‹ Des Pigmentations Cutanées d'Origine MédicamenteuseChapitre 5 sur 23 · MEL · texte numérisé non relu

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Pigmentation généralisée. — Quelleque soit la façon dont Ja pigmentation ait commencé, elle peut se généraliser. Les cas de cette catégorie sont les moins fréquents ; ils existent cependant. Haffter (1) a noté une teinte grisâtre généralisée chez une femme qui, pendant trois ou quatre ans, avait pris quinze à trente goultes par Jour d’une solution d’arsenic. Leczynsky (2) rapporte également un cas de mélanose absolument généralisée à la suite d’absortion de liqueur de Fowler.

Le. plus souvent la pigmentation est presque généralisée, une faible partie du corps reste indemne ; d'ordinaire c’est la paume des mains ou la face plantaire des pieds.

Le malade de Schlesinger prit, pour une tumeur du creux axillaire, de l’arsenic à doses croissantes. Trois semaines après le début du traitement la coloration de la peau devint plus foncée. On continua le traitement, et les mois suivants la peau arriva à ia couleur bronzée. Les mains et les pieds sont simplement demeurés un peu plus clairs que le reste du corps. Crocker (4), dans son observation de mélanose généralisée, note comme ayant été épargnés l’ombilie et lé mamelon, ce qui est en opposition avec la théorie de Wyss exposée plus haut.

Quand l'affection a débuté par des taches isolées, cellesci peuvent s'étendre, arriver à la confluence, et réaliser le type de la mélanose généralisée.

(1) Harrrer. Correspondenzs. f. Schiveizeraerzte, 1889. (2) Leczynsky. New-York médical record, 1889.

(3) ScnLesiNGer, Soc. Méd. Vienne, 25 octobre 1895. (4)

Crocker, Brit, Journal, of. Dermat., février 1896.

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Coloration. — La coloration est d'abord grisâtre, les malades se plaignent de ne plus pouvoir se laver.

La peau paraît recouverte d’une couche de crasse, surtout s’il y a en même temps une légèrefdesquamation furfuracée. Si l’on continue la médication arsenicale, la peau prend la teinte bronzée, notée par les auteurs.

Suivant Méneau de la Bourhoule (1), elle peut devenir aussi noire que celle d’un nègre.

Rarement cette coloration reste uniforme : sur un fond brunâtre se détachent des parties noirâtres. Wyss, nous l'avons vu, l’a noté aux régions naturellement pigmentées ; Ch. Audry (2), à celles qui ont à supporter de fréquentes pressions.

« Aux genoux, dit-il, et aux coudes, au niveau des zones cutanées correspondant aux apophyses, dans le sens de l'extension, la peau est particulièrement d’un brun noirâtre, sale, recouverte de fines squames poussièreuses blanches.

« Sur la face dorsale des doigts, au niveau de la phalangine et dé la phalangelte, coloration brune entièrement prononcée. Le cou, pressé par le col, est toutentier d’un brun sale, légèrement farineux. Même apparence au niveau du pli axillaire antérieur. »

Au lieu de placards surajoutés à la teinte générale, se fondant par leurs bords avec celle-ci, on peut rencontrer une masse de petites taches disséminées çà et là. Cette particularité a été mise en lumière par le docteur A. Mathieu (3) dans son observation :

(1) Ann. Dermat. et S. 1897.

(2) On. Aupry, Ann, Derm, et Syph., 1896, p. 1413.

) (3) Marmeu, l060 citato,

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« La peau présente une coloration nettement bronzée, sur les points où elle est le plus marquée, jaune ou ardoisée sur ceux oùelle est moins accentuée. Sur ce fond pigmenté se détachent comme projetées, des taches lenticulaires plus claires, les unes complètement blanches, les autres ardoisées ou bistrées. Elles sont disséminées sans ordre à la surface de la peau, comme des çconfetti lancés à pleines mains. Ces taches pâles, même les plus claires, n’ont, nulle part, ni la coloration d'un blanc éclatant, ni la limite linéaire des taches de vitiligo. À leur pourtour, la pigmentation n'est pas plus marquée comme cela se voit dans le vitiligo dans lequel il semble que la matière colorante de la peau, chassée des taches blanches se soit accumulée à leur périphérie.

Toutes ces taches sont irrégulièrement arrondies ; elles ont les dimensions d’un pois ou d’une lentille.

Cette variété de teintes entremêlées donne à l'ensemble de la peau un aspect moucheté, léopardé, finement pommelé ».

Les cicatrices, qui ont une tendance naturelle à se pigmenter, contribuent, elles aussi, à donner des renforcements de teinte.

La malade de M. Mathieu avait un placard noirâtre sur l'emplacement d’un ancien vésicatoire. M. Richardière (1) avait fait à sa malade des injections interstitielles ; les trous des piqûres faites avec la seringue de Pravaz avaient pris une coloration noirâtre. On remarquait des taches lenticulaires, correspondant à des piqüres de punaises. Enfin, quelques écorchures. des jambes étaient également impré-

gnées de pigment noir.

(4) RicHarDièRe. Soc. Méd. hôpitaux, 21 avril 1894. (2) In article J. MÉéngau, loco citato.

La malade de Engel Reiners (2) avait dans le dos de grändes cicatrices d’ulcères syphilitiques pigmentées en sombre, qui se détachaient sur la couleur bronzée environnante. Du reste, cette malade, naturellement brune, avait pris peu à peu la coloration d’une négresse.

Répartition de la pigmentation à la surface du corps. — Si nous considérons la distribution, nous y rencontrons les mêmes anomalies que dans la coloration. La malade de M. Mathieu avait le maximum de pigment au milieu du corps ; la coloration allait en s’effaçant en remontant vers la tête, en descendant vers les membres inférieurs. L'enfant présenté par Forster (1) ne commençait à être bronzé qu'audessus des genoux; au-dessous, les mollets et les pieds étaient indemnes; au-dessus, aucune région n’était épargnée. Haffter (2) soigna une dame pour eczéma de la tête avec douze à quatorze gouttes de liqueur de Fowler pendant quatre mois : la face, le cou et le tronc brunirent, on ne constata rien sur les membres supérieurs, rien non plus sur les membres inférieurs. Enfin, chez la syphilitique d'Engel Reiners, la pigmentation allait en augmentant et d’une façon graduelle, de la partie supérieure du corps à la partie inférieure.

Pigmentation sur quelques régions spéciales. — 11 nous faut nous occuper maintenant de quelques régions spéciales sur lesquelles les observations se contredisent ou qui n’ont été atteintes qu'exceptionnellement. Entre autres,

(1) Forster. Berlin. Alin. Wochenschr. 189.

(2) Harrter. Loco citato.

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la face, la paume des mains, le creux du jarret, la plante des pieds, les ongles, la sclérotique et surtout les muqueuses.

J. Méneau dit que la pigmentation est toujours moins intense sur les parties exposées à la lumière. À lPappui de ce dire, Owen (1) rapporte le cas d’un enfant où la coloration ne se développa que sur.les parlies couvertes, el il en conclut à un diagnostic facile avec la maladie d’Addison. Malheureusement, il est loin d'en être Loujours ainsi, car Haffter donne, comme parties brunies, la face, le cou et le tronc.

Ch. Audry, de son côté, note que le front présente une coloration diffuse qui a son intensité maxima au bord d’implantation des cheveux et qui est à peu près nulle au-dessus des sourcils. Le pourtour des yeux présénte également une couleur sombre et quelques petites taches se retrouvent autour des lèvres.

Dans son cas d'intoxication par des papiers peints, Hirchgässer a vu des taches brunes apparaître sur la face, rarement ailleurs. À dire vrai, d’après la plupart des observations, la face est plus ou moins épargnée, lout au moins, la coloration y est moins intense.

La paume des mains, exposée, elle aussi, à la lumière, devrait être préservée, ét, en fait, elle l’est le plus souvent. Pour la plante des pieds qui ne l'est pas moins, on ne peut guère s'appuyer sur la même théorie. Suivant les remarques de Ch. Audry, en tant que région soumise à une

(1) In Lérixe. Semaine médicale. 21 mai 189%.

mere

pression continuelle, elle devrait être la première et la plus fortement atteinte. “

Quoiqu'il en soit et bien que Guaita ait vu un cas de pigmentation de la paume des mains, ces régions sont en général délaissées par la mélanose ; elles sont sujettes à un autre ordre d'accidents, à un état de sécheresse de la peau qui devient fendillée, à la kératose si souvent notée.

Nous n'avons trouvé que cinq observations où il soit fait mention de l’état des ongles. L’on peut en conclure qu'ils étaient restés sains dans la plupart des cas.

Ce fait est relevé dans deux observations. Lés troubles qu'ils ont présentés dans les autres cas se ramènent à deux sortes : troubles de la coloration, troubles trophiques. Engel Reiners attribue à l’arsenic la teinte rose exagérée des ongles de sa malade. Ch. Audry dit que les ongles présentaient une teinte violacée, intense, mais que la lunule demeurée intacte sé dessinait en blanc. e

Maussurou a rapporté un cas bien plus intéressant, la pigmentation était absolument limitée aux ongles. Son malade n’exerçait aucune profession que l’on put rendre imputable de la coloration, il prit de l’arsenic pendant plusieurs mois, et le seul signe d'intoxication fut une coloration brunâtre, toute spéciale des ongles, qui disparut avec la suppression du médicament. Il chercha, mais ne put déterminer la nature chimique de la matière colorante.

Les troubles trophiques méritent beaucoup moins d'être signalés, puisqu'ils se rencontrent avec les mêmes caractères dans plusieurs affections cutanées et nerveuses. Ils consis-

tent dans un cas en un sillon transversal très accentué sié-

CR ee geant à leur base. Dans le cas de M, Mathieu, ils sont inégaux, irréguliers, déformés et cannelés,

Nous signalerons rapidement et sans y insister une particularité de l'observation de Wilsonn: son malade eut une coloration des diverses régions, telles que le cou, la poitrine, la face et les mains, mais en outre il eut et conserva assez longtemps la sclérotique brunie. Cette localisation non plus n’est pas particulière à l’arsenicisme, nous l’avons rencontrée dans plusieurs cas de maladie d’Addison.

Enfin le creux des jarrets a été vu très pigmenté par 4. Méneau de la Bourboule et Müller. Ce fait a son importance, puisque le psoriasis délaisse plutôt cette région, c’est un argument contre la théorie de Devergié et de plusieurs auteurs qui considéraient la pigmentation comme un mode d'évolution vers la guérison, après traitements des taches de psoriasis.

Il nous faut nous arrêter davantage sur l’état des muqueuses dans l’intoxication chronique par l’arsenic, Nous devrons revenir une seconde fois sur ce point quand nous discuterons le diagnostic dé la pigmentation arsenicale avec la mélanose de la maladie d’Addison.

La plupart des auteurs avec J. Méneau signalent l’intégrité constante des muqueuses visibles, dans la mélanose arsenicale, Brouardel, dans sa thèse de 1897 insiste sur ce point. « Les muqueuses, dit M. Richardière, n'ont présenté aucune coloration anormale, aucune plaque de pigment. Sans cette intégrité des muqueuses, il aurait été facile de confondre la pigmentation avec la pigmentation due à la maladie d'Addison, tant l'aspect de la face ressemblait à celui de la maladie bronzée ».

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