LÉSIONS CONSÉCUTIVES
Si le malade n'a pas succombé immédiatement aux suites du traumatisme, il peut se produire des désordres secondaires que nous allons exposer.
4° Altérations du côté du larynx. — La muqueuse contusionnée, déchirée parfois, décollée dans une étendue considérable par l’action tangentielle de la balle est gonflée œdématiée; elle est le siège d'altérations inflammatoires violentes. La lumière du canal peut-être totalement effacée (ædême de la glotte). La suppuration est très abondante : la muqueuse peut-être frappée de gangrène par suite de l'intensité du traumatisme.
(4) Voir obs. LIV.
(2) Voir obs. IV, XLI, L.
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Les cartilages fracturés sont atteints d’une chondrite intense. La réparation n'a pas toujours lieu, loin de là, et la nécrose est fréquente. Les parties nécrosées sont la source de suppurations étendues et tenaces.
®% Lésions dans les parties voisines. — Ces lésions consistent en infiltrations sanguines, d'une importance variable, qui se sont effectuées dans les aréoles du tissu lamineux. Cet épanchement ne manque presque jamais. On a vu également des phlegmons du cou pouvant déterminer des fistules purulentes très étendues ou se terminer par gangrène ;
3° Lésions du poumon. (1) — Ces altérations sont extrémement importantes, car elles expliquent pourquoi certains malades succombent au moment même où l'on croyait leur guérison assurée. Le poumon peut être atteint d'œdème, de congestion. Parfois même les lésions vont 7 plus loin. Il n'y à pas de pneumonie proprement dite, mais une broncho-pneumonie ; c’est-à-dire que les lésions sont lobulaires et non lobaires. Lorsqu'on examine la trachée et les bronches, on retrouve le plus souvent la cause du mal. Ces tuyaux aériens renferment en effet en quantité variable du sang et du pus, qui proviennent de la plaie du larynx ou de la trachée.
(1) Voir obs. XVI, XVII, XVII, XX, XXI, XXII, XXII, XVIII. (Gangrène pulmonaire) XXX,
SYMPTOMATOLOGIE
L'importance des lésions commande le tableau clinique; mais awant d'aborder l'étude des symptômes locaux que déterminent les plaies par coup de feu du conduit laryngo-trachéal, examinons d’abord quels sont les phénomènes qui se produisent immédiatement au moment de laccident. |
Symptômes généraux au moment de l’accident.
Ils sont toujours fort intenses ; et la physiologie nous en donne facilement la raison. Le larynx situé en effet à l’origine même des voies aériennes, et constituant en quelque sorte leur porte d'entrée, est doué par la nature d'une sensibilité exquise qui lui permet de réagir chaque fois qu'un corps étranger tend à franchir la glotte pour pénétrer dans la trachée, les bronches, puis dans le poumon, C'est grâce à cette sensibilité spéciale que les corps étrangers sont si rares dans les voies aériennes. Ils n'arrivent même à s’y introduire que dans des circonstances toutes particulières. Mais aussi cette extrême sensibilité va nous expliquer pourquoi un traumatisme, en apparence insignifiant, tel que le choc qu'amène une
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balle morte, produit une réaction symptomatoiogique en apparence aussi disproportionnée à la cause. Il se passe alors ce que l'on voit chez un animal, dont on excite fortement la muqueuse laryngée. Le blessé est pris d’une angoisse souvent extrême, d’une sensation de défaillance, d’un sentiment de mort prochaine, de sueurs froides, etc. Souvent même il survient une syncope, avantageuse pour le sujet, parce qu'elle favorise l’hémostase. . . Lorsque le traumatisme est plus important, l’ébranlement éprouvé par l'organisme est tel que le blessé tombe sans connaissance sur le sol en état de mort apparente (voir observation). Quoique tous ces phénomènes réflexes, ne tardent pas à disparaître, nous avons tenu néanmoins à les signaler et à en expliquer l’origine; car ils donnent au début de la symptomatologie un aspect spécial qu'il est bon de faire ressortir.
Symptômes locaux.
. 1° Douleur. — La douleur est toujours très vive en raison de la sensibilité extrême de la région, à moins pourtant que l'intensité du choc et la nature des dégâts, n'aient stupéfié pour un temps les parties atteintes. Non seulement il y a douleur dans le sens propre du mot, dont le degré, le siège, varieront suivant les cas, mais il existe encore un sentiment de constriction, et une sensation de corps étranger qui provoquent une toux plus ou moins tenace. Pendant les quintes de cette toux, sont rejetés des flots de sang ; et même parfois une balle arrêtée dans le larynx.
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pr Altération de la voix.— Ce symptôme a une ie valeur, car il est pour ainsi dire constant, même lorsque le larynx est relativement peu endommagé. Suivant l'importance des désordres etle gonflement de la muqueuse la voix peut perdre son caractère, devenir simplement un peu plus faible où un peu plus rauque, ou bien au contraire s’éteindre complètement. La nature et l’importance des lésions expliquent pourquoi l'aphomie passagère chez les uns est très tenace et parfois définitive chez les autres.
3° Dyspnée. — Le larynx ét la trachée étant les canaux que doit traverser l'air pour se rendre dans les poumons, si ces parties sont obstruées, il en résulte forcément une gêne mécanique de la respiration. Aussi certains malades périssent-ils très rapidement d'asphyxie, lorsqu'on ne leur fait pas la f{rachéotomie immédiate. Ce symptôme dyspnée est en quelque sorte carastéristique, c'est lui qui domine le tableau symptomatologique, et c’est son intensité qui donne au traitement la direction qui va suivre. La dyspnée peut être due encore à l'ablation de l'épiglotte ; l'on connait les observations si curieuses que Larrey a publiées sur ce sujet. Le mécanisme de l'asphyxie est très facile à reconnaitre, — l'épiglotte ne peut plus jouer son rôle d’obturateur à l'entrée du larynx, et dès lors les liquides de la bouche (salive) et même les aliments peuvent s’introduire dans les voies aériennes et y produire des phénqmènes d'étouffement très sérieux. Enfin, dans un troisième ordre de faits, la cause de la dyspnée ne résulte ni de l’écrasement du larynx, ni de la
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saillie d'un cartilage dans la lumière du canal, ni d'un hématôme instantané de la muqueuse laryngée, mais bien de la chute du sang en quantité plus ou moins abondante dans l'intérieur des voies aériennes. ( A propos de la dypsnée, nous croyons devoir faire la remarque suivante : os.
Certains sujets relativement très peu atteints du côté des voiés aériennes éprouvent cependant quelques heures après l'accident une dyspnée intense qu’expliquent mal les désordres anatomiques. Nous nous demandons si l'on ne pourrait rapprocher ce qui se passe chez ces blessés, de ce que l'on observe chez un chien, dont on excite fortement la muqueuse laryngée. L'animal reste haletant pendant quelquefois fort longtemps. Sa respiration est convulsive et spasmodique.
Dysphagie. — Ce symptôme est en quelque sorte forcé à cause du voisinage immédiat du larynx, collé pour ainsi dire contre la paroi antérieure du pharynx. La présence du bol alimentaire comprimant au moment de son passage les portions lésées des voies aériennes détermine une douleur plus ou moins violente. La dysphagie peut gèner considérablement l'alimentation du blessé, et détermine même quelquefois la mort par inanition.