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CHAPITRE V PRONOSTIC

Le pronostic des plaies des veines présente de très-grandes variétés : dans la majorité des cas, il est très-bénin, dans d'autres, au contraire, il offre une gravité extrême.

Les plaies des veines de petit et de moyen calibre guérissent facilement et vite, c'est ce qui arrive tous les jours dans la saignée; elles se compliquent bien rarement de phlébite et d'infection purulente. Quand il s'agit de grosses veines, il n'en est plus ainsi, l'hémorrhagie peut tuer le malade au moment de l'accident, que le sang s'épanche à l'extérieur ou dans une cavité. Une plaie de petite dimension peut même devenir funeste, il suffit de rappeler l'observation de La Motte où une plaie de la veine cave grande comme une saignée tua le malade. Hippocrate dit, dans un de ses aphorismes, que les plaies sont mortelles quand elles intéressent les grosses veines. Si la plaie est accessible, l'emploi de la ligature changera beaucoup le pronostic; on possède aujourd'hui de nombreuses observations de plaies des grosses veines (jugulaire interne, crurale) traitées par ce moyen sans qu'aucune complication soit survenue.

La forme et les dimensions de la plaie ont une grande influence sur la quantité de Thémorrhagie ; la nature de la plaie en a aussi une marquée sur les complications qui peuvent survenir. Les plaies contuses, la dénudation, sont plus graves que les plaies par instruments tranchants et plus graves aussi que la ligature, elles exposent à des inflammations, des thromboses, des hémorrhagies.

Les piqûres sont très-bénignes, il faut cependant savoir que 1* on a cité des cas de phlébite après la transfusion. Delore, sur

trois cents cas environ d'injections coagulantes dans les veines n'a observé que cinq ou six fois de petits abcès locaux et quelques phlébites sans gravité.

Le pronostic est plus grave dans les plaies produites dans les amputations que dans les plaies des veines dans la continuité; nous avons déjà insisté sur ce point à propos des coagulations.

Dans les plaies d'amputation, les veines sont beaucoup plus exposées à l'inflammation par la propagation de celle qui se développe dans les tissus voisins ; les thromboses y sont plus étendues et plus nombreuses et deviennent elles-mêmes une source d7accidents.

La région où siège la veine a une influence considérable. Les blessures des veines des extrémités des membres sont moins graves que celles de leur racine, et ces dernières sont moins graves aussi que celles du cou et des cavités splanchniques.

Les veines du cou, outre l'abondance de l'hémorrhagie, exposent particulièrement à un accident redouté, l'introduction de l'air dans les veines. Les plaies qui intéressent les gros troncs des cavités splanchniques sont presque fatalement mortelles, même quand elles ont de petites dimensions, car le chirurgien ne peut rien contre elles. Un vaste épanchement dans l'épaisseur d'un membre est aussi d'un pronostic sérieux.

Les plaies des sinus sont graves, non par l'hémorrhagie, mais par la phlébite; d'ailleurs leur importance disparaît souvent de' vant la gravité des désordres cérébraux produits par l'accident.

Nous connaissons les conséquences de la béance des veines, nous savons aussi que les solutions de continuité sont plus graves sur les veines malades. Ghaussier, Velpeau, Grimaud, Amussat disent que les hémorrhagies par ruptures des varices peuvent être mortelles, fait que Briquet n'a jamais constaté.

Le pronostic est subordonné à l'état antérieur du sujet, à la plasticité du sang, à l'abondance de l'hémorrhagie. Dupuytren pensait que les hémorrhagies veineuses étaient moins graves que les hémorrhagies artérielles à cause de la nature du sang.

Quanta l'influence de cette dernière cause, il est admis sans contestation que la perte de sang veineux est aussi grave qu'une perte égale de sang artériel.

Si Ton compare sous le rapport du pronostic les plaies des veines à celles des artères, on reconnaît que les plaies des artères sont plus graves à cause de l'hémorrhagie, celle-ci n'ayant d'importance dans les plaies des veines que lorsqu'elle a pour point de départ les gros troncs. A une époque plus éloignée de l'accident, le pronostic change et les plaies des veines exposent à plus de complications que les plaies des artères 5 qu'il me suffise de rappeler l'inflammation, l'infection purulente, si fréquentes à la suite des plaies veineuses.

En résumé, le pronostic des plaies des veines jusqu'à celles de moyen calibre est bénin, il est grave pour les plaies des grosses veines. Les plaies des veines produites dans les amputations exposent à des accidents bien plus graves que celles qui siègent sur la continuité d'une veine. L'attention des chirurgiens a été portée sur ce point à propos des recherches sur l'infection purulente.

Le danger des plaies contuses réside surtout dans les hémorrhagies secondaires qui ont fréquemment amené la mort. Disons enfin que W. Gross (1) considère la dénudation des veines comme bien autrement grave que leur ligature.

(1) American Journ. ofmed, se, t. CV, p. 17.

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