CHAPITRE II
Antipyrine.
L’antipyrine nous offre à étudier un type de pigmentation à opposer à la mélanose arsenicale. Celle-ci est primitive elle se généralise facilement, elle a une évolution indépendante de la marche des autres accidents causés par l’arsenic. Celle-là est toujours secondaire, toujours localisée, dépendant absolument pour sa forme et son intensité des lésions qui l’ont précédée.
a) Historique.
L'étude de cette pigmentation est de date récente, elle a du resté été confondue avec celle des éruptions par l’antypirine. Les premiers renseignements datent de la thèse de Caravias en 1887, et des leçons de M. le docteur Thibierge sur les éruptions médicamenteuses en 1892, Cette même année, M. le docteur Henri Fournier en a réuni plusieurs observations. M. le docteur Brocq en 1894, à mis la question en pleine lumière. Ses observations ont servi depuis de‘point de comparaison et ont pour ainsi dire provoqué l'apparition de celles de M. Ducasiel et Morel Lavallée, Dans un travail récent, M. le docteur Henri Fournier a traité des
éruptions à forme bulleuse causées par Pantypirine. Il à
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montré que cette forme, considérée comme une rareté,
était au contraire assez fréquente si l’on savait incriminer la
véritable cause, c'est-à-dire le médicament.
b) Etiologie.
La médication arsenicale à petites doses longtemps prolongées était surtout mise en cause dans la production de la mélanose. Il n’en est pas de même pour l’antypirine. Dans tous les cas, pouvons nous dire, les accidents se sont produits à la suite de doses uniques, mais fortes, ordinairement après l’ingestion de 1 gr. ou 2? gr. de médicament dans la même journée. La dose élevée n’est même pas nécessaire. Les médecins qui, pour se convaincre ont donné à nouveau l’antypirine, ont de beaucoup réduit la quantité. Malgré cela ils ont vu se dérouler la même série de phénomènes. Bien plus, la malade de M. Morel Lavallée prit pendant un an 2 gr. d'antypirine par jour, et c’est après une longue période de repos (quatre années) et à la suite de l’ingestion d'un seul gramme que les accidents survinrent. On ne peut donc plus ici comme pour l’arsenic faire appel à la théorie de l’'emmagasinement. Il faut penser à des susceptibilités nerveuses personnelles, à l’idiosyncrasie. Du reste plusieurs malades de nos observations étaient des nerveuses. D'autres ne pouvaient manger de crustacés ou de gibier sans avoir à subir de violentes poussées urticariennes.
On ne peut accorder aucune influence à l'âge niau sexe du malade, non plus qu’à la maladie traitée qui est souvent assez mal déterminée.
ce) Description
Les pigmentations ayant pour cause l'ingestion d’antipyrine sont toujours secondaires; nous devons done dire quelques mots des éruptions qui les précèdent.
Celles-ci peuvent être rangées en trois groupes : Erythèmes simples, éruptions papulo-vésiculeuses, éruptions bulleuses.
Les premiers ne laissent pas de macules colorés, du moins nous n’en avons pas trouvé d'observations. Leur durée est éphémère : quelques heures à un ou deux jours. C’est à ce fait qu'ils doivent sans doute de disparaître sans laisser de traces de leur passage,
Éruptions vésiculeuses. — Les éruptions vésiculeuses ont été étudiées par M. Brocq dans son observation de 1894. Elles sont polymorphes, présentent des macules, des papules, mais toujours, à un moment de l’évolution, il se forme des vésicules ou de petites phlyctènes. M. Jullien les compare à de lhydroa.
Elles ressemblent beaucoup aussi à l’érythème polymorphe. M. Hallopeau a présenté, le 4 août 1894, à la Société de Dermatologie (session de Lyon), sous le titre : « Récidives périodiques, #n situ d'un érythème polymorphe », un érythème dû à l'antipyrine. Il est tout naturel que, de prime abord, l’idée d’une dermatite loxique ne se soit pas présentée à l'esprit, car l’antipyrime avait été longtemps consommée par la malade sans provoquer la moindre éruption. Même, elle avait été administrée un moment, sans qu'il sur-vint d'accidents, à la dose quotidienne de #4 grammes. En
gares.
une autre circonstance, il en avait été de même pour une injection sous-cutanée. Par la suite, M. Hallopeau revit sa malade et, dans une seconde communication à la Société de Dermatologie, séance du 8 novembre 1894. il communiqua les résultats d’une expérience d'absorption d’antipyrine (6 gr. 50 au lieu de un gramme), faite par la patiente à sa prière, et qui avait été suivie d’une éruption érythémateuse et vésiculeuse et d’une autre éruption papuleuse.
Elles laissent après elles des macules pigmentées, à caractères très nets permettant d'établir rétrospectivement le diagnostic du genre de lésion.
Eruptions bulleuses. — C’est surtout à la suite des éruptions bulleuses que l’on constate des pigmentalions.
l'y a3ans, M. Brocq considérait cette forme comme très rare; depuis, la littérature s’est enrichie de nombreux faits et les observations commencent à abonder. Ces bulles sont plus nombreuses sur le corps que les papules du genre précédent, elles ne récidivent pas 2x situ, enfin elles peuvent disparaître sans laisser de traces pigmentées. La description type de ces bulles est fournie par lobservation de M. Petrini de Galatz communiquée à la Sociéte française de Dermatologie le 23 janvier 1892, sous le titre d’éruption pemphigoïde antipyrinique :
Sa malade âgée de 82 ans {névropathe), eût après plusieurs prises d’antipyrine, une éruption qui débuta par des taches rouges sur le dos des mains où apparurent ensuite des bulles grosses comme des noisettes, se généralisa au visage, à la cavité buccale, au cou, aux épaules, aux bras et aux avantbras, au tronc, au dos, à la poitrine, à l'abdomen, aux fesses.
Les bulles qui étaient plus rares sur les cuisses et ies jambes
avaient, des diamètres variables, oscillant depuis les dimensions d'une pièce de 50 centimes jusqu'à celles d'une pièce de 1 franc, de 2 francs, et même de 5 francs en argent. Ces dernières occupaient seulement les mamelles, où elles siègeaient moitié sur le mamelon, moitié au dessous de lui.
La marche des bulles à été la suivante : la plupart sont restées distendues par le liquide citrin pendant 4 et 5 jours; le liquide ne devenait pas trouble durant ce temps. Puis, peu à peu, la résorption du liquide commençait à se faire, les parois de la bulle s’aftaissaient, séchaient, ensuite venait l'exfoliation. On ne pouvait pas rompre ces bulles'en les pressant avec les doigts, parce que leurs parois étaient formées par plusieurs couches de bulles épidermiques
Depuis le commencement jusqu’à la fin, le liquide contenu a été citrin clair.
Dans cette observation, il n’est pas fait mention de pigmentation. Nous avons tenu à la citer afin qu'on püt l'opposer, pour la simplicité de l’évolution, pour la guérison sans reliquat à notre observation d’éruption bulleuse récidivante que nous publions in extenso (4).
Sur 12 cas rencontrés, nous n'avons trouvé la pigmentation signalée que cinq fois, mais il est probable que ce fait tient à ce que les auteurs n’ont pu, ou revoir les malades, ou les suivre assez longtemps.
Autres formes d'éruptions. — Nous avons parlé du polymorphysme des lésions causées par l'antipyrine. M. Jullien rapporte un cas où l’érupüion simula les syphilides : « Les plaques rouges sont sèches et, chose curieuse, affectent l'aspect de syphilides. A la fesse, c'est une syphilide nappi-