la face et plus rarement à d'autres endroits dans üne intoxication arsenicale chronique causée par les papiers peints.

‘Contrairement à .ce qu'il serait logique de penser, la pigmentation ne survient pas d'une façon plus particuhière chez lesmalades atteints d’affections cutanées el .sinous relevons, dans nos statistiques, des maladies préexistantes, le psoriasis (Vidal), Je prurigo (Smétana) lepemphigus (Handfort), la couperose (Wilson), une dermatite généralisée rouge (Rash), nous voyons à coté de ces affections cutanées .des malades atteints de chorée (Wyss), d'accidents intestinaux (Forster), d'asthme (Crocker), de tumeur du.creux axillaire (Schlesincer); d'adéme et.de chloro-anémie (Richardière).

(4) D. Vipaz (d'Hyères). Vins arseniés. Rapp. Acad. Méd., 7 juillet 1888.

(2) HmcuGzæsser. Vierteljahreschrift Gerichte. &.-offent. medicin. 1868.

c) Description.

Nous nous occuperons d’abord de la pigmentation survenant comme symptôme principal de lintoxication, pigmentation pouvant être généralisée, pouvant aussi se locaser à différentes parties du corps. Nous parlerons ensuite des taches pigmentaires, enfin nous étudierons quelques cas de mélanose survenant au milieu d’un ensemble de phénomènes graves, reléguant la pigmentalion à l’arrière plan.

Début. — Le début se fait en général d’une manière insidieuse, le plus souvent à l’insu du malade qui ne vient guère consulter qu’une dizaine de jours après. Il affecte plusieurs modes : tantôt, et c'est le cas le plus rare, ilse fait sur tous “les points du corps à la fois ; tantôt et presque toujours, il débute par certaines régions le plus souvent les mêmes. Suivant Wyss, de même que dans la maladie d’Addison, le pigments’accumule de préférence dans les régions ayant déjà physiologiquement une teinte brune accusée (aisselles et seins), de même on voit la mélanose arsenicale débuter et avoir la coloration la plus intense dans le creux axillaire, sur les grandes lèvres, à l'anus, aux mamelons. Ch. Audry a noté comme point de départ les parties du corps soumises à des pressions continues et répétées : les reins etla ceinture dans les deux sexes, lé creux épigastrique etla portion supérieure de l'abdomen, pressés par le corset, chez la femme. Enfin un troisième mode de début : des taches apparaissent disséminées çàet là sur la surface du corps, soit à des endroits indéterminés, soit aux points que nous venons de

citer.

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