III. — Ligature de l'artère principale du membre
Gensoul est le premier qui eut, en 1831, l'idée de lier l'artère principale du membre pour arrêter Thémorrhagie veineuse du tronc collatéral.
Convaincu que la ligature de la veine amenait une gêne considérable de la circulation, qui pouvait être suivie des plus graves accidents, il se proposait, par la ligature de l'artère, d'empêcher l'engorgement du membre par l'arrivée du sang artériel. Nous verrons dans l'article suivant que ces craintes n'étaient pas fondées.
Cette opération ne paraît donc jamais indiquée, puisque la ligature de la veine n'amène pas les troubles circulatoires que craignait Gensoul; cependant nous verrons que Lengenbeck prétend avoir été forcé de l'employer dans un cas.
Nous pensons, néanmoins, qu'on doit hésiter à pratiquer cette opération.
Elle est acceptée et pratiquée, disons-nous, par Langenbeck.
elle a été faite également par d'autres chirurgiens; Verneuil, en 1855, dans la discussion de la Société de chirurgie, a signalé trois cas dans lesquels on avait lié Tarière fémorale pour une plaie de la veine et les trois malades ont succombé.
Nous rapporterons l'observation qui a donné à Gensoul l'idée de faire cette opération.
Observation XV1IT. — Hémorrhayie de la veine fémorale, ligature de l'artère fémorale (Gaz. médicale, 1833).
Le malade était un homme dans la force de l'âge, dont la partie moyenne de la cuisse avait été frappée par une balle qui, en passant de dehors en dedans, fractura le fémur. Ce malade était dans l'état le plus satisfaisant, lorsque le 20 décembre, après un écart de régime, il fut pris pendant la nuit de vomissements copieux, puis d'une fièvre intense. L'agitation violente de la cuisse, parles soubresauts des frissons, donna lieu à une hémorrhagie abondante de sang noir, évidemment veineux, qui ne put être arrêtée que par la compression au pli de l'aine. Mais comme celle-ci était douloureuse pour le malade, il arracha tous les moyens compressifs et le sang coula de nouveau. Alors, sans balancer, j'incisai sur le trajet de l'artère fémorale tout à fait à sa partie supérieure, et en fis la ligature au-dessus de la musculaire profonde. Cette opération fatigua peu le malade ; elle ne dura pas au delà de deux minutes. L'hémorrhagie fut suspendue, mais les accès de fièvre avec redoublements empirèrent, malgré l'administration du quinquina, et le malade succomba sept jours après l'opération, sans qu'il y eût aucune trace de gangrène dans le membre. En cherchant après la mort quel était le vaisseau intéressé, nous reconnûmes que c'était la veine fémorale.
■V. — Suture des veines.
Cette opération a été pratiquée quelquefois chez les animaux, mais on ne trouve pas d'exemple de son emploi chez l'homme ; nous serons donc bref à ce sujet.
D'après Ollier, la suture des veines aurait réussi chez le chien. Gensoul (1) Ta essayée deux fois sur la veine jugulaire du cheval ; dans chaque cas il survint un abcès à la suite duquel la cavité de la veine s'oblitéra.
Il n'y a pas lieu de songer à cette opération dans le traitement des plaies des veines chez l'homme.
(1) Gazelle médicale, 1833, p. 299.
\. — Torsion des veines
On ne trouve sur ce point ni observations cliniques, ni faits expérimentaux. J'ai fait quelques torsions sur des veines du chien et elles n'ont d'autre intérêt que de montrer la différence des lésions subies par les veines et les artères dans les opérations que l'on pratique sur ces vaisseaux.
En tordant les veines jugulaires ou les fémorales, l'hémorrhagie n'est pas arrêtée ; elle peut subir un temps de suspension immédiatement après la torsion, mais la veine ne tarde pas à se déplisser et l'hémorrhagie revient. En examinant ces veines tordues, après section transversale, j'ai constaté que toutes les tuniques étaient intactes.