RUPTURE DE LA VESSIE
Les ruptures de la vessie , sans être très communes, sont loin d’être absolument rares, et l’on a lieu de s’étonner de voir que cette redoutable lésion ait à peine pris une place très restreinte dans nos ouvrages classiques, qui ne la décrivent pas, mais se contentent, à l’exception de M. Velpeau, d’en rapporter deux ou trois observations qui sont toujours les mêmes.
Comme cette lésion se manifeste par un ensemble plus ou moins formidable de symptômes généraux qui ne sont pas toujours interprétés avec facilité, on comprend qu’à une époque h laquelle on ne pratiquait que de rares autopsies, la rupture de la vessie ait pu passer inaperçue, et que l’on ait pu croire à l’existence d’une péritonite essentielle. Il faut même quelquefois que l’autopsie, quand la rupture a été spontanée, soit faite avec soin pour découvrir la plaie vésicale ; c’est ce qui est arrivé cette semaine même à M. G. Déguisé, chirurgien de la Maison impériale deCharenton, et qui a bien voulu me communiquer l’observation. (Voir le tableau n° 41.)
Un des premiers exemples de rupture de la vessie est rapporté par Th. Bonnet ( Sepulch . anat., liber 3, sc. 24), et d’après Ch. Spon, la vessie était déchirée dans son bas-fond : la crevasse pouvait recevoir un œuf de poule. Cette lésion était survenue chez un homme qui, sortant de table avec un vif besoin d’uriner, était tombé d’environ 15 pieds de haut. Depuis cette époque, on trouve beaucoup d’observations éparses dans les auteurs, la plupart même sans réflexions; mais point en France, du moins, de descriptions didactiques de cette terrible affection , qui est restée encore^ plus incom-
plètement décrite, si cela est possible, que la première partie que j’ai traitée, les Plaies de la vessie .
Chopart, que nous avons vu décrire d’une manière très succincte les plaies de la vessie, consacre quatre lignes aux ruptures de cet organe, qu’il fait simplement suivre de l’observation de Th. Bonnet, et d’une seconde de G. Hunter. Dans les quatre lignes qu’il# consacre aux ruptures de la vessie, Chopart admet que, lorsqu’elle est pleine d’urine, elle peut se rompre par une chute, un coup sur le ventre, ou par une inflammation gangréneuse, et il considère cette rupture comme toujours mortelle. Desault (' Traité des maladies des voies urinaires , t. III, p. 116) consacre quelques lignes aux ruptures de la vessie par rétention d’urine, et admet que, si la vessie est longtemps distendue, elle perd son ressort ; que, sans cesse irritée par la présence des urines , que leur séjour rend de plus en plus âcres, corrosives, elle s’enflamme, se perfore. 11 fait ensuite un tableau assez complet des accidents d’infiltration urineuse qui en sont la conséquence ; mais la rupture traumatique ne se trouve pas relatée. Dupuytren, dans ses Leçons orales de clinique chirurgicale , parle peu longuement des ruptures de la vessie. Je reviendrai plus tard sur son opinion.
Nous trouvons enfin sur cette question un très court article . de M. Velpeau, dans le Dictionnaire de médecine en 30 volumes, t. I, p. 183, dans lequel il rapporte douze cas de rupture de la vessie, dont les circonstances, dit-il, sont bien établies. Ce sont les faits de Cusack ( Dublin Hospital , reports , t. II, p. 312), de Fix, de Berne (Bull, de Férussac), un travail de M. Delarue (Journ. hebdomadaire, 1830), qui contient trois faits qu’il m’a été impossible de trouver, l’observation curieuse de Hourmann (Clin, des hôpit ., t. I, n° 1/j), puis un fait de M. J. Cloquet (Clin, des hôpitaux , t. II, n°22), et quatre autres, dont trois ont été communiqués à M. Velpeau
| par M. Michon et un par Mondière. Quelques-uns de ces faits nous serviront dans ce travail,
M. Laugier (Dict. de méd. en 30 vol., t. XXX, p. 7/il) i consacre aussi un article, restreint aux ruptures de la vessie, j M. Vidai (de Cassis), dans son Traité de pathologie externe ,
| 4e édition, comme les auteurs déjà cités et ainsi que Boyer, emploie tout au plus une page à la description des causes des symptômes de la rupture de la vessie , et il termine en rapportant en entier, avec les réflexions qui l’accompagnent, l’observation de Hourmann.
Avec des éléments aussi insuffisants, des descriptions aussi | incomplètes, il m’était diffficile de pouvoir tracer une histoire des ruptures de la vessie ; j’ai donc dû rechercher les observations éparses dans les journaux de médecine français et étrangers; je suis loin de les avoir toutes relevées, mais j’ai fait ce i que le peu de temps dont je pouvais disposer m’a permis de réaliser, et, compris l’observation de Th. Bonnet, j’en ai rassemblé quarante-quatre. Qtioiquece chiflresoit assez restreint, il sera néanmoins suffisant pour me permettre, avec ces matériaux, d’essayer de combler une lacune en traçant une histoire didactique des ruptures de la vessie , qui peuvent avoir lieu par cause traumatique ou survenir spontanément . Mais chose très remarquable : si l’on s’en tenait aux observations éparses que j’ai pu réunir en quelque sorte au hasard , cette lésion paraîtrait beaucoup plus commune en Angleterre qu’en France et surtout en Allemagne. Peut être cela tient-il àce qu’en Angleterre on paraît avoir porté beaucoup plus d’intérêt à ces faits, et qu’ils ont dûêtre recueillis avec plusde soin.
Ne voulant point publier, même en extrait, les observations qui servent de base à ce travail, j’ai pensé néanmoins que je devais les faire connaître avec leurs caractères princii paux; aussi je les résumerai toutes ici sous forme de tableau, avec les indications des journaux d’où je les ai tirées.