‹ Des plaies du cœurChapitre 6 sur 13 · D1 OBSERVA TION · texte numérisé non relu

D1 OBSERVA TION

1° Presque nulle

Instruments

tranchants.

Pénètre un peu à droite de la cloison, la traverse et atteint le ventricule gauche

T Écoulement léger . . .

Coup de feu.

A un tiers de la base du cœur

3° Nulle

2 balles de

Presque toute la paroi du

pistolet . .

ventricule gauche détruite

4° Perd peu de sang. . . .

Épée

Ventricule gauche . . . .

5° Petite quantité de sang.

Couteau. . .

Ventricule gauche . . . .

6° Sang en petite quantité.

Couteau. . .

Ventricule gauche . . . .

7° Petite quantité de sang.

Baïonnette. .

Ventricule gauche ....

8° Peu de sang

Baïonnette. .

Oreillette gauche

Dans le cas suivant, et c’est encore une blessure du ventricule gauche, l’écoulement de sang avait été si peu considérable, que le genre de blessure ne fut même pas soupçonné d’abord.

Noie relative à l'assassinat de M. Sibour, archevêque de Paris.

Le meurtrier saisit de la main gauche le bras droit du pontife, et de la main droite le frappa si violemment avec un poignard catalan, que l’étole couverte de broderies en relief, garnie d’une étoffe très épaisse, les vêtements, furent traversés et que la garde de l’arme en frappant la poitrine produisit un bruit analogue à celui d’un coup de poing. L’arme fut retirée sans être aperçue.

L’assassinat fut commis un peu en avant du premier pilier de

la grande nef. L’archevêque recula de deux pas en arrière et s’écria : « Le malheureux! mon Dieu ! » puis il s’affaissa entre les bras des personnes qui l’environnaient.

Transporté à travers la grande nef, du chœur et du passage de la sacristie jusque dans le salon de M. le curé de Saint- Etienne-du-Mont, l’archevêque fut placé sur un canapé : on lui présenta un verre d’eau, qu’il avala: plusieurs fortes inspirations eurent lieu. Un médecin qui se trouvait dans l’église put constater la blessure, dont l’existence n’avait été accusée par aucun épanchement de sang au dehors. Peu d’instants après le blessé expira.

L’embaumement a eu lieu vingt-deux heures après, sur l’autorisation donnée par l’autorité : le cœur devait être enlevé pour être embaumé à part.

On a trouvé les vêtements tachés de sang et traversés par la lame du poignard.

Le corps, dépouillé de ses vêtements, présentait :

A la partie gauche et au tiers antérieur de la poitrine, entre ]a quatrième et la cinquième côte, une plaie d’environ 3 centimètres. Le sternum et les côtes gauches enlevés de manière à découvrir l’intérieur de la poitrine, on a pu faire les observations suivantes :

Epanchement dans le thorax d’environ un litre de sang. La lame du poignard avait passé entre les quatrième et cinquième côtes; la quatrièmeétait entaillée dans son tiers inférieur, la cinquième dans son tiers supérieur, les muscles intercostaux nettement tranchés. La plèvre costale, le poumon gauche, le péricarde, le cœur gauche, traversés de part en part ; le cœur droit fendu à la partie inférieure. Les deux cavités étaient exsangues.

Le poignard présentait à peine quelques taches de sang (1).

Nous nous bornons à exposer ces résultats sans les commenter; peut-être trouverait on l’explication de ces différences dans la facilité que le sang éprouve à s’épancher dans la plèvre, lorsque les cavitésgatiches ont été ouvertes.

Généralement c’est au début que l’hémorrhagie externe se

(i) Nous devons cette observation à l’obligeance de M. Gaultier deClaubry.

produit; plus tard le sang ne peut plus s’épancher au dehors, soit à cause de la présence de caillots dans la plaie extérieure, soit parsuite d’un commencement de travail de réparation dans l’un des points de la plaie. Nous avons pourtant déjà cité un cas (obs. 40) dans lequel pendant dix -sept jours il s’est presque journellement écouléune livre de sang; ce fait est exceptionnel; le seul cas analogue nous est fourni par l’observation 1 00, dans laquelle il y eut une hémorrhagie le quatrième jour.

La sortie du sang est tantôt continue, tantôt saccadée; ces recrudescences dans l’écoulement sanguin sont en rapport avec la systole ventriculaire. La respiration, les mouvements du malade et les efforts de toute nature augmentent l’intensité de l’hémorrhagie. Ainsi, à chaque effort, jet de sang noir de la grosseur du petit doigt, s’élevant à deux ou trois pouces de hauteur (obs. 83); jet de sang de la grosseur d’une plume, saccadé, isochrone aux battements du pouls, augmentant lorsque le malade poussait des gémissements (obs. 93); sang sortant avec bruit à l’expiration (obs. 41); du sang noir s’écoule en abondance sous l’influence des quintes de toux (obs. 116); hémorrhagie suspendue parle repos et la position horizontale, tandis que le moindre mouvement, le plus léger effort musculaire, l’action de tousser, augmentent tout à coup l’écoulement et le transforment en jet (obs. 100).

Le sang fourni par la plaie est presque toujours noir, ce qui vient, croyons-nous, de la plus grande fréquence des lésions des cavités droites.

Enfin, disons un mot de l’état écumeux du sang (obs. 56). Ce phénomène peut dépendre, soit d’une lésion du poumon, soit de l’expulsion de l’air qui, au moment de l’inspiration, a pu pénétrer par la plaie des parois thoraciques.

La syncope immédiate est très fréquente; nous l’avons trouvée signalée dans 18 observations; dans deux cas seulement on en indique la durée : dans l’observation n° 51 , la syncope avait duré dix minutes, et dans l’observation nû 92 elle n’avait été que de cinq minutes. On a fort rarement signalé des syncopes consécutives; le blessé de l’observation n°51 eut une syncope le cinquième jour; celui de l’observation n° ^9 eut des syncopes répétées; et enfin, celui du n° 7 6 en eut plusieurs dans le cours

de la maladie. Il est bien entendu que nous ne comptons pas comme syncope consécutive ces cas dans lesquels les malades, après plusieurs jours d’un mieux trompeur, pâlissent tout à coup, tombent et meurent.

En opposition à ces cas de syncopes, nous pouvons indiquer ceux dans lesquels les blessés ont pu faire un assez long trajet immédiatement après l’accident. Celui de l’obs. n° 2â a pu, pendant six jours de suite, aller se faire panser à l’hôpital. Celui de l’obs. n° 80 a fait une lieue à pied, celui de l’obs. n° 33 une lieue et demie. D’autres ont fait un trajet beaucoup moins long, mais considérable eu égard à la gravité de leur blessure; ainsi l’on a pu faire 500 pas (n° 22), 200 pas (n° 101), 150 verges (n° 103), 50 pas (n° 15); le blessé (obs. n° 9â) est allé seul à pied à l’hôpital et a pu retourner à sa frégate, sans le secours de ses camarades. Celui de l’obs. n° 8 a fait une assez longue course à pied. Celui de l’obs. n° 2 a traversé une place assez longue. Enfin, on a vu des individus conserver assez de force, après avoir été blessés au cœur, pour se défendre encore; c’est ce que l’on constate dans l’obs. no 96, rapportée plus loin.

La syncope, ou la conservation des forces des blessés, peutelle s’expliquer par la gravité de la lésion, par la nature de la cavité qui a été atteinte, par l’abondance de l’hémorrhagie?

L’examen attentif des faits que nous avons rassemblés nous permet de tirer les conclusions suivantes : la syncope favorise la formation et la consolidation des caillots, par conséquent elle est une condition favorable à la prolongation de la vie. La nature de la cavité du cœur n’a aucune influence dans ces circonstances. En effet, parmi ceux qui eurent des syncopes immédiates, nous trouvons que sept fois la blessure intéressait le ventricule droit; trois fois, le ventricule gauche; une fois, l’oreillette droite; une fois, l’artère coronaire ; dans six cas.il n’y a pas de désignation. Et les blessés vivent : 1, quatre heures et demie; 2, deux jours; 1, quatre jours; 1, cinq jours; 1, neuf jours et demi; 1, dix jours; 2, onze jours; 1, vingt jours; 1, vingt-trois jours; 1, soixante-trois jours; 1, soixante-dix-sept jours; 1, plusieurs mois; 1, pendant un temps assez long; 2 ont guéri. Chez un dernier enfin, il n’y avait pas de plaie du cœur, quoique les

symptômes observés pussent faire croire à une lésion de ce genre.

Parmi les blessés qui conservèrent leurs forces, nous trouvons les résultats suivants : ventricule gauche, 3; ventricule droit, 3 ; les deux ventricules, 1 ; pointe du cœur, 1 ; oreillette droite, 1 ; sans désignation, 2. Chez 1 blessé, la mort fut très rapide; chez 1, elle arriva au bout d’une heure et demie; 1, d’une heure; 1, de cinq heures; 1 de vingt-deux heures; 1, trois jours* 1, trois jours et demi; 1, cinq jours; 1, six jours; 1, huit jours : c’est ce blessé qui a pu lutter et se défendre; 1, neuf jours et demi.

Dans dix cas, les auteurs ont signalé une faiblesse extrême; dans douze, ils indiquent la pâleur de la face , la décomposition des traits du visage; dans onze cas, ils ont constaté un refroidissement souv eut très rapide et excessif; enlin, dans trois cas, il est dit que les blessés eurent des sueurs froides. Si Ion cherche la relation que ces phénomènes ont eu avec l’hémorrhagie, on voit qu’à très peu d’exceptions près, comme dans lobs. n°76, l’abondance de l’hémorrhagie a été en rapport avec les symptômes que nous venons d’énumérer.

Dans une seule observation, la cyanose des lèvres, de la face, est indiquée: c’est dans celle que nous devons à l’obligeance de M. Richet. Nous donnons ici les faits principaux de cette observation extrêmement curieuse.

Le 20 mars, à quatre heures de l’après-midi, un homme de cinquante-huit ans est apporté à l’hôpital Saint-Antoine. Quelques minutes auparavant, il s’était enfoncé son couteau dans la région du cœur (en ville on a fait une saignée abondante).

Etat actuel : perte de connaissance, pouls petit, précipité, régulier, lèvres bleuâtres, respiration anxieuse. Il sort par la bouche une écume sanglante. Peau froide.

En dedans du mamelon et à 1 centimètre 1/2 au-dessus, petite plaie linéaire, oblique en bas et en dedans, presque transversale, longue de 17 millimètres, et qui livre passage à une assez grande quantité de sang.

Le soir, contracture des membres inférieurs et battements du cœur précipités, réguliers.

21 mars, face bleuâtre; dyspnée; quelques gémissements^

Décubitus dorsal. Voix faible. Douleur au niveau de la plaie; quintes de toux qui font écouler une quantité de sang noir par la plaie. La main lie peut percevoir les battements du cœur ; résonnance exagérée de la région précordiale; bruits nets et distincts. Pouls régulier à 100. Peau plus chaude. Plus d’hémoptysie. — Traitement : eau glacée sur la plaie.

Le 22 mars, la plaie a encore saigné pendant la nuit; le matin, elle est fermée par un caillot. Matité dans l’aisselle gauche. Soif vive. Pouls moins fréquent, régulier.

Le 23 mars, moins de douleur et de dyspnée. Réponses nettes; le malade dit qu’il a appuyé la pointe de son couteau contre sa poitrine, en lui imprimant une direction presque perpendiculaire, un peu oblique de haut en bas, et qu’il s’est précipité contre une planche. Il a retiré le couteau en tombant, et a perdu connaissance sur le coup.

Le 2 3, le malade peut s’asseoir sur son lit : matité et absence de murmure respiratoire dans le côté gauche, jusqu’au niveau de l’angle de l’omoplate. Quelques râles muqueux à droite.

Le 2â, nuit mauvaise; agitation. Traits affaissés, face. cyanosée. Douleurs vives dans le côté gauche; respiration entrecoupée. Pouls à 116. Pas de selles depuis deux jours. — Huit ventouses sur la région du cœur ; opium.

Mort dans la journée.

Autopsie. — Le couteau a 8 centimètres de long ; 19 millimètres de largeur, à sa pointe, qui est effilée.

La lame a traversé successivement :

1° La paroi thoracique;

2° La lame de poumon qui recouvre le ventricule gauche;

3° Le péricarde;

U° Le ventricule gauche ;

5° De nouveau le péricarde;

6° Enfin elle a pénétré encore dans le poumon gauche.

Plèvre gauche remplie de sang; poumon réduit à un petit volume, appliqué contre la colonne vertébrale. Adhérences récentes, encore peu résistantes, d’une part, entre le poumon el la paroi thoracique ; d’autre part, entre le poumon et le péricarde.

» Péricarde. — Il contient de l’air qui s’échappe avec bruit; on

y trouve fort peu de sang. Un caillot mince, assez re'sistant enveloppe le cœur; on peut le détacher avec facilité; il s’épaissit au niveau des plaies, et, en cet endroit seulement, il fait adhérer le cœur à son enveloppe.

Cœur. — Volume normal. Au ventricule gauche, un peu audessous du sillon auriculo- ventriculaire, plaie traversant le ventricule de part en part, en laissant à gauche un pont de substance musculaire. Peut-être cette plaie n’est-elle pas pénétrante; en ce cas, la couche respectée du côté de la cavité est fort mince. Entre les fibres coupées, écartement comblé par une couche gris rougeâtre de fibrine organisée. Branche antérieure de l’artère coronaire divisée.

Autres lésions. — Commencement de péritonite partielle entre la rate et la face inférieure du diaphragme (1).

Chez un malade, on a signalé une anxiété extrême (obs. n° 100). Chez deux, un tremblement général (ohs. nos 58 et 96).

Les troubles circulatoires indiqués parla palpation de la région précordiale, la percussion, l’auscultation, l’exploration du pouls, nous ont donné les résultats suivants.

Les battements du cœur conservent assez souvent leur régularité, quelquefois on observe des troubles notables : ils sont tumultueux (obs. n° 61, 66, 83, 100), précipités (nos 83, 116); les blessés accusent des palpitations violentes (nos là, 25, 69); dans quelques cas les pulsations du cœur sont tellement faibles, qu’il est presque impossible de les percevoir (obs. n08 96, 97, 100,109). Dans l’observation n° 116, après avoir été sensibles et précipités au début, ils ne pouvaient plus être perçus le lendemain; enfin, dans l’observation n° 96, après avoir été à peine sensibles le premier jour, ils avaient pris le cinquième toute leur force et toute leur régularité.

La matité de la région précordiale a été signalée chez deux malades : chez celui de l’observation n° 111 , la matité existait à droite; chez celui de l’observation n° 1 00, elle avait une étendue de 10 centimètres tout autour de la plaie; dans l’observation n° 116, il existait autour de la région précordiale une sonorité exagérée.

(i) Celte observation a été recueillie par M. Mauvais, interne des hôpitaux.

Dans le mémoire que nous avons cité plus haut, M. le professeur Jobert (de Lamballe) a signalé un symptôme particulier auquel il attribue une grande valeur pour le diagnostic des plaies pénétrantes du cœur: c’est un susurrus tout à fait semblable à celui qui résulte du passage du sang d’une artère dans une veine; ce phénomène avait déjà été signalé par M. Ferrus ( obs . n° 50) : on entendait souvent un bruit particulier qui suivait les mouvements du cœur, c’était une sorte de crépitation onduleuse semblable à celle d’un anévrysme variqueux; ce signe n’a pas été constaté de nouveau ; aussi sans vouloir lui ôter rien de son importance, nous pensons qu'il faut attendre de nouveaux faits pour lui accorder toute la valeur que M. Jobert lui a donnée. Ce bruissement existe au début; dans deux cas, il avait disparu le troisième jour ; dans le troisième, le blessé a succombé au bout de 12 heures, aussi n’avait-il pas eu le temps de disparaître.

M. Jobert n’oserait affirmer que ce bruit existât dans le cas de large plaie du cœur et à toutes les périodes d’une plaie de ce viscère : car, à dater du moment où le caillot bouche l’ouverture faite au cœur, le bruit cesse.

Nous publions, malgré son étendue, toute l’observation deuxième du mémoire de M. Jobert; on y trouve signalé le susurrus ; en outre elle nous offre un fort bel exemple de péricardite constatée par l’auscultation le troisième jour, par l’autopsie le quatrième.

Le 2 à août 1838 entra à l’hôpital le nommé Aubert (Charles), âgé de vingt-trois ans, horloger, pour y être traité d’une plaie pénétrante de poitrine, qu’il setait faite lui-même en enfonçant dans la région du cœur un couteau à double tranchant, dont la lame avait pénétré entre la cinquième et la sixième côte, à deux pouces environ du bord gauche du sternum, parallèlement à l’espace intercostal. La plaie extérieure avait de six à sept lignes détendue.

Au moment de son entrée, quatre heures après son accident, le malade présente les symptômes suivants : la face est pâle, la prostration extrême, la respiration courte et pénible; la poitrine, à la percussion, donne un son mat à la partie inférieure du côté gauche: la respiration peut se constater dans ce point; mais elle s’accompagne d’une sorte de gargouillement; les battements

du cœur sont accélérés et tumultueux ; du sang s’échappe par la plaie pendant les efforts de respiration. Je distingue à l’application de l’oreille sur la région du cœur un bruit que j’avais déjà entendu dans une autre circonstance, et que j’avais alors comparé au susurrus des anévrysmes variqueux ; le pouls est précipité, la peau chaude; le malade ne peut rester couché sur le côté gauche.

Plusieurs saignées sont pratiquées à peu d’intervalle l’une de l’autre. Vers le soir le malade reprend un peu de calme; mais la respiration n’est pas moins gênée.

Le 25, le malade n’a pu goûter du repos, il lui est impossible d’exécuter un mouvement d’inspiration un peu étendu; il ne s’écoule plus de sang par la plaie ; la matité du côté gauche a augmenté; le bruit respiratoire est très faible; les battements du cœur sont précipités ; le pouls est petit et irrégulier.

Le 26, le malade paraît plus calme, il a pu reposer deux heures pendant la nuit; il n’y arien de changé dans les symptômes, cependant le pouls est plus régulier et le bruit indiqué plus haut a disparu.

Le 27, la suffocation a beaucoup augmenté; le malade se plaint d’une douleur vive de la région précordiale qui s’irradie jusqu’à l’angle inférieur de l’omoplate; les battements du cœur sont sourds et tumultueux; on entend un bruit différent de celui dont nous avons parlé plus haut, et qui simule le bruit faible d’une râpe ; le pouls est précipité, irrégulier, et l’agitation du malade est extrême ; il ne peut avaler une gorgée de liquide sans être menacé de suffocation.

Le 28, la douleur a diminué; la matité dans la région précordiale a augmenté; les battements du cœur sont devenus sourds et imperceptibles, et le malade succombe dans la journée.

L’autopsie nous présente les lésions suivantes : 1° une ouverture parallèle à 1 espace intercostal, fermée par un caillot noirâtre ; 2° une grande quantité de sang liquide épanché dans la cavité abdominale, dans le bassin, les fosses iliaques et les hypochondres; 3° une plaie du diaphragme, un peu à gauche du centre phrénique , de la même étendue que la plaie extérieure; à° une plaie peu éloignée du bord gauche du petit lobe du foie, fermée par un caillot; 5° le côté gauche de la poitrine rempli de j. 6

sang liquide et noir; 6° le poumon refoulé en arrière et n’offrant pas de trace de blessure; 7° le péricarde rempli d’une liqueur rougeâtre, formé par un mélange de sang et de sérosité exhalée parla membrane séreuse dont les feuillets sont unis à leur partie supérieure par des filaments membraneux, rougeâtres, et qui se déchirent par une traction légère; 8° à la partie inférieure du péricarde se trouvent plusieurs caillots et deux plaies situées l’une en avant et au niveau de la pointe du cœur, l’autre en arrière dans la portion qui adhère au diaphragme; 9° la totalité du cœur est enveloppée par des fausses membranes molles, lisses par leur partie adhérente et tomenteuses par leur face libre, ayant quelque analogie avec la membrane caduque, et formant au cœur une espèce de coques qui, en certains points, a jusqu’à une ligne d’épaisseur; 10° à la pointe du cœur existe une plaie à deux ouvertures, lesquelles occupent les faces antérieure et postérieure de cet organe; 11° ces deux ouvertures sont remplies par de la lymphe qui réunit leurs bords; 12° le ventricule droit est percé de part en part, et plusieurs colonnes charnues sont rompues; 13° le cœur est extrêmement mou, et renferme des caillots fibrineux blanc-jaunâtres (1).

L’auscultation fait encore reconnaître un bruit de râpe , de lime, qui n’est autre chose que le bruit qui dénote la péricardite au début. L’observation de M. Bégin, n° 100; celle de M. Ferrus, n° 50; deux, enfin, de M. Jobert, nos 91 et 92, indiquent ce signe de la manière la plus nette.

Enfin, dans une observation qui nous a été communiquée par M. Dolbeau et qui a été prise dans le service de M. Desprès, on signale l’existence d’un pneumo-péricarde. Voici cette observation qui, à la vérité, peut laisser des doutes sur la lésion du cœur, mais qui n’en a pas moins un grand intérêt si on la rapproche de l’observation de Dupuytren,n° 96, que nous rapportons plus loin, et où il est dit : M. Filhos, interne du rang, signale à l’auscultation, mais seulement au niveau du point blessé, le phénomène suivant: « On dirait que lorsque la dilatation de la poitrine est complète, l’air franchit un obstacle et se précipite rapidement dans une cavité »; et de celle de M. Richet, n° 116, où l’on cons-

ul) Archiv. gêner, de me'dec 3* série, 1 839, t. IV, p. 6.

taie une sonorité exagérée à la région p récordiale et à laulopsie une grande quantité de gaz dans ce sac fibro-sérenx.

Roux, lithographe, âgé de quarante-deux ans, admis comme aliéné à l'hospice de Bicêtre, affecté de monomanie, s’est porté dix coups à la région du cœur avec un couteau de 7 centimètres de long sur 1 1/2 de large, dans la nuit du 8 au 9 mai 1852. Le malade a conservé toute sa connaissance ; il s’est, dit-il, frappé obliquement de gauche à droite. Ces plaies ont donné lieu à une hémorrhagie très abondante qui a traversé tout le lit; le sang était rouge, sortait par jets saccadés pendant linspiration et cessait pendant l’expiration.

Le 9 mai au matin, il est calme, le pouls est bon et l'hémorrhagie a été arrêtée par la simple compression. Dix plaies existent à la région précordiale : deux au-dessus et en dehors du mamelon, quatre au-devant du sternum, quatre au-dessous et en dehors du mamelon. Les deux premières donnent encore du sang qui sort seulement dans l’inspiration, la compression vers le trajet de la mammaire arrête 1 hémorrhagie.

La respiration est facile, les bruits du cœur normaux, peutêtre un peu sourds; légère matité précordiale. (Potion de digitale, compression des plaies.)

Le 10, le malade est mieux et souffre de ses plaies.

Le 12, un peu d’oppression; la matité précordiale n’a pas augmenté.

Le 13, dans la soirée, des douleurs vives, de l’oppression; pouls à 1 1 0 ; saignée qui soulage le malade.

Le lâ au matin, rien à l’auscultation ; on prescrit une seconde saignée, celle de la veille étant très couenneuse.

Le 15, empâtement de la région du cœur, voussure, douleurs de cette partie, pouls très petit. (Vésicatoire.)

Le 16, un peu d’amélioration.

Les jours suivants, le malade n'a tien présenté de nouveau; toujours de la dyspnée, un peu de douleur, etc.

Le 23, la douleur, qui était peu vive, est devenue tout à coup beaucoup plus aiguë. La dyspnée augmente, le malade a des syncopes, le pouls est très petit, fréquent, la respiration se fait bien dans les deux poumons, excepté en bas, en arrière et à gauche (matité). A la région du cœur, i! y a un peu de sonorité

anormale, les bruits du cœur sont un peu éloignés, mais dans les grandes inspirations on entend du souffle amphorique et du tintement métallique. Ces phénomènes sont nets et entendus par plusieurs élèves.

Les jours qui suivent, l’état du malade va s’aggravant, et il succombe le 29 dans la nuit.

Autopsie. — La partie antérieure du thorax, largement enlevée, permet de constater la suppuration de la plaie, qui s’étend jusqu’au cartilage de la sixième côte. L’artère et la veine mammaire interne sont coupées en travers; les deux bouts, ù distance, sont oblitérés par des caillots très ramollis. Toutes les autres plaies sont cicatrisées; l’une d’elle avait traversé la dernière pièce du sternum. C’est la même plaie qui a coupé la mammaire, qui a intéressé le péricarde. Une lame mince de poumon recouvre l’enveloppe du cœur; elle est le siège d’une inflammation évidente. La cavité du péricarde est distendue par places; on voit à l’extérieur des plaques ecclivmotiques ; en un point, le poumon adhère. On enlève la paroi antérieure du péricarde avec le poumon ; dans 1 intérieur, on trouve un litre et demi de pus fétide, mélangé de gaz, d’un brun roussâtre. Le cœur, la face interne du péricarde sont couverts de fausses membranes en alvéoles, assez molles. A la face postérieure du cœur, on trouve plusieurs caillots enveloppés de fausses membranes. A la pointe du cœur, on trouve deux petites ecchymoses. Peut-être la plaie était elle non pénétrante. Sur le péricarde enlevé, on trouve une petite fistule dont les bords sont noirs et qui mène dans le tissu pulmonaire qui recouvrait le sac fibreux. Très léger épanchement dans la plèvre gauche.

L 'examen du poids nous a présenté les phénomènes suivants: chez un assez bon nombre de sujets, on signale l'absence totale ou la faiblesse excessive du pouls. Chez quelques-uns, le pouls se relève peu à peu. Chez sept blessés, le pouls est fréquent, accéléré ; chez un seul, il est d’une lenteur extrême; enfin, chez quatre malades, on signale de la fièvre.

Quelques-uns ont le pouls régulier : dans six cas, on constate de l’irrégularité, de l’intermittence ; dans six autres, le pouls est dur, serré. Comme on le voit, l’extrême variété des rhy thines du pouls ne nous permet pas de tirer des conclusions de ce sym-

ptôme; cependant, l’absence ou la faiblesse du pouls, son irrégu- , larité, sont les caractères qui se présentent le plus souvent et j qui paraissent appartenir principalement aux plaies du cœur.

Douleurs. — Dans quatorze cas, la douleur se trouve signalée ; presque jamais elle n’est indiquée au début; elle survient en général vers le deuxième ou le troisième jour, et les malades l’indiquent principalement à la région précordiale ; dans ces cas, il est extrêmement probable qu elle doit être rapportée au début de la péricardite. Plusieurs malades ont accusé des douleurs dans un des deux côtés de la poitrine : ces douleurs étaient probablement causées par l’inflammation de la plèvre consécutive à l’épanchement.

Troubles respiratoires. — Il est un certain nombre de malades chez lesquels les observateurs n’ont signalé aucun trouble de la respiration, soit au début seulement, soit pendant tout le cours de la maladie (obs. nos 30, 36, 95, 115). Chezles deux derniers, la dyspnée manquait au début : chez l’un, elle se manifesta dix heures après l’accident ; chez l’autre, elle augmenta à partir du quatrième jour. Dans vingt-six autres cas, on signale une dyspnée souvent très intense.

Nous avons recherché quelle pouvait être la cause de la difficulté de la respiration, et nousavons vu que huit fois elle pouvait être attribuée à un épanchement de sang dans la cavité pleurale (obs. nos 30, 33, 58, 83, 90, 91, 92, 97). Par contre, nous trouvons plusieurs observations d’épanchements considérables sans que la dyspnée ait été accusée (obs. nos 7 et 8). Quatre fois il existait des adhérences du poumon (obs. nos 19, 50, 51, 65) ; deux fois, une plaie de cet organe sans épanchement indiqué (obs. nos 56, 85); une fois, une plaie du diaphragme (obs. n° 28); une fois, des lésions extrêmement étendues (obs. n° 41). Dans deux cas, les altérations anatomiques ne pouvaient faire soupçonner les causes de la dyspnée (obs nos 18, 105); dans un cas, la maladie s’est terminée par la guérison (obs. n° 93). Enfin dans les quatre derniers cas les indications sont très vagues, et dans l’un d’eux il y avait dyspnée bien que la lésion fut extrêmement légère.

La toux est signalée dans onze cas ; dans cinq cas, il y eut hémoptysie ; dans les autres, elle est indiquée comme sèche,

pénible. Dans les cas d’hémoptysie. il y avait eu lésion du poumon.

Troubles digestifs. — Us ontété rarement indiqués ; dans trois cas, on a observédes vomissements; dans deux, la déjection involontaire des matières alvines ; dans un cas, émission involontaire de l’urine. Cinq fois, les auteurs ont signalé une soif ardente; dans un de ces cas, il y avait eu un épanchement considérable dans les plèvres.

Fonctions intellectuelles. — Elles conservent jusqu’à la bu toute leur intégrité ; ce caractère des plaies du cœur avait déjà été parfaitement vu parGalien.il va perte de connaissance à chaque syncope, mais pas autre chose du côté de l’intelligence. Dans un cas. on a signalé du délire.

Il est un fait extrêmement remarquable, c’est que I on observe quelquefois des troubles du côté de la myotilité et même de la sensibilité. Ainsi, chez un malade, Dupuytren a observé une paralysie du côté gauche; nous donnons cette observation qui offre un très grand intérêt.

LenomméGeray (Pierre Marin), âgé de trente-quatre ans, fut transporté à l’Hôtel Dieu le 5 novembre 1831. Frappé dans une querelle de deux coups de couteau, l’un au ventre, l’autre à la poitrine, il put marcher encore et se défendre quelque temps. Geray finit néanmoins par se trouver mal. et fut pris de vomissements dans lesquels on n’aperçut point de traces de sang. La plaie de la poitrine en offrait une grande quantité. A son arrivée à l’Hotel-Dieu, on constate l’existence de ces deux blessures, l'une dans la région précordiale, l'autre dans la région épigastrique. La figure est pâle, affaissée et un peu troublée ; tout le corps est décoloré; le pouls est régulier, mais d’une faiblesse extrême. Les battements du cœur sont aussi réguliers, mais presque imperceptibles. H existe un tremblementgénéral et spasmodique. Les plaies ont à peu près six ou sept lignes de longueur; elles sont situées, l’une à la base de la poitrine, entre la quatrième et la cinquième côte gauche, l’autre à trois ou quatre travers de doigt de l'ombilic du même côté. La première est perpendiculaire à la direction des côtes, et elle empiète un peu sur le bord inférieur du cartilage de la quatrième; La seconde est presque transversale.

La blessure de la poitrine fournit encore un peu de sang; tout

le côté gauche de la poitrine est sonore; la respiration est égale et régulière; il n’y a ni toux ni crachats sanguinolents.

Les blessures ne sont le siège que de douleurs très légères. Le malade est, du reste, fort tranquille. (Emplâtre dediuchylum gommé sur les plaies; eau sucrée pour boisson.)

Le 6, le ventre et la poitrine présentent le même état ; le pouls est plus élevé ; la peau est chaude. (Saignée de huit onces, tilleulorange pour boisson.)

Le 7 , les plaies sont dans le même état, la peau est chaude ; il y a un peu d’accélération dans le pouls. (Saignée de huit onces, même boisson.)

La saignée avait été pratiquée à neuf heures et demie ; à onze heures, congestion forte vers l’encéphale, avec perte de con naissance ; grande agitation, mouvements convulsifs de tous les muscles du côté gauche du corps. L’attaque dure une demiheure; elle laisse après elle une paralysiede tout le côté gauche : il y a perte de sentiment et de mouvement. Ces deux facultés ne sont cependant pas entièrement perdues dans l’extrémité inférieure gauche. La bouche est tournée du côté droit. Les deux paupières de l’œil gauche ne peuvent se rapprocher exactement. La langue, portée hors la bouche, se dévie du côté gauche. Il y a tendance à l’assoupissement. Le malade répond avec exactitude à tout ce qu’on lui demande; il se plaint d’un léger mal de tête. (Sinapismes, potions calmantes.)

Le 8, même état. (Ventouses scarifiées derrière les oreilles, petit-lait émétisé, bouillon aux herbes.)

Le 9, il ne se plaintde la tête que lorsqu onaltire sonattention vers ce point. L’on observe que I œil gauche est beaucoup plus paresseux, qu’il lui faut beaucoup plus de temps pour apprécier les objets que le droit. Il n’v a pas encore eu de selles; les plaies vont très bien; le côté gauche de la poitrine est toujours sonore; Fauscultation, faite par M. Filhos interne du rang, lui a présenté le phénomène suivant, mais seulement près du lieu de la blessure : ondirait que lorsque la dilatation de la poitrine estcomplète, l’air franchit un obstacle et se précipite rapidement dans une cavité. Les battements du cœur sontréguliers. Même étatgénéral. (Lavement purgatif; ventouses derrière les oreilles.)

Le 10, l’état général du malade devient plus fâcheux, il n’y a

iiiicune amélioration dans l’état du cerveau. La sensibilité et le mouvement sembleraient vouloir renaître dans l’extrémité inférieure gauche. Le pouls est régulier, mais fréquent; la respiration se fait comme les jours précédents ; il n’y a pas encore eu deselles,pas de vomissements. (Bouillon aux herbes, avec addition de sulfate de soude; lavement purgatif; sinapismes aux pieds.)

Le soir, exaspération de tous les symptômes, avec congestion vers l’encéphale et grande agitation; battements du cœur très forts et réguliers; pouls accéléré, mais peu développé. (Quinze sangsues derrière les oreilles; sinapismes aux jambes.)

Le 11, roideur des muscles du cou et du dos; flaccidité des parties paralysées; même état des voies circulatoires que la veille. La situation du malade empire. (Lavement purgatif; bouillon aux herbes avec sulfate de soude et un grain de tartre stibié.)

Le 12, selles abondantes; vessie paresseuse ; de temps en temps il survient des contractions convulsives dans les lèvres. La mémoire est juste; le malade se rappelle très bien le jour et l’heure où il a reçu sa blessure, ainsi que le jour de son entrée à l’hôpital. Il répond avec exactitude à tout ce qu’on lui demande, seulement il met un peu de lenteur dans ses réponses, et parfois même il oublie de finir ce qu’il avait commencé de dire. Lorsqu’on lui demande son bras gauche, il répond : Attendez, je vais vous le donner ; quelques secondes après il ajoute : Le voilà. Il a la sensation qu’il donne son bras; il semble même prendre tout le temps qui lui est nécessaire pour le soulever et le présenter à la personne qui le lui demande, et cependant il ne le remue pas de son lit. La poitrine commence à s’engorger. La face s’altère et devient violacée. Le pouls perd sa régularité. Depuis deux jours le malade se plaint de douleurs dans le dos et à la partie postérieure du cou, où existe une roideur comme tétanique. (Orge gommée; séton à la nuque.)

Le soir les poumons s’engorgent de plus en plus, la face s’altère davantage, le pouls devient misérable, et la mort arrive le 13 à huit heures du matin.

Thorax. — Blessure de 6 à 7 lignes de long, entre la quatrième et la cinquième côte gauche. Elle touche un peu le bord inférieur du cartilage de la quatrième côte. Elle est pénétrante; le

tissu cellulaire sous-séreux avoisinant ia plaie, ainsi que le côté gauche du médiastin, sont largement ecchymoses. La cavité gauche de la poitrine contient U onces de sang à peu près. L’artère intercostale longeant le bord inférieur de la quatrième côte est ouverte. Plaie au péricarde de trois lignes et demie d’étendue. Le cœur est blessé à la partie moyenne et un peu à droite du ventricule gauche. La blessure pénètre dans sa cavité; elle est transversale et ressemble assez bien à un D renversé y. Elle a trois lignes et demie en travers et une ligne de moins de haut ne bas. Les fibres extérieures sont les plus écartées; l’écartement des suivantes diminue graduellement, de telle sorte que les plus internes se touchent et ferment ainsi la plaie.

La cavité du péricarde contient à peine une once de sang (1).

Dans d’autres cas, on observe des troubles de la inyotilité beaucoup moins prononcés; dans l’observation de M. Bégin citée plus haut, n° 100, un engourdissement du bras est signalé le quatrième jour; le malade de l’observation n° 51 se plaignait d’engourdissement dans les jambes.

A quoi faut-il attribuer ces phénomènes, sinon aux troubles circulatoires qui n’ont pas permis au sang d’arriver en quantité normale, soit au cerveau, soit à la moelle épinière, soit dans les muscles; mais nous ne voulons pas ici chercher l’explication de ce phénomène, nous nous contentons de le signaler.

Page 1