‹ Des Plaies Par Armes A Feu Du Larynx Et De La Portion Cervicale De La TrachéeChapitre 9 sur 18 · SIGNES PHYSIQUES · texte numérisé non relu

SIGNES PHYSIQUES

1° Plaie. — Elle est très variablé comme siège, comme étendue, comme forme, comme direction. Tantôt il n'existe qu'un orifice d'entrée, lorsque la balle s'est perdue dans

D) à es les parties molles du cou ; tantôt et plus souvent il existe à la fois un orifice d'entrée et un orifice de sortie, qui peuvent être symétriques ou situés à des niveaux différents. Parfois, l'aspect de la plaie est horrible, par exemple à la suite d'un éclat d’obus, qui a frappé la partie antérieure du cou. Toute cette région peut-être en aie réduite à l’état de véritable bouillie.

Dans certains cas, le projectile arrache sur son passage une portion plus ou moins considérable des parties molles. Chez quelques blessés le larynx et la trachée sont complètement écrasés, ou bien seulement plus ou moins déformés au fond de la plaie. Entre ces deux extrêmes pefite plaie étroite, sinueuse et grande blessure anfractueuse existent naturellement une foule de degrés intermédiaires.

2° Hémorrhagie. — L'hémorrhagie peut être düe à la blessure d’une grosse artère (et alors le sang est rouge et vermeil et s’élance à gros bouillon au dehors) ; ou bien à la lésion d’une des veines, si nombreuses, qui serpentent dans cette région. (Le sang, plus foncé, s'écoule pour ainsi dire en bavant.)

Mais l’hémorrhagie ne se fait pas toujours à l'extérieur. Si la plaie est étroite, irrégulière ; si, par suite de contractions musculaires ou de changement d’attitude, elle n'est pas ou n’est plus parallèle aux solutions de continuité des parties profondes, le sang s'épanche dans les mailles du tissu cellulaire qui remplit les interstices du cou. La région se tuméfie; elle prend, si l'hémorragie se fait dans le voisinage de la peau une teinte noirâtre caractéristique de l'ecchymose. La tumeur est molle et fluc-

tuante; parfois, au début de l'épanchement, elle. est le siège de, battements et d’un bruit de souffle.

Dans certains ças, le sang se fait jour principalement dans le conduit, aérien, et détermine des phénomènes d’asphyxie plus ou moins notables, suivant l'abondance de l'épanchement. Souvent une quantité assez petite suffit à déterminer une dyspnée considérable. Nousreviendrons sur ce sujet quand nous parlerons de l’asphyxie.

Faisons remarquer enfin que l’hémorrhagie peut étre considérable, lors même qu'aucun vaisseau important n’a été atteint. C'est qu’en effet le larynx et la trachée sont des régions très vasculaires, dont les blessures déterminent toujours des pertes de sang marquées.

Nous n'avons pas besoin d'insister sur les symptômes généraux qui surviennent quand l'hémorrhagie est un peu considérable. Ce sont ceux que produit toute perte de sang abondante, et ces phénomènes ne présentent ici rien de spécial.

3° Sortie de l'air à travers les lèvres de la plaie. — Ce symptôme fait naturellement défaut quand la plaie du larynx et la trachée par coup de feu n’est pas pénétrante. Dans les plaies pénétrantes il peut se aie deux alternatives.

A. L'air s'échappe au dehors. — Ce phénomène habituel dans les plaies du larynx et de la trachée par instruments tranchants n’est pas fréquent dans les plaies par armes à feu à cause de l’étroitesse et dela disposition

Sinueuse de Ces dernières. Néänmüins nous avons vu le fait signalé dans plusieurs de ‘nos observations. L'air s'échappe ‘alors tantôt pendant l'inspiration, tantôt, et c’est le cas le plus fréquent, pendant l’expiration (ce mouvement respiratoire est en ‘effet célui qui présente le plus d'intensité), tantôt pat l'inspiration et l’ expiration tout ensemble.

B. Entrée de l'air dans le tissu cellulaire Emphy-

semé. — C'est un signe qui ne manque presque jamais à cause de la configuration sinueuse de la plaie que nous avons signalée plus haut.

I a une très grande importance pour affirmer l'existence d’une plaie laryngée ou trachéale. Il a été bien étudié par Ambroise Paré; et l’on connaît sa comparaison pittoresque. Il dit que le maitre d'hôtel du duc de Guise blessé à Joinville d’un coup d'épée à la trachée ressemblait « à un mouton qu'on a soufflé pour l'écorcher. » Garengeot décrit ce symptôme en termes à peu près identiques.

Comme nous venons de le dire plus haut, l'emphysème ne se produit que dans certaines conditions. Il faut en effet que l’air expiré à travers la solution de continuité ne puisse trouver une issue facile à l'extérieur. Or, si la plaie est étroite, que va-t-il se produire? Les changements d'attitude, les contractions des muscles ou un défaut de parallélisme primitif font que la plaie externe ne se continue plus directement avec la plaie du conduit laryngotrachéal. L'air ne pouvant plus s'échapper librement au

dehors, s’infiltre alors dans les aréoles du tissu lamineux. . L'emphysème ne se limite pas toujours à la région cervicale. Il peut gagner tout le corps comme dans l'observation que nous avons empruntée à Garengeot. . Comme l’a indiqué Ambroise Paré, la formation de l'emphysème.est précédée dans quelques cas « d’un sifflement par ladite trachée. » ) Nous n'avons jamais vu relater dans les nombreuses observations que nous avons eues entre les mains que l'air ait pu se glisser sous la muqueuse du larynx et amener ainsi l’asphyxie. Cette opinion émise par Sarrazin d'après Gray nécessite donc pour être confirmée des recherches ultérieures plus probantes que celles qui ont eu lieu jusqu'ici. ‘ L'emphysème peut contribuer à l’asphyxie par la gêne qu'il apporte à la respiration. Mais il n'est. pas par luimême un symptôme très redoutable. Il ne tarde pas à disparaître lorsque le malade ne succombe point à la violence du traumatisme. Il n’est point nécessaire de relater les sensations objectives que procure cet emphysème, telles que mollesse, crépitation caractéristique, cheminement et déplacement de l'air dansles aréoles. Elles sont les mêmes que dans n’importe quel point de l'économie.

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