PREMIERE SECTION
CESSATION IMMÉDIATE DE CERTAINES FONCTIONS PAR SOLUTION MÉCANIQUE DE CONTINUITÉ DANS LES ORGANES ENCÊPHA- i LIQUES. I
Certaines fonctions et la vie même ou l'ensemble des fonctions, peuvent être abolies instantanément et sans | retour par l'action des causes tranmalifjues sur les organes contenus dans le crâne. Si la pointe d'une épc'c \a diviser ' quelques uns des organes placés à la base du crâne on | pourra observer la cessation instantanée des fonctions qui ' se subordonnent dans leur exercice à la partie lésée. La décbirure, l'écrasement, l'ablation complète de portions ' delà substance céréijrale, peuvent amener de même, quelle ' que soit la cause qui les produise , l'abolition instantanée i d'une fonction. Les exemples de ces lésions sont trop nombreux pour que je m'arrête à les réunir ici en grand nombre ; cependant quelques uns m'ont paru dignes de fixer | l'attention. J
J'ai vu à la société anatomique un cas de décbirure des ! pédoncules cérébraux. Ce cas a été présenté par M. Guer- j rin. La rupture avait eu lieu cbez un individu qui s'était donné la mort par suspension volontaire. La surface de la décbirure était irrégulière , couverte d'une coucbe de sang peu épaisse. Voici comment î\l. Guerrin cberche à expli- (juer cette rupture : lin raison de l'extension forcée de la tête en arrière , le poids du corps tirait sur toute la moelle épinière d'une part, tandis que la masse encépbalique de l'autre tirait sur la protubérance; mais les pédoncules ([ui formaient le coude d'extension forcée ont dû céder ])ar le même mécanisme c[u'ollVe le brisement d'une brandie de bois sur le genou.
Dans les cas de ce genre , la cessation des fonctions a lieu instantanément , comme cela s'observe dans les vivisections.
Si la seclion simple ou la déchirure peut entraîner les résultats dont nous avons parlé, les pertes de substance déterminent à plus forte raison des résultats semblables; mais ce qu'il y a d'extrêmement remarquable sous ce rapport , c'est que des portions assez considérables de la substance encéphalique peuvent sortir au-dehors et s'éliminer complètement sans que la mort arrive d'une manière instantanée et qui plus est sans qu'elle survienne même plus tard par suite de la lésion.
Observation LXI.
Garçon de quinze ans. Chute de 4o pieds de hauteur.
4 décembre. Sans connaissance. Tuméfaction de la parlie postérieure et latérale de la tête; plaie transversale, 2 pouces de longueur; Fracture; respiration ronflante, pujnlle dilatée, hémorrhagie par l'oreille, pouls h peine sensible, peau froide. On lui administra une cuillerée d'eau-de-vie, et on put compter le pouls à i4o.
Vomissement pendant lequel une petite cuillerée de la substance cérébrale s'est échappée de la phiie. Incision. On trouva alors qu'une grande partie du pariétal était déprimée et recouverte par l'autre partie de l'os. Au moyen de la scie de Hey on abattit les angles et on redressa l'os; mais en découvrant celte partie du crâne dans une plus grande étendue, on trouva que la fracture s'étendait dans toutes (es directions, et on renonça à d'autres opérations. Il y avait soulagement après le redressement de l'os; mais le malade mourut le même jour.
Nécroscopie. On trouva qu'un côté du cerveau était toutà-fait écrasé et qu'une grande partie de la substance cérébrale avait disparu, La fracture s'était prolongée jusqu'à
Ja br.se du crâne en délachanl ia portion pélrnisc du l-ri)poral, cl s'arrëlail à la pelile aile du sphcnoiili'. I.r corveau était forlenicnl injecté.
[Medi co- Chirurgical lic'vien' , n" sô, p. 27O.)
Observation LXII.
;*' ooùl 1826. Ln jeune homme, âgé de iG ans. Coup -lu côté gauche du frontal . d'une meule de repasseur qui éclata en pièces,
Sjviptôines. Fracture de l'os dont un éclat de la grandeur d'une pièce de 5 francs est enfoncé dans le cerveau; les fragments de l'os on sont retirés au moyen de pinces circulaires, et de la substance grise s'échappe delà plaie en suivant leur extraction. Insensibilité. Copieuse saignée matin et soir.
2 août. Le malade est revenu à lui, il peut répondre aux questions. Il s'échappe de la plaie de la substance cérébrale sanguinolente.
Le 5 août. Apparence gangreneuse. État comateux qui continue jusqu'au 26.
26 août. Mort.
Autopsie. La fracture a la même étendue que la blessure des téguments. L'arachnoïde qui recouvre la convexité de l'hémisphère droit est très enflammée et recouverte elle-même d'une couche de pus; altéralion^emblable à la base du cerveau. Le lobe antérieur gauche du Cf rveau est presque totalement détruit; ce qui en reste est en état de suppuration.
{Medico-Chiniriiical Review , vol. vi, p. 170.)
Mais lorsque les portions détruites de la substance cérébrale ne sont pas considérables , il n'y a pas obstacle absolu à la guérison, ainsi que le prouvent les observations suivantes : il est n\cme diilicih' de précijer le degré au-
quel doit s'cl'jver la ptifc de substance pour que rnort s'ensuive.
Observation LXIII,
Un jeune homme de dix-sept ans reçut un coup de fusil dont la balle, après lui avoir percé la lèvre supérieure, se porta de bas en haut, traversa la narine droite et perça la voûte de l'orbile pour pénétrer dans le crâne, d'où elle sortit par le sommet de la tête, à la partie supérieure du coronal, près la suture sagitlaie. Elle fil en cet endroit une fracture qui s'étendail jusqu'au pariétal, et qui laissa aux téguments une grande plaie avec perle de sul)slance. Lorsque les débridemenls curent élé faits, on lira par la plaie plusieurs esquilles que la violence du coup avait délachées. 11 en sortit aussi des portions de cerveau. Les accidents qui survinrent furent violents , mais ils se calmèrent le dix-neuvième jour, et le malade fut bientôt guéri. [Médecins opératoire de Sabalier, t. a, p. 62. — Observation de Bagieu.)
Observation LXIV.
4août. Garçon chaudronnier, onze ans. Frappé par un rivet. Plaie d'un pouce et demi au-dessus de l'angle occipilai du pariétal droit , avec fracture de cet os qui est déprimé d'un demi-pouce dans une étendue d'un pouce de diamèlre. La plaie saigne librement.
Peu de stupeur; le malade réjjond parfaitement au questions : on réunit la plaie.
5 août. Pouls, 110. Saignée, 10 onces.
Peu de céphalalgie j pupilles à l'état normal; mais les objets éloignés lui paraissaient rapprochés. Le pouls remonte à 120. EHorls pour vomir; saignée; applications froides sur la tèle; lavements laxatifs.
8 août. Pouls, 78; point de céphalalgie.
1 oo
lo août. Augmentation de (loulcur do la plaie; pouls, 80 ; vomit son déjeuner,
1 1 août. Dort depuis l'après-midi fin 10. Réponses tardives aux questions; état de prostration presque complet; pupilles dilatées; jiouls , 65,
Opération. En dénudant l'os on trouve une ouverture d'environ un pouce de diamètre; les fragments sont déprimés, presque à angle droit avec l'os sain, leur pointe se portant en dedans comprime le cerveau : on se sert deux fois du trépan. Le cerveau revient à sa position normale, et le pouls, de faible avant l'opération, devint fort lorsqu'elle fut achevée. La dure-mère est légèrement lésée en divers endroits par des éclats osseux, et de minces portions du cerveau s'échappent avec le sang pendant l'opération.
L'enfant devient plus gai après l'opération; la pupille se contracte activement, et le pouls monte à 9G.
Les téguments remis en place sont rapprochés par deux points de suture. Il va bien, et son état continue satisfaisant jusqu'au 19.
19 août. Aspect engourdi, se plaint d'une sensation de malaise à la plaie dont la suppuration est diminuée; pupilles paresseuses; pouls, 102.
Saignée, lavements laxatifs ; amélioration.
6 septembre. Guérison.
[Medico-Chinir^icalRevieiv^ n" 20, p. 586.)
Observation LXV.
Fracture de l'os frontal avec perle d'une portion considérable de substance
cérébrale.
Le 2 août 1822, C IL, âgé de quinze aiis, fui blessé au front par les éclats d'un canon Iron chargé auquel il mettait le feu.
La plaie des téguments avait 5 pouces et demi de long
loi
sur 2 et demi de large. La fracture de l'os frontal dépassait de 1 pouce en longueur la plaie des tégumenls. Elle commençait à droite, à i pouce environ de la ligne médiane qu'elle croisait, puis, descendant jusqu'à l'apophyse orbilaire interne gauche, traversait l'orbite jusqu'à Sa parlie externe au point d'union du frontal et du sphénoïde , remontait sur le temporal, et, passant au-dessus du sourcil, traversait de nouveau la ligne médiane j)our aller rejoindre à droite le point d'où elle élait partie. Les lobes antérieursdu cerveau s'apercevaient ainsi que leursbattements. On voyait aussi la dépression du sinus longitudinal.
On retira plusieurs morceaux d'os; le plus grand avait a pouces et demi de long sur ] pouce un quart de large ; un autre avait environ i pouce carré.
Un troisième, appartenant h la tempe gauche, avait un quart de pouce de long.
Ln quatrième appartenait au rebord sus-orbitaire. Trente-deux autres parcelles d'os furent extraites au moyen des pinces; plusieurs d'entre elles avaient pénétré dans la dure-mère.
En même temps il sortit plus d'une cuillerée à soupe de substance cérébrale.
Dans les pansements qui suivirent , il en sortit environ (juatre cuillerées à café,
Le 27 octobre suivant, la cicatrice était complète, le sourcil fortement froncé, abaissé sur la racine du nez et descendant sur la paupière et les cils qui la bordent jusqu'au niveau de la moilié de l'angle interne de l'œil ; on peut juger de l'étendue de la fracture par celle de la dépression.
Depuis l'accident, le malade a toujours coiiservé sa raison.
Le traitement s'est borné aux émissions sanguines et aux purgatifs, repos, diète, silence, obscurité.
Case oj fraction of the os fronifs, vvith a loss of a consider-
able portion of brain. By Johnson Ldmondson , jnn., uicniber of the Royal Collège qf Surgeons of Loiulon. Erlinb. nicd. et surg. Journ. Jpril , 1820, page 199.
Quelquefois les pertes de substance des nienibraiics de l'encéphale à l'état de suppuration sont accompagnées d'une sorte deprotrusion de la substance C('ré!)rale, d'une sorte d'cncéplialocèle traumatiquc,
Obsei'valiou LXVI.
Cn jeune homme fut blessé au paiiàlal gauclKi par un coup de pierre qui fractura cet os. On lui fit ropéralion du trépan. Quelques jours après, ii survint entre la duremère et la pie-inère un abcès qui intéressait lo cerceau, et qui fut ouvert; il y eut quelques indices de pourriture qui déterminèrent à panser avec l'alcool. Le cerveau se boursoufla, sortit en assez grande quantité par l'ouverture du crâne, et suppura si abondamment que le malade périt. (Médecine opératoire de Sabalier, tome II, p G9,)
Observation LXVII.
Jacob Faden reçut sur la partie supérieure du pariétal gauche un corps qui produisit une large plaie aux téguments et une fracture avec dépression de l'os; tiéj)an ; la substance cérébrale qui avait été lésée commença à faire saillie au-debors, à travers l'ouverlurede la boîte osseuse. Cette tumeur, enlevée à l'aide» de l'instrument tranchant et do la ligature , se reproduisait plus volumineuse, et nécessitait, à peu d'intervalles, une nouvelle opération. On enlève ainsi 5 h G onces du cerveau sans donner lieu à aucun accident; le malade se rétablissait rapidement. mais la tendance du cerveau à faire iiernie n'avait pas diminué, et pres(]ue chuque soir on était obligé de revenir à l'ablation, qui d'ailleius ne produisait pas même de douleur. 11 allait bien, lorsqu'un soir il est pris de frisson, de lire, insensibilité. Mort. Un vaste abcès s'était formé dans
io3
l'épaisseur du lobe movon d'où il commutiiquait avec les ventricules qui étaient remplis de matière purulente. (Arcb. iSSi.)
î.a nature vraiment cérébrale de h. matière éliminée peut inspirer quelques doutes.
Observation LXVIII.
Le pariétal gauche fut fracturé, et une partie enfoncée dans le cerveau; un abcès profond s'ensuivit; la matière qui en sortit exhalait une odeur très fétide. Pendant le cours delà maladie, il sortit plus d'une once de substance cérébrale venant dos lobes postérieurs, cl néanmoins le malade se guérit sans aucun dérangement dans les facultés intellectuelles. (The American Med. recorder, vol. i5. October 1828, p. 467-)
SFXTION DEUXIÈME.