DIAGNOSTIC
On ne peut confondre les plaies des veines qu'avec les plaies des artères : ces dernières diffèrent par la couleur du sang qui s'écoule et qui est rouge, par le mode d'écoulement qui est continu avec saccades, et surtout parce que l'hémorrhagie s'arrête si l'on comprime le vaisseau entre le cœur et la plaie.
Quelquefois le diagnostic présente des difficultés un peu plus grandes, mais il suffit d'être prévenu des variétés pour les distinguer immédiatement.
Ainsi le sang qui s'écoule par la veine peut être rouge, quand l'hémorrhagie dure depuis longtemps, ou s'il y a une accélération considérable de la circulation comme dans certaines fièvres. D'autres fois, quand le sang passe plus facilement dans les veines, ce qui s'observe aussi à la fin des hémorrhagies veineuses, l'impulsion du cœur se continue et l'écoulement est saccadé ; le même fait se rencontre quand une veine est soulevée par les battements d'une grosse artère voisine. Enfin dans certaines formes de plaies du cou l'écoulement peut présenter un mouvement saccadé, en rapport avec la respiration.
Dans quelques cas on pourrait peut-être prendre un écoulement artériel pour un écoulement veineux, c'est quand l'ouverture n'est pas bien nette, que l'artère est plongée au milieu des tissus; le sang ne s'élance pas en jet, il remplit le fond de la plaie puis s'épanche à l'extérieur. Mais on remarquera que l'accumulation ne se fait que par secousses isochrones aux contractions du cœur -, dans les plaies veineuses, au contraire, le liquide sort d'une manière continue et régulière.
Si le sang, au lieu de s'écouler au dehors, s'épanche dans les tissus, on distinguera l'épanchement veineux de l'épanchement artériel en ce que le premier se fait beaucoup plus lentement et a une grande tendance à rester stationnaire; qu'il n'olïre ni battement, ni frémissement, ni bruit de souffle. Tous ces signes se rencontrent au contraire dans l'anévrysme diffus.
Nous avons vu que l'épanchement pouvait avoir pour point de départ une plaie artérielle et une plaie veineuse (obs. de Gayet) ; dans ce cas, le diagnostic de la source de l'hémorrhagie sera difficile.
Quand la plaie de la veine est au fond d'un trajet long, sinueux, si Técoulement est très-abondant, on pourra penser à une lésion artérielle et faire la compression entre la plaie et le cœur. Dupuytren cite dans sa Clinique un cas de mort relatif à un enfant dont la veine crurale avait été ouverte. La compression fut appliquée entre la plaie et le cœur, le blessé perdit tout son sang et mourut au moment où on l'apportait à l'Hôtel-Dieu. Ollier rapporte un cas semblable dans sa thèse.
Dans l'observation suivante qui m'a été communiquée par Delore, la même pratique fut suivie d'un résultat aussi funeste.
Observation XV. — 11 s'agit d'un cas de blessure à la veine fémorale, au niveau de l'anneau, chez un jeune garçon boucher qui s'était blessé avec un couteau. Le chirurgien qui fut appelé crut à une lésion de l'artère et pratiqua provisoirement une forte compression au-dessus de la blessure. Le jeune homme âgé de quinze ans mourut quelques heures après par hémorrhagie. Delore, à l'autopsie, constata que l'artère était intacte et que la veine seule avait été divisée.
Dans ces circonstances, c'est par un examen attentif fait avec sang^froid, par des tentatives de compression en différents points, au-dessous et au-dessus de la plaie que Ton arrivera au diagnostic.