‹ Des plaies de la têteChapitre 32 sur 36 · DÉLIRE NERVEUX · texte numérisé non relu

DÉLIRE NERVEUX

3 'ai vu des malades chez lesquels un coup porté à la tête avait déterminé presque immédiatement le délire. Comme l'espace de temps qui s'était écoulé entre l'application de la cause et l'apparition des symptômes ne permettait pas de supposer que ce fût le délire dépendant d'une inflammation, il m'a semblé que l'on pouvais qualifier, ainsi que je l'ai fait , cette forme du déhre.

Rien ne pourrait conduire à la rejeter àpi'iori; car si une lésion de toute autre partie du corps peut donner lieu à ce genre d'accidents , on ne voit pas pourquoi une lésion traumatique de îaTete ne pourrait jamais produire le même résultat.

L'observation suivante , extraite du mémoire de Pott , n'^st pas ce que l'on peut trouver de plus concluant à cet égard; mais je la mentionne ici comme exemple d'un délire non produit par l'inflammation et calmé par l'opium , caractères qui se rencontrent dans le délire nerveux.

Observation CXIÏ.

Contusion avec plaie. Un homme lunatique se jeta par la fenêtre d'un second étage dans la rue ; et , dans cette

chute, sa tète frappa d abord contre une enseigne de fer, et ensuite contre un auvent

Il fut relevé sans sentiment , avec trois piaies à la tète, Tune pr{?ci3énient au dessus de la tempe droite, et deux sur le sommet de la tête. Elles étaient petites, et le péricràne n'était divisé dans aucune. 11 resta sans connaissance environ douze heures; mais, ayant été saigne deux fois copieusement dans cet espace de temps, il recouvra ses sens, sans néanmoins donner aucun signe de raison. Il passa deux jours et deux nuits dans le plus grand trouble et la plus grande agitation. Deux personnes, ne le quittant point, étaient continuellement occupées à le tenir. Enfin. par les saignées répétées et par l'opium qu'on lui donna à grande dose, on parvint aie faire dormir. 11 dormit près de douze heures , et il se réveilla parfaitement tranquille et jouissant de toute sa raison.

Le sixième jour , depuis celui de la chute, ses plaies étaient en très bon état , et paraissaient se guérir sans aucun autre accident. Le malade allait aussi fort bien , et il jouissait entièrement de sa raison et de son jugement. Il aurait voulu que ses parents et ses amis lui eussent permis de faire une petite promenade dans la campagne; mais , dans la crainte qu'il n'y eût encore quelque maf caché , je lui conseillai de se tenir tranquille un peu plus longtemps , et de vivre avec beaucoup de précaution. Cet avis fut suivi.

Le dixième jour, depuis celui de l'accident . il perdit l'appétit, il parut triste et languissant ; il évita la société, ne voulut plus manger , se plaignit d'un mal de léle et dit qu'il n'avait pas dormi. 11 s'était écoulé si pi u de temps depuis qu'il avait eu l'esprit dérangé, que, par son aspect et sa manière de se conduire, je soupçonnai le retour de sa folie. Je le fis encore saigner ; je recommandai qu'on

lui fît observer un régime strict , et je priai son frère, qui était apothicaire , de lui donner un opiat en le mettant au lit.

Le jour suivant, c est-à-dire le onzième jour, il dit que son mal de tête l'avait empêché de dormir toute la nuit , et qu'il lui semblait que son cerveau fût comprimé et serré, dans son contour, par une corde. Sa peau était chaude, son pouls dur et fréquent; son urine était en petite quantité et très colorée. L'aspect que présentaient les plaies des téguments n'était plus en aucune façon aussi favorable qu'il l'avait été jusqu'alors , et en ayant examiné une avec ma sonde, qui me paraissait plus spongieuse et plus pâle que les autres , je trouvai au-dessous le crâne dépouillé jusqu'à une certaine distance. Avec le consentement du malade et celui de son frère, j'emportai tous les téguments qui couvraient l'os nu , et je trouvai que sa couleur était considérablement altérée. Je le fis saigner encore, et je le priai de prendre souvent, jusqu'au lendemain, du sel d'absinthe avec le suc de limon.

Cette nuit, il eut un gros frisson; et le lendemain, le trouvant plus mal et plus agité, je fis la perforation du crâne. La portion de la dure-mère , repondant à l'ouverture, avait une couleur sombre, et une matière paraissait couvrir sa surface, mais en petite quantité. 11 fut pansé légèrement , et , attendu que son ponls pouvait supporter cette évacuation , on lui en tira encore huit onces.

Le lendemain matin, le treizième jour , il eut un frisson encore plus considérable; sa douleur de tête fut plus aiguë, sa fièvre fut plus forte , et l'ulcère était si cru dans toute son étendue qu'on n'en détacha le linge qu'avec difficulté. J'appliquai encore une couroune de trépan et je fis les mêmes observations , c'est-à-dire que la dure-mère avait

perdu sa couleur vive el(ju il y av.iil une petite rjuantité de matière.

Le soir, il eut une autre espèce de frisson , el le jour suivant il fut manifestement plus mal. Convaincu par les symptômes qu il était en danger, et croyant fortemeuL qu'il y avait quelque part un amas de matière qui ne [)0U vait pas être évacué par les deux ouvertures déjà faites . je hasardai d'en faire une troisième aussi large qu il était possible. Elle donna en effet issue à une grande quaulité de pus.

Au bout de sept ou huit heures ; je revis le malade, el je le trouvai plus à son aise et plus tranquille. Il avait dormi près d'une heure, et sou pouls n'étail ni si rapide ni si dur.

Le soir , il dormit davantage , et le lendemain malin il répondit à toutes les questions qu'on lui fit. de manière h convaincre tous les assistants qu'il était certainement mieux.

Enfin , pour abréger ce récit , j'ajouterai seulement que l'évacuation fut considérable pendant plusieurs jours. qu'elle diminua ensuite par degrés , que tous les symptômes diminuèrent aussi insensiblement, et que le malade ne tarda pas, par les soins convenables . à se bien rétabhr.

Lorsque ce malade fut attaqué de ses premiers symptômes, je n'en soupçonnai pas la véritable cause. Son insomnie , son anxiété, sa taciturnité, sa répugnance extraordinaire à répondre aux questionsqu on lui fiiisait. me parurent simplement annoncer un retour de sa manie. Dans cette supposition , je lui donnai lopiat , comptant qu'il irait mieux si je pouvais lui procurer du sommeil. Mais, lorsque je vis un changement dans les dispositions de la })laie, et lorsque je reconnus que le jx-ricràne avait quille

son adhérence à l'os , je ne doutai plus que , quelle que fut la cause qui put concourir à le mettre dans létal fâcheux où il était, tous les accidents qu'il éprouvait pouvaient naturellement être regardés comme résultant des effets de sa chute, et je présume qu'il dut la conservation de sa vie au traitement que je lui fis , lequel était une conséquence de mon raisonnement.

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