MARCHE
Il n’y a peut-être pas d’affection dont la marche puisse présenter des variétés aussi grandes que les plaies du cœur.
Dans un certain nombre de cas, le blessé, au moment même de l’accident, chancelle, tombe; le visage est pâle, les membres sont dans la résolution la plus complète; il y a suspension immédiate de la circulation et de la respiration : le blessé a été commefoudroyé. Une quantité variable de sang s’écoule, soit en nappe, soit par jet, à travers la plaie du thorax.
Mais, dans un grand nombre de cas, la mort n’est pas aussi rapide: généralement le blessé ne peut pas se soutenir, il tombe,
(i) Dupuytren, loc. cit , 1. VI, p. 346.
comme clans !e cas précédent, conservant toute sa connaissance ou n ayant qu’une syncope passagère; (|uelquefois il peut aller lui-même demander du secours, à une distance plus ou moins grande. On voit parfois alors, après ce suprême effort, le blessé succomber, comme dans le cas précédent, par le même mécanisme, mais avec moins d’instantanéité. Dans d’autres circonstances la vie se prolonge, et le malade se présente avec les caractères suivants: il existe à la poitrine, généralement au niveau de la région j récordiale, une plaie qui souvent ne fournit plus de sang; le blessé est dans le décubitus dorsal, il semble redouter les moindres mouvements, car les efforts de toute nature augmentent ses douleurs et l’écoulement sanguin. La prostration est complète; le visage quelquefois violacé, au niveau des lèvres surtout, plus souvent d’une pâleur excessive, et d’autant plus grande que l’hémorrhagie a été plus considérable. L’abattement est parfois extrême, au point que les malades, comme { longés dans le coma, paraissent inaccessibles à ce qui se passe autour d’eux, dans un état presque syncopal. La voix est faible, les réponses lentes. Si l’on consulte le pouls, on voit que ses caractères sont en rapport avec la gravité des symptômes précédents : il est petit, tantôt régulier, tantôt intermittent, quelquefois tout à fait insensible. La main, appliquée sur la région précordiale, ne perçoit plus les battements du cœur, ou du moins elle ne les sent que très difficilement. A l’auscultation, faiblesse des bruits du même organe. Ajoutons à ce tableau l’anxiété de la respiration ; les inspirations profondes; dans quelques cas, les bâillements et les pandiculations; l’abaissement de la température, surtout aux extrémités; les vertiges, les tintements d’orei!les; quelquefois des vomissements, l incontinence d’urines et de matières fécales. Tous ces phénomènes sont une conséquence de l’hémorrhagie; ils ne diffèrent en rien de ce que l’on observe dans toute perle de sang un peu abondante.
Lorsqu’un caillot, fermant la plaie du cœur, vient mettre obstacle à une nouvelle hémorrhagie, les forces du malade se relèventrapidement. Après deuxou trois joursde prostration, l’abattement se dissipe; le visage se colore un peu ; la température s’élève; les battements du cœur redeviennent sensibles à la
main: le pouls reprend de la vigueur, de la régularité et même une certaine ampleur. Il y a, en un mot, une réaction véritable.
I (Test alors que le malade, trop confiant en ses forces, s’asseoit i sur son lit, se lève, et peut, dans un de ces efforts intempestifs, j mourir brusquement comme par syncope. A l’occasion de la physiologie pathologique, nous avons donné notre opinion sur le mécanisme de ce mode de terminaison.
Lorsque, par suite d'un traitement approprié et des précautions les j ) 1 u s rigoureuses, le malade a échappé à cette cause de mort, nous voyons paraître un autre groupe de phénomènes: ce sont les symptômes de la péricardite. A la rigueur, ils pourraient être rangés au nombre des complications; mais l inflammation du péricarde est un fait tellement fréquent à la suite des plaies du cœur, que son histoire n’en saurait être séparée
C’est vers le troisième ou le quatrième jour que la péricardite est constatée dans la plupart des cas observés; à cette époque, généralement la réaction dont nous avons parlé plus haut commence à se faire, et les malades peuvent, rendre compte de leurs impressions. Ils accusent une douleur très vive dans le côté gauclie; cette douleur s’accroît par les mouvements, la respiration, et particulièrement par la toux, qui, si elle existait déjà, augmente de fréquence, et qui paraît en ce moment lorsqu’elle avait été nulle au début. Il y a de la dyspnée, une anxiété vive, mais bien différente de celle qui accompagnait l’état anémique. La région précordiale est quelquefois le siège d’une voussure; on observe l'exagération des battements du cœur ou leur affaiblissement, suivant la quantité de liquide épanché; les malades accusent des palpitations; le pouls devient fébrile, soit large, soit petit, mais serré et résistant. Au milieu de ces phénomènes le blessé succombe; et sa mort peut-être rapportée, soit aux progrès de la péricardite même, soit à la destruction du caillot, destruction dont la phlegmasie est souvent le principal agent.
Cette complication si importante pourrait peut-être, dans quelques cas, être considérée comme favorable, lorsqu’elle reste dans de pistes limites ; on comprend que l’épanchement plastique du péricarde puisse être un des agents de réparation, en produisant l’adhérence de la portion du péricarde qui répond à la plaie du cœur.
Quant aux malades qui ont pu vivre pendant plusieurs semaines et même plusieurs mois, ils traînent une pénible existence, éprouvent des palpitations habituelles, de la dyspnée, conservent de l’accélération du pouls, et périssent généralement dans l’émaciation.
S’ils échappent ou résistent à toute la série d’accidents que nous venons de signaler, peu à peu les forces reviennent, la santé se rétablit; au bout d’un temps souvent fort long, les palpitations deviennent de moins en moins fréquentes et finissent par cesser.
Nous ne croyons pas devoir nous arrêter sur les complications. Qu’il nous suffise de signaler ici les épanchements pleurétiques, la plilegmasie des poumons et des plèvres, les blessures de J intestin et du diaphragme, etc.