‹ Des plaies du cœurChapitre 8 sur 13 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Le diagnostic des plaies du coeur est extrêmement difficile, car il n’existe pas réellement de signe pathognomonique de ces sortes de lésions.

Le siège de la plaie ne fournit que des données incertaines, car la blessure peut n’avoir pas pénétré dans le tissu du cœur; sa direction , d’ailleurs, peut être telle, que rinstrument ait glissé en avant du cœur sans le léser; la profondeur reste fort souvent inconnue, car on doit à jamais proscrire l’exploration de la plaie avec un stylet ou tout autre instrument. Cette manœuvre, complètement inutile, aurait l’inconvénient grave de déplacer un caillot déjà formé, de rendre pénétrante une blessure qui ne l’était pas, de détruire des adhérences déjà formées, etc. Ce n’est qu’en comparant à la fois le siège, la direction et la profondeur de la plaie, qu’il est possible de formuler le diagnostic. Il suffit qu’un de ces trois éléments vienne à manquer pour que l’on porte un diagnostic inexact : ainsi telle plaie extérieure siégeant fort loin de la région du cœur intéressera ce viscère, tandis qu’une blessure portée à la région précordiale ne produira aucune plaie de l’organe central de la circulation. La longueur de l’instrument peut fort bien apprendre quelle est la profondeur de la plaie; mais les renseignements seront presque toujours incomplets, à moins que

l'instrument ne soit très court, ainsi que nous en rapportons plus loin un exemple.

L’hémorrhagie ne saurait non plus donner des signes certains de lésion du cœur; souvent, en effet, l’écoulement du sang est très faible, et même à peu près nul, tandis qu’une hémorrhagie extrêmement abondante peut être fournie non-seulement par les gros vaisseaux de la base du cœur, mais encore par les artères intercostales (obs. 96), ou les vaisseaux mammaires, ainsi que nous en avons rapporté des exemples.

Les signes de l’hémorrhagie interne ne nous fournissent pas de donnée plus positive; ce que nous avons dit de l'hémorrhagie externe est parfaitement applicable à celle qui se produit dans la cavité pleurale.

Les troubles nerveux du côté du cœur, les symptômes généraux, n’ont pas non plus toute la valeur qu’on a voulu leur attribuer ; il suffit de rapporter l’observation suivante que nous avons extraite de la thèse de M. A. Sanson(l), et de la comparer avec certaines plaies du cœur, entre autres avec l’observation n° 9A citée plus haut, pour montrer que telle plaie pénétrante ne donne lieu à aucun signe immédiat, tandis que les symptômes les plus alarmants en apparence ne sont que l’effet d’un état nerveux.

Duperret, graveur, âgé de vingt-deux ans, robuste et bien constitué, dans le désespoir d’une passion contrariée, se frappe le côté gauche avec un des instruments de son état. Appelé surle-champ, M. le docteur Puzin trouva, sous le mamelon gauche, sur le bord supérieur delà sixième côte sternale, une plaie ronde de deux lignes au moins de diamètre. Le blessé était étendu sur le dos, sans connaissance, couvert d’une sueur froide; sa respiration était courte et laborieuse; son pouls petit, concentré, irrégulier; les hypochondres tendus. M. Puzin crut un moment qu’il y avait une blessure au cœur; la vue de l’instrument vulnérant le fit revenir de cette idée. Cet instrument consistait en une lame d’acier de cinq lignes de longueur au plus, montée sur un large et gros manche. Cet examen suffit pour convaincre M. Puzin que la blessure n’était pas pénétrante. Il pratiqua une saignée; le malade était, le lendemain, guéri et consolé.

(«) Sanson, Thèse cite'e, t. XXIX, p. 40.

Il était, en effet, matériellement impossible qu’nn instrument de ce genre eût pénétré jusqu’au cœur.

En résumé, nous pensons qu’une blessure du cœur peut être soupçonnée pendant la vie, mais ne peut être sûrement diagnostiquée. Aussi le chirurgien ne saurait-il être trop réservé dans le diagnostic et le pronostic des lésions de la région précordiale.

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