CHAPITRE VI. I
LÉSIONS ÏRAUMATIQUES DES NERFS ENCÉPHALIQIJES ,
ou INTRA-CRAISIENS. ,
U est très rare d'observer à l'état simple et sans coni- ; pli^ation de maladies plus graves, les lésions traumaliqucs des nerfs contenus dans l'intérieur du cràne. Cependant la possibilité et l'existence de faits de ce genre sont mis hors de douicpar des observations authentiques. D'ailleurs la lésion de ces nerfs fîit-elle invariablement compliquée d'accidents plus graves, elle n'en mériterait pas moins i d'appeler notre attention d'une manière pnrticulière. ;
Les nerfs intra-crànicns siègent tous à la base de l'encéphale et vers ses parties les plus déclives. Quelques uns d'entre eux traversent des ouvertures qui n'opposent à ' l'accès des instruments très aigus dans l'intérieur du cràne i que des parties molles : tels sont le nerf optique , les nombreux nerfs qui sortent par la fente sphéuoïdale; d'au- ' très nesont séparés de l'extérieur que par des lamelles os- i seuses tellement minces , qu'un corps aigu mù avec très peu de puissance peut atteindre ces nerfs. Exemple, les ^ nerfs olfactifs dans les gouttières elhmoidales. '
Les observations de lésions traumatiques des nerfs pen- ^ dant leur trajet intra-crànien, doimcnt rarement des ré- ^ sullats parfaitement décisifs, p;irce que lors(jue ces nerfs sont blessés, la cause vulnérante a ])rcsquc toujours atteint la portion du centre nerveux la plus rapprochée de leur
trajet ou de leur origine. En ouhe jt\s cpanclienicnts sanguins qui existent presque toujours dans les cas de ce genre, laissent incertaine la question de savoir si c'est la lésion du nerf ou la compressiond'une partie cérébrale adjaci'nte qui est la cause des troubles fonctionnels observés. J'ai cru devoir ni'expliquersurla valeur dos observations que l'on va lire pour qu'on ne pense pas que je leur iais dire ce qu'elles ne renferment pas. C'est dans l'ordre adopté par les anatomistes pour la classification des nerfs intra-cràniens que je placerai les observations qui me paraissent se rattacher à une altération traunialique primitive ou consécutive de ces nerfs.
A. Nerf olfactif.
La facilité avec laquelle un instrument aigu qui a pénétré dans le nez peut blesser ce nerf en fr;)cturant la lame criblée de l'ethmoïde, nous rend compte delà lésion de ce nerf.
Observalion L.
Dans une observation de M. Larrey, on voit que le cribriformis de l'ethmoïde était traversé par la pointe d'une épce([ui pénétra dans la base du cerveau h la profondeur de 5 à 6 lignes. Les symptômes étaient : double vision, perle de l'odorat, hémiplégie (coté opposé) , oubli des noms propres et des substantifs. (Larrey, Canipagiic de Moscou, t. IV, pag. 5ot,)
L'observation suivante , rapportée par M. Jobert, est encore un exemple de lésion du nerf oTaetif.
Observation LI.
Le nommé Meslre (Pierre), âgé de ving-sept ans, militaire, reçut dans les journées do juin un coup de feu, do
l;i parlie interne de l'orhile droit vers le gmiche, en lra\ers;uil la racine du ne/. , sans donner lieu dans cet endroit à une plaie. Les tissus qui entouraient l'ouveiture d'entrée du [)rojeclile et ceux qui se trouvaient sur sdu trajet, comme les paupières, les sourcils, étaient tous iufdtrés de sang, plus ou moins conlus, meurtris et triplés de volume ])ar les liquides qui les abreuvaient. L'introduction du doigt dans l'unique ouverture faite par la balle, fil reconnaître la fracture des os de l'orl.ùle droit. La plaie fut agrandie; je recherchai le corps étranger, ujais j'abandonnai bientôt mes tentatives, ne connaissant pas le lieu où il s'était logé, et craignant, du reste, d'augmenter, par des recherches inutiles , la commotion cérébrale qui était portée chez ce blessé à un assez hautdoiiré. La commotion ne fut pas de longue durée, et bientôt il recouvra sa parfaite et entière raison. Dans l'intention dé prévenir les accidents inflammatoires cérébraux qui n'étaient que trop à craindre, d'abondantes et copieuses saignées furent pratiquées et servirent seulement à prévenir l'inflammation.
Les premiers jours, cet homme désirait ardemment des aliments; c'étaitpresque son idée dominante, et à chaque minute il voulait qu'on lui donnât une nourriture si impérieusement désirée par lui. Tout-h-coup , la scène changea : un délire furieux s'empara de ce malheureux; le jiouls devint plein et fréquent , la physionomie se gonfla , les membres se contractèrent avec force , se roidirent , les articulations devinrent difficiles à mouvoir, la respiration s'embarrassa; enfin il succomba malgré les ajiplications nombreuses de sangsues à la base du crâne, malgré les saignées et l'usage non interrompu do la glace sur Li tète.
L'autopsie fut faite avec soin , et nous montra des altérations curieuses et remarquables. Les paupières , les sourcils, le tissu graisseux de l'œil , toutes les parties enfin
situées sur le trajet de la balle étaient infiltrées d'un sang noir et abondant; rapo])bysc orbilaire externe droite était brisée, l'œil du même côté désorganisé et la cornée coupée en plusieurs lambeaux; la racine du nez traversée et les os qui forment cette espèce de voûte fracturés; l'etbmoïde détruit, sa longue apopbyse, connue sous le nom de crista gaUi^ intéressée , et le nerf olfactif décbiré. Les lobes antérieurs du cerveau n'a\aienl pas moins souffert que les précédentes parties, puisqu'ils étaient enflammés et ramollis. ( Jol)ert, P /aies d'armes à feu, p. iSg. )
B. Nerf optique.
On peut rattacher k des lésions de ce nerf ou de ses origines, les amauroses qui surviennent à la suite de lésions traumatiqucs produites dans le voisinage de ce nerf. C'est toujours cependant avec les réserves déjà indiquées et en ne donnant pour tout-à- fait concluants que les cas où il ja autopsie, et où la lésion porte d'une manière exclusive ou du moins spéciale sur le nerf que j'admettrai ce genre de lésion.
Dans l'observation suivante , la compression traumatique du nerf optique, comme cause de la cécité, me paraît incontestable.
Observation LU.
Chez un vieillard , il y avait fracture du crâne avec dépression de l'un des pariétaux ; il répondit très lentement aux questions qu'on lui adressait, mais avec connaissance de cause; il était aveugle par suite de l'accident.
On lui fit l'opération du trépan , mais les symptômes continuèrent et il mourut le cinquième jour.
Autopsie. Les téguments du cerveau sont enflammés; il y a fracture du sphénoïde , par suite de laquelle les bords de cet os compriment les nerfs optiques, ce qui explique sa cécité. [Médico-Chir. Rei>iew , t. ix, p. 4i5. )
Danslcs cas suivants de cccilép.ir cause Iraumalique, il '
suffira de la plus légère allonlion pour comprcndic (ju'il |
scraitpcu judicieux d'afrirmer(|u'unclé.ion direclcdu nerf oplii[UC a seule Clé la cause des accidents. Ce sont doue plu- j
tôt des cas de cécité traumatique (|ue des exemples de blessures de ce nerf. C'est seuieuieut à cause de Tanalouie du trouble fonctionnel que j'ai cru pousoir les consigner ici. j
Observulioii LUI. j
Suzanne Randall, âgée de quatre ans. Coup sur la lête, par un râteau dont une dent traversa le crâne, près de la fonlaDellc antérieure, et ouvrit le sinus longitudinal ; perle considérable de sang; eéphalalgle ; bientôt : élal léthaigiquc.
i*^' l'évriur. Céplialalgle frontale; légère paralysie des I
membres c!u cùlé dnÀl. f Pulv. rliei, cum caloni. ; j)lus ,
3 sangsues à la tète. ) I
4 février. Pulsations arléiielles bien visibles à travers ! la plaie; même prescription.
5 février. Amélioration.
26 ici. Œdème des jambes, le talon gonflé et enflammé. j
7 avril. Cécité ; application d'un vésicatoire à la nuque. 1
8 />/. Amélioration.
Mai. Guérison. ,
Remarque. 3J. Gulhrie observe qu'il a vu maintes fois l'ouverture du sinus longitudinal sans de graves inconvénient-. [Mcdico-Ciiiruroical Rd'ie^' , n° 21, p. *2 85. )
Observalion LIV.
Jc.lm Esset, âgé de vingt-cinq ans. 27 mars iSac). Cliiile d'im deuxième étage (en état d'ivresse ; j)laie de la face du côté gauche, avec une incision j)ror(.)nde immédiatement au-dessous du sourcil. (Sangsues: saignées. 1 j
i3 avril. La plaie est presque guérie; le malade élève avec dliTicullé la j)aupière supérieure ; perte de la vision de l'œil qu'elle recouvrait.
11 sortit de l'iiopilal (luelques jours après , n'ayant pour résultat de l'accident, que la perte fonctionnelle de l'œil gauche.
Remarque. M. Guthrie remarque que cet exemple est coiroboratil" de l'opinion qu'il avait émise déjà sur la lésion de la cinquième paire, que dans le cas ou il résultait de la cécité d'un accident de celte nature , la pupille n'était pas dilatée ni privée d'aucune de ces sympathies. ( Médico chirurgical Rei'iew, n" 21, p. 284. )
Observation LV.
Un jeune homme de dix-neuf ans déchargeait son fusil, lorsque, celui-ci ayant éclaté , il reçut an front une blessure qui s'étendait jusqu'au rebord supérieur de l'orbite; un morceau de la culasse avait traversé le crâne, et pénétré dans le cerveau. On retira le morceau de culasse. La blessure , après avoir laissé sortir des portions de cerveau et des fragments d'os, finit par se fermer entièrement; mais le malade perdit la vue de l'œil gauche. Le cor])s étranger était resté logé dans la cavité crânienne 27 jours avant son extraction, et malgré cela il en était résulté bien peu de mal, [Medic. chirur. Tra/isact. , publ. by llie mcd. and chirur. Society of London , vol. xui, partie 2 , p. 407. London 1827. — The anieric. med. recorder, vol. XIV, july 1828, p. lôy.)
Des faits qui précèdent je rapprocherai un cas de lésion simultanée du nerf optique et de l'artère ophthalmiquc , non pas que je croie cjue ces parties aient été atteintes à l'intérieur du crâne, mais parce que l'existence d'une fracture delà voûte orbi taire rendra ce fait utile à consulter dans une autre circonstance.
Observation L\l.
S mars 1822. Un dragon blessé en duel , tut reçu à l'hôjîilal du Gros-Caillou. La pointe du sabre de son adversaire s'élanl glissée au-dessous du globe de l'œil droit, avait traversé la voûte orbitaire.
Le (S mars, il y avait bcmiplégie du côté gauclie, élat comateux : immobilité de l'iris, dilatation de la puj)il!e ; parole embarrassée et diincilc, intelligence intacte.
Traitement. Saignées, vésicatoire, purgatifs, préparations antimoniales.
Marche et durée. D'abord diminution des symptômes, mais bientôt ils augmentent; mort le seizième jour.
Nccroscopie. Léger épanchement sur riicmisphère droit avec quelques adliérences aux membranes : division du nerf optique et de l'artère oplithalmiquo. L'instrument avait traversé le lobe moyen de riiémisj)lière droit, sans léser le ventricule, cl avait terminé son trajet dans la voùle du crâne. Le sabre ayant été retiré de la blessure avec violence, avait entraîné avec lui dans la fosse orbitaire une portion de la substance cérébrale. (Duponcbel. Bulle' lin de la Société d'' émulation de Paris , mai , 1.S22. )
Voie) encore une observation de déchirure du nerf optique remarquable par l'issue d'une portion de la substance cérébrale dans les fosses nasales.
Observation LVll.
M. Pigné montre à la Société anatomicpie une iV;:clurc du crâne arrivée cboz une jeune lille, à la suite de l'écrasement de la tête par une roue de voilure. I/œil droit, chassé de l'orbile, pendait sur la joue par suite de la déchirure de ses muscles droUs el du nerf optique. Les os du nez étaient complètement séparés du crâne. Lu narine
droite contenait un peu de substance cérébrale, qui y était parvenue probablement à travers une fente formée par la fracture de la partie postérieure du sphénoïde.