‹ Des plaies et de la ligature des veinesChapitre 10 sur 26 · V. — Rupture des veines · texte numérisé non relu

V. — Rupture des veines

Les ruptures des veines sont des lésions qui se produisent de dedans en dehors, par suite de l'effort du sang poussé par une des causes que nous indiquerons tout à l'heure. Dans les ruptures, enfin, la violence extérieure n'agit pas directement sur les parois veineuses; dans ces derniers cas on a affaire à des plaies contuses, c'est-à-dire que non-seulement les parois sont déchirées, mais elles ont subi une contusion plus ou moins forte.

Après cette distinction établie entre les plaies contuses et les ruptures, nous aurions pu ne pas parler de ces dernières, d'autant plus qu'un certain nombre d'entre elles rentrent dans la pathologie interne. Néanmoins nous les ferons rentrer dans notre cadre, parce que leur étude complétera l'histoire des hémorrhagies veineuses, et aussi parce qu'elles ont quelquefois donné lieu à des erreurs de diagnostic.

Les ruptures des veines ont été étudiées surtout par Else (1), Emmert (2), Flôgel, 0. Weber, Legouest (3), et Bouchard (4).

On les observe sur les veines saines et sur les veines malades ; les causes qui amènent la dilatation des veines y prédisposent, comme la grossesse, par exemple.

Les ruptures des veines dont les parois sont saines s'observent assez rarement, cependant depuis les travaux de Else un certain

(1) Else, Sur les tumeurs formées par la rupture des veines et qui ont pu être prises pour des tumeurs formées par les artères, Leipzig, 1784.

(2) Emmert, Sur les tum. sang, des extrémités formées par la rupture des veines. In Beitraegen. 1842, Bern, p. 13.

(3) Legouest, De la rupture spontanée des veines (Arch. gén. de mèd., 1867; t. IX. p. 513).

(4) Bouchard, Pathogénie des hémorrhagies, 1869, p. 32.

nombre de faits ont été publiés. Elles reconnaissent pour causes des efforts énergiques, des contractions violentes des muscles, des crampes. Hodgson (1) a vu deux fois une veine du mollet se rompre pendant des crampes violentes des muscles jumeaux, une accumulation de sang au-dessous de la peau en fut la suite. Une violence extérieure tout en n'agissant pas directement sur la veine, peut aussi en amener la rupture, c'est ce qui est arrivé à un malade de Else, lequel eut des ruptures veineuses après s'être foulé la jambe en descendant d'une diligence.

Quand des agents extérieurs interviennent et compriment violemment une région, ils obligent le sang à remonter contre son courant normal, et des ruptures peuvent se produire. C'est ainsi qu'on peut expliquer ces cas de déchirure des sinusde la dure-mère chez le nouveau-né, àla suite de contractions utérines violentes qui expriment du corps et chassent vers la tête une masse considérable du sang de l'enfant. C'est par un semblable procédé que s'opèrent ces éclatements veineux du cou et de la face qu'on a rencontrés à l'autopsie d'individus dont la poitrine avait été brusquement écrasée.

Portai (2) a examiné le cadavre d'une jeune femme qui mourut subitement dans un bain froid. La veine cave supérieure s'était déchirée immédiatement au-dessus de l'oreillette droite, et une grande quantité de sang s'était épanchée dans la poitrine. Senac a rapporté des observations de veines rompues pendant la période du frisson des fièvres intermitentes. Enfin, on trouve dans le n° 6 du Répertoire médical de Londres, une observation de rupture de la veine iliaque pendant la parturition (3) . Bichat(ft) rapporte que cette lésion s'est montrée sur les veines externes du crâne pendant de violentes céphalalgies. Chez le cheval, la compression des veines jugulaires pendant la mastication suffit pour amener des ruptures.

Quand les parois des veines sont malades, les ruptures se produisent plus facilement, c'est ce qui se rencontre surtout sur les varices dont les parois sont amincies et parfois graisseuses

(1)' Hodgson, Maladie des artères et des veines, t. II, p, 464,

(2) Portai, Anat. méd., t. III, p. 355.

(3) Legouest, loc. cit., p. 519.

(4) Anat. gén., t. II, p. 415.

(0. Weber). Les causes qui agissent pour déterminer la rupture sont les mêmes que celles indiquées à propos des veines saines, seulement elles ont besoin d'être moins énergiques. Dans les varices la rupture se fait généralement pendant un effort, mais quelquefois elle paraît se faire d'une façon toute spontanée, le malade étant assis. Briquet a constaté, en effet, que les parois des ampoules variqueuses peuvent présenter en un point un amincissement très-considérable et que la peau à ce niveau est amincie également de dedans en dehors; de sorte que la mince pellicule de l'ampoule se trouve en contact avec Tépiderme. On conçoit que la rupture puisse alors se faire sous l'influence de la cause la plus légère. L'hémorrhagie dans ces cas offre des caractères particuliers; elle est peu grave, jamais mortelle, dit M. Briquet, et il semble qu'elle cesse quand les veines de la région se sont vidées du sang qu'elles contenaient. La perforation est trèspetite, souvent difficile à retrouver; elle se cicatrise très-rapidement, du moins au niveau de la perforation cutanée, car on n'a pu étudier les phénomènes qui se passent du côté de la veine.

Nous devons signaler une variété particulière d'hémorrhagie veineuse observée par Legouest et auquel Moulinié (de Bordeaux) (1) donne le nom d' œdème sanguin. Ce nom rappelle assez exactement la disposition de l'épanchement dans les observations qui ont été publiées ; mais, comme cette lésion s'accompagne parfois de symptômes généraux et peut devenir mortelle, nous croyons qu'elle s'éloigne des ruptures telles que nous les étudions, et qu'elle rentre dans le cadre des maladies internes.

Les ruptures ont été observées en des régions très-diverses; on les rencontre le plus souvent sur les veines du membre inférieur, sur les veines rectales, et aussi sur les veines des grandes lèvres. On lésa signalées sur la veine jugulaire (Puchet), la faciale (Haller, Haeser), la sublinguale (Grassius), surl'azygos à la suite d'une chute (Plôgel), sur la même veine présentant une dilatation variqueuse (Morgagni) (2), la veine cave inférieure (Bonet (3) et

(1) Moulinié, Considérations cliniques sur les engorgements. Bordeaux, 1840.

(2) Morgagni, Epistola, XXVI, art. 27.

(3) Sepulch. anat., t. I, 1. 2, p. 881-88 .

Pyper (1), enfin sur l'iliaque interne, la spermatique, et la veine porte dans une chute (Didier George) (2).

Quand une veine superficielle s'est rompue à l'extérieur, il en résulte une hémorrhagie plus ou moins abondante, quelquefois très-difficile à arrêter; elle peut aussi amener une syncope.

Mais quand la rupture se fait sous la peau ou dans le tissu cellulaire profond, il se produit une tumeur sanguine. S'il s'agit d'une grosse veine de l'épaisseur d'un membre, le sang s'infiltre comme dans les plaies artérielles, il écarte les couches musculaires et forme une sorte d'anévrysme diffus veineux. Dans ces cas, les dangers sont grands, car l'inflammation et la gangrène surviennent facilement.

Le plus souvent la tumeur reste stationnaire pendant un certain temps, puis elle disparaît complètement (3) ou s'enkyste ; dans quelques cas, d'après 0. Weber, elle pourrait s'accroître de nouveau après être restée stationnaire. Le même auteur admet que des kystes sanguins peuvent se former parla sépara tion d'une nodosité veineuse qui ne communique plus que par une étroite ouverture avec la veine dont elle dépend.

Les tumeurs sanguines sont quelquefois difficiles à reconnaître, et elles ont donné lieu à plus d'une erreur de diagnostic; on les a prises pour un abcès, un fongus médullaire, un anévrysme. Else rapporte un cas de rupture d'une grosse veine de la jambe qui donna lieu à une tumeur que Ton prit pour un anévrysme poplité et pour laquelle alors on fit l'amputation du membre.

Quand une veine profonde, la veine porte par exemple, vient à se rompre, ou bien Tune des deux veines caves, on observe les accidents des hémorrhagies internes, mais il est souvent difficile de savoir quel est le vaisseau qui fournit le sang ; généralement la mort arrive subitement.

(1) The Lancet, octobre 1844. — Arch. méd., 4e série, t. VIII, p. 439.

(2) Journ. des conn. méd.-prat., t. III, p. 13.

(3) Bryant, Médical Times and Gazette, 13 août 1859,

Page 1