‹ Des plaies de la têteChapitre 25 sur 36 · CORPS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS

Il y a , sous le rapport de leur origine, deux classes de corps étrangers, ceux qui viennent du dehors et ceux que forment des esquilles, surtout quand elles sont conq)lèLcment détachées ; l'observation suivante nous offre un cas de ce genre, où l'extraction de l'esquille fut suivie d'une guérison complète.

Observation LXXIV.

Une personne blessée h la partie supérieure et droite du coronal par un coup de pierre, continua de vaquer à ses affaires pendant un temps assez considérable. Cependant la plaie ne se fermait point ; elle rendait encore beaucoup de pus. Celte circonstance excita l'attention du chirurgien, qui, ayant vu qu'elle était occasionnée par la présence d'une pièce d'os détachée par la violence du coup, et engagée dans le cerveau , en fit i'extraclion. Le blessé obtint une prompte guérison. {Méc/ecine opératoire de Sabotier, tome II, page G4. — Observation tirée des notes de Lafaye sur Dionis. )

Quelquefoisde nombreuses esquilles, dont quelques unes ont pénétré dans la substance cérébrale, ne sont point un obstacle h l'heureuse issue de la maladie; il faut déduire de là cette règle de pratique que l'on ne doit pas regarder comme dèse^péié un cas même excessivement

grave, ft aller, dans une supposition qui j>oiirrnit êlre démentie par l'événement, négliger aucun dos soins du pansement, et surtout l'exlraction comjdcle des esquilles. Ce cas est encore intéressant sous ce tr pie point de vue: 1° de la perte de substance cérébrale avec p.iralysie temporaire; 2° de la blessure par esquilles du sinus longitudinal ; 3° de la division dans une grande étendue de la dure-mère, d'où l'on est conduit à se demander quelle peut être sur la marche des phénomènes l'influence d'un débridement traumatique plus ou moins large de celte membrane , afin de voir s'il n'y aurait pas lieu à en inférer quelque application chirurgicale.

Observation LXXV.

Le 16 décembre iSsÔ, un fermier, appelé Jacob Sherrer, fut renversé de cheval étant ivre. 11 tomba sur l'angle d'une grosse pierre , et se fit au pariétal droit une fracture qui commençait vers le milieu de l'os, s'étendait en bas jusqu'à la suture de la portion écailleuse du temporal , en haut jusqu'à la suture sagittale , et en arrière jusqu'à l'occipital, ou très près de lui. Le pariétal était fracturé en plusieurs morceaux dans l'étendue de deux pouces carrés environ , et enfoncé à travers la dure-mère dans la substance même du cerveau ; l'on voyait quelques uns des fragments , mais la plupart étaient cacliés dans le cerveau.

Après en avoir retiré plusieurs et relevé trois qui tenaient encore à la portion saine de l'os, l'on vit à nu une surface du cerveau de trois à quatre pouces carrés pénétrée en plusieurs points par des fragments d'os, dilacérée en d'autres points.

Après avoir enlevé avec soin tous les fragments, je re-

iiS

tirai environ plein une cuilltre a soupe de substance cérébrale qui était diflluente à la surface de la plaie ; on en trouva aussi sur la pierre où l'hoiiime était lomlé. mais je ne pus l'évaluer.

Une esquille osseuse avait pénétré dans le sinus longitudinal , et il en était résulté avant mon arrivée une hémorrliagie considérable qui fut réprimée par un bourdonnet de cbarpie.

Le côté gauclie était paralysé.

Je rapprochai les téguments et les fixai par deux points de suture, un en haut et l'autre en bas ; les angles de la plaie laissant entr'ouvert dans le milieu un espace d'environ deux pouces.

Il n'eut pas de délire, mais beaucoup d'excitation ; un peu de perte de mémoire , de la loquacité , aucun trouble dans la volition.

Pendant le temps que dura la maladie, on retira encore plusieurs fragments d'os, de la substance cérébrale à plusieurs reprises.

Il fut très fréquemment saigné et purgé, et la marche de la guérison ne fui jamais entravée d'une manière grave.

La paralysie, avant que la plaie ne fût fermée, et plusieurs semaines après l'accident, avait déjà beaucoup diminué , et le léger trouble de ses facultés intellectuelles complètement disparu.

Neuf mois après l'accident, le malade était eu état de se livrer à ses travaux habituels. Le côté gauche était encore plus faible que le droit, quoiqu'il pût parfaitement s'en servir. 11 me dit même qu'il croyait que ses facultés intellectuelles étaient plus déveIo])péesqu'av tint l'accident, qu'il pouvait calculer beaucoup plus flicilenicnL . cl qu il était sujet autrefois à un mal de tète périodique qui n avait pas reparu depuis sa chute.

Les inôuvements du cerveau se voient parfaitement sous les téguments, et le creux résultant cle la perte du cerveau et de la boîte osseuse pourrait tenir un peu plus du huitième d'une pinte de liquide.

Le décliirement de la dure-mère ne pourrait-il pas avoir contribué à l'issue favorable dans le cas présent, en permettant au sang et au pus de s'épancher librement et en empêchant la compression?

Au mois de juillet i83o, tous les symptômes de paralysie avaient disparu.

The north American médical et Surgical journal , Jamiaij, i83i , p. 243.

Quelquefois des balles s'enclavent dans l'épaisseur des os, d'autres fois elles s'arrêtent sur la dure-mère, le plus souvent elles percent cette membrane et pénètrent dans le cerveau. Quand l'un des hémisphères de la balle est tout entier au-dehors , on peut la retirer avec un élévatoire ou avec le tire-fond que l'on dirige transversalement. Si la balle a pénétré au delà de son grand diamètre , il faut appliquer une couronne de trépan assez large pour enlever la balle et le disque osseux dans lequel elle se trouve enchâssée.

Les implantations de balles dans les os du crâne peuvent offrir des particularités très nombreuses. Celles qui se rattachent à leur pénétration, par les sinus frontaux, sont d'un grand intérêt sous le rapport du traitement. On verra dans l'observation suivante l'application du trépan faite avec succès pour un cas de ce genre.

Observation LXXVI.

François Berrard, guide de l'armée, recul au troisième assaut d'Acre un coup de feu au sinus frontal droit. La balle, en fraclurant la paroi externe de ce sinus, se coupa

en (leii\ morceaux; l'uii passa sur Je trout, en labouianl la peau dans quelques lignes de longueur; l'aulie s'introduisit dans le sinus, et fractura sa paroi interne. Cet accident lut suivi de perte de connaissance, et de quelques légers symptômes de commotion.

La fracture extérieure était peu étendue, et on avait peine à croire qu'elle eût permis le j)assagc de la moitié d'une halle. Les fragments n'étant point déplacés, je fus obligé d'appliquer une couronne de trépan sur le sinus, el par ce moyen je parvins à découvrir le corps étranger et une fracture à la paroi Interne de cette cavité. Je fis l'extraction du plomb assez facilement avec un élévatoire, et l'ouverture du trépan me permit de passer une petite couronne conique, à l'aide de laquelle je perfojai, sans accident, le })lancher du sinus. Il y avait entre le crâne el la dure- mère un peu de sang épanché, qui s'évacua à la faveur de l'ouverture du trépan. Les accidents se calmèrent, et en très peu de jours ils furent totalement dissipés. Les bords du trépan s'exfolièrent par la suite j les trous furent ferujés par des substances membraneuses, et la cicatrice des téguments extérieurs se forma immédiatement et sans fistule aérienne. [Relat. chiriir^. de rarinée (V Orient ^ par Lfirrey, p. 281. )

A la suite de l'observation précédente je mentionnerai un cas dans lequel ily eut également extraction d'une balle, mais avec des circonstances tellement remarquables, qu'il m'a paru mériter de trouver place ici. d'autant mieux qu'il peut fournir quelques indications sur la conduite à tenir dans des cas analogues, et sur l'emploi d'une sonde élastique pour déterminer le siège du corps étranger.

Obscrcation LXXMI

i 18"' demi-brigade coup de fou dans la première révolte du Kaire. La balle,

Un soldat de la 18"' demi-brigade reçut à la tète un

après avoir percé le frontal à sa partie moyenne près du sinus, se porta obliquement en arrière, entre le crâne et la dure-mère, et marcha ainsi le long du sinus longitudinal, jusqu'à la suture occipitale , où elle s'arrêta. Sa présence détermina tous les accidents de la compression, sans qu'on pûl reconnaître le siège du corps étranger. Cependant le blessé rapportait toujours la douleur au point diamétralement opposé à l'entrée de la balle, et tous les autres signes ne laissaient aucun doute sur sa présence dans l'intérieur du crâne.

J'introduisis une sonde de gomme élastique dans le trou de l'os frontal, et lui fis parcourir sans peine le trajet jusqu'à la balle, que je reconnus à sa résistance et à ses inégalités. Je mesurai extérieurement le chemin qu'elle avait parcouru à l'aide de mon instrument. Je me décidai alors à mettre à découvert le point du crâne correspondant au corps étranger. Je fis une contre-ouverture au moyen d'une large couronne de trépan ; le pus sortit en quantité, et il me fut facile de saisir et d'extraire la balle, qui déprimait la dure-mère et comprimait le cerveau Rien ne s'opposa plus à la guérison. {^Relat. chirurg. de Vannée dOrient^ par Larrey, p. 280.)

Pour les balles enfoncées dans le crâne, si on parvient à les reconnaître , on les extrait avec beaucoup de précautions à l'aide de pinces ou du tire-balle.

Les pinces à anneau sont un instrument peu favorable pour ce genre d'extraction, car si la balle n'a pas perdu sa spbéricité , si elle n'est pas très inégale, les pinces ne pourraient agir qu'en saisissant bien exactement les deux extrémités d'un même diamètre , ce qui est très difficile; presque toujours l'instrument glisse d'un côté ou de l'autre. Si la balle présente des aspérités , cet instrument offre des inconvénients aussi grands encore, parce que les pinces ne couvrant qu'une petite partie de la balle , les aspérités

de celle-ci causent des diichirures ; le tire-balle dont les deux branches sont séparées, tire-balle de Thomassin , est préférable. Quand au lire-fond, il est d'une application diilicilc; quelquefois la balle tourne avec le tire-fond, ce n'est que dans le cas d'enclavement qu il peut être utile.

Si la balle a pénétré profondément dans le cerveau . il n'y a rien à tenter.

On a vu des individus porter assez long-temps des balles dans le cerveau.

Mais quelle que soit la bénignité apparente des s\ mptômes après la pénétration d'un corps étranger dans l'épaisseur des os du crâne, ce serait montrer peu de prévoyance que de concevoir la moindre sécurité sur l'issue définitive de la maladie. Toujours . après un temps plus ou moins long , il survient tout-à-coup des accidents ou bien il y a perte de quelque faculté , ainsi que le prouve l'observation suivante.

Observation LXXVIII.

Séjour d'une balle dans l'épaisseur du fronlal. — Perle de la mémoire des noms propres et de quelques substantifs. ^Larrey, Archiv., t.XV.p. 616.

A la bataille de Waterloo, chez un bless é.la balle avait atteint le côté externe du front à 6 ou 8 millim. du sourcil gauche,et dans le point qui correspondiila ligne courbe delà fosse temporale. Ilémorrhagie abondante; émission involontaire des urines et des matières fécales; deux jours et deux nuits passés sans secours sur le champ de bataille; hémiplégie gauche qui se dissipe. Le blessé reprend son service; perte de la mémoire des noms propres et de (juelques substantifs; mort de phlhisie en 18-27. '^'^ balle est enchatonnéedans l'endroit indiqué , la table interne de l'os avant été derrière elle fracturée au moment de l'accident.

Quelquefois en extrayant un corps étranger , il arrive qu'une partie de lui-même ou une pièce qui lui était surajoutée , peut rester dans la plaie faite au crâne ; et ici les méprises qui peuvent être si funestes sont d'autant plus à redouter qu'aucun sjmptôme immédiat ne vient donner l'alarme. Il faut donc s'assurer, avec le plus grand soin, de l'intégrité du corps étranger et de l'extraction de ses accessoires. L'observation suivante vient à l'appui de cette considération.

Observation LXXIX.

La voûte orbitaire n'est séparée de la partie antérieure et latérale du crâne, que par une lame osseuse très mince ; aussi un instrument piquant, porté avec un peu de force sur cette voûte, pénèlre-t-il facilement dans le crâne. L'Académie de chirurgie reçut, il J a quelques années, l'observation d'une fille qui , en filant , se laissa tomber et s'enfonça dans la voûte orbitaire , tout près du grand angle, la pointe de son fuseau, dont la filière était de fer. On retira le fuseau, mais la filière resta. Quelque temps après la fille parut guérie : elle fut près de huit ans sans éprouver d'autres accidents que des maux de tête assez légers. Au bout de ce temps, les maux de tête augmentèrent considérablement , et il se forma un abcès auprès du grand angle de l'œil , dans l'endroit par où le fuseau était entré. A son ouverture , après l'issue d'une quantité considérable de pus, on aperçut lafilièrç, que l'on retira; mais la malade mourut quelques jours après. (Gavard, Ostéo/og/e. Extrait des Leçons de Desault , 3^ édit, , i8o5 , p. i56.)

L'extraction des corps étrangers est une indication qu'on

ne saurait trop tôt remplir, si l'instrument vulnérant peut être saisi , soit avec la main , soit avec des pinces ou des tenailles ; on l'extrait avec le moins de secousses , le moins d'ébranlement possible.

En effet, les observations qui prouvent que des corps étrangers ont séjourné plus ou moins long- temps dans les orgnnes cncéphali([ues à un état inoflfensif et en queli|ue sorte Litent, ne sont que des faits exceptionnels ; dans l'immense majorité des cas . ils finissent par entrainer la mort. La règle de pratique est donc de les extraire toutes les fois qu'on le peut sans faire couiir un danger immédiat trop menaçant. Toutefois il est important de connaître les faits qui prouvent que la présence d'un corps étranger dans la substance cérébrale peut durer pendant long-temps sans déterminer d'accidents.

Voici un fait qui est de nature à donner une idée de l'espace de temps pendant lequel un corps étranger, ayant pénétré dans la substance cérébrale, peut y séjourner sans manifester sa présence.

Observation LXXX.

Un soldat fut blessé, au milieu du pariétal droit, jiar une flèche dont le fer fut engagé fort avant dans la substance du cerveau, et resta jusqu'au septième mois sans causer d'accidents. Lorsque la piésence do ce corps eut clé reconnue, on appliqua deux couronnes de lré[)an qui procurè>x'nl la sortie d'une grande quantité de nialiére. Ce ne fut qu'au bout de tieux mois qu'on put en riirel'extraclion. Le malade fut aussitôt soulagé, et il guérit en peu de temps. [Mé'lecinc opératoire de Sahatier, t. ii. p. 04, obs. tirée des nolesde Lafaye sur ("ouvrage deDionis.)

lui

Observation LXXXI.

Il y a huil ou dix ans ( Dupuylren écrivait en 1 834 ) ♦ ^^ jeune homme recul dans ime querelle un coup de couteau surle sommet de la lêtf^ ; ce couteau ye rompit dans le crâne après l'avoir perforé. Le chirurgien qui pansa le malade n'examina point avec assez d'allenlion la pluie ; il en rapprocha les bords, et le malade guérit. Plusieurs années se passèrent sans accidents; seulement de temps en temps le malade ressentait des douleurs dans la cicatrice. Au bout de ([ue'ques années , il vint à rilolel-Dieu , et y fut reçu. En examinant sa cicatrice, je sentis qu'elle était soulevée, et dessous elle un corps étranger. J'incisai et fis l'extraction d'une portion pointue de lame de couteau, à l'aide du tiépan. Les accidents persistèrent, et il s'y joignit de la paral\sio du côté du corps opj)osé à celui de la tête qui élail blessé. J'incisai la dure-mère, il ne sortit rien ; je plongeai un bistouri avec précaution dans le cerveau, et il jaillit de suite un flot de pus. Le soir même de cette opération, tous les accidents disparurent, la fièvre , la somnolence et le délire, et le malade guérit. ( Traité des blessures par armes de guerre, tome 2, page i46j'

Devrait-on se laisser arrêter dans cette opération parla nécessité d'agir avec une grande violence , si la fixité des corps étrangers l'exigeait? Je ne le pense pas , car les inconvénients qui peuvent résulter de ces efforts sont encore moindres que les dangers dus à la persistance de ces corps dans la plaie. D'ailleurs, l'expérience a prononcé en dernier ressort, en montrant jusqu'où peuvent aller les tentatives faites dans ce but.

Je ne rappellerai point ici l'observation du duc de Guise, dit le Balafré, car il ne s'agit point d'une lésion traumatiquc des organes contenus dans le crâne, ainsi que le fait

remarquer M. Vidal dans son Traité de pathologie , où se remarque une critique saine et souvent ingénieuse; mais je rapporterai brièvement l'observation suivante, curieuse par le mode de lésion et le succès obtenu.

Obssrvation LXXXII.

Tenlalive de suicide par l'enfoncement dans le crâne d'une lige de fer de 3 pouces 1/2 de long sur 3 lignes de large. — Extraction du corp» étranger. — Guérison. ( Obstrvaiion recueillie par J. Fournet.)

Le lo juin i854, on conduisit à la saJle de garde de l'hôpital Saint-Antoine , un homme de soixante-cinq à soixante-huit ans, ouvrier en chaises, ayant l'intelligence un peu troublée depuis quelques années. . . Récit du malade après sa guérison... 11 avait voulu se suicider en s'cni'onçanl dans le crâne à coups de maillet un de ces petits ciseaux dont se servent les menuisiers... 11 perd connaissance...; sa femme accourt et essaie de retirer l'instrument en le serrant sous la main de fer qu'on nomme valet de banc, puis en tirant sur la tête et les épaules de son mari... ; efforts inutiles... .Entré à Thôpital 7 heures après l'accident; le malade était venu de son pied soutenu seulement par deux aides.

Ltat de demi-hébétude; sentiment de lourdeur à la tête; sensibilité, myotilité intactes; inlelligence conservée.

On fixe l'instrument dans un étau , on lire verticalement et avec force d'une manière uniforme et continue.

Issue d'une grande quantité (2 palettes) de sang noir épais, qui pendant l'expiration s'échappaitparuncsoi te de fluxetrentraitpendant l'inspiration sous forme do rotlux.

Le sentiment de lourdeur qui n'existait d'abord qu'audessus de l'œil droit, se répand uniformément dans toute la tôle.

Le pouls devient plein et fréquent de faible et petit qu'il était.

Le malade marche jusqu'à son lit.

Saignée de 4 palettes; 12 sangsues sous chaque oreille.

Frisson très fort remplacé par une réaction fébrile intense. Réponses prenant la forme du délire; myotilité ; sensibihlé intacte.

Compresses d'oxicrat sur le front; sinapismes aux jambes; potion calmante. Pouls large, plein.

Dépression delà table externe de la voûte crânienne.

M. Bérard aîné prescrit : saignée de 4 palettes, compresse d'oxicrat sur le front, diète, saignée de 4 palettes le soir.

Le 12. Délire loquace; persistance du sentiment de pesanteur. 4 sangsues derrière chaque oreille, glace sur la tête, saignée de 4 palettes, potion gommeuse avec l'opium.

Les i5, 14 et i5. Même état; le i5 application de sangsues derrière les oreilles.

Le lendemain et le surlendemain diminution, puis cessation du délire.

Le 24. Convalescent; peu de jours après il sort guéri. {Journal V Expérience^ 1807-1 838, t. 1, p. 343.)

Dans certains cas où le corps étranger ne laisse aucune prise , ou quand il est si fortement implanté qu'on ne peut l'ébranler, on peut avoir recours au trépan et l'appliquer de manière à emporter à la fois et le corps étranger et !a portion de l'os dans laquelle il est implanté. Quelquefois même on peut être obligé de réséquer le corps étranger au niveau ou à peu de distance des os pour se mettre à même d'appliquer le trépan. Un jeune tambour fut amené à l'Hôtel-Dieu de Nantes , venant de recevoir dans la moitié latérale gauche du frontal une baguette de fusil qui avait été laissée par mégarde durant un de ces simulacres de conibat que l'on appelle petite guerre. Les

chirurgiens de l'Hùtel-Dieu voyant l'impossibilité de retircT cette })ao;uette , tant son implantation était fixe , décidèrent de la faire couper très près du crùne pour se mettre à même d'enlever par le trépan le disque osseux dans lequel elle était implantée.

On possède des faits qui tracent au chirurgien la conduite à tenir en pareil cas.

On a dit que, dans un cas rapporté par Percy, le corps étranger ayant trop de largeur pour être extrait avec les couronnes du trépan ordinaire, on fit construire à la hâte une large couronne, 11 me semble qu'il serait préférable, en pareil cas, d'appliquer plusieurs couronnes de trépan de manière à mobiliser la partie dans laquelle est implanté le corps étranger; car ce serait perdre un temps précieux que d'attendre ainsi la confection d'un instrument, d'autant mieux qu'en pareille circonstance on ne se trouve presque jamais à portée de faire exécuter immédiatement l'instrument dont ou a besoin. Du reste l'arsenal de la chirurgie s'est enriclii depuis quelque temps de plusieurs espèces de scies, à l'aide desquelles on peut être en mesure de satisfaire aux indications les plus variées, les plus difficiles sous ce rapport..

Quand le corps étranger est tout-à-fait à l'intérieur du crâne, s'il n'est p;)s complètement inaccessible et perdu dans la cavité , on l'extrait en le saisissant avec des pinces ou tire-balles, en ayant eu soin d'appliquer préalablement une ou plusieurs couronnes de trépan, djns le cas où ce préliminaire paraît indispensable.

Observation LXXXIII.

Gino'ras , âgé de vinL;t et un ans, (l(''oliar;xonnt son fusil , fut blessé au front par la culassi>, qui alla s'cMifoncer dans la iniilii' i!>fci'i<'urc de l'os fi(>iil;i! , liiini(''dial 'nii-'iU au-

dessus de l'épine nasale. La blessure s'étendait à gauche, comprenait l'angle interne de l'orbite, ainsi qu'une parlie antérieure du plancher et la saillie du sourcil. Ce jeune homme tomba sur le coup ; mais il se remit bientôt assez pour pouvoir marcher à quelque distance de là, jusqu'à ce que la perte du sang étant trop considérable, il s'évanouit.

Lorsque je l'examinai, je ne trouvai qu'une division considérable des téguments et un peu de tuméfaction j une portion de la culasse était tellement enfoncée dans la substance cérébrale , que l'on ne pouvait ni la voir ni la sentir avec le doigt : on voyait même une partie de la substance cérébrale de chaque côté de la blessure.

Le malade avait sa raison , mais ne pouvait donner aucune information, sinon que son fusil avait éclaté et qu'il pensait qu'un morceau de bois lui était entré dans la tête. Je le saignai, et le fis transporter à Québec, où, avec l'aide des docteurs Clark et Hall, l'éclat du fusil fut retiré au moyen d'une pince de dentiste, et en employant une force considérable. Il n'y eut pas d'hémorrhagie j je m'assurai qu'il n'y avait plus de corps étrangers, et je rapprochai les lèvres de la plaie avec du diachylon. Des applications froides furent faites, et un purgatif administré. Un régime rafraîchissant fut prescrit. Lorsque le pouls s'élevait trop , on le saignait,- et après avoir retiré un morceau d'os du fond de la plaie, celle-ci se guérit promptement, et vingt-quatre jours après l'accident le malade était complètement rétabli : seulement l'odorat était complètement perdu. (J. Morrin. The médical Recorder, vol.X» July 1826, p. i5i.)

Ce rétabhssement si rapide après de pareils désordres est de nature à surprendre beaucoup.

Je citerai encore l'observalion suivante, extrêmement curieuse, comme extraction de corps étrangers pénétrant

i.'io

h une grande profondeur thms la substance céréljrale , et n'empêchant pas la guérison.

Observatiotî LXXXIV.

Le 22 novembre 1828, William M'Elwoe, âgé de vingtdeux ans, robuste, déchargeait un fusil de munition ; le fusil creva, et il reçut sur le milieu de l'os frontal, un peu au-dessus du rebord de l'orbite, un morceau de la culasse, qui pénétra à 1 pouce 1/2 de profondeur dans la substance cérébrale, entraînant avec lui un morceau d'os de 3/4 de pouce de diamètre, correspondant aux dimensions de la culasse. Peu de temps après l'accident, il fut trouvé tombé contre le mur sur lequel il avait appuyé le fusil ; mais il n'avait pas perdu connaissance. Quelques débris de substance cérébrale et un peu de sang souillaient les pierres les plus voisines. Le père et une autre personne firent de vains efforts pour retirer le morceau de fer; ces efforls durèrent environ une heure, et ils me dirent qu'ils avaient employé souvent autant de force que pour enlever un poids considérable.

Environ une heure et demie après l'accident, M. Hunter arriva, et avec de l'adresse retira le corps étranger. Il vit alors une cavité, dans laquelle il put introduire les deux dernières phalanges du petit doigt, avec lequel il sentit un fragment osseux; il l'enleva avec les pinces , rapprocha les lambeaux de la plaie , et mit un cataplasme sur la tête. Le malade était froid, le pouls petit; il avait cependant sa connaissance, et ne fit entendre aucune plainte; après le pansement, il vomit, et il sortit un peu de sang par la plaie.

A cinq heures du soir, cinq heures environ a]Mès l'accident, réaction évidente; le cerveau se montrait par la plaie, et l'on distinguait évidemment ses battements; il en sortit encore quelques portions; saignée; linges mouillés au lieu du cataplasme; la saignée lui parut très douloureuse

Page 1