‹ Des Plaies Pénétrantes du Cœur sans Rupture du PéricardeChapitre 19 sur 22 · CHAPITRE IV PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE

Si le plus grand nombre des plaies du cœur accompagnées de rupture du péricarde permettent aux blessés de vivre plus ou moins de temps après l'accident, il n’en est plus de même lorsque lepéricarde conserve son intégrité. Sur 121 observations recueillies dans la thèse de M. Jamain, la mort a été instantanée ou très rapide dans 21 cas, tandis que 84 fois elle n’est arrivée que plus ou moins longtemps après l'accident ; encore faut-il ajouter à ce chiffre 5 cas de guérison.

Dans les 15 observations que nous rapportons ici, 10 fois la mort a été rapide, c'est-à-dire qu’elle est arrivée en moins de 10 minutes; 2 fois elle s’est fait attendre de 3 à 4 heures ; 1 fois l’on raconte quele blessé est mort le jour même ; et enfin, 2 fois le temps est indéterminé. Mais, dans notre observation personnelle, si nous ne sommes pas autorisé à êlre précis, nous avons tout lieu de croire qu’elle ne s’est pas fait attendre.

Il faut ajouter, pour être juste, que s’il y a eu des cas de guérison, ils n’ont pu être constatés.

Il semble pourtant au premier abord que l'intégrité du péricarde soit une condition favorable ; elle peut s'opposer à l'abondance de l'hémorrhagie, puisque M. Farabeuf éva-

lue à 460 gr. la quantité d’eau maxima que le péricarde peut recevoir, le cœur étant vide de sang.

Les blessures du cœur considérées comme fatalement mortelles par Ambroise Paré n’ont été l’objet d'études sérieuses que depuis Sénac et Morgagni. Ces derniers auteurs ont démontré par le relevé des faits épars dans les publications antérieures, que les plaies et blessures du cœur, loin d'entraîner toujours la mort instantanée, ne provoquaient des accidents mortelsqu’au bout d’un temps variable dans la plupart des cas.

Deux causes principales ont été invoquées pour expliquer la rapidité de la'mort : 1° l’hémorragie ; 2° la compression du cœur par le sang épanché dans le péricarde.

Nous n'avons pas rencontré dans nos observations un cas de plaie du cœur où la mort instantanée par hémorrhagie ait été constatée d’une manière irréfragable, et si, dans quelques observations avec rupture simultanée du péricarde et de la paroi thoracique, on indique un épanchement de sang dans la cavité des plèvres et un écoulement extérieur par jets saccadés, isochrones aux battements du pouls, on doit faire remarquer que ce sont précisément ces blessés qui ont survécu.

Dans la plupart des cas le péricarde est distendu par une grande quantité de sang. Cet élat, qui n'avait pas échappé à l’illustre Morgagni, l’a conduit à donner la seule explication vraie de la mort instantanée à la suite des plaies du cœur. |

Dans une de ses lettres (1) Morgagni, racontant un cas

1. Morgagni, 26° lettre, $ 18, Encyclopédie des Sciences médicales, t. IT, Paris, 1838.

= hÉ = de mort subite par le passage du sang dans le péricarde, à la suite d’une blessure de l'aorte s'exprime ainsi: & Comment une mort aussi prompte peut-elle avoir pour « cause une quantité de sang épanché qui n’est pas plus ‘ « considérable que celle que le péricarde peut contenir ?

« Il y a une différence entre un épanchement survenu « dans l'intérieur du péricarde et une hémorrhagié exté- « rieure : les fonctions du cœur sont facilement troublées « par le contact extérieur du sang auquelil n’est pas ac- « coutumé et empêchées par la quantité de ce liquide « qui l’environne et qui, en distendantle péricarde, doit « nécessairement comprimer le:cœur. » Mais Morgagni ne s'arrête pas là; il fait intervenir aussi l’état moléculaire du liquide épanché, car il ajoute : « Et il ÿ a de la « différence entre une pression exercée par le sang, qui, « outre qu'il est porté à se coaguler aussitôt qu'il est « épanché, est certainement beaucoup plus épais que « l’eau et approche par là d'autant plus de la nature « solide. » |

Inutile d'ajouter que sur ce dernier point nous ne partageons pas l’opinion de l'illustre savant.

Dans sa lettre LIL $ 34 (1), Morgagni commente en ces termes la rapidité de la mort survenue dans les observations de C. Vater et de Boirel (2): « Je crois que « vous serez moins étonné de ce que la blessure ou la « rupture de ce ventricule produisit une mort aussi « prompte dans ces deux histoires, si vous remarquez

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